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pcience et la dignité de la profession ; ce serait l’avilissement des professions libérales, l’abaissement des études collégiales et universitaires, et un malheur pour la société, les professions et les universités elles-mêmes.
Le projet de loi de l’Hon. M. Lynch n’est que le produit de l’agitation des universités anglaises. Il demande deux choses : lo qu’on admette sans examen, à l’étude de toutes les professions libérales, les bacheliers ès-arts de toutes les universités canadiennes.
La chose est impossible maintenant, parce que les avocats généralement considèrent que ce degré s’accorde avec trop de facilité par quelques universités ou collèges affiliés. De plus, deux de nos premiers collèges français n’accordent pas encore de degrés universitaires, et seraient mis sur un pied d’infériorité vis-à-vis des autres collèges.
2o II demande d’enlever à toutes les professions libérales le contrôle de l’examen préliminaire, et le droit de prescrire les qualifications pour l’admission à l’étude. Ces fonctions seraient confiées à six fonctionnaires de l’Etat, dont trois, catholiques, détermineraient un programme pour les candidats catholiques, et leur feraient subir l’examen ; et trois, protestants, établiraient un programme pour les candidats protestants, et leur feraient subir l’examen. L’objet de l’établissement de ces bureaux est uniquement d’abaisser le niveau des examens, et de fournir plus d’élèves aux universités anglaises, sans considérer les conséquences de mettre dans les professions libérales des hommes sans éducation classique et sans conscience de la dignité et de la responsabilité de leur état. Il nous a fallu quinze ans de travaux assidus pour arriver à relever les professions aux yeux du public et d’elles-mêmes. On veut détruire notre œuvre, avant même qu’elle ait produit tous ses effets.
Un mot maintenant de la convocation de la faculté de droit de McGill tenue samedi dernier, d’après le rapport qu’en a publié la Gazette du 11 courant.
Quatre discours y ont été prononcés.
Le premier, par un jeune homme qui aspire à devenir avocat, et qui prélude en dénonçant le Conseil du Barreau, dont il parait redouter l’examen. 11 constate cependant que l’enseignement du droit s’est beaucoup amélioré cet hiver à McGill, et que l’assistance des
élèves a été beaucoup plus régulière.
Qu’il en remercie le règlement du Conseil du Barreau, qui n’a pas été étranger à ce progrès.
Les deux autres discours ont été faits par des hommes sérieux, W. H. Kerr, Ecr., C. R., doyen de la faculté, et N. W. Trenholme, Ecr., C. R., professeur de droit. Ils ont parlé de la nécessité des fortes études préparatoires et légales pour les avocats canadiens, à cause des hautes fonctions auxquelles ils seront appelés, comme avocats, législateurs, juges, etc. ; des avantages d’une bonne éducation première, qui donne des idées larges et étendues, et qui porte à faire exécuter les lois avec honneur et dignité. Ce fut le thème principal de M. Trenholme. Son collègue et doyen, parla d’abord des cüangements de méthode, inaugurés cet hiver, dans l’enseignement du droit à McGill, et des heureux effets qui en sont résultés pour les élèves, dont l’assistance aux cours est plus régulière; il regrette que le public ne comprenne point la nécessité des études légales, ni celle de pourvoir au traitement des professeurs par la fondation de chaires de droit ; puis il a constaté que la société vit au milieu d’éléments qui menacent de se déchaîner et de produire la tempête; elle est à la veille de luttes et de combats où nos propriétés et même nos libertés personnelles seront en jeu, 11 faut s’y préparer par l’étude du droit.
On ne pouvait demander de plus beau plaidoyer en faveur des fortes études classiques, et de l’étude de la philosophie, lesquelles développent et fortifient l’intelligence, étendent le cercle des idées et des connaissances, initient aux luttes intellectuelles, signalent l’erreur et le sophisme, et portent le cœur vers tout ce qui est grand, bon et beau.
Sir William Dawson a clos la séance.
Il a lui-même constaté de nouveau les changements opérés cet hiver, avec succès, dans la faculté de droit, tant dans le personnel de l’enseignement que dans le cours des études. Après ce prélude, il attaque de nouveau le conseil du barreau, et énonce une chose inexacte en fait quand il affirme que le barreau ^Hmpose un règlement qui tend à obliger notre faculté de droite à se conformer à des méthodes non approuvées par notre université.” Je le répète pour la dixième fois: Le règlement du barreau n’impose aucune méthode d’ enseignement à la
faculté de droit de V Université McGill, ni à celle d’aucune îiniversité quelconuc. Il n’y a pas d’excuse possible pour e telles assertions, qui n’ont évidemmeni qu’un but, faire appel à l’ignorance et aux passions nationales et religieuses.
Sir William répète ensuite ses accusations ordinaires contre l’examen préparatoire du barreau ; et le dénonce comme blessant les droits des anglais et des protestants. Il se tient comme toujours dans les généralités et le vague ; ie n’ai rien à ajouter sur ce point.
Ce que je veux signal er, c’est surtout la dernière phrase de son discours. Si la demande d’un bureau d’examinateurs protestants nommés par le gouvernement, pour l’admission à l’étude de toutes les professions libérales, n’est pas accordée, ils en appelleront, dit-il, à leurs compatriotes en dehors de la province de Québec, dans l’intérêt de la puissance du Canada, de l’Empire, de la cause de la liberté et du progrès !
Ce n’est point là le langage d’un homme sérieux, ni d’un ami de son pays, ni même d’un ami de la cause u’il prétend défendre. C’est le langage e la passion aveugle, qui ne raisonne
plus. Ces menaces n’auront point l’effet de troubler notre population. Toutes les nationalités de cette province vivent en paix ensemble ; les anglais ont toujours été traités avec égards et justice, même avec générosité par la majorité. Les Cauadiens-français ne seront pas émus de ces provocations insensées. Forts de leurs droits et de la justice de leur cause, ils laisseront tonîber ces paroles inconsidérées, et Sir William s’apercevra avant longtemps, comme le Mail l’a fait aux dernières élections locales d'Ontario, que les appels aux préjugés et à l’iguorance ne réussissent plus dans ce pays. J’ai en mains des lettres d’avocats anglais, et j’ai reçu des témoignages d’anglais de toutes conditions, qui me démontrent que je n’ai pas fait, en commençant, un vain appel à leur bon sens ordinaire et à leur esprit de justice.
Je vous remercie de votre obligeance, et termine là cette discussion qui est épuisée.
Avec considération, votre etc.
S. Pagxüelo.
Montréal 14 avril 1887.
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