LES ORIGINES
L'Université libre de Bruxelles naquit le 20 novembre 1834, dans la grande salle gothique de l'Hôtel de Ville. Jusque-là Bruxelles n’avait connu aucune institution où toutes les branches du savoir humain fussent représentées. Non pas que tout enseignement supérieur y fût demeuré absent. En 1806, Napoléon y avait établi une Faculté de Droit renforcée, en 1810, d’une Faculté des Lettres et d’une Faculté des Sciences. S'il n’avait pas créé d’une manière expresse une Faculté de Médecine, il n’avait pas laissé, cependant, de s'intéresser à cette branche importante de l’enseignement. [Il avait autorisé l’organisation de cours pratiques à l’Hôpital Saint-Pierre, et même 1l avait permis à l'initiative privée d’ériger, en 1813, une Ecole de Médecine. En 1827, quelques hommes d'avant-garde, parmi lesquels Baron, Van de Wever, Lesbroussart, Quetelet, avaient organisé des cours publics de haute culture dans les locaux de l’ancien Palais de Charles de Lorraine, place du Musée.
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Telle était la situation quand survint la Révolution de 1830. L'union des libéraux et des catholiques en assura le succès, mais bientôt la discorde se glissa dans le camp des alliés. Les divergences de vue étaient trop profondes pour pouvoir l’éviter : les uns étaient respectueux avant tout d’une orthodoxie inflexible; les autres, au contraire, entendaient suivre le courant des libertés modernes. Une lutte âpre s'engagea sur le terrain de l’enseignement.
Les événements de 1830 avaient bouleversé l’enseignement supérieur tel que le roi Guillaume l'avait organise. Il n'existait plus, à vrai dire, d'université digne de ce nom. Au milieu du désarroi intellectuel dans lequel se débattait le pays, le clergé prit l'initiative d’en créer une, dont la direction lui appartint. Le 4 novembre 1834, il inaugura, à Malines, l’Université catholique. Mais Théodore Verhaegen pensait que la Belgique devait posséder une autre Université où l’enseignement fût indépendant, tant à l'égard du pouvoir religieux qu’à l'égard du pouvoir politique, et ne reconnut d'autre autorité que celle de la science. Assisté d’un groupe d'amis, tous fortement imprégnés des idées libérales, il créa l’Université libre. Celle-ci s’ouvrit, le 20 novembre 1834, exactement seize jours après l'inauguration de l’Université catholique.
Aussitôt les concours s’offrirent nombreux et désintéressés. Le corps professoral des Facultés défuntes instituées par Napoléon, les élèves surtout qui en étaient sortis, constituaient une pépinière où l’Université naissante recruta ses premières forces. Il importait
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aussi de trouver des locaux. La Régence de Bruxelles les procura à l'Université naissante. Elle mit à sa disposition les locaux abandonnés du Musée qui avait été établi, jadis, dans le palais de Charles de Lorraine, ceux-là mêmes qui avaient été occupés par l'Ecole Centrale, les Facultés impériales et les Cours publics.
D'’emblée, l’Université libre organisa les quatre Facultés traditionnelles : Philosophie et Lettres, Droit, Sciences, Médecine. Elle voulut y ajouter une cinquième Faculté, celle des Sciences Politiques et Administratives, afin de former, non seulement des avocats et des médecins, mais aussi des citoyens éclairés, capables de diriger l’opinion publique. Malheureusement, empêchée par les circonstances d'exécuter ce grand dessein, elle fut obligée de rattacher à la Faculté de Droit les cours nouveaux qu’elle avait projetés. Sur l'initiative de Verhaegen, elle décida que dans chaque Faculté un cours au moins serait public, nouvelle innovation qui marquait sa volonté de servir les intérêts généraux de la société par un contact permanent avec le monde extérieur.
Ainsi se présentait devant la Science européenne, animé d’une vitalité extraordinaire, l'Enfant spirituel du libéralisme belge.