CHAPITRE III
Division.— A quoi se réduit l'histoire des doctrines. — Développement des différentes Facultés.— Facultés de droit ; de médecine ; de théologie.—Facultés des arts : cours publics ; enseignement secondaire ; baccalauréat et affiliation des collèges ; l'action au dehors ; publications des professeurs ; concours de poésie et d'éloquence. — Recrutement des élèves de l'Université.— Les gradués.— Les musées et la bibliothèque.— Les bienfaiteurs.— La fondation de la succursale à Montréal. — L'érection canonique.
'histoire de l'Université Laval, si l'on met à part les " deux années qui constituent ce que nous avons convenu d'appeler la période d'organisation, peut se diviser en deux autres périodes distinctes. La première comprendrait les années qui s'écoulent entre 1854 et 1876, cette dernière date marquant le moment précis où l'Université reçoit l'érection canonique, se dédouble et établit de nouvelles Facultés à Montréal. La deuxième période irait tout naturellement de 1876 à 1902. C'est dans ces cadres, un peu artificiels peut-être, mais que nous autorise pourtant à tracer le mouvement même de la vie universitaire,
que nous allons placer les événements que nous voulons ici rappeler.
L'histoire d'une maison d'éducation peut être bien longue à faire si l'on veut la remettre dans toutes ses multiples et infimes manifestations sous le regard des anciens élèves. Bile peut alors offrir à ces derniers un intérêt de curiosité, et ce charme du souvenir qui s'attachent à la mémoire des choses auxquelles ont été mêlées les meilleures années de notre vie d'étudiant. Mais nous ne pouvons ici entrer dans tous ces détails, ni satisfaire tous ces besoins d* émotion que réclame cette piété filiale que nous emportons des lieux, des institutions où notre être a grandi et s'est fortifié ; nous ne voulons plutôt évoquer de l'histoire de notre Université que les progrès et les événements qui sont d'un intérêt général.
L'histoire d'une université, c'est avant tout l'histoire de son enseignement ; c'est l'histoire des idées et des doctrines qui ont tour à tour débordé de l'esprit des professeurs sur celui des élèves ; c'est aussi, ce peut être du moins, l'histoire de l'influence que, par son enseignement, elle a exercée sur les destinées sociales d'un peuple ; ce peut être enfin l'histoire des élèves eux-mêmes, de chacune de ces âmes qui sont venues, neuves et ouvertes, lui demander, avec la science, le secret des vies utiles, et qui s'en sont allées ici ou là faire fructifier les dons, faire produire toutes les énergies qu'une forte et saine culture avait déposés en elle.
Quelqu'un peut-être entreprendra un jour de préciser le rôle social que l'Université Laval a pu jouer dans notre pays, et de dire surtout dans quelle mesure son influence a été réelle ; nous ne pouvons nous préoccuper de discuter ici ce problème. à la fois délicat et complexe.
Nous n'avons pas non plus à suivre sur les multiples avenues où ils se sont dispersés, ceux-là, ne fussent même que les plus illustres d'entre eux, qui ont reçu de l'Université Laval leur formation, et qui y ont eu peut-être pour la première fois la vision vraie de ce que pouvait et devait être leur existence, ou leur rôle dans la société. Des histoires de ce genre ne s'écrivent pas, ne peuvent s'écrire pour des maisons d'éducation : celles-ci sont condamnées à ignorer la plus large part du bien qu'elles ont fait, comme aussi une bonne partie du mal qu'elles ont pu faire.
Quant à retracer l'histoire des idées et des doctrines dont une université se fait nécessairement l'organe, on sait combien ce travail peut être long lorsqu'il s'agit de raconter les découvertes scientifiques qu'a provoquées, ou de dessiner la courbe d'évolution qu'a suivie l'enseignement de telle ou telle vieille université d'Europe. Mais l'Université Laval est trop jeune encore pour fournir une ample matière à ces curieuses recherches. Condamnée d'ailleurs, par suite des conditions assez pénibles dans lesquelles elle se développe, à jouer un rôle assez modeste ; incapable, à cause des ressources trop médiocres dont elle dispose, de fournir à ses professeurs les moyens de consacrer tout leur temps à des travaux d'ordre scientifique, l'Université Laval a dû se contenter, le plus souvent, de profiter de l'initiative et du travail des autres et d'enregistrer soigneusement tous les progrès que réalise autour d'elle le monde qui pense et qui cherche.
Au surplus, toujours elle a été soucieuse de ne distribuer à ses élèves qu'un enseignement qui fût à la fois solide et chrétien. Jamais elle n'a varié sur ce point, et les principes dont elle pénètre ses leçons sont ceux-là
mêmes qui font les âmes religieuses, les individus bienfaisants, et les peuples vertueux.
On le sait d'ailleurs, l'Université est née d'une inspiration trop catholique pour qu'elle ait jamais perdu le sens véritable de l'enseignement qu'elle doit donner. C'est à Londres qu'elle a demandé son existence officielle, le droit de vivre la vie civile ; mais c'est à Rome qu'elle est allée chercher l'orientation de sa vie intellectuelle ; et elle a reçu de là une direction trop sûre et une impulsion trop forte pour qu'elle ait jamais dévié de cette voie droite et large dans laquelle ses fondateurs l'avaient lancée.
L'Université Laval s'est donc appliquée avant tout à donner aux jeunes gens qui sont venus lui demander l'enseignement, une science profane qui fût le plus possible au point de tous les progrès modernes, le plus possible aussi dégagée de toute erreur, également ennemie de la routine et des périlleuses extravagances. Bile a donc toujours formé, en même temps que des citoyens éclairés, des chrétiens convaincus, et nous ne pourrions résumer en une phrase plus significative ni plus juste l'histoire des doctrines de l'Université Laval.
Il est beaucoup moins facile de dire ou de raconter comment l'Université s'y est pris pour répandre ses doctrines et pour assurer la régularité de son enseignement.
Cet enseignement, elle ne l'a pas toujours donné aussi abondant qu'elle l'aurait souhaité. Nous avons dit déjà combien il fut difficile d'organiser la Faculté de droit, qu'il fallut même faire venir de l'étranger un professeur, et que pendant les premières années les élèves ne purent suivre à la Faculté que des cours de droit civil et de droit romain.
Cependant, nous voyons sur les tableaux des cours que, déjà en 1858-1859, on avait ajouté à ces deux enseigne-
ments les leçons de droit commercial et de droit maritime, de droit criminel et de procédure. En 1866, on commença à donner des leçons de droit administratif. Ainsi la Faculté complétait peu à peu son organisation, et fournissait enfin un enseignement suffisant sur toutes les parties essentielles du droit.
Les élèves suivirent avec régularité les leçons des maîtres, et en 1870, se présentait, devant le bureau de la Faculté, le premier d'entre eux qui ait affronté les épreuves du doctorat. M. J.-G. Colston défendait avec succès une thèse intitulée De la chose jugée, et méritait l'honneur d'ouvrir la liste des docteurs en droit de l'Université.
La Faculté de médecine qui, en 1853, comptait six professeurs, augmenta, elle aussi, avec le temps, son personnel enseignant. Dès 1866, neuf professeurs y donnaient les cours ; et c'est ce même nombre que nous retrouvons sur la liste des professeurs en 1876.
Au surplus, V Annuaire de l'Université pour l'année 1 866-1 867 constate que l'enseignement de la médecine vient de prendre des développements considérables. Le nombre des leçons de clinique est beaucoup plus grand qu'il ne l'était auparavant. " Ainsi, à part le nombre des leçons de clinique ordinaires exigées par les règlements du Bureau provincial, et qui se donnent à l'Hôpital de Marine et à l'Hôtel-Dieu, les élèves de l'Université ont une clinique des accouchements à l'Hôpital de Marine, une clinique interne et externe au Dispensaire, une clinique spéciale des maladies des yeux et des oreilles, et des leçons de médecine légale pratique à la Morgue" (I).
C'est le 19 février 1866 que l'on a ouvert pour lapre-
(1) Annuaire pour l'année 1866-1867, p. 52. (5)
mière fois le Dispensaire. Tous les pauvres de la ville, sans distinction de croyances ou d'origines, furent invités à venir y chercher les soins et les remèdes dont ils pouvaient avoir besoin. Ce Dispensaire fut placé sous la direction du recteur de l'Université et de Monsieur le curé de Québec. Les médecins de la Faculté furent chargés du service médical, et les excellentes Sœurs de la Charité de l'entretien des salles. Ce Dispensaire n'a pas cessé d'être ouvert depuis 1866, et l'on sait quels services inappréciables l'Université a rendu par ce moyeu à la ville de Québec.
La Faculté de médecine eut, bientôt après cette date de 1866, l'avantage et l'honneur d'être affiliée au Collège ro3'al des chirurgiens de Londres. C'est en 1870 que le Collège royal voulut bien agréer cette affiliation qui accorde à l'Université et aux élèves de la Faculté de médecine les privilèges suivants :
i° L'examen de l'inscription de l'Université Laval est reconnu comme équivalent à l'examen préliminaire du Collège royal des chirurgiens de Londres.
2° Les certificats d'assiduité aux cours de médecine suivis à l'Université Laval par les élèves inscrits sont reconnus par le même Collège royal.
30 Les docteurs en médecine de l'Université Laval sont admissibles à l'examen pour le diplôme de membre du Collège royal des chirurgiens de Londres.
La Faculté de médecine s'est efforcée toujours de justifier cette confiance que le Collège royal des chirurgiens voulait bien lui accorder, et elle n'a cessé de travailler activement à perfectionner ses méthodes et son enseignement.
En 1866, l'Université Laval organisait enfin la Faculté
de théologie. Cette année même, grâce à l'arrivée de jeunes professeurs formés à Rome, l'enseignement des sciences ecclésiastiques put être donné régulièrement. Les premiers titulaires des chaires de la Faculté de théologie furent : M. l'abbé E.-A. Taschereau, doyen, professeur de droit canonique ; M. l'abbé Benjamin Paquet, professeur de théologie morale; M. l'abbé L.-H. Paquet, professeur de théologie dogmatique ; M. l'abbé L.-N. Bégin, professeur d'Ecriture Sainte et d'histoire ecclésiastique.
Si l'on veut se rappeler quelle place devaient prendre dans le clergé canadien ces premiers et jeunes professeurs de la Faculté de théologie, on comprendra que cette Faculté devint une des plus florissantes de l'Université, et qu'elle attira bientôt des étudiants de toutes les parties du pays et même des Btats-Unis.
En 1865, l'année qui précéda l'organisation de la Faculté de théologie, le recteur demanda à Rome et obtint un induit qui donnait à l'archevêque de Québec le pouvoir de conférer les degrés en théologie aux élèves de tous les grands séminaires de la province canadienne. Cet induit fut accordé aux mêmes conditions qui avaient été déterminées par l'induit de 1853, en faveur des élèves du Grand Séminaire de Québec.
Grâce à ces pouvoirs nouveaux conférés à l'archevêque, l'Université Laval pouvait espérer voir les grands séminaires de la province accepter les programmes et les règlements de la Faculté de théologie, s'affilier à l'Université elle-même, et se mettre ainsi en mesure de procurer à ceux de leurs élèves qui les auraient mérités, les degrés auxquels ils ont droit. On ne devait pas tarder à voir les premiers résultats de ces démarches. Le 14 janvier 1869, le Grand Séminaire de Rimouski, et le 30 jan-
vier 1872, le Grand Séminaire deSte-Anne de la Pocatière étaient affiliés, sur leur demande, à l'Université Laval.
Bn même temps que s'organisait et se développait la Faculté de théologie, la Faculté des arts essayait de fournir dans une sphère bien différente sa part d'activité et d'influence.
On se rappelle que l'Université entreprit, dès 1855, de tracer au moins les cadres de cette Faculté, et de créer quelques chaires qu'elle attribuerait à ceux de nos hommes de lettres ou de sciences qui pourraient les occuper avec honneur, et qui de temps à autre donneraient devant notre population de Québec des cours publics.
C'est en 1859 que commença la série de ces cours publics de sciences, de lettres, d'histoire, d'apologétique, qui devaient se continuer j usqu'à nos jours. Cette ann ée-là, M. l'abbé Ferland donna des leçons d'histoire du Canada, et M. l'abbé Th.-E. Hamel, récemment arrivé de Paris avec le diplôme de licencié es sciences, des leçons de physique qui furent suivies et fort goûtées par un très nombreux auditoire. L'année suivante, le R. P. Tailhan, S. J., que l'Université avait fait venir de France pour occuper la chaire de philosophie, donna lui aussi des cours publics qui obtinrent un très grand succès (I).
L'Université Laval voulut encore donner à la Faculté des arts quelque consistance, en mettant au compte de cette Faculté les classes de sciences et de philosophie du Petit Séminaire de Québec. D'après une décision du 10 avril 1860, il fut convenu que ces classes seraient désormais ouvertes au nom de la Faculté des arts, et qu'on y admet-
(1) Voir pour ces détails le très intéressant discours prononcé par le docteur H. LaRue, à l'occasion de l'inauguration du monument Casault, le 8 janvier 1863.
trait, outre les élèves du Petit Séminaire, les étudiants des Facultés de droit et de médecine, tous les jeunes gens qui auraient déjà subi avec succès le premier examen de l'inscription, et enfin tous ceux qui étudient la pharmacie, le génie civil, l'arpentage ou l'architecture.
La Faculté des arts commençait ainsi à donner un enseignement régulier ; mais, on le voit, cet enseignement ne pouvait être encore l'enseignement supérieur, destiné qu'il était surtout à préparer les élèves au second examen du baccalauréat. C'est, au reste, ce caractère plutôt modeste que l'enseignement de la Faculté des arts a dû conserver jusqu'à aujourd'hui.
Autour de la Faculté des arts se groupèrent successivement, à partir de 1863, un bon nombre des collèges et des petits séminaires de la province de Québec. Depuis de longues années déjà, les directeurs de l'Université Laval s'appliquaient à déterminer d'après un plan qui fût accepté par tous, les conditions de l'affiliation, lorsqu'enfin, après de longues et laborieuses négociations, on en vint à une entente. Les règlements adoptés par le conseil universitaire, dans sa séance du 14 avril 1863, parurent concilier toutes les initiatives, et dès le 5 mai suivant, cinq de nos maisons d'éducation étaient affiliées à l'Université Laval : le Petit Séminaire de Québec, le Séminaire de Nicolet, le Séminaire de Sainte-Thérèse de Blainville, le Collège de Sainte-Anne de la Pocatière et le Collège de Saint-Joseph des Trois-Rivières. Le 17 avril 1872, le Petit Séminaire de Rimouski fut à son tour affilié à l'Université.
On sait combien cette affiliation des collèges et des petits séminaires à l'Université Laval devait contribuer pour une large part à fortifier les études classiques dans notre province. La perspective des épreuves du bacca-
lauréat est pour les élèves un stimulant très efficace, et le désir, l'ambition tout à fait légitime de conquérir le grade de bachelier ne manque pas de redoubler chez les plus intelligents la somme de travail et d'efforts qu'ils apportent à la préparation des examens. Le baccalauréat, offert dans les mêmes conditions à tous les élèves des différents collèges, était de plus comme un concours où chaque maison d'éducation tenait à figurer avec honneur ; et ceci même devenait encore, pour les professeurs et pour les élèves, un nouveau motif de ne rien négliger pour réaliser le meilleur succès.
Et c'est ainsi que la Faculté des arts de l'Université Laval, malgré l'organisation très incomplète à laquelle les circonstances l'avaient condamnée, n'en jouait pas moins cependant un rôle très utile.
A Québec même, malgré les lacunes de son programme, et bien que l'enseignement supérieur n'y fut pas régulièrement donné, la Faculté des arts est peut-être celle qui a fait davantage pour développer dans la société le goût des bonnes lectures, et pour alimenter cette curiosité intellectuelle qui est particulière à notre population. C'est par ses cours publics surtout qu'elle a pu jouer un rôle si considérable, et obtenir de si précieux résultats. Elle a groupé autour de la chaire de ses conférenciers un auditoire toujours nombreux et assidu, et l'on n'a pas encore perdu le souvenir de la faveur avec laquelle furent accueillies les leçons publiques qui furent données à l'Université il y a quarante ans.
Désireux d'étendre davantage, et au delà des limites de la ville, le cercle de leur influence, soucieux de répandre aussi loin que possible dans notre population et de propager les idées qu'ils développaient du haut de leur chaire, les pro-
fesseurs de la Faculté des arts prirent soin très souvent de réunir en volume leurs leçons, et de les livrer à la publicité. Et c'est alors que commença cette série d'œuvres écrites, dont partout les Facultés se font gloire, et qui constituent en effet le monument le plus durable de l'enseignement universitaire.
M. l'abbé Ferland, le premier, se préoccupa de publier le cours si solide et si instructif qu'il fît sur l'histoire du Canada. On sait avec quelle ardeur M. Ferland se voua aux études historiques, et avec quel amour il s'appliqua à raconter surtout les faits et gestes accomplis par nos pères sous la domination française. " Il mettait dans ses recherches tout le zèle que les savants de la Renaissance consacraient jadis à élucider un passage de Platon ou de Senèque, à restituer les lignes ou les mots perdus dans les pages d' Aristote ou de Cicéron. Il travaillait notre histoire avec ce respect, ce religieux scrupule d'un bénédictin travaillant à éditer les œuvres des Pères, ou à dérouler les annales de l'Eglise" (I>.
Dès qu'il eut terminé son cours, l'abbé Ferland entreprit d'en faire une histoire régulière. L'apparition de cette œuvre fut tout un événement dans notre monde intellectuel ; et les deux forts volumes que forme le Cours d*1 histoire dît Canada sont, à n'en pas douter, l'ouvrage le plus considérable qui soit sorti de l'Université pendant cette première période de sa jeunesse que nous sommes à raconter. Le livre de Ferland est classique aujourd'hui ; il est surtout remarquable par une rigoureuse exactitude, et s'il peut être complété et même revisé par des histo-
(1) Eloge de M. Ferland, par M. E. Méthot, dans V Annuaire 1868- 1869, p. 34.
riens plus récents, il n'en constitue pas moins comme un document indispensable qu'il faut toujours consulter.
Malheureusement, l'abbé Ferland n'eut pas le temps de mettre la dernière main à son œuvre ; la mort le surprit en 1865, au moment où le deuxième volume était en cours de publication. L'abbé Laverdière se chargea de terminer cette publication ; mais Ferland n'avait pu laisser de son troisième volume qu'une ébauche trop imparfaite, ce dernier volume n'a jamais vu le jour.
A côté de l'abbé Ferland travaillait un professeur infatigable, qui devait prendre lui aussi une très large place dans les rangs de nos historiens canadiens : c'est l'abbé C.-H. Laverdière, celui-là même qui voulut terminer la publication du deuxième volume du Cours de l'abbé Ferland. Professeur d'histoire à la Faculté des arts, l'abbé Laverdière, non moins studieux et non moins érudit que son prédécesseur, publia une série de travaux qui font le plus grand honneur à l'Université,et qui ont puissamment contribué au progrès des études historiques dans notre pays. Nous ne pouvons qu'énumérer ici ses principaux ouvrages, qui sont surtout d'excellentes éditions des Relations des jésuites (I), des Œuvres de Champlain (2\ et du Journal des jésuites^ ; il a aussi composé une Histoire du Canada, à l'usage des maisons d'éducation : manuel très documenté, un peu indigeste, fait d'après une méthode trop confuse, mais qui pourrait servir de base à celui qui voudra bien un jour doter enfin notre enseignement secon. daire d'un bon manuel d'histoire du Canada.
(1) Les Relations des Jésuites, 3 vol. 1858.
(2) Les œuvres de Champlain, 5 vol. 1870, avec préface, notice et annotations très précieuses.
(3) Le Journal des Jésuites, 1 vol. 1871,
Parmi les autres professeurs de la Faculté des arts qui donnaient au public des ouvrages d'ordre scientifique, nous mentionnons l'abbé O. Brunet, professeur de botanique, auteur des Eléments de Botanique et de Physiologie végétale, 1870 ; l'abbé Benjamin Paquet, professeur de droit naturel, qui publia en 1872 ses leçons sur le Libéralisme, et M. l'abbé L.-N. Bégin, professeur d'histoire ecclésiastique, qui publia en 1873 ses leçons sur La Primauté et V Infaillibilité des Souverains Pontifes. Ces deux derniers ouvrages furent accueillis avec une grande faveur. La Civilta Cattolica signala le premier à ses lecteurs, et le CatJwlic World 'fit le plus grand éloge du second ; il demanda pour celui-ci une édition anglaise qu'il souhaitait voir entre les mains des lecteurs catholiques d'Angleterre et des Etats- Unis. M. l'abbé Bégin écrivit encore l'année suivante, en 1874, l'excellent livre qui a pour titre La Sainte Ecriture et la règle de foi.
Ces premières publications de la Faculté des arts devaient donc, en même temps que disperser au loin les semences de l'enseignement universitaire, contribuer pour leur part au développement et à l'enrichissement de notre littérature canadienne.
Soucieuse d'ailleurs de donner une nouvelle et vive impulsion à cette littérature qui ne faisait encore que de naître, et justement préoccupée d'encourager les jeunes talents qui, en dehors de l'Université, pouvaient se produire et faire œuvre utile, la Faculté des arts prit, le 19 février 1866, l'initiative d'un concours de poésie auquel pourraient prendre part nos poètes canadiens-français. Et c'est alors que commença cette série de joutes littéraires qui devaient durer sept ou huit ans, et fournir à nos jeunes écrivains l'occasion de faire connaître leur talent.
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Le premier concours fut déclaré ouvert en 1867. Le sujet suivant fut proposé : La découverte du Canada. Douze concurrents présentèrent des travaux. MM. les abbés Méthot, Legaré et Beaudet, à qui des études spéciales donnaient alors une grande autorité en matière de littérature, furent chargés d'examiner et d'apprécier les pièces de poésie et de faire rapport. Ceux de nos lecteurs qui ont été mêlés aux événements de l'époque où nous nous reportons, se rappellent sans doute avec quelle anxiété le public attendait le résultat de ces concours de poésie, et combien vivement on applaudit les premiers lauréats de 1867. M. Pamphile Lemay obtenait le premier prix, une médaille d'or ; M. Louis Fiset, le deuxième prix, une médaille d'argent; M. A.-B. Routhier, le troisième prix, une médaille de bronze. M. E. Prud'homme, étudiant en droit, était proclamé digne d'une mention honorable.
En 1868, la Faculté des arts demandait à nos poètes de développer le thème suivant : Les martyrs de la foi au Canada. Trois concurrents seulement s'essayèrent à chanter; un seul, M. le notaire Eustache Prud'homme, mérita d'être couronné. Les juges lui décernèrent la médaille d'argent. L'histoire n'a pas conservé le nom des autres bardes qui n'obtinrent pas même cette fois une mention honorable.
L'année suivante, c'est un Hymne pour la fête nationale des Canadiens-Français, que l'on proposa aux concurrents d'entonner. Neuf poètes, tout un chœur de voix divines, se répandirent en accents patriotiques. M. Pamphile Lemay remporta une seconde fois la médaille d'or, pendant que l'on accordait une mention honorable à MM. Emmanuel Blain de Saint- Aubin, et Napoléon Caron.
Cette même année 1869, la Faculté des arts décida qu'à l'avenir un concours d'éloquence alternerait avec le concours de poésie, et l'on proposa pour l'année suivante V Eloge historique de Champlain. Les prosateurs étaient sans doute, à cette époque, moins nombreux ou moins hardis que nos poètes, puisque l'on voit dans les procèsverbaux de la Faculté des arts pour l'année 1870, qu'un seul concurrent se risqua à composer V Eloge du fondateur de Québec. Encore faut-il modestement ajouter que son Eloge historique de Champlain ne fut pas jugé digne d'être couronné. C'était la banqueroute de l'éloquence canadienne que devait suivre bientôt l'éclipsé de notre poésie.
En effet, pas une de nos muses ne sut chanter dignement, en 1871, le Concile œcuménique et le monde. Ce très beau sujet d'étude, peu propre peut-être à provoquer l'inspiration poétique, fut de nouveau proposé pour l'année 1873, comme V Eloge historique de Champlain avait été lui-même remis au concours pour 1872 : mais ni l'un ni l'autre sujet n'excita encore cette fois l'enthousiasme.
Ce que voyant, la Faculté des arts résolut d'adoucir le régime pourtant peu sévère des concours. Elle comprit que le génie est une flamme capricieuse, que la poésie et l'éloquence n'aiment pas que l'on assujettisse leur essor, ou qu'on borne leurs horizons, que toutes deux veulent s'ébattre en liberté. Elle comprit cela, et elle laissa désormais les poètes et les orateurs chanter et disserter sur des sujets de leur propre choix. C'est en 1874 qu'elle lâchait ainsi la bride à l'inspiration, et, dès l'année 1875, elle couronnait trois nouveaux poètes, et signalait au public deux autres concurrents dignes de mention honorable. M. L. Lorain, d'Iberville, recevait la médaille d'or; M.
j6 L'UNIVERSITÉ LAVAL
l'abbé N. Caron, curé de St-Wenceslas, la médaille d'argent ; M. Onésime Fortier, de St-Jean, Isle d'Orléans, la médaille de bronze. M. W. Chapman, de St-François, Beauce, et M. Gaston Wiallard, de Montréal, obtenaient une mention honorable.
Puis ce fut tout. La poésie de commande avait exhalé dans la gloire d'un triomphe ses derniers accents, et l'éloquence ne s'inquiéta plus davantage de s'émouvoir. Pendant plusieurs années encore, la Faculté des arts annonça ses concours, mais les orateurs s'obstinèrent à garder le silence, et les poètes ne recherchèrent plus le laurier vert ou coururent à d'autres Pâmasses.
De ce mouvement littéraire auquel donnèrent lieu les concours de l'Université, il reste, en même temps qu'un souvenir intéressant, quelques poésies d'assez longue haleine, dont quelques-unes ont été publiées et font honneur à notre jeune littérature canadienne. Les sujets proposés et traités sont tous, si l'on excepte celui de 1871, empruntés à notre histoire nationale, et la Faculté des arts montra de cette façon le très noble souci qui la préoccupait de développer parmi nous, en même temps que la flamme de l'inspiration, le respect et le culte des choses du pays.
Mais si l'Université Laval, grâce à ses publications et à ses concours de poésie et d'éloquence, cherchait à agrandir le cercle de son influence, et si elle voulait par ce moyen atteindre un public sur lequel elle ne pouvait autrement exercer son action, elle n'oubliait pas que le premier public sur lequel elle doit avoir prise, c'est bien celui que forme la jeunesse étudiante du pays. Elle comprenait surtout que si, dans une université, il importe que les différentes Facultés soient bien organisées et pourvues d'un personnel
de professeurs compétents, il n'est pas moins nécessaire, et c'est là un de ses moyens d'action les plus efficaces, que le nombre des élèves soit suffisant et même considérable.
Inutile de dissimuler ici les efforts qu'il a fallu faire pour triompher de certaines hésitations, pour vaincre certaines résistances, pour faire enfin dériver vers l'Université le courant qui devait lui apporter ses jeunes auditeurs.
Ce sont des habitudes nouvelles qu'il fallait introduire dans les mœurs des aspirants aux carrières libérales, et les habitudes nouvelles ne se contractent pas sans peine. Puisqu'on avait bien pu jusque-là devenir avocat, et très bon avocat parfois, sans avoir passé sur les bancs d'une Faculté de droit, et après n'avoir subi que des exa mens ordinairement fort peu sévères, on n'était pas très persuadé toujours qu'il fût très utile de suivre les cours universitaires. La loi d'ailleurs n'exigeait aucun cours de droit pour l'admission à la profession d'avocat ou de notaire ; elle ne favorisait que très médiocrement ceux qui se seraient donné le luxe d'une formation prise à l'Université.
" La loi, écrivent en 1862 les auteurs du Mémoire sur l ' Université Laval, fait semblant d'encourager ceux qui ont fait un cours classique et suivi des cours de droit ; mais elle a de graves défauts dans sa rédaction. Bile exige régulièrement cinq ans de cléricature ; elle abrège ce temps d'une année en faveur de ceux qui ont fait un cours d'études classiques ; elle réduit même la cléricature à trois ans en faveur de ceux qui, outre un cours complet d'études, ont suivi un cours de droit dans un collège ou séminaire incorporé, conformément aux règles et statuts de ce collège ou séminaire. Nous avouons qu'il n'y a
rien que de juste dans le principe qui a fait accorder ces privilèges ; mais, par malheur, la loi est tellement vague, qu'elle peut s'appliquer à une foule de cas que la législature n'a pas voulu y comprendre. Ainsi, elle ne définit nulle part ce qu'il faut entendre par cours classique. Supposez un collège incorporé où les langues anciennes, dites classiques, tiennent un rang bien humble ; cependant les élèves de cette institution auront absolument le même privilège que ceux d'une autre institution où l'on suit un plan d'études beaucoup plus étendu et plus conforme à l'idée que l'on attache à ce mot classique.
11 Nous permettra-t-011 d'exposer un nouveau défaut de la loi ? Il suffit, à ses yeux, que l'on ait suivi un cours de Droit dans une institution reconnue légalement, conformément aux statuts de cette institution. Rien de défini quant à l'objet, ni à la durée, ni au nombre des cours. S'il plaît aux directeurs d'un collège de passer un règlement par lequel il sera établi que le cours de Droit, dans ce collège, se composera de trois leçons de Droit civil, il est vrai de dire qu'un élève de cette institution, tout en faisant sa Rhétorique ou sa Philosophie, ou même en apprenant ses déclinaisons latines, pourra réclamer les privilèges de la loi. Il sera sur le même pied qu'un élève de l'Université Laval, qui aura entendu et analysé au delà de treize cents leçons de Droit, et subi une dizaine d'examens sérieux sur toutes les parties de la jurisprudence romaine, civile, criminelle, commerciale et maritime ! (I) "
Telles étaient quelques-unes des anomalies de la loi qui réglait l'admission à l'étude et à la pratique du
(1) Mémoire sur V Université Laval, p. X.
droit, et l'on comprend dès lors que les étudiants, qui naturellement vont au plus court et au moins difficile, pouvaient se demander à quoi bon s'astreindre à ces longues études de quatre années d'abord, de trois années ensuite, à partir de 1858-59, prescrites par les règlements de l'Université Laval, à quoi bon se soumettre à ces examens fréquents qu'entraîne l'inscription dans une Faculté ?
Bt surtout, pourquoi faire ces dépenses extraordinaires que nécessite la vie d'étudiant à l'Université? Ht ce dernier motif, il faut le reconnaître, est le plus sérieux qui ait fait obstacle au recrutement des élèves des Facultés. Les parents, qui déjà s'étaient saignés pour payer à leurs enfants un cours classique, n'étaient que médiocrement disposés à prolonger ces sacrifices, et à favoriser cette chose nouvelle qui était un cours universitaire.
Les mêmes raisons ne valaient pas autant, sans doute, pour les aspirants à la pratique de la médecine, puisque des cours de médecine leurs sont indispensables, et que d'ailleurs la Faculté de Laval ne faisait que remplacer, en la complétant, l'Ecole de médecine jusque là ouverte aux étudiants. Mais cela même n'empêchait pas qu'on trouvait bien longue et bien lourde la tâche imposée aux futurs médecins par la Faculté, qu'on la trouvait aussi et surtout bien dispendieuse: d'autant plus que la loi, ici encore, n'exigeait pas pour l'admission à la pratique de la médecine ces quatre années de cours que l'Université imposait à ses élèves.
Cependant, il faut le dire à la louange de la jeunesse étudiante de 1854- 18 76, et aussi à l'éloge des directeurs de nos collèges classiques, qui s'efforcèrent toujours de diriger vers l'Université ceux de leurs élèves qui se destinaient aux carrières libérales, les cours des Facultés de
droit et de médecine furent dès le début assez fréquentés. Et si le nombre des élèves ne répondit pas tout de suite à l'attente des fondateurs, on put prévoir déjà que bientôt leurs espérances seraient en partie réalisées.
Voici, pour préciser davantage nos observations, quelques statistiques que nous empruntons aux Annuaires de l'Université :
De 1854 à 1857, vingt-cinq étudiants ont suivi les cours de la Faculté de droit, et seize les cours de la Faculté de médecine. Pendant l'année 1857, on compte vingt-trois élèves à la Faculté de droit, et vingt-deux à la Faculté de médecine.
En 1 867-1 868, il y a trente-neuf étudiants à la Faculté de droit, et cinquante et un à la Faculté de médecine ; cette même année, il y a à la Faculté de théologie quarantecinq étudiants. Enfin, pendant l'année 1875-1876, quarante-trois élèves ont fréquenté les cours de la Faculté de théologie, trente-neuf ceux de la Faculté de droit, et soixante-douze ceux de la Faculté de médecine.
Si maintenant l'on veut savoir avec quels succès ces élèves ont suivi les cours des différentes Facultés, on pourra consulter le tableau suivant où nous avons indiqué le nombre assez exact, croyons-nous, des élèves gradués de l'Université en 1876. On n'oubliera pas que les gradués de la Faculté des arts sont des élèves qui se sont préparés aux examens du baccalauréat dans les collèges classiques affiliés de la province.
Faculté de droit : 90 bacheliers, 12 licenciés, 1 docteur.
Faculté de médecine : 128 bacheliers, 82 licenciés, 48 docteurs.
Faculté de théologie : 47 bacheliers, 8 licenciés, 3 docteurs.
LES DÉVELOPPEMENTS 8l
Faculté des arts: j8 bacheliers es sciences, 52 bacheliers es lettres, 101 bacheliers es arts.
Nous rappellerons, pour compléter ces renseignements, que l'Université voulut, dès l'origine, assurer la dignité de son enseignement, et relever le plus vite possible le niveau des études professionnelles, en n'admettant à suivre les cours que ceux-là qui pouvaient prouver, par des certificats ou des examens subis avec succès, qu'ils avaient reçu une culture classique suffisante.
On a souvent reproché à l'Université les mesures sévères qu'elle prit alors, et surtout à M. Casault, la maxime qu'il répétait sans cesse : notes voulons la qualité et non la quantité. Il est certain que ces mesures et que cette maxime ont souvent empêché des jeunes gens de suivre les cours des Facultés de Québec, et ont privé l'Université d'un certain nombre d'élèves qu'elle eût pu facilement accepter. Il eût été plus pratique d'ouvrir plus large la porte des études de droit ou de médecine, d'attirer d'abord ici les jeunes gens, quitte à revenir plus tard sur les règlements et à les modifier dans le sens d'une sévérité plus grande. Mais quand on songe à ce qu'était, à l'époque des commencements de l'Université, le niveau des professions libérales, et au désir très légitime que devaient avoir les directeurs de Laval de remédier le plus tôt possible à un état de choses qu'il fallait changer, on ne peut trop inconsidérément blâmer une conduite que de si louables intentions avaient déterminée.
Peut-être les directeurs de l'Université ont-ils trop compté d'abord sur la noblesse de leur attitude, sur le prestige que devait avoir leur maison, pour y attirer tous les jeunes gens, et peut-être ont-ils entretenu à ce sujet pendant quelque temps de trop généreuses illusions ; mais
avouons aussi que les conditions qu'ils exigeaient des candidats à l'étude du droit et de la médecine n'avaient rien d'exorbitant, et que, n'eût été parmi nous la concurrence déprimante d'autres institutions, ces conditions n'auraient jamais paru excessives.
Ainsi, dès 1854, avant que les collèges se fussent affiliés à l'Université et eussent soumis leurs élèves aux examens de l'inscription et du baccalauréat, l'Université accordait provisoirement l'inscription à tous ceux qui présentaient un certificat d'études complètes faites avec succès dans un collège classique, et qui, aux termes de ce certificat, avaient les connaissances exigées par les règlements du baccalauréat es arts et de l'inscription (I). On admettait aussi à suivre les cours ceux qui, n'ayant fait que leurs classes d'humanité, ou n'ayant subi que le premier examen du baccalauréat es arts, promettaient de subir, dans les deux années qui suivraient leur entrée à la Faculté, les deux examens ou le dernier examen de ce baccalauréat. Bn 1858, on accordait encore la permission de suivre les cours à tous les jeunes gens que la loi autorisait à étudier le droit ou la médecine. Seulement, ces jeunes gens n'avaient aucun droit aux privilèges des élèves, c'est-à-dire aux grades universitaires, aussi longtemps qu'ils ne remplissaient pas les conditions imposées pour l'inscription régulière.
L'Université Laval, plus exigeante que d'autres institutions qui fonctionnaient à côté d'elle, n'accueillait donc qu'avec quelques précautions les élèves qui venaient lui
(1) A partir de 1858, exception fut faite au détriment des élèves du Petit Séminaire de Québec, qui ne pouvaient être admis à suivre les cours de la Faculté de droit et de médecine que sur présentation d'un certificat d'inscription.
demander renseignement ; elle se montrait sans doute assez accessible à tous ceux qui voulaient se mettre en mesure, pendant le temps de leurs études professionnelles, de subir l'examen relativement facile de l'inscription, mais il faut avouer que cela même pouvait paraître à plusieurs une tâche assez lourde.
Autant d'ailleurs l'on se montra sévère pour les jeunes gens qui ne pouvaient présenter les certificats exigés par les règlements, autant l'on se plut à favoriser ceux qui avaient été admis à suivre les cours comme élèves inscrits. Les directeurs du Séminaire, désireux de venir en aide surtout aux étudiants pauvres qui n'auraient pu, sans un secours particulier, entrer à l'Université, créèrent, en 1862, vingt demi-bourses ; déjà en 1860, ils avaient décidé que les élèves qui auraient conservé les quatre-cinquièmes des points dans les deux examens du baccalauréat pourraient suivre gratuitement les cours d'une Faculté, aussi longtemps qu'ils obtiendraient aux examens de terme la note très bien.
Et pourquoi ne pas rappeler ici un acl:e d'héroïque générosité qui fut accompli à cette même date par les prêtres du Séminaire de Québec ?
On sait qu'à cette époque les prêtres du Séminaire n'avaient pour toute rémunération de leur travail, en plus de la nourriture et du vêtement, que vingt piastres par année, destinées à défrayer les dépenses des vacances. Or, pendant plusieurs années, la plus grande partie de ce salaire fut librement abandonnée et employée à créer des bourses pour les étudiants pauvres (I) : et ceci, semble-t-il, laisse assez
(1) Eloge de L.-J. Casault, par le doéleur H. LaRue.
apercevoir l'esprit de dévouement et d'abnégation qui anima les fondateurs de l'Université.
C'est encore pour secourir, dans une plus grande mesure, la bonne volonté des élèves, et aussi pour faciliter la tâche des professeurs, que le Séminaire prit soin de mettre sous la main des uns et des autres les meilleurs instruments de travail dont il pouvait disposer. Dès l'origine, il abandonna à leur usage sa bibliothèque et ses musées. Mais on comprit bien qu'il fallait développer ces collections encore très incomplètes, et c'est à quoi, malgré leurs très modestes ressources, s'appliquèrent sans relâche les directeurs du Séminaire.
La bibliothèque du Séminaire de Québec renfermait, à l'époque de la fondation de l'Université, plus de 15,000 volumes. On y ajouta presque tout de suite 1000 volumes pour la Faculté de droit, et 2000 volumes pour la Faculté de médecine. En 1876, cette bibliothèque contenait déjà environ 55,000 volumes traitant des différentes matières relatives aux lettres et à toutes les sciences.
Le cabinet de physique du Séminaire était, en 1854, un des plus complets de l'Amérique, et représentait une valeur de $10,000. On y ajouta, dès 1858, pour $4,000 d'instruments nouveaux. En 1876, il renfermait, sur toutes les branches de la physique, plus de 1,000 instruments, et en outre, les instruments nécessaires à l'enseignement des mathématiques et de l'astronomie.
Les musées de minéralogie et de géologie renfermaient, en 1876, plus de 4,000 échantillons ; celui de zoologie, près de 14,000 échantillons ; celui de numismatique, 3,365 pièces.
Nous ne faisons que mentionner ici la collection très précieuse des pièces et des instruments du musée de méde-
cine, des musées de botanique et d'ethnologie, et enfin, une galerie de peintures où l'on pouvait voir déjà, en 1876, 150 tableaux originaux, dont quelques-uns sont signés des meilleurs noms qui aient illustré l'art italien, français et flamand.
C'est grâce sans doute aux dépenses considérables devant lesquelles le Séminaire de Québec n'a pas reculé, mais c'est grâce aussi au zèle et à la générosité de nombreux bienfaiteurs, que l'on a pu augmenter si rapidement et compléter d'une façon satisfaisante ces différentes collections. Nous ne pouvons nommer ici tous ces amis de la science et de l'œuvre universitaire ; nous citons seulement, entre tous les donateurs qui ont le plus contribué à l'enrichissement des musées et de la bibliothèque de l'Université : l'abbé Plante, aumônier de l'Hôpital- Général, qui légua à l'Université une bibliothèque de 2,000 volumes, parmi lesquels se trouvaient des ouvrages extrêmement rares et précieux ; les membres de la commission géologique de la province, qui envoyèrent à l'Université une collection considérable de fossiles ; l'Institution Smithsonienne de Washington, qui enrichit notre musée de zoologie ; M. J.-C. Taché, qui donna à l'Université le musée huron qu'il avait si patiemment formé ; enfin M. Jos. Legaré, un de nos premiers artistes canadiens, qui confia à l'Université sa belle galerie de peintures.
A ces bienfaiteurs se joignirent d'autres citoyens désireux de contribuer au progrès des bonnes études, et qui donnèrent des prix pour récompenser le travail des élèves.
Le docteur Joseph Morin léguait, en 1863, un capital de $2,000 piastres, dont la rente devait être chaque année distribuée en prix par la Faculté de médecine. D'autre
part, les prix Sewell et Dufferin rappellent les noms d'un professeur de l'Université et d'un gouverneur du Canada, qui voulurent pendant plusieurs années encourager, le premier, les étudiants de cette Faculté de médecine dont il fut longtemps le doyen, l'autre, les élèves de la Faculté de droit et de la Faculté des arts.
Nous nous plaisons à signaler ici le prix fondé par le prince de Galles, à l'occasion de la visite que Son Altesse Royale fit à l'Université le 22 août 1860. C'était déjà, certes, un grand honneur pour l'Université, et un précieux encouragement que la bienveillance avec laquelle l'héritier présomptif du trône, celui qui devait être plus tard Edouard VII, voulut bien, lors de sa visite à Québec, venir recevoir, à l'Université même, les hommages respectueux du recteur, des professeurs et des élèves. Son Altesse avait paru s'intéresser vivement à une institution qui tenait de la libéralité de son auguste mère sa charte royale; dans la réponse qu'il avait faite à l'adresse du recteur, le prince avait exprimé l'espoir que l'Université continuerait de prospérer, et que ses fils pourraient un jour se rappeler les années passées sous la tutelle de leurs maîtres avec la même reconnaissance qu'il éprouvait luimême pour cette Université d'Oxford dont il était l'élève. Le prince avait été particulièrement sensible aux sentiments de loyauté dont était rempli le discours du recteur } M. Taschereau, et il comprenait comme l'Université devait contribuer, pour une très large part, à cultiver dans l'âme de nos populations canadiennes-françaises les vertus civiques qui assurent la' paix et la prospérité des états.
C'est pourquoi Son Altesse Royale, voulant prouver d'une façon plus manifeste encore, tout l'intérêt qu'elle portait à l'Université, lui fit remettre, par l'intermédiaire
de Son Excellence le gouverneur général, la somme de huit cents piastres qui devait être donnée en prix aux élèves. Il fut décidé que la rente de cette somme servirait à fonder un prix annuel qui porterait le nom de prix du prince de Galles, et qui serait donné au premier bachelier es arts, à la condition qu'il eût conservé les quatrecinquièmes des points alloués pour les diverses matières des deux examens du baccalauréat. Ce prix fut plus tard dédoublé et destiné à récompenser les deux élèves qui, chaque année, arrivent en tête de la liste au premier et au second examen.
Les sympathies qui de toutes parts, et souvent de très haut, vinrent à l'Université Laval, contribuèrent pour beaucoup à la mettre plus en évidence, et à populariser parmi nous l'œuvre du haut enseignement. Les élèves se firent de plus en plus nombreux, et les aspirants aux carrières du droit et de la médecine s'habituèrent à regarder comme indispensables les séries de cours que l'on pouvait suivre à l'Université.
Le jour, même, ne se fit pas attendre où l'on pensa qu'une seule université ne pouvait plus suffire aux besoins d'une population aussi dispersée que l'est en effet la population française de notre province. Montréal demanda à plusieurs reprises le privilège d'une université.' La grande distance qui sépare Montréal de Québec empêchait, disaiton, les jeunes gens de cette région de venir suivre les cours à l'Université Laval ; et l'on voyait dès lors un grand nombre de ces jeunes gens s'inscrire dans les universités protestantes ; des écoles catholiques de droit et de médecine, ouvertes à Montréal, s'affiliaient aussi à ces mêmes universités. C'est pour ces motifs souvent invoqués, et pour se rendre enfin à de vives instances faites par Mgr
l'évêque de Montréal, que Rome jugea opportun d'autoriser l'établissement à Montréal de Facultés catholiques. Mais comme, d'autre part, la fondation de l'Université Laval avait engagé le Séminaire dans des dépenses presque ruineuses, et que la population française de la province n'était pas encore assez dense pour fournir à deux universités un nombre d'élèves suffisant, et partant des moyens de subsistance convenables, il fut décidé par Rome que l'on n'élèverait pas en face de l'Université Laval une université française rivale, mais que l'on fonderait plutôt à Montréal une succursale de l'Université de Québec. C'était à la fois pourvoir aux besoins de toute une région de la province, et ménager, en sauvegardant ses droits à la vie, les intérêts de l'Université Laval.
C'est sous le rectorat de Mgr Hamel, le Ier février 1876, que fut décidé par la Congrégation de la Propagande l'établissement de la succursale. Le pape ratifiait, le 13 février suivant, le projet et les règlements que lui soumettait le cardinal préfet de cette Congrégation.
En vertu de ces règlements, toutes les dépenses nécessaires à l'établissement et au fonctionnement de la succursale devaient être mises à la charge du diocèse de Montréal. Quant à l'organisation des Facultés, elle est la même à Montréal qu'à Québec ; les programmes sont identiques. Les professeurs de Montréal font partie des Facultés établies à Québec ; et ils forment, dans chaque Faculté, comme ceux de Québec, un conseil permanent pour tout ce qui regarde, non seulement la section montréalaise, mais la Faculté en général.
La succursale fut placée sous la direction immédiate d'un vice-recteur, nommé par le conseil universitaire de Québec, et approuvé par l'évêque de Montréal.
C'est le recteur qui signe et confère les diplômes que reçoivent les élèves de Montréal ; et c'est au secrétariat général de Québec que reviennent tous les droits qui sont perçus à l'occasion de ces diplômes.
Le décret Jamdudum, du 2 février 1889, a modifié dans quelques-unes de ses grandes lignes la constitution de la succursale, et contribué surtout à relâcher les liens qui unissent les Facultés de Montréal à l'Université Laval. La direction de ces Facultés est désormais confiée à un vice-recteur que désignent eux-mêmes au conseil universitaire de Québec, les évêques de la province ecclésiastique de Montréal ; et la succursale est ainsi devenue à peu près indépendante de l'Université mère.
Bien qu'en principe tous les frais de l'installation et de l'administration de la succursale dussent être supportés par le diocèse de Montréal, le Séminaire de Québec ne put éviter de faire encore cette fois des dépenses considérables dans lesquelles il n'hésita pas à s'engager. Puisque l'on croyait utile et nécessaire ce dédoublement de l'Université, et puisque Rome surtout se prononçait en ce sens, les directeurs du Séminaire, résolus de ne rien épargner pour assurer jusqu'au bout le succès de l'œuvre du haut enseignement, acceptèrent ces nouvelles responsabilités, et mirent tout en mouvement pour réaliser aussi vite que possible la création de la succursale.
Quelques semaines après la décision rendue par la Congrégation de la Propagande au sujet des Facultés de Montréal, N. S. P. le pape Pie IX voulut bien marquer à l'Université Laval tout l'intérêt et toute la sollicitude qu'il avait pour elle en lui donnant l'érection canonique, et en complétant ainsi son organisation.
Sans doute l'Université Laval possédait bien, de par
sa charte royale, tous les droits et tous les privilèges qui étaient nécessaires à son existence officielle et civile. S. M. la reine Victoria avait voulu, dès 1852, donner à notre Université cette preuve de sa bienveillance. Mais une université catholique, comme l'est celle de Québec, tenait aussi à recevoir du chef suprême de l'Bglise une existence officielle toute particulière, et comme son incorporation à l'Bglise elle-même. Or, jusqu'ici, l'Université Laval n'avait pas encore reçu de Rome sa charte pontificale, et c'est le 15 mai 1876 seulement, que fut accordée par la bulle Inter varias sollicitudines l'érection canonique.
En vertu de cette bulle, l'Université Laval pouvait désormais, non plus seulement de par les privilèges qu'elle tient de l'autorité civile, mais aussi en vertu des droits que lui accordait le Souverain Pontife, conférer le doctorat et autres degrés académiques ; elle était placée sous la protection du préfet pro tempore de la Sacrée Congrégation de la Propagande, et sous la haute surveillance, pour ce qui concerne la morale et la doctrine, d'un conseil supérieur composé de l'archevêque et des évêques de la province de Québec ou du Bas-Canada. L'archevêque de Québec était chargé de remplir auprès de l'Université la fonction de chancelier apostolique.
Mgr l'archevêque Taschereau promulgua, le 13 septembre de la même année, la bulle Inter varias sollicitudines. Le mandement qu'il écrivit à cette occasion est un des plus intéressants qu'il ait adressés à ses diocésains ; il est surtout imprégné de la vive affection que l'archevêque ne cessait d'entretenir pour l'Université. Nous ne croyons pouvoir mieux faire que de citer ici les passages de ce document, où Mgr Taschereau insiste en particulier sur le sens qu'il faut attribuer à l'érection canonique, et résume
toute l'œuvre accomplie par l'Université pendant la première période de son histoire.
" Fidèles héritiers de l'esprit catholique de leur fondateur, les membres du Séminaire de Québec, après s'être chargés de la création de l'Université Laval, à la demande de l'épiscopat canadien, n'eurent rien de plus à cœur que de s'assurer de l'appui du Saint-Siège. Ils savaient bien que de Rome devaient leur venir leurs plus solides espérances de succès. Comment l'auraient-ils ignoré, quand ils se rappelaient qu'aux beaux siècles de la foi, en Hurope, les universités étaient établies par l'autorité réunie des papes et des souverains ? L'histoire leur redisait la gloire qui avait resplendi sur les écoles de Paris et de Bologne, et les noms des papes Innocent III et Honorius couvraient de leur protection ces institutions qui fournirent tant de docteurs à l'église, et à l'Etat tant d'hommes éminents.
" Le premier recteur de l'Université Laval, M. Louis- Jacques Casault, d'illustre mémoire, se rendit donc à Rome, et sollicita la faveur d'une érection canonique. Tout semblait favoriser ses vœux : Sa Majesté la Reine Victoria, sur la recommandation de Lord Blgin et de ses ministres, allait accorder une charte vraiment royale. Rome applaudit au projet de création, l'encouragea de paroles bienveillantes, donna même un rescrit qui permettait la collation des diplômes en théologie ; mais la Bulle d'érection, la prudence demandait que l'on attendît pour l'accorder. Le gouvernement civil avait bien voulu compter sur l'avenir; Rome aima mieux avoir à consacrer un passé plein de mérite. . .
" L'épreuve a duré vingt-quatre ans, et cet espace de temps a suffi pour permettre à l'Université de s'asseoir sur
des bases vraiment solides. Il Nous a été donné, N. T. C. F., de la voir naître et grandir, et quand Nous songeons à son développement progressif, Nous sentons naître en Notre cœur, envers la divine bonté, les sentiments d'une reconnaissance que vous ne manquez pas de partager avec Nous. Deus incrementum dédit : c'est bien Dieu seul qui a pu lui donner cet accroissement (I Cor. III, 6). Jugez-en vousmêmes, N. T. C. F. : une somme de plus d'un million de piastres consacrée à cette œuvre ; des édifices construits dans des proportions qui étonnent même les étrangers ; six nouveaux musées créés et les autres considérablement enrichis ; la bibliothèque triplant le nombre de ses volumes ; les Facultés de théologie, de droit, de médecine et des arts offrant un cours complet de plus de cinq mille trois cents leçons ; des cours publics suivis par un auditoire qui s'est souvent maintenu au chiffre de plus de cinq cents ; six prix fondés par la munificence de généreux bienfaiteurs ; six petits séminaires ou collèges et trois grands séminaires affiliés ; des règlements si bien mûris que nous les avons vus quelquefois adoptés par des institutions, même de l'ancien monde ; le goût de l'étude et les lois de la morale sauvegardés par l'établissement d'un pensionnat, où la fondation de vingt demi-bourses permet à un plus grand nombre un accès facile ; plus de quatorze cent quarante étudiants qui ont fréquenté les cours dans les quatre Facultés de théologie, de droit, de médecine et des arts, et figurant pour la plupart dans la liste des sept cents gradués ; et, à part cette prospérité que nous pouvons appeler temporelle et dont nous nous reconnaissons redevables à la Providence, il y a une autre insigne faveur pour laquelle nous ne saurions jamais avoir assez de reconnaissance, c'est cette assistance que Dieu a bien voulu donner à l'enseignement
de notre Université. Nous le proclamons bien haut: l'Université Laval n'a jamais dévié et ne déviera jamais, nous en avons la ferme conviction, de sa fidélité à suivre en tout la direction qui vient de Rome. Bile est trop persuadée qu'une Université vraiment catholique ne peut trouver ailleurs un point d'appui solide.
"... Quelle ne doit pas être notre joie, en voyant aujourd'hui le Souverain Pontife Pie IX, . . . reconnaître solennellement notre Université Laval comme digne de tous les privilèges conférés aux universités les plus célèbres! Si notre bonheur a été grand lorsque l'Etat lui donnait l'existence civile, de combien s'accroît ce bonheur lorsque lE'glise à son tour l'admet à vivre de sa propre vie ! Jusqu'ici les grades académiques avaient une valeur incontestable, sans doute; mais cette valeur deviendra bien plus grande encore, puisqu'ils seront conférés par une main autorisée tout à la fois par l'Eglise et par l'Etat. Nos gradués pouvaient être fiers de faire valoir leurs diplômes aux yeux de tous les sujets de tout l'Empire Britannique ; ils seront plus fiers encore de pouvoir dire aux catholiques de tous les pays que ces diplômes leur ont été donnés en vertu d'un pouvoir qui vient de Rome même, le centre de la catholicité . . .
" Ce sera donc, N. T. C. F., pour tous les rangs de la société, un beau jour que celui où la voix de Notre Saint Père le Pape sera entendue et confirmera l'existence de notre Université! Aux accents de cette voix solennelle, Québec tressaillera entre toutes les villes, Québec, cette antique capitale que le Souverain Pontife veut bien appeler la métropole du catholicisme dans l'Amérique Septentrionale. Qu'elle se réjouisse comme autrefois Siou, lorsque David chantait les bienfaits de Dieu : Lœtabor ego
super cloquia tua, sicut qui invenit spolia multa. Ta parole me fait tressaillir de bonheur, comme celui qui s"1 empare d'un riche butin. (Ps. CXVIII, 162). Qu'elle bénisse enfin la Vierge Immaculée patronne de l'Université Laval ! c'est elle qui lui a obtenu tant de faveurs insignes. A notre Mère et Bienfaitrice, louange et remerciement à jamais ! "
On le comprend aux accents mêmes dont se sert Mgr Taschereau pour promulguer la bulle Juter varias sollicitudines, l'Université avait été anxieuse d'obtenir de Rome son érection canonique, et maintenant que ses vœux étaient exaucés, elle traduisait sa joie par un long chant de reconnaissance. C'est que l'Université Laval, après ses vingtquatre premières années d'existence, venait en quelque sorte d'être proclamée majeure, de prendre rang parmi les grandes institutions de l'Eglise, d'entrer, avec tous ses droits et tous ses privilèges, dans la vie du monde catholique !