CHAPITRE IV
LES DÉVELOPPEMENTS {Suite) 1876-1902
L'Université à Québec. — Les Facultés de théologie, de droit, de médecine.—La conférence Laval. — La Faculté des arts: l'enseignement secondaire ; le diplôme de bachelier ; l'affiliation de nouveaux collèges; congrès pédagogiques. — Conférences publiques ; la chaire Baillairgé ; publication des conférences. — Publications des professeurs.— Bienfaiteurs. — Musées et bibliothèque. — Fêtes artistiques. — Séances de fin d'année.
T A vie de l'Université Laval va désormais se développer ■*— ' sur deux scènes différentes : à Montréal, au milieu du bruit, des agitations d'une ville où fleurissent volontiers le commerce et l'industrie ; à Québec, dans le calme et la sérénité dont s'enveloppe de plus en plus la cité maritime, dans la capitale orgueilleuse dont s'éloignent déjà les vaisseaux marchands et qui ose s'essayer à ne plus vivre que d'air et de lumière. Mais l'on sait qu'à travers tout le brouhaha de la commerçante Alexandrie, aussi bien que dans l'harmonieuse quiétude d'Athènes, les lettres et les sciences ont pu progresser, et que la vie intellectuelle s'accommode à la fois des paisibles solitudes et des tumultes
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de la vie moderne. C'est pourquoi sans doute, à Montréal comme à Québec, l'Université Laval trouvera des éléments suffisants de prospérité.
Nous ne voulons pas présenter ici le double tableau où l'on pourrait retracer les grandes lignes de l'histoire de l'Université à Québec et à Montréal. Et comme nous avons cru devoir passer sous silence les multiples et quelquefois pénibles circonstances qui ont accompagné la fondation de la succursale, nous pensons qu'il vaut mieux taire ici les luttes un peu vives qui ont rempli l'histoire de ses premières années. Maintenant surtout que l'on paraît mieux se comprendre, que les esprits se sont apaisés, et que l'union s'est faite, il est désirable qu'on ne réveille pas la discorde endormie. Au reste, nous ne ferons nullement, dans les pages qui vont suivre, l'historique de la succursale de Montréal ; nous laisserons même de côté tout ce qui regarde sa vie propre, et nous nous renfermerons strictement dans l'histoire de l'Université de Québec.
De 1876 à 1902, TUniversité Laval n'a pas manqué de suivre, parfois lentement et parfois aussi d'un pas plus alerte et plus rapide, cette voie du progrès où l'avaient fait entrer ses premiers administrateurs. Les diverses Facultés se sont efforcées de compléter leur enseignement ou de le perfectionner ; le nombre des élèves s'est accru ; les professeurs ont publié des travaux de plus eu plus remarquables, et constituent dans notre société une élite de plus en plus choisie ; la vie universitaire elle-même s'est traduite parfois par de brillantes et solennelles démonstrations qui attirèrent sur Laval tous les regards, et lui conquirent de précieuses sympathies.
La Faculté de théologie, la première, a donné l'exemple de ces progrès. On sait que Léon XIII était à peine
monté sur le trône pontifical, que déjà il entreprenait de restaurer dans l'Eglise les études philosophiques et théologiques. L'encyclique Aller ni Patris, qui fut lancée le 4 août 1879, fut le signal de cette rénovation qu'avait rêvée, avant même qu'il fut devenu pape, l'archevêque de Pérouse. Léon XIII estimait que l'on trouverait dans un prompt et intelligent retour à l'étude de la philosophie d'Aristote et de saint Thomas, le moyen le plus efficace de remédier aux intempérances de la philosophie moderne. Convaincu d'ailleurs que la théologie ne pouvait que se fortifier au contact des doctrines péripatéticiennes, que la théologie scholastique tire sa force principale de la philosophie ellemême, le Souverain Pontife recommanda aux catholiques, et en particulier aux professeurs des universités, de remettre en honneur les ouvrages du grand théologien du moyen âge, de prendre l'Ange de l'Ecole pour maître et pour guide.
On n'ignore pas quelles résistances devaient rencontrer en certains lieux ces directions nouvelles, et que les universités ne s'empressèrent pas toutes de faire revivre, sinon les doctrines, du moins la méthode de l'Ecole. L'Université Laval fut une des premières à entrer dans le mouvement de renaissance scholastique qu'avait voulu déterminer Léon XIII, et, en 1883, elle inaugura l'enseignement de la Somme de saint Thomas. La Faculté de théologie, à cette date, se composait surtout de professeurs qui avaient reçu à Rome une formation scholastique à peu près exclusive, et l'on comprend que ces nouveaux maîtres étaient anxieux de propager, ici, les doctrines et les méthodes qu'ils avaient étudiées là-bas. C'est cette circonstance toute particulière qui assura sans doute, à la
scholastique, une grande fortune dans les programmes
et dans l'enseignement de l'Université Laval. Une chaire de théologie dogmatique était dès lors occupée par un jeune et studieux professeur, disciple préféré de Satolli à la Propagande, qui devait pendant plus de vingt ans donner ici, à l'enseignement de saint Thomas, un vif éclat et un rare prestige. Mgr L.-A. Paquet commençait à cette époque les leçons qu'il devait publier plus tard sous la forme de Commentaires : ouvrage très vigoureusement exécuté, en six volumes, qui obtint à Rome même un succès considérable, et qui, d'après le témoignage des maîtres de l'Ecole, constitue une des plus précieuses contributions qui aient été faites à la littérature scholastique.
Au reste, pour encourager davantage l'étude de la Somme, on pensa qu'il ne fallait pas compter uniquement sur la beauté architecturale du syllogisme, et, en 1884, on décida de fonder des prix qui seraient distribués tous les ans aux plus habiles disciples de saint Thomas.
Les élèves, d'ailleurs, se firent plus nombreux que jamais à la Faculté de théologie. Le Séminaire dut même construire des bâtiments nouveaux pour recevoir les étudiants qui venaient de tous les points du Canada, et aussi des Etats-Unis, suivre les leçons des professeurs, et l'on commença, en 1880, à élever les murs du Grand Séminaire actuel.
La Faculté de théologie se préoccupa d'élargir encore autrement les cadres de son enseignement.
Si le théologien doit se bien préparer au Séminaire à enseigner et à défendre les vérités de la foi, s'il importe qu'il reçoive une formation philosophique très sûre et très pénétrante, il n'est pas moins nécessaire qu'il s'apprête à bien démêler les multiples affaires de la vie paroissiale. Le prêtre qui a charge d'une paroisse est à la fois direc-
teur spirituel et administrateur temporel. Il lui faut donc connaître suffisamment, non seulement sa théologie, mais aussi la loi civile et la loi ecclésiastique. Ht parce que ces deux lois ont entre elles de nombreux points de contact, et des rencontres inévitables, il est utile que le théologien soit bien informé de ces rapports, et puisse y accomoder sa conduite. C'est pourquoi, en 1894, l'Université voulut combler une lacune qui existait jusque-là dans l'enseignement théologique, et grâce à la libéralité de Mgr l'archevêque Bégin, et au concours dévoué de Monsieur le notaire Sirois, professeur à la Faculté de droit, elle institua un cours de droit paroissial.
L'enseignement du droit canonique a pris aussi, dans la période que nous étudions, un développement considérable à l'Université Laval. Et nous signalons en particulier, parmi les publications de la Faculté de théologie, les leçons de M. l'abbé Joseph Gignac, qui a eu l'excellente idée de donner aux étudiants canadiens un Manuel qui fût approprié à leurs besoins. Cet ouvrage très méthodique, distribué en deux volumes, et d'une science bien informée, est le premier en ce genre, qui ait été publié au Canada ; aussi devient-il rapidement, et à bon droit, le manuel classique de tout le clergé canadien.
Les études bibliques sont aujourd'hui, de toutes les études théologiques, celles qui préoccupent davantage les savants ecclésiastiques. C'est sur ce terrain peut-être que l'on a porté les plus vifs débats de l'apologétique contemporaine, et la gravité des questions qui ont été soulevées n'échappe à personne. C'est pour permettre à ses élèves de suivre avec quelque intelligence des études aussi difficiles et aussi complexes, que la Faculté de théologie a donné aux cours d'Ecriture sainte, à partir de l'année
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1 898-1 899, une étendue plus considérable, et qu'elle a organisé en même temps un cours de langues orientales.
Au reste, à partir de cette même année, de nouvelles recrues vinrent augmenter le nombre des étudiants de la Faculté, et engager les directeurs de l'Université à compléter le plus possible les programmes de l'enseignement.
Des ordres religieux, comme les Pères blancs d'Afrique et les Pères de Sainte-Croix, ont ouvert à Québec des maisons pour leurs novices ; d'autre part, les missionnaires du Sacré-Cœur, chassés de France par la persécution qui y sévit aujourd'hui, sont venus se réfugier dans notre capitale hospitalière, et y ont aussi fondé un noviciat. Toutes ces maisons envoient à la Faculté de théologie un nombre considérable d'étudiants, qui y apportent, par le seul fait de l'émulation plus grande qu'ils y déterminent, une vie nouvelle. Grâce à ces nouveaux contingents qui lui viennent avec régularité, la Faculté de théologie compte maintenant plus de cent vingt élèves.
D'autre part, des affiliations nouvelles ont groupé autour de la Faculté de théologie un plus grand nombre de grands séminaires. En 1877, le Grand Séminaire de Montréal, devenu la section montréalaise de la Faculté, recevait par là même tous les privilèges des grands séminaires affiliés. Le 25 juin 1879, ^e Grand Séminaire de Ste-Thérèse de Blain ville, et, le 3 février 1890, le Grand Séminaire de Chicoutimi obtenaient aussi leur brevet d'affiliation.
On peut regretter toutefois que les besoins pressants du ministère paroissial ou de l'enseignement arrachent encore trop tôt à leurs études théologiques un grand nombre de nos séminaristes, et les jettent, dès leurs premières années de préparation au sacerdoce, dans la vie
LES DÉVELOPPEMENTS loi
active. Ce mal tend à disparaître de plus en plus, grâce surtout au souci qui préoccupe Nos Seigneurs les évêques, de fournir désormais aux jeunes clercs tous les moyens possibles de s'instruire dans les sciences théologiques. A mesure que d'aussi bonnes intentions pourront être plus régulièrement réalisées, le nombre deviendra plus grand des séminaristes qui feront des études plus complètes et se prépareront à conquérir les diplômes universitaires.
Ces diplômes ont été recherchés depuis 1876 avec un zèle louable, qui paraît aller toujours croissant. Si l'on met à part le nombre assez considérable des jeunes ecclésiastiques qui, après avoir commencé ici leurs études théologiques, vont chercher à Rome leur parchemin de licencié ou de docteur, nous voyons que vingt-cinq bacheliers en droit canonique, cinquante-neuf bacheliers en théologie, trente-huit licenciés et trente docteurs en théologie ont été inscrits, après examens subis avec succès, sur la liste des gradués de l'Université Laval. Ces chiffres sont consolants et révèlent assez combien l'on souhaite, à la Faculté de théologie, de voir les élèves se livrer le plus complètement possible à l'étude des sciences sacrées.
La Faculté de droit a suivi, pendant la dernière vingtaine, une ligne de développement moins accidentée que celle de la Faculté dé théologie. Mais si son existence est le moins possible mouvementée, elle n'en est pas pour cela moins laborieuse ni moins féconde. La Faculté de droit fait sans bruit sa part de besogne et sa part de bien dans l'Université ; elle prépare dans un religieux recueillement ceux qui seront plus tard les gardiens d'ailleurs assez actifs de la justice sociale. C'est pourquoi la Faculté de droit, tout comme les peuples heureux, nous assure son distingué doyen, n'a pas d'histoire.
Cependant elle a fourni, depuis 1876, toute une littérature qu'apprécient très favorablement les hommes de loi. M. le juge Langelier, doyen de la Faculté, a publié en 1894, un ouvrage remarquable, tout un Traité de la preuve en matières civile et commerciale. Des anciens élèves de la Faculté, candidats au doctorat, ont présenté des thèses qui ont eu le plus souvent un grand succès, et qui ont valu à leurs auteurs l'approbation flatteuse et les éloges du jury. Depuis quelques années surtout, le nombre des jeunes avocats qui préparent leur thèse devient de plus en plus considérable ; aussi la Faculté ne peut-elle que se féliciter d'avoir maintenu au sujet du doctorat sa première discipline, et d'exiger de la part de ceux qui aspirent à cet honneur suprême, l'effort et le travail personnel que demande la composition d'une thèse. Ses diplômes de docteur sont sans doute pour cela moins nombreux, mais leur valeur n'en est que plus considérable aux yeux du public.
Nous donnons ici les thèses intéressantes que la Faculté a couronnées depuis 1876, et les noms de leurs auteurs, noms que nous retrouvons presque tous sur la liste des professeurs anciens et actuels de l'Université : En 1885, M. A. Fontaine : Du domicile ; en 1886, M. L.-P. Sirois : Responsabilité du tuteur ; M. J.-T. Frémont : et Divorce séparation de corps; en 1887, M. A. Bernier : Responsabilité ; en 1889, M. Busèbe Belleau : Empêchements dirimants de mariage ; M. N. Ollivier : Nullité des' contrats ; en 1894, M. C.-B. Dorion : Preuve par témoi?is ; en 1901 , M. Ludovic Brunet : De l ^Tlabeas corpus ad subjicie7idum ; en 1902, M. Ferdinand Roy: Restrictions au droit de plaider.
Ces ouvrages sont le commencement d'une biblio-
thèque légale toute canadienne qui se développera sans doute avec le temps, qui fera le plus grand honneur à l'Université Laval, et en particulier, à la Faculté de droit.
Outre ces neuf nouveaux docteurs que la Faculté de droit a créés depuis 1876, elle a formé cent cinquante-neuf bacheliers, et quatre-vingt-quinze licenciés u\ La licence qui, conformément aux dispositions de la loi, dispense d'une année d'étude, est recherchée avec le plus grand empressement par un grand nombre d'élèves ; ceux qui sortent vainqueurs de l'épreuve couronnent ainsi par un brillant examen leurs études légales, et constituent déjà une élite dans la population toujours croissante du barreau canadien.
Bien que le nombre des aspirants à la profession d'avocat ne paraisse pas avoir jamais sensiblement diminué pendant les derniers vingt-cinq ans, il n'a pas été non plus parfaitement régulier ; le nombre des élèves de la Faculté de droit de Québec a été lui-même et assez longtemps variable et capricieux.
En 1877-1878, on y comptait quarante-sept étudiants en droit ; dès l'année suivante, il y en avait soixante-dix ; ce chiffre s'élève à soixante-quatorze en 1 880-1 881, et il se maintient tout près de là jusqu'à l'année 1882-1883. Mais à partir de cette date, le nombre des élèves décroît rapidement. Cinquante-sept seulement suivent les cours en 1 883-1 884, et ce nombre va diminuant graduellement jusqu'à trente-neuf en 1887-1888, et trente-et-un en 1895-1896. Puis la population de la Faculté de droit reprend tout à coup son développement normal, et, en 1 901 -1902, quatre-
(1) Pendant la même période, l'Université Laval conférait pour la section montréalaise de la Faculté de droit, 355 diplômes de bachelier, et 79 diplômes de licencié.
vingt-quatre étudiants se sont inscrits et ont suivi les cours.
On assigne généralement à ces fluctuations de la population de la Faculté de droit, et à l'augmentation progressive que l'on constate depuis quelques années, des causes nombreuses. Si, à partir de 1883, l'on voit une diminution qui va s'accentuant pendant un grand nombre d'années, c'est que, nous dit-on, les examens d'admission à l'étude du droit étaient à ce moment, et pour diverses raisons, assez difficiles à subir avec succès, et sujets à des hasards plutôt fantaisistes auxquels d'ordinaire n'aiment pas à se confier les jeunes gens en quête d'avenir. De plus, la Faculté de droit établie à Montréal depuis 1877 attirait dans la grande ville commerciale un certain nombre d'étudiants de notre région ; ceux-ci trouvaient plus facilement à Montréal qu'à Québec des emplois qui leur permissent de payer une grande partie de leurs dépenses de vie d'étudiant.
Depuis une douzaine d'années, la loi accorde aux diplômes de bachelier de la Faculté des arts une valeur légale qui dispense de l'examen d'admission à l'étude du droit ceux qui en sont pourvus : ceci même, nous affirme-t-on, a rassuré les bons élèves, et a contribué, pour une part, à ramener vers la Faculté de droit les étudiants ; d'autre part, les examens d'admission à la pratique du notariat étant devenus beaucoup plus sévères depuis quelque temps, les aspirants au notariat ont pris le parti de venir suivre des cours de droit à la Faculté pour s'y mieux préparer. Les jeunes gens ont cru voir d'ailleurs dans le notariat une carrière moins encombrée peut-être que d'autres, et vers 1896 ils s'y sont précipités avec un très significatif empressement. Le recteur signala cet événe-
ment dans son rapport de fin d'année 1896-1897 : il se plut même à voir, dans ce rapide développement de la profession des notaires, un signe de l'apaisement des esprits qui se faisait après la crise politico-religieuse que nous venions de traverser ! Il annonça que l'Université venait de créer pour tous ces candidats à l'exercice du notariat un cours spécial et pratique.
La Faculté de médecine fournit d'ordinaire un nombre plus considérable d'élèves que la Faculté de droit. Soixanteet-onze élèves y étaient inscrits en 1877-1878; peu à peu ce nombre s'éleva jusqu'à cent, et c'est autour de ce chiffre qu'il oscille depuis 1890-1891. En 1901-1902, quatre-vingtdix-sept élèves suivaient les cours de la Faculté.
Pendant cette période de vingt-quatre ans, on a délivré, à la Faculté, six cent cinquante-deux diplômes de bachelier, soixante-sept diplômes de licencié (I), deux cent soixante-quatorze diplômes de docteur, vingt-trois diplômes de bachelier en médecine vétérinaire, et trente-six diplômes de docteur en médecine vétérinaire (2). Ces chiffres prouvent assez quel travail fructueux ont fourni depuis 1876 les élèves de la Faculté de médecine.
Nous pouvons ajouter que la Faculté s'est préoccupée elle-même de ne former que d'excellents médecins, et
(1) Le grade de licencié en médecine n'existe plus, à l'Université Laval, depuis 1889. L'examen final, quand il est subi avec succès, donne toujours droit au grade de docteur, qui est alors accompagné de la mention avec distinction, avec très grande distinction, ou qui est conféré sans mention, selon que l'examen du nouveau docteur a été plus ou moins réussi. Avant 1SS9, le titre de docteur n'était donné qu'à ceux qui subissaient l'examen final avec très gra?ide distinction ; ceux qui n'cbtenaient qu'une note inférieure à celle-ci étaient simplement licenciés.
(2) Pendant la même période, l'Université a conféré, pour la section montréalaise de la Faculté de médecine, 117/liplôines de bachelier, 25
•de licencié, 585 de docteur ; 23 de bachelier en médecine vétérinaire.
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que pour cela elle n'a rien négligé pour se tenir au courant des transformations de la médecine moderne.
On sait, en effet, que la médecine, comme toutes les sciences humaines d'ailleurs, est essentiellement changeante et perfectible. Elle a vu, pendant les dernières années du dix-neuvième siècle, améliorer d'une façon merveilleuse ses méthodes et ses moyens de guérir nos maux. C'est pour ne pas rester en arrière de tous ces progrès que l'Université a tenu à choisir ses maîtres, surtout parmi les anciens élèves des universités de France, d'Angleterre et d'Allemagne. Et pour faire bénéficier ses étudiants de tous les travaux utiles qui se font aujourd'hui dans le domaine de la chimie médicale, elle a peu à peu élargi les cadres de son enseignement et multiplié ses laboratoires. En 1S97- 1898, elle installait à l'usage des élèves un laboratoire de bactériologie; l'année suivante, elle mettait encore à la disposition des élèves, pour les travaux d'analyse, un laboratoire de manipulation chimique.
D'autre part, la Faculté de médecine a trouvé dans les dames Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Québec d'admirables auxiliaires qui n'ont rien épargné pour donner aux leçons de clinique les facilités et toute l'efficacité possibles. Et si, en 1892, lors des transformations et des agrandissements qu'elles ont fait subir à leur hôpital, ces dames ont obéi surtout à l'impulsion de leur charité pour les pauvres, elles ont bien voulu tenir compte aussi des suggestions qui leur sont venues de la Faculté de médecine ; et celle-ci bénéficie largement aujourd'hui des conditions nouvelles dans lesquelles se fait à l'Hôtel-Dieu le service des malades. Jusqu'à l'année 1892, on ne pouvait guère recevoir dans les salles de l'Hôtel-Dieu plus de cent malades à la fois. Grâce aux constructions nouvelles qui ont été ajoutées aux
anciennes, les bonnes religieuses peuvent disposer maintenant de trois cent cinquante lits. Le nombre des malades a donc été triplé, et l'on comprend quels avantages peuvent trouver dans cet accroissement de la population des sujets à étudier, les professeurs et les élèves de la Faculté. Au surplus, les plans du nouvel hôpital ont été préparés avec le plus grand soin, et d'après les principes les plus sûrs de l'hygiène la plus moderne. On a donné une attention toute particulière à l'aménagement de l'amphithéâtre qui est destiné aux opérations chirurgicales ; aussi, cet amphithéâtre est-il de tout point digne des grands hôpitaux des capitales européennes.
Au moment où les étudiants suivent en nombre considérable les leçons de la Faculté de médecine, et où les professeurs s'efforcent d'agrandir le plus possible le champ de leur expérience, de telles améliorations réalisées par le dévouement de nos Hospitalières ne pouvaient que contribuer dans la plus large mesure, non seulement au soulagement des pauvres malades, mais encore aux progrès de l'enseignement universitaire.
Cet enseignement, que par tant de moyens l'on s'appliqua à étendre et à perfectionner, les professeurs de la Faculté voulurent qu'il dépassât les limites de leurs salles de clinique ou de conférence, et qu'il pût atteindre le plus grand nombre possible de leurs confrères. Voulant donc tout à la fois être utiles à ces confrères, encourager parmi eux les études scientifiques, et mettre en commun l'expérience et le savoir d'un chacun, ils favorisèrent puissamment la création d'une société médicale qui fut fondée en 1897, et qui tient régulièrement ses séances à Québec, dans les salles de l'Université. Cette société a pour organe un Bulletin qui a paru pour la première fois au mois de
septembre 1899. On y publie des travaux originaux et l'on s'efforce de faire connaître par cette revue toutes les découvertes importantes ou utiles qui intéressent la médecine. Les professeurs de la Faculté contribuent très largement à la direction et à la rédaction de ce Bulletin.
C'est encore pour assurer plus efficacement le progrès des études médicales dans notre pays, et aussi pour resserrer les liens qui doivent unir entre eux les anciens élèves de la Faculté de médecine de Laval, et, mieux encore, tous les médecins canadiens-français de l'Amérique du Nord, que les médecins de Québec, grâce à l'initiative très intelligente de M. le professeur Brocliu, ont organisé, pour 1902, un congrès médical que l'on a appelé le Preinier Congrès des médecins de langue française de l 'Amérique du Nord. Ce congrès qui a coïncidé avec les fêtes du cinquantenaire de l'Université, n'a pas peu contribué à mettre en vive lumière l'œuvre accomplie depuis cinquante ans par la Faculté de médecine. Des observations scientifiques très judicieuses ont été fournies aux congressistes par leurs confrères, et de nombreux travaux originaux ont été présentés, qui ont ensuite été publiés dans le Bulletin de la Société médicale. Les professeurs de la Faculté n'ont eu qu'à se féliciter de l'heureux succès d'une entreprise à laquelle ils avaient consacré un zèle si ardent et si généreux.
Nous devons signaler, avant de quitter les Facultés de droit et de médecine, la création par les étudiants de ces deux Facultés de ce que l'on a appelé " un cours pratique de charité chrétienne (I). " Sollicités par les directeurs des conférences de Saint- Vincent de Paul de Québec, poussés
(1) Annuaire, 1897-1898 : discours du recteur, Mgr Laflarnme, à la séance de clôture, p. 42.
par un très vif désir de faire du bien autour d'eux et de prendre contact avec les pauvres et les malheureux qui ne manquent jamais dans les quartiers ouvriers de nos villes, les élèves de la Faculté de médecine et de la Faculté de droit ont organisé une conférence d'étudiants, appelée Conférence Laval. C'est en 1897 que ce cercle de charité fut formé. Les professeurs de l'Université voulurent bien, à titre de membres honoraires, seconder le zèle de leurs élèves, et contribuer de leurs deniers aux bonnes œuvres de la Conférence Laval. Grâce à ces secours précieux et indispensables qui leur sont venus de la part des professeurs, et de quelques amis, les membres de la Conférence Laval ont pu, dès la première année, secourir un bon nombre de familles en détresse.
Depuis, la Conférence Laval n'a fait que se développer et devenir de plus en plus populaire chez les étudiants, et, ajoutons-le pour être juste, surtout chez les étudiants de la Faculté de médecine. Il n'est pas besoin de faire observer ici combien ce cours pratique de charité est une excellente institution. Les conférences de Saint- Vincent de Paul sont nées d'une des plus généreuses inspirations chrétiennes du siècle dernier. Biles ont puissamment contribué à rapprocher le riche du pauvre, l'homme des classes dirigeantes de l'ouvrier. Et, même dans notre pays de démocratie, il n'est pas inutile d'habituer les jeunes gens qui seront demain les premiers citoyens de l'Etat, à fréquenter les indigents et les malheureux pour qu'ils apprennent à les mieux connaître, à les mieux aimer et à les bien secourir. Donner l'aumône de son argent, c'est excellent sans doute, mais rien ne réconforte davantage le pauvre qui souffre que de voir le riche et l'homme des professions libérales s'incliner vers sa misère, la toucher de leurs
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mains, la soulager de leur assistance personnelle, la consoler de leurs paroles de fraternelle sympathie. C'est ce ministère de la plus parfaite charité, que les étudiants de Québec, à l'exemple de leurs confrères des universités catholiques de France, veulent apprendre et pratiquer. Nous ne saurions trop les féliciter de s'être enrôlés sous la bannière que, le premier, Ozanam a levée comme un signe de régénération sociale, et nous souhaitons que les membres de la Conférence Laval soient de plus en plus nombreux. Outre que les élèves de l'Université y prendront une connaissance plus exacte du mal des autres, ils rapporteront de ce contact bienfaisant avec ceux qu'ils auront secourus, des leçons utiles pour la formation de leur volonté et pour la conduite de leur vie personnelle.
Pendant que les Facultés de droit et de médecine suivaient avec assurance la voie de tous les progrès, la Faculté des arts essayait, elle aussi, d'agrandir son rôle et son influence.
Sans doute, elle n'a pas reçu encore son organisation définitive, mais elle n'a pas laissé pour cela de se développer considérablement, et de fournir un travail sérieux. Elle a continué jusqu'à aujourd'hui à donner l'enseignement des sciences et de la philosophie, et ses leçons sont suivies par un nombre de plus en plus grand d'étudiants. Bn 1 885-1 886, à la demande et avec le concours du gouvernement provincial, on a adjoint à la Faculté des arts l'Ecole vétérinaire de Québec. Les élèves de cette Ecole fréquentent à leur gré les cours scientifiques de la Faculté des arts ou de la Faculté de médecine qui leur peuvent convenir.
D'autres jeunes gens, qui préparent le second examen du baccalauréat, se joignent aussi aux élèves de philoso-
phie du Petit Séminaire de Québec, et suivent avec eux les cours de la Faculté.
L'Université a voulu perfectionner, dans la mesure où il lui a été possible, ces études de sciences et de philosophie que l'on peut faire chez elle. Le cabinet de physique et le laboratoire de chimie ont été pourvus de tous les instruments les plus modernes et les plus propres à faciliter la démonstration expérimentale des problèmes et des théories que l'on expose aux élèves. On a aussi cherché à faire entrer dans le cours d'histoire naturelle le plus possible d'observations et de conclusions qui se rapportent à notre pays du Canada. Mgr Laflamme, qui est chargé des cours d'histoire naturelle depuis 1870, et qui a si soigneusement exploré la province de Québec, a fait bénéficier ses élèves de ses laborieuses recherches ; l'éminent professeur a publié sur la géologie, la botanique et la minéralogie une série de leçons qui sont devenues notre manuel classique dans les collèges et les petits séminaires canadiens.
D'autre part, on a pensé donner aux études philosophiques une impulsion nouvelle, en introduisant à la Faculté des arts, dès l'année 1880, la méthode et les doctrines scholastiques. C'était eu même temps répondre aux vœux exprimés par Léon XIII dans l'encyclique ALtcrni Patris. Plus tard, afin d'encourager les jeunes bacheliers à approfondir davantage les thèses de leur manuel et à élargir le cercle de leurs connaissances philosophiques, ou a organisé le programme de l'examen de licence. C'est depuis l'année 1892-1893 que les étudiants peuvent se présenter à ces nouvelles épreuves. Si les étudiants laïques ont jusqu'ici très peu recherché le diplôme de licencié en philosophie, les séminaristes l'ont, au cou-
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traire, conquis souvent avec succès. La licence en philosophie scholastique les prépare bien, d'ailleurs, à affronter les épreuves de la licence et du doctorat en théologie.
Bn 1890, le gouvernement provincial voulut bien donner une sanction officielle aux diplômes de la Faculté des arts, et il fut statué qu'à l'avenir les porteurs du titre de bachelier seraient admis, sans autre examen, à l'étude du droit et de la médecine. Jusque-là, les diplômes de bachelier ne rapportaient que de la gloire à ceux qui pouvaient les conquérir. La loi Hall, qui attacha à ces diplômes une valeur pratique, fut donc un grand événement dans l'histoire de la Faculté. On se rappelle sans doute les luttes héroïques que l'on livra autour de cette loi, et avec quelle ardeur des amis mêmes de l'Université crurent devoir combattre 1111 projet qui allait, dit-on, encombrer les professions libérales, et donner une valeur égale aux diplômes accordés par l'Université Laval et par les universités anglaises de la province.
Ce n'est certes pas la reconnaissance des diplômes de bachelier qui pouvait favoriser l'entrée de sujets incapables dans les carrières du droit et de la médecine, puisqu'il est bien constaté que les examens du baccalauréat exigent une préparation plus longue et plus studieuse et sont donc plus sérieux et autrement difficiles à passer que le simple brevet d'admission. Quoiqu'il eu soit des raisons apportées de part et d'autre pour dénoncer ou pour appuyer la loi Hall, les directeurs de l'Université se montrèrent dès l'origine favorables à cette loi. On allait enfin donner à leurs bacheliers les mêmes droits que l'on reconnaît partout en Europe aux porteurs de ce même titre ; il ne pouvait leur déplaire de voir l'Etat reconnaître les diplômes, et relever d'autant le prestige de la Faculté des arts.
D'ailleurs, cette disposition particulière de notre législation encourageait les élèves de l'enseignement secondaire à terminer leur cours classique avant de se présenter à l'étude du droit ou de la médecine ; elle les faisait rechercher avec plus de diligence le grade de bachelier ; et, du même coup, elle fournissait à nos collèges et à nos petits séminaires une raison nouvelle de s'affilier à l'Université Laval.
Presque tous ces établissements, d'ailleurs, avaient déjà demandé l'affiliation. Aux collèges affiliés que nous avons signalés dans le chapitre précédent, étaient venus se joindre: le 22 mai 1877, le Petit Séminaire de Chicoutimi ; le 18 décembre 1878, le Petit Séminaire de Sherbrooke ; le 23 mai 1879, le Collège de Lévis ; le 17 février 1880, les Petits Séminaires de Saint-Hyacinthe et de Sainte-Marie de Monnoir, et le Collège de Sorel ; le 22 mars 1880, les Collèges de l'Assomption, de Joliette et de Saint- Laurent ; le 16 octobre 1884, le Collège Bourget ; le 10 janvier 1887, le Collège de Montréal. Plus tard, le 8 septembre 1896, le Collège de Valleyfield s'inscrivit à son tour sur la liste des maisons affiliées. Si bien qu'aujourd'hui tous les établissements d'enseignement secondaire de la province de Québec, si l'on excepte le Collège des jésuites qui n'a pas cru devoir soumettre ses élèves aux épreuves du baccalauréat de l'Université Laval, ont sollicité et obtenu leur affiliation. Les directeurs du Collège de Saint-Dunstan, de Charlottetown, dans la province de l'Ile du Prince-Edouard, out voulu, eux aussi, faire bénéficier leurs élèves des avantages et des privilèges attachés aux examens du baccalauréat universitaire. Seulement, comme la charte royale ne permet pas à l'Université de s'affilier les maisons d'éducation qui sont établies en
dehors de l'ancienne province du Haut et du Bas-Canada, le Collège de Saint-Dunstan n'a pu que lui être agrégé, le 16 novembre 1892, aux mêmes conditions d'ailleurs que celles qui sont imposées aux collèges affiliés.
C'est grâce à ce groupement successif de nos maisons d'enseignement classique autour de l'Université, que celleci a pu, pendant les vingt-quatre dernières années, délivrer, pour la Faculté des arts, un nombre si considérable de diplômes de bachelier. Quatre cent vingt-cinq bacheliers es science, quatre cent soixante-quinze bacheliers es lettres, sept cent quatre-vingt-quatre bacheliers es arts sont sortis, depuis 1876, de nos établissements d'enseignement secondaire affiliés à l'Université Laval.
Ajoutons aussitôt, pour rassurer le plus possible ceux qui estiment que l'on fait trop de bacheliers, que l'Université a pris grand soin de conserver à ses examens du baccalauréat le caractère très sérieux qu'ils ont toujours eu, et d'exiger des candidats une somme de connaissances et une formation de l'esprit qui dépassent, sans aucun doute, la science que l'on attend de ceux qui obtiennent, devant les bureaux officiels, le brevet d'admission à l'étude des professions libérales.
La reconnaissance que l'Btat voulut bien faire des bacheliers de Laval fut un nouveau motif qui engagea l'Université et les collèges classiques à perfectionner leur enseignement et à ne produire que des bacheliers de bonne marque. Au reste, la Faculté des arts n'avait pas attendu jusque-là pour chercher à améliorer ses méthodes, et pour associer à ce travail les collèges et les petits séminaires canadiens. Déjà, au congrès de 1880, les supérieurs et les professeurs de nos maisons d'éducation s'étaient réunis à l'Université pour reviser le programme du baccalauréat,
et pour discuter les méthodes d'enseiguement que chaque maison croit sage de pratiquer. Bu 1890 et en 1891, il y eut à Québec deux nouveaux congrès des professeurs de l'enseignement secondaire, présidés par le recteur de l'Université. On y remua, avec une ardeur peu commune, une foule de questions pédagogiques, et l'on modifia surtout assez profondément le système d'examen du baccalauréat. C'est à partir de cette date que nous eûmes la double série d'épreuves collégiales et d'épreuves universitaires, système qui a été maintenu jusqu'à aujourd'hui. Les épreuves collégiales sont subies par les élèves, dans leur propre collège et sous le seul contrôle des directeurs de chaque collège, sur la plupart des matières de mémoire, au fur et à mesure que ces matières ont été suffisamment étudiées ; les épreuves universitaires, pour lesquelles le recteur lui-même tire au sort les questions qui y seront traitées, portent surtout sur les thèmes, les versions, les compositions littéraires et philosophiques, et sur les sciences mathématiques et physiques. Ces épreuves tiniversitaires sont renvoyées à la fin de la rhétorique ou à la fin de la deuxième année de philosophie.
Cette réforme eut surtout pour effet de débarrasser la rhétorique et la deuxième année de philosophie, d'une foule de matières qui chargeaient démesurément la mémoire des candidats sans qu'il y eut un profit réel ou suffisant pour leur esprit. Aussi, si imparfait que soit encore, dans quelques-unes de ses parties, le système actuel d'examen du baccalauréat, il vaut mieux, sans doute, que celui qui l'a précédé.
En 1901, à l'occasion du concours décennal qui est établi depuis 1880 entre tous les collèges affiliés, les supérieurs et les professeurs de nos collèges classiques et de
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nos petits séminaires se sont réunis de nouveau en congrès, à Québec, sous la présidence de M. le recteur. Différentes questions relatives au programme des études et à l'examen du baccalauréat furent encore sérieusement étudiées. Malgré les rudes assauts que subissait à cette heure même, en France, l'enseignement classique à base de latin et de grec, nos éducateurs ne crurent pas devoir modifier, quant à ses parties essentielles, notre cours d'études, et l'on se rattacha ferme aux principes traditionnels qui, depuis tant de siècles, président à la formation de tout esprit vraiment cultivé.
. Une modification importante fut introduite encore cette fois dans l'examen du baccalauréat. On centralisa le plus possible la correction des copies de Vêpreuve universitaire, afin d'assurer pour cette partie, la plus importante, de l'examen, l'uniformité de correction qui est la plus sûre garantie de la justice.
L'Université tiendra sans doute à réunir, le plus souvent qu'il sera possible, les éducateurs de nos collèges et de nos petits séminaires. C'est, en effet, dans cet échange des idées, dans cette mise en commun de l'expérience de tous et de chacun que se trouvent le meilleur stimulant pour le zèle des professeurs, une vive incitation au travail personnel, et partant un moyen efficace d'assurer les véritables progrès.
Mais la Faculté des arts n'a pas seulement pour but de présider à la préparation des bacheliers de la province de Québec ; elle estime qu'elle peut, plus que toute autre Faculté sœur, travailler à entretenir et à développer parmi la classe instruite de notre région, le bon goût, le sentiment de la beauté artistique, l'amour du travail intellectuel. C'est à quoi elle s'est efforcée, en effet, de contri-
buer depuis 1876, en continuant à donner régulièrement tous les ans quelques séries de cours publics. Ces cours, de littérature ou de sciences, sont recherchés par les anciens élèves et par tous ceux qui s'occupent des choses de l'esprit ; aussi la chaire des professeurs est-elle entourée d'un auditoire nombreux, qui vient à la fois s'instruire et encourager le travail des maîtres de la Faculté.
C'est pour favoriser d'une façon très réelle et très pratique ce mouvement d'études que, le 24 février 1885, Monsieur Louis-Gonzague Baillargé faisait à l'Université un don de dix mille piastres dont le revenu devait être employé à créer et à entretenir une chaire d'éloquence sacrée et profane. C'était une pensée excellente en même temps qu'une inspiration très généreuse. On sait quelle importance l'on donne dans l'Université de Paris à cette chaire d'éloquence où sont expliqués et commentés les grands prosateurs de la littérature française, et l'on ne saurait trop louer le chevalier Louis-Gonzague Baillargé d'avoir voulu doter notre Université d'un enseignement analogue, aussi varié et aussi fécond. Léon XIII lui-même, dans un bref qu'il adressait, le 26 juillet 1886, à Son Eminence le Cardinal Taschereau, félicitait Monsieur Baillargé d'une preuve de patriotisme aussi éclairé, et affirmait qu'en fondant cette chaire dont le but est " de former la jeunesse studieuse aux belles-lettres et à la perfection de l'éloquence ", il s'était élevé à lui-même le monument le plus durable. Dans le mandement qu'il publia à cette occasion, le 8 décembre 1886, le cardinal Taschereau invita chaleureusement les citoyens canadiens qui possèdent quelque fortune à imiter le bel exemple que leur donnait Monsieur Baillargé, et il insistait surtout sur le caractère éminemment patriotique de pareilles fondations.
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C'est assurément pour obéir à ces raisons de patriotisme, et pour procurer au public de Québec un enseignement régulier qu'il réclamait, depuis quelque temps, avec des instances déplus en plus vives, qu'en 1902 les membres du Conseil de l'Instruction publique ont voulu concourir efficacement à la fondation d'une chaire de littérature française. Ils ne pouvaient offrir à l'Université, à l'occasion de ses noces d'or, un cadeau qui lui fût plus agréable, ni qui lui fût plus utile. Cette chaire a été occupée, dès le mois de novembre 1902, par M. Louis Allard, agrégé de l'Université de Paris.
Pour faire bénéficier des cours publics de la Faculté des arts, un auditoire plus étendu que celui qui se peut grouper autour des professeurs, l'Université Laval a commencé en 1900 la publication des leçons qui y sont données. On ne voit guère sans doute dans ces recueils que des travaux de vulgarisation ; mais ces sortes de travaux, appropriés aux besoins du public auquel ils sont destinés, attestent aussi avec quelle compétence les professeurs de la Faculté peuvent aborder les questions les plus graves d'ordre scientifique ou littéraire.
Nous pourrions ajouter à ces conférences publiées par la Faculté des arts d'autres travaux, que plusieurs professeurs de la même Faculté ont livrés au public, qui font le plus grand honneur à la littérature canadienne, et par là même à l'Université. Nous mentionnons en particulier les ouvrages très remarqués de M. l'abbé Raymond Casgrain, professeur d'histoire de la littérature. M. l'abbé Casgrain appartient à cette pléiade d'écrivains que l'on vit se lever sur notre horizon à l'époque où l'Université Laval commençait elle-même à fournir sa carrière ; il n'a cessé depuis de donner tous ses soins, de consacrer tous ses talents
au développement de notre patrimoine littéraire. Tout le monde connaît les Légendes canadiennes, P Histoire de la Vénérable Mère Marie de P Incarnation, P Histoire de P Hôtel-Dieu de Québec, le Pèlerinage au pays d^ Ev ange- Une, que l'Académie française a couronné, Montcalm et Lêvis. Ces ouvrages comptent parmi les plus judicieux, et aussi les plus alertes qui aient été écrits au Canada.
Monsieur le juge Routhier, qui est un des conférenciers les plus goûtés de la Faculté des arts, a publié, eutre'autres livres : En canot, A travers P Europe, Les Grands Drames, De Québec à Victoria, Québec et Lêvis à l ' aurore du XXe siècle. Dans ces études, l'auteur a particulièrement révélé une puissance d'imagination peu commune, jointe à une exquise sensibilité.
Mgr L.-A. Paquet, professeur d'apologétique chrétienne, a réuni en volume les leçons très substantielles et très solides qu'il a données, pendant de longues années, aux élèves de philosophie du Petit Séminaire de Québec. La Foi et la Raison est un manuel où nos jeunes étudiants peuvent trouver les notions élémentaires, indispensables, dont ils ont besoin pour aborder les grandes questions que soulève l'apologétique contemporaine.
M. Adjutor Rivard, professeur d'élocution, a publié des travaux très remarqués sur la diction et sur la prononciation. Ces travaux contribueront sans doute à attirer davantage l'attention de nos gens instruits sur certains vices de diction et de prononciation qui nous sont particuliers, et assurera pour sa part le succès des réformes et des corrections très heureuses dont on s'occupe beaucoup, depuis quelques années surtout, dans nos maisons d'éducation.
Nous ne pouvons ici passer sous silence la publication
d'une revue qui, si elle ne fut pas absolument universitaire, avait à l'Université Laval son siège, et comptait, parmi les professeurs de la Faculté des arts, bon nombre de ses administrateurs et de ses collaborateurs. Le Canada- Français commença à circuler en 1888. Ce fut, pendant le temps trop court qu'il vécut, une des revues les plus sérieuses et les plus soignées qui aient jamais été lancées dans notre pays. Le Canada-Fnuiçais publia des articles très amples et originaux sur la philosophie, la littérature, l'histoire, l'art et les sciences ; sa disparition, en 1891, causa de vifs regrets à tous ceux qui, parmi nous, s'intéressent au progrès de notre vie intellectuelle.
Au mois de septembre 1902, le Bulletin du Parler français au Canada, organe d'une société fondée l'année précédente sous le patronage de l'Université Laval, fit son apparition. La Société du Parler français et son Bulleti?i ne font encore que de naître, mais nul doute que ces œuvres compteront bientôt parmi les utiles que l'Université ait vu se développer chez elle. Cette société tient ses séances hebdomadaires dans les salles même de l'Université ; mais elle est avant tout une société nationale, et elle sollicite le concours de tous les Canadiens qui sont curieux d'étudier leur langue, et de la perfectionner. Il suffirait d'indiquer ici avec quelle faveur cette société a été accueillie par les sociétés analogues qui existent en France, pour en faire voir toute l'importance et toute l'utilité.
Le travail énergique et persévérant auquel s'est livrée l'Université Laval pendant la période que nous venons d'étudier, a attiré vers elle les sympathies et la générosité de nombreux bienfaiteurs.
Nous avons signalé ailleurs la fondation d'une chaire d'éloquence par M. le chevalier Baillargé. Ajoutons que
tous les gouverneurs généraux que l'Angleterre a envoyés à Ottawa, depuis 1876, et la plupart des gouverneurs provinciaux qui se sont succédés à Québec depuis cette même date, ont voulu tour à tour témoigner à l'Université tout l'intérêt qu'ils prenaient à son œuvre, et donner, chaque année, pendant le temps de leur séjour à Rideau-Hall ou à Spencer- Wood, des médailles destinées à récompenser le travail des élèves. Les médailles Lorne, Lansdowne, Stanley, Aberdeen, Minto ; les médailles Masson, Angers, Chapleau ont été les récompenses les plus enviées par les concurrents des différentes Facultés. D'autre part, les prix Tessier, O'Reilly, Casgrain, Valois, Chauveau, de Lévis, Frémont, Lemieux, Roy, prouvent aussi le vif désir qu'ont eu certains professeurs et certains amis de l'Université d'exciter parmi nos étudiants une louable et féconde émulation.
Parmi ceux qui ont bien voulu, soit par des fondations, soit par des secours pécuniaires, aider le Séminaire de Québec à supporter le lourd fardeau de l'administration financière de l'Université, il nous plaît de mentionner le Rév. M. George Hodgson et M. Edouard Hodgson, avocat, de Cliarlottetown, Ile du Prince-Edouard, qui ont fondé, en mémoire de leur père, Daniel Hodgson, une bourse, afin de permettre à un jeune homme de l'Ile du Prince-Edouard d'étudier, pendant trois ans, dans une des trois Universités Laval, McGill et Dalhousie, chaque Université bénéficiant à tour de rôle de cette fondation.
Le docteur Thomas-Sterry Hunt, ancien professeur de sciences à la Faculté des arts, a légué par testament une somme dont la rente annuelle est destinée à encourager l'étude de la chimie.
Son Eminence le Cardinal Taschereau, qui fut tou-
jours si dévoué à l'œuvre universitaire, a consacré toute la part qui lui revint des biens des jésuites, quand la délicate question de leur partage fut réglée, au soutien des élèves de la Faculté de théologie.
Léon XIII lui-même, chargé de faire la distribution de ces biens, donna une preuve manifeste de sa sollicitude pour l'Université Laval en la constituant héritière d'une somme considérable. Au reste, ce Souverain Pontife a plus d'une fois montré en quelle estime il tenait l'Université, combien il désirait la voir florissante, et son nom brille au premier rang sur la liste des bienfaiteurs de cette institution.
Depuis quelques années, le gouvernement provincial accorde une subvention à l'Université Laval. Celle-ci ne peut manquer de lui savoir gré de secours aussi opportuns. L'œuvre de l'Université est d'une utilité trop grande et trop générale pour que nos hommes d'Etat puissent s'en désintéresser ; d'autre part, il est impossible, dans un pays comme le nôtre, où les fortunes particulières sont si rares, et si bien gardées, qu'une œuvre comme celle de l'Université puisse suffisamment se développer et se perfectionner, si elle ne peut compter sur le secours des deniers publics. C'est ce que comprennent bien aujourd'hui les ministres du gouvernement provincial et les directeurs de l'Université, et il ne peut résulter de cette commune entente que l'assurance de nouveaux progrès pour l'œuvre de l'enseignement supérieur dans notre province.
Enfin, nous mentionnerons parmi les plus généreux bienfaiteurs que l'Université Laval ait comptés pendant ces dernières années, le gouvernement français. La France se souvient de plus en plus des enfants qu'elle a laissés au Canada : les relations devenues plus faciles entre
l'Europe et l'Amérique ; la légitime ambition dont est possédée la France de voir se répandre partout son influence et son génie ; la courtoisie et la bienveillance des consuls généraux qu'elle nous envoie ; et par-dessus tout, cet instinct merveilleux qui rapproche et unit par des liens indestructibles la mère et sou enfant, tout cela nous fait comprendre que la France ne saurait perdre une occasion de uous témoigner sa vive et inaltérable sympathie. C'est pourquoi l'Université Laval fut si bien accueillie quand, dans l'hiver de 1898, son recteur demanda à M. le directeur du Muséum d'histoire naturelle de Paris une part des doubles qui sont conservés dans les collections du Muséum. Grâce à la générosité de M. le ministre de l'Instruction publique, et à l'obligeance de M. Milne Edwards, directeur du Muséum, des envois furent aussitôt faits à l'Université. Plus de 550 pièces sont venues enrichir nos musées de géologie, de minéralogie, de zoologie, et ont fait des collections de l'Université Laval les plus complètes qu'il y ait au Canada. L'Université n'oublie pas qu'elle doit, pour ces dons précieux, une vive reconnaissance à Monsieur Alfred Kleczkowski, consul général de France dans la Puissance du Canada. M. le consul général, qui veut bien témoigner à l'Université une sympathie très fidèle, avait appuyé de sa haute recommandation la démarche de M. le recteur auprès des autorités françaises.
Au surplus, l'Université n'a cessé de travailler pendant ces vingt-deux dernières années à accoître la valeur de ses musées et de sa bibliothèque. De nombreux amis apportent tous les ans leur contribution volontaire ; et peu à peu les collections s'enrichissent et se complètent. La bibliothèque compte aujourd'hui plus de 120,000 volumes, et elle continue d'être ouverte gratuitement au public pen-
dant l'année scolaire. En 1902, le Séminaire de Québec a acheté pour la galerie de peinture un nombre considérable de tableaux qui sont pour la plupart de très bonnes copies d'originaux italiens.
L'Université Laval croit faire œuvre excellente en permettant au public l'entrée de ses musées, et en mettant sous le regard des visiteurs le plus possible de choses scientifiques ou artistiques qui peuvent contribuer à entretenir et à développer parmi nous le goût de l'étude et le culte du beau. Dans un pays comme le nôtre, où l'art n'est encore qu'à ses débuts et cherche pour ainsi dire sa voie, on ne saurait fournir à ceux qui s'intéressent aux questions d'esthétique et à tous ceux qui ont quelque culture intellectuelle, trop d'occasions d'affermir en eux et d'affiner le sens de la vérité et de la beauté.
C'est, sans doute, pour atteindre, par d'autres moyens, ce but très noble que l'Université Laval organise parfois des fêtes artistiques, musicales, littéraires ou dramatiques, et y convie la population de Québec. D'ordinaire, c'est à l'occasion d'un événement ou d'un anniversaire mémorable, qu'elle donne ces sortes de spectacles, et l'on pourrait faire une liste assez longue de toutes les grandes démonstrations universitaires dont on a pu être témoin depuis 1854, et surtout depuis 1876.
C'est, en 1877, le concert donné, le 24 mai, dans la salle des fêtes de l'Université, à l'occasion des noces d'or épiscopales de Pie IX ; la présence du premier délégué apostolique que le Saint-Siège ait envoyé au Canada, Mgr Conroy, arrivé à Québec le jour même, donnait à cette soirée une solennité toute particulière.
L'année suivante, pour honorer les restes de Mgr de Laval, que l'on venait de retrouver et de transporter à la
chapelle du Séminaire, l'Université invitait le public à une des fêtes musicales les plus artistiques qu'elle ait données, et fournissait aux auditeurs la bonne fortune d'entendre et d'applaudir le Joseph, de Meliul. C'est, d'ailleurs, surtout à l'occasion de l'anniversaire de la naissance de Mgr de Laval, que l'Université a organisé ces concerts que recherche avec tant d'empressement l'élite de la population québécoise. Aucun peut-être ne fut plus brillant et n'a laissé de souvenirs plus durables que celui qui fut donné, le 13 mai 1891, pour fêter, à la fois, l'anniversaire de la naissance et l'introduction de la cause de béatification du vénérable Mgr de Laval. La Cantate de Mgr de Laval, le Chœur des soldats et la Suite d'orchestre, tirés du Faust de Gounod, ont été rendus avec un art vraiment peu ordinaire, et l'auditoire déjà profondément impressionné par cette musique puissante, a acclamé avec un enthousiasme absolument lyrique les odes récitées par nos deux aimables poètes : M. l'abbé Apollinaire Gingras et Monsieur Adolphe Poisson. Ce soir-là, l'éloquence donnait la main à ses sœurs la poésie et la musique, et Mgr L.-N. Bégin, alors évêque de Chicoutimi, prononçait un de ces discours de forme si pure et si classique où il excelle, discours qui lui valut, cette fois, d'être surnommé le cygne de Chicoutimi.
Souvent, d'ailleurs, l'Université a pris soin de mêler dans ses fêtes artistiques, la musique et les lettres. La soirée qui fut donnée, le 13 février 1888, pour célébrer le jubilé sacerdotal de Léon XIII, est une des plus caractéristiques qui aient été organisées dans ce genre. Un puissant orchestre y exécuta des morceaux choisis avec goût, tandis que M. l'abbé L.-N. Bégin, M. le docteur A. Vallée, M. E.-J. Flynn, M. l'abbé M.-T. Labrecque, firent avec une
éloquence sincère et bien soutenue, l'éloge du grand pontife Léon XIII, mettant tour à tour en vive lumière la gloire du protecteur des lettres, du diplomate, du sociologue, et du philosophe.
Nous mettrons encore au nombre des grandes démonstrations artistiques de l'Université, à raison de la valeur même des discours qui y furent prononcés, la séance du 28 avril 1889, où les citoyens de Québec furent invités à s'associer aux directeurs et aux professeurs de l'Uuiversité Laval, pour protester contre l'usurpation faite par le gouvernement italien des Btats de l'Bglise. Mgr M. -T. Labrecque, alors professeur à la Faculté de théologie, y défendit avec force les droits du Saint-Siège, et M. le juge Routhier remporta, ce jour-là, un de ses plus solides succès oratoires.
On n'a pas oublié non plus la conférence fortement pensée et si brillamment écrite que lut, à l'Université, le 27 février 1893, à l'occasion du jubilé épiscopal de Léon XIII, Mgr Louis-Adolphe Paquet.
Chaque fois encore que l'Université a eu l'honneur de recevoir la visite d'un personnage occupant un haut rang dans la hiérarchie religieuse ou civile, ou dans le inonde des lettres, elle a voulu associer à sa joie le public de la ville, et le faire bénéficier en même temps des bonnes paroles que nous ont toujours apportées ces distingués visiteurs. Nous signalerons, parmi les plus brillantes réceptions qui aient été faites à l'Université, celle du marquis de Lorne et de la princesse Louise, le 6 juin 1879 ; celles de Monseigneur Satolli, aujourd'hui cardinal, en novembre 1889, et en octobre 1894 ; celle de Mgr le comte de Paris, et de son fils le duc d'Orléans, le 28 octobre 1890 ; celle qui fut faite à M. le marquis et à Madame la mar-
quise de Lévis, et à plusieurs représentants de la vieille noblesse française qui les accompagnaient, le 20 juin 1895 ; les réceptions de Mgr Merry del Val, délégué apostolique au Canada, et de Lord Russel de Killowen, juge en chef de la Grande-Bretagne, en 1897 ; la réception de Mgr Falconio, délégué apostolique, le 2 octobre 1899 ; et enfin la visite de leurs Altesses Royales le duc et la duchesse d'York, en septembre 1901. L'empressement avec lequel tous ces personnages illustres ont voulu témoigner à l'Université Laval leur estime et leur sympathie fait honneur à l'Université elle-même aussi bien qu'à leur très délicate bienveillance.
Tous les gouverneurs généraux du Canada et tous les gouverneurs provinciaux de Québec n'ont pas manqué non plus, après leur entrée en fonctions, d'apporter personnellement aux directeurs de l'Université des paroles d'encouragement et des félicitations pour l'œuvre qu'ils ont accomplie.
Nous signalerons enfin, parmi les visites dont l'Université a gardé le meilleur souvenir, celle que lui fit M. Ferdinand Brunetière, de l'Académie française, le 5 mai 1897 : visite d'autant mieux accueillie, que M. Brunetière voulut bien à cette occasion donner à l'Université, sur le génie français au XVIIe siècle, une de ces conférences si instructives, si nourries et si éloquentes qui ont fait du critique très pénétrant qu'il est, un des orateurs les plus recherchés de notre temps.
Mais entre toutes les démonstrations solennelles auxquelles l'Université convie le public, nulle peut-être n'est plus consolante ni plus utile, et nulle ne se fait avec une sorte de majesté plus liturgique que la traditionnelle séance académique qui termine chaque année scolaire. Aussi la
population de Québec, et les parents des élèves se pressentils toujours en foule dans cette vaste salle des fêtes ou salle des promotions, où leur est donné un spectacle qu'on ne se lasse pas de voir.
C'est d'abord la longue et imposante théorie des professeurs, drapés dans leurs longues robes noires, portant l'épitoge bordée d'hermine et de soie aux couleurs universitaires, qui défilent en grande procession, aux accords bruyants de la fanfare, et s'en vont prendre place sur l'estrade ; c'est, ensuite, la présence des personnages officiels et des citoyens marquants qui sont installés aux premiers rangs des auditeurs ; c'est aussi, c'est surtout peutêtre, cette foule d'étudiants qui remplissent la salle, et qui y apportent vraiment, ce soir-là, toute leur jeunesse, toutes leurs espérances et toutes leurs illusions. Ils sont les véritables héros de la fête : c'est pour eux que l'Université existe, c'est d'eux qu'elle vient entretenir l'auditoire ; ils le savent, et ils ne laissent pas d'en paraître tout fiers et tout heureux.
Au surplus, ce soir-là, toute l'Université est en joie. L'heure du repos a sonné pour les élèves et pour les professeurs, et personne ne s'en attriste ; l'heure de la séparation aussi est venue, et c'est cela même qui donne à cette dernière rencontre un caractère tout particulier de vive et franche sympathie ; les regrets de l'adieu sont, du reste, tempérés par l'espoir du retour prochain : c'est toujours par Vau revoir que les élèves de Laval saluent, en la quittant, leur Aima Mater.
Le recteur ouvre la séance par le discours d'usage ; il dit à l'auditoire ce qu'a été, pendant l'année qui finit, la vie universitaire ; avec quelle intensité on l'a vécue, quels fruits elle a donnés ; il fait part aussi de tous les
événements, heureux ou malheureux, qui se sont succédés à l'Université pendant l'année académique ; parfois il traite quelque question spéculative ou pratique qui se rapporte à l'enseignement universitaire ; il ne manque jamais de rappeler les longs espoirs que l'Université ne cesse d'entretenir, et sa foi inébranlable dans la mission que la Providence lui a confiée.
Si, pendant l'année qui s'est écoulée, la mort a fait disparaître quelques-uns des professeurs des différentes Facultés, un collègue est chargé de rappeler la mémoire de ces défunts, de dire surtout le rôle qu'ils ont joué dans l'Université, quelle action ils ont exercée sur leurs élèves, sur leurs amis, sur leurs contemporains. Beaucoup de ces notices biographiques sont de petits chefs-d'œuvre de bon goût, pénétrées qu'elles sont le plus souvent de l'amitié la plus vive, et remplies des souvenirs personnels les plus touchants.
Ce devoir de piété et de reconnaissance pour les chers défunts accompli, le recteur de l'Université fait reprendre à la séance sou cours régulier, et l'on procède à la proclamation des nouveaux gradués, à la collation des diplômes, et à la distribution des récompenses accordées au travail et au succès. Pour accompagner des gestes aussi graves, on se sert de formules savantes, latines, mystérieuses pour i la galerie, comprises des seuls initiés : la langue française, même celle du vingtième siècle, pourrait-elle fournir des vocables assez sonores pour créer des bacheliers et des docteurs ?
Cette solennité tout archaïque des rites universitaires n'empêche pas que nous sommes ici au moment de la séance le plus vivement désiré, le plus impatiemment
attendu. Sous le regard des maîtres et des parents, les
jeunes lauréats viennent recevoir, des mains du recteur, la médaille ou le parchemin qu'ils ont si vaillamment conquis. Des applaudissements enthousiastes honorent toujours ceux-là qui se sont le plus distingués par leur intelligence et par leur mérite : et ces premiers applaudissements, qui sont prodigués à l'élite des étudiants de Laval, sont d'ordinaire comme le premier bruit d'une gloire qui commence, qui rarement s'éclipse, qui va plutôt grandissant, et qui est d'autant plus solide qu'elle a pour garant l'amour du travail et une conception très noble du devoir.
Et c'est précisément ce qui fait les séances annuelles de clôture si bienfaisantes. Non seulement elles font connaître au public le bilan de l'année académique, mais aussi elles lui signalent ceux qui, dans leur studieuse chambrette d'étudiant, se préparent à devenir les citoyens utiles du lendemain, les ouvriers consciencieux et éclairés de l'œuvre sociale. Et il est bon que le jeune talent, sérieux et cultivé, soit ainsi connu, soit publié, soit applaudi ; rien ne féconde davantage les énergies, et rien ne les soutient mieux que l'ambition sans cesse aiguillonnée. Quand, d'ailleurs, à ces motifs très naturels et très humains se joignent des aspirations solides fondées sur le sentiment des responsabilités personnelles, on peut être assuré que l'œuvre qui s'élabore sera fructueuse.
Or, précisément, ces raisons supérieures qui soutiennent le courage et le développent, les séances académiques les rappellent suffisamment à l'esprit des étudiants, puisque c'est sous les yeux des chefs de l'Eglise et de l'Etat qu'ils reçoivent leurs premières récompenses. Ils ont ainsi devant eux, et dans la personne de ces dignitaires qui sont leurs aînés, comme une image de ce que peut être
leur avenir, s'ils savent, comme ces devanciers, travailler ferme et sans relâche; ils aperçoivent déjà quelque chose des grandes missions qui les attendent, et ils comprennent mieux quels grands efforts il leur faut dès maintenant produire pour s'y préparer.
C'est donc parce que tous les motifs très humains de travailler, les séances solennelles de fin d'année les mettent en lumière; c'est aussi parce que toutes les aspirations légitimes, elles les fortifient ; c'est parce que toutes les ambitions loyales, elles les agrandissent, que ces séances comptent à bon droit parmi les démonstrations universitaires que recherche avec le plus d'empressement notre population. Ces grandes assises annuelles honorent l'Université ; elles avisent et réjouissent le public; elles stimulent l'ardeur des étudiants ; elles commencent les nouvelles réputations et préparent ainsi dans quelque mesure les succès de l'avenir.