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L'université McGill et les professions liberales

IJ exposé officiel des griefs des protestants contre la loi du Barreau — Le bill de M. Lynch — La dernière convention de la faculté de droit de McGill — Une dernièo'e réponse.

M. le Rédacteur de La Gazette,

Les Uuiverpitép proteptantes viennent de publier l’exposé officiel, promis depuis longtemps, de leurs griefs contre la loi et le programme du barreau, sous la forme, dit La Gazette àn 8 courant, d’un rapport fait par le sous-comité du comité protestant du Conseil de V Instruction publique. Les noms des signataires du rapport ne sont point donnés, mais il est compris que c’est l’œuvre de Sir William Dawson, principal de l’Université McGill et de M.

R. W, Henneker, chancelier de l’Université Bishop. Ce rapport n’est qu’une répétition des généralités contenues dans le rapport annuel de McGill et dans la lettre de Sir William du 30 mars. Il se résume dans le passage suivant: “La population protestante de cette province souffre des désavantages sérieux de l’exécution de la loi du Barreau de la dernière session, qui, par ses clauses, (sic) empiète sur ses droits et privilèges ; ” puis l’on demande le rappel des clauses malencontreuses. Et c’est tout.

Comment, en quoi la loi du Barreau empiète-t-elle sur les droits et privilèges des protestants ? Le sous-comité est aussi prudent et muet sur ce point que Sir William l’a été dans ses écrits précédents.

Nous trouvons dans ce document, non-seulement le même vague, la même absence de précision, mais encore les mêmes insinuations mal fondées que

dans le rapport annuel de McGill et dans la lettre de Sir William du 30 mars.

Je réfère surtout au No 6 du rapport où l’on demande “ que le conseil d’aucune profession n’intervienne dans le programme d’études d’aucune faculté légale,” et “ qu’aucun privilège ne soit accordé à aucune université qui ne

serait accordé aux autres . ou qui

pourrait être désavantageux à aucune institution de ce genre.”

Pourquoi ces demandes, quand chacun sait que le conseil du Barreau n’intervient pas, et n’a pas le droit d’intervenir dans le programme ou l’enseignement d’aucune faculté légale ; lorsque la loi du barreau ne fait aucune différence entre les universités françaises et anglaises, catholiques et protestantes, et lorsque le règlement pour les examens est le même pour tous ? Si Sir William a porté d’abord ses accusations sans connaître la loi et le règlement du barreau, il ne peut certes pas les ignorer à présent.

Le seul grief apparent que certains dignitaires des universités anglaises murmuraient privément à leurs amis, depuis (Quelque temps, et que l’on s’attendait a voir e:^osé avec force dans ce document officiel, les auteurs du rapport n’ont pas osé l’énoncer sous leur signature ; ils en ont rejeté la responsabilité sur le Rév. M. Rexford, secrétaire du susdit comité, qui s’est chargé de le faire connaître dans un écrit séparé. Le voici dans toute sa

force ; La loi exige un cours d’études classiques complet, y compris la philosophie morale et intellectuelle, et “ la philosophie est entièrement inconnue comme matière d'enseignement (as a f-chool suhject) parmi les anglais.” Il en conclut qu’exiger des anglais un examen sur !a philosophie, c’est ^‘intervenir avec les écoles supérieures anglaises.”

C’est leur plus fort argument ; c’est leur unique argument.

Disons de suite que le Rév. M. Rexford calomnie les maisons anglaises d’éducation supérieure dans cette province, lorsqu’il dit que la philosophie est entièrement inconnue des anglais comme matière d’enseignement, car elle est enseignée à l’Université McGill. Il joue sur les mots. Les anglais ne l’enseignent pas, il est vrai, dans leurs académies et High Schools, dont plusieurs ne sont guère autre chose que des écoles de grammaire, qui, cependant, confèrent par affiliation le degré de bachelier ès-arts. Mais la philosophie forme partie du cours collégial et universitaire de l’Université McGill.

On lit dans l’annuaire du Collège et Université McGill pour 1886-87, p. 33, Faculté des Arts — Cours d’études. “ Les “ étudiants sont classés suivant leurs

connaissances, en élèves de première, “ deuxième, troisième et quatrième “ année.” Ils sont tenus d’assister aux “ leçons et de subir des examens chaque “ année, etc.

P. 34. — Quatrième année. Latin ou grec.... Philosophie mentale et morale.

P. 36. — Examens universitaires pour les élèves du collège et de l’Université McGill et des coltèges affiliés dans les arts.

P. 37. — Philosophie mentale et morale.

Est-ce assez clair?

Mais il y a plus. Non-seulement les élèves du Collège McGill et des collèges affiliés dans les arts sont tenus de suivre les cours et de subir un examen sur la philosophie intellectuelle et morale, mais l’examen d’immatriculation requis de ceux qui veulent suivre les cours de droit dans l’Université McGill, comprend la philosophie étudiée dans les ouvrages suivantes :

Whately’s Logic, la Logique du Port- Royal; Cousin, Histoire de la Philosophie, Stewart’s outlines of Moral Philosophy.” Voir Annuaire, pp. 117 et

Les Anglais reconnaissent donc l’enseignement de la philosophie comme dis cipline intellectuelle et partie importante des connaissances humaines. Il est, de plus, facile aux Anglais d’étudier la philosophie dans leurs maisons de haute éducation, si le programme de McGill est suivi, et leur prétendu grief tombe à plat.

Mais, supposons que la philosophie soit entièrement inconnue des Anglais de cette province comme matière d’en seignement; s’ensuit-il que le Conseil du Barreau n’en puisse exiger la eonnaissance sans empiéter sur les droits et privilèges des universités ou sur les droits des Anglais?

Quel droit et privilège, s’il tous plaît? Celui d’ignorer la philosophie?

Avec ce raisonnement, il ne faut plus tenter d'élever le niveau des études, car tout effort pour s’élever, et pour étendre le cercle des connaissances, serait une violation du privilège d’ignorer, dont on avait joui jusqu’à alors.

Il y a plusieurs collèges anglais où l’étude du français est nulle ou à peu près, de même qu’il y a plusieurs collèges français où l’étude de l’anglais est nulle ou à peu près, et où l’étude des mathématiques est très faible.

D’après le raisonnement de M. Rexford, il ne faudrait pas exiger la connaissance de l'anglais et du finançais, ni celle des mathématiques, ni celle de la philosophie ; je crains qu’il faudrait en dire autant de l’histoire et de la géographie. Que resterait-il alors? La grammaire et l’ortographe de la langue maternelle, un peu de latin et de littérature. De cette manière, on se tiendrait au niveau de tous les collèges, c’est-à-dire, qu’on ne dépasserait le niveau d’aucun.

Est-ce que la faiblesse évidente de ce raisonnement n’est pas une preuve de la nécessité d’enseigner la philosophie,qui, dans la métaphysique,apprend à concevoir des idées nettes sur les principes et les causes des choses, dans la logique apprend à raisonner, et dans la morale apprend du moins la bonne foi dans toutes les transactions de la vie, et en particulier dans la discussion ?

Le Conseil du Barreau croit à la nécessité de l’étude de la philosophie pour ceux ^ui se destinent au barreau, le droit étant essentiellement une science de raisonnement.

L’avocat doit savoir discerner le sophisme de la vérité, il ne doit point

procéder par insinuations, mais exposer franchenoent les faits et en tirer des conclusions justes. Cette science est nécessaire à tous les états et à toutes les professions, car elle est la wiaîtresse des sciences bumaines. Le médecin et le notaire ont autant besoin que 1 avocat et l’ecclésiastique, de raisonner juste, et d’avoir des idées claires et précises sur Dieu, l’bomme et le monde, surtout quand les jeunes gens sont exposés à étudier la médecine ou le droit dans des universités où l’on enseigne le matérialisme ou la librepensée.

Au lieu de rabaisser notre programme au niveau des collèges les plus faibles, nous cbercbons à relever les études dans tous les collèges au niveau de notre programme. Les Anglais feront pour la philosophie ce que les Français font de bonne grâce pour les mathématiques.

Un seul fait démontre la non-existence du prétendu grief que le programme du barreau est plus désavantageux aux anglais qu’aux français. Notre programme existe depuis 1881, et non depuis l’année dernière seulement, comme le dit le sous-comité, et l’expérience démontre que plus de canadiens-français que d’anglais sont refusés aux examens préparatoires du barreau, toute proportion gardée. Il est facile de vérifier ce fait dans les minutes des examinateurs.

Que l’on juge par là de la valeur des assertions faites dans le rapport annuel de l’Université McGill, que la loi et le programme du barreau tendent à éliminer les hommes instruits, surtout les Anglais, du barreau ; à détruire l’éducation protestante au profit des catholiques, à rabaisser le niveau des études. Je laisse à tout homme instruit et non préjugé, à proclamer qui travaille à relever, et qui travaille à rabaisser le niveau des études.

On comprend maintenant les efforts de certains personnages pour faire accepter le degré de bachelier ès-arts comme suffisant pour admettre à l’étude de toutes les professions libérales sans examen, et pourquoi les conseils des professions libérales refusent de l’accepter.

M. Rexford reproche au règlement du barreau d’accorder trop d’importance à la philosophie, et trop peu aux mathématiques, à la chimie et à la physique, “ tel qu’indiqué

par le nombre de points accordés à chaque matière et à la proportion exigée. Pour la philosophie, il est accordé 250 points dont la moitié est requise, tandis que pour les autres sciences réunies on n’accorde aussi que 250 points, et un quart du total des points est requis.’’

Voilà ce qu’il affirme; mais il se trompe et trompe le public. Le règlement n’ex/çfe pas un quart du total des points, ni aucune proportion quelconque du total des points. Le règlement est pourtant bien explicite ; il n’y a pas à s’y méprendre.

On exige la moitié des points sur le latin, et la moitié sur la philosophie ; que ce soit 10, 100 ou 1000 points, ce sera toujours la moitié ; le chiffre n’y fait donc rien.

Toutes les autres matières sont divi sées en deux sections, et chaque session en deux groupes. Les mathématiques, la chimie et la physique forment une section qui se divise en deux groupes, savoir: lo. Arithmétique, géométrie et physique ; 2o. Arithmétique, algèbie et chimie. Ces groupes sont tirés au sort, pour abréger l’examen. La seconde section se compose de l’histoire, des belles-lettres, rhétorique, traduction, composition et géographie, et se divise aussi en deux groupes qui sont tirés au sort.

Le règlement accorde 250 points à chaque groupe ; il exige un quart des points de chaque groupe, et non pas un quart des points accordés à toutes les matières reunies, comme l’affirme erronément M. Rexford. Je le répète encore une fois? Le règlement n’exige aucune proportion quelconque de tous les pointe réunis.

La conclusion nécessaire de toute cette discussion, c’est que les anglais et les protestants n’ont aucun grief sérieux à formuler contre le programme ou le règlement du bureau, et que le seul objet des agitateurs est de donner aux universités le pouvoir nouveau et extraordinaire d’admettre qui elles voudront à l’étude et à la pratique des professions libérales. Avec le grand nombre d’universités rivales qui existent dans cette province, après l’expérience des médecins pour l’admission à l’étude, et notre propre expérience sur la manière dont les degrés en droit s’accordent aujourd’hui dans certaines universités, les professions libérales seraient bientôt remplies d’hommes ignorants et incapables de comprendre les principes de la

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