‹ L'Université et Madame de MaintenonChapitre 57 sur 58 · I76 ^UNIVERSITÉ · texte numérisé non relu

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avec l'espoir que demain elles rediront Téloge de la grande méconnue.

Il est vrai que, pour ce qui est de l'agrégation, M me de Maintenon n'a fait qu'apparaître ; on a craint peutêtre de n'avoir pas pris suffisamment conseil de sa prudence.

Mais il n'en a pas été de même pour le certificat. M me de Maintenon s'est glissée dans cette épreuve et elle y reste par droit de conquête, car, tandis que les auteurs varient tous les ans, elle seule, ou presque seule, est immuable.

La liste mise à l'étude pour i8g3 comprend onze auteurs dont cinq qui n'ont jamais figuré sur aucune des listes; M me de Sévigné a été sacrifiée, mais on a maintenu M mc de Maintenon l .

1. M me de Maintenon figure encore parmi les auteurs mis à l'étude pour 1894. Il ne reste

Ne doit-on pas craindre, en rassemblant tous les indices que nous avons énumérés, qu'il n'y ait dans le mouvement qui se continue autre chose qu'une affaire de librairie, autre chose qu'une affaire de goût délicat exempte de toute arrière-pensée ?

Allons-nous à l'avenir ou retournonsnous au passé ? Assurément nous ne sommes pas de ceux qui se cantonnent dans le présent en faisant profession d'ingratitude pour cet « autrefois » qui r contient tant de nobles efforts dont

nous avons hérité. Mais aussi nous sommes convaincu que s'il nous appartient d'associer nos enfants aux hommages que nous devons au désinté-

plus aujourd'hui de la liste arrêtée, pour la première fois, en 1884 que « Madame de Maintenon, édition Gréard » et « Racine ».

ressèment, au génie, à la probité, à l'héroïsme sous quelque régime qu'ils aient fait leurs preuves, il nous appartient également de les détourner de certaines images proposées à leur culte et qui en sont indignes. Nous sommes convaincu que tous les dons de l'esprit fussent-ils portés à leur degré le plus éminent ne compensent pas l'indignité du caractère. Nous sommes convaincu enfin que c'est un spectacle inquiétant que toute cette floraison de palmes décernées à M me de Maintenon, et, en même temps, tous ces artifices dépensés contre une loi dont l'irréparable défaut est de déplaire à un parti qui dispose en tout lieu de serviteurs nombreux.

Aussi est-ce en vain que tout en

réprouvant ces tendances, on cherche à les expliquer en disant qu'elles sont inspirées par la pensée d.'attirer dans nos lycées une partie de la clientèle des couvents.

Aucune raison ne saurait prévaloir contre l'esprit de la loi ; et la direction que quelques-uns tendent à imprimer à renseignement secondaire des jeunes filles est contraire à tout ce qu'ont voulu et espéré les Chambres qui ont voté la loi du 21 décembre 1880.

En fait, le caractère que Ton cherche à donner à notre enseignement est de nature à éloigner certaines jeunes filles de nos lycées; et il ne saurait leur en conquérir de nouvelles. Il n'y a pas à compter sur les recrues à faire dans les couvents; si nous exceptons les jeunes filles que Ton y a mises, faute d'éta-

blissements laïques, et qui viennent à nous toutes les fois que Ton ouvre un lycée avec internat, la clientèle du couvent restera ce qu'elle est. Elle est irréductible à moins que les familles qui se rattachent à l'ancien régime par les liens les plus respectables, en présence de l'envahissement des couvents par une noblesse nouvelle, plus rigide, plus intransigeante, plus inflexible sur les principes que l'ancienne, ne viennent à nous et fassent asseoir leurs enfants à coté de jeunes filles appartenant au monde des lettres, des sciences, des arts, du commerce, de l'industrie, etc., don,t les parents ont su rester fidèles à la Révolution française xjui leur a permis de prendre dans la société la place qu'ils occupent.

Ce seja.it le moyçn, de s'assurer que

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notre enseignement est une œuvre de réconciliation nationale ; essentiellement respectueux de la liberté de conscience, il évite avec un soin scrupuleux, dans les classes, tout ce qui peut être de nature à froisser les croyances ou les opinions personnelles, et fait, « en dehors des heures de classes » *, la part de renseignement religieux.

On pourrait en même temps se convaincre des qualités du personnel enseignant et dirigeant. On verrait que les professeurs-femmes, pour la plupart, sont des plus distinguées; que les directrices, en général, déploient dans leurs délicates fonctions beaucoup d'habileté et de tact; que

i. Loi du 21 décembre 1880, art. 4 et 5.

plusieurs d'entre elles sont des femmes remarquables qui ont fait souvent le succès du lycée qui leur est confié.

Elles ont, en effet, grâce à certains recteurs, qui ont su rendre hommage à leur mérite, en leur laissant une initiative, une liberté d'action très grandes, fait accepter et souvent fait aimer cet enseignement contre lequel se dressaient de ridicules préjugés.

C'est dans cette pensée qu'elles placent la distribution des prix sous le patronage d'un sénateur, d'un député, du recteur, du président ou du procureur général de la Cour, du préfet, etc., et que ce jour elles ouvrent toutes grandes les portes du lycée non seulement aux parents, mais aux notabilités de la ville qui parfois, venues par politesse la première fois,

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sont revenues les années suivantes avec empressement pour donner à l'œuvre et à son personnel un témoignage de sympathie et de dévouement.

C'est encore dans cette pensée que certaines directrices, se souvenant de ce qu'elles ont vu pratiquer à Pécole de Sèvres, sous les auspices de M me Jules Favre, qui porte avec tant de dignité ce nom illustre, ont organisé une association amicale des anciennes élèves; les mères parfois sont venues se grouper autour de leurs filles et ont ainsi formé avec elles comme la grande famille du lycée.

Nous entendons bien que ce lycée n'a rien de commun avec le sublime couvent de M me de Maintenon, quelque peine que l'on prenne, quelque

talent que l'on déploie pour créer une légende et imaginer de toutes pièces un Saint-Cyr nécessaire aux besoins d'une cause. Mais ce lycée est celui qu'a créé le législateur.

Les Chambres, nous le répétons en terminant, — puisqu'aussi bien c'est à elles qu'appartient le dernier mot, — dans l'intérêt de la femme, comme dans celui de la paix du ménage et de la patrie, ont voulu rendre la femme à elle-même, lui permettre d'occuper dignement sa place entre son mari et ses enfants. Elles ont voulu faire une loi de relèvement, . relèvement de la femme, relèvement de la famille, relèvement de la patrie, une loi de pacification, d'union, de concorde, respectueuse de toutes les croyances, de

toutes les opinions, assurant à la femme un enseignement puissant, libéral, élevé et pratique.

Voilà la loi ; et, il n'est permis à personne de substituer sa volonté à celle du législateur; volonté que nous exprimons par cette formule que nous voudrions voir inscrite au frontispice de tous nos lycées :

JCI

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