OBSERVATION VI
Retrécissement pénien. — Excision de trois centimètres de canal. — Suture immédiate. — Guérison rapide et durable.
(WarreL, Thèse de Paris, juillet 1892).
M... Narcisse, âgé de 41 ans, est interné à l’asile de Lommelet (Nord), depuis le 23 avril 1885, pour lypémanie. Il a eu plusieurs blennorrhagies,
qui ont amené chez lui une très grande gène de la miction, et dont la première remonte à une vingtaine d'années.
Il avait toujours caché sa dysurie, lorsqu’en juin 1889 il ne put plus dissimuler davantage et attira l’attention sur lui par la mauvaise odeur qu’il répandait. À l’examen, on constate une gangrène partielle du corps caverneux droit, et une fistule dorsale par laquelle s’écoule un pus ichoreux et fétide et de l’urine. M. Guermonprez débride au thermocautère sur la face supérieure et sur la face inférieure de la verge, à la limite des décollements ; le tiers antérieur du corps caverneux droit, complètement sphacélé, est enlevé à la plus légère traction. Grâce à des soins de propreté très assidus et à quelques pansements phéniqués, la cicatrisation se fait rapidement.
Trois mois plus tard, il ne reste plus qu’un très étroit pertuis dorsal situé à » centimètres du méat; c’est par là seulement que s'écoule l’urine avec une difficulté chaque jour plus grande. Eïle est émise laborieusement en un jet très étroit, qui est lancé dans une direction exactement perpendiculaire à l’axe de la verge. En avant, le canal est complètement obstrué; le cathétérisme plusieurs fois tenté par M. le professeur Bouchard, médecinchef de l’asile, est impossible; les bougies les plus fines ne peuvent pénétrer et sont arrêtées à 3 centimètres du méat. On se trouve donc en présence d’un retrécissement de 3 centimètres de longueur, ayant une double origine inflammatoire, blennorrhagique et phlegmoneuse, et infranchissable. Une intervention était nécessaire, elle fut pratiquée le 31 août 1889 par M. Guermonprez.
Après chloroformisation et lavage soigné de toute la région, on fait, comme opération préalable et sans aucun incident, la circoncision par une simple incision dorsale du prépuce.
Puis, le chirurgien pratique, sur la face inférieure de la verge, une longue incision de 7 à 8 centimètres, étendue du scrotum au gland. Quand la peau est sectionnée complètement, on entend nettement le grincement produit par le bistouri qui atteint le tissu cicatriciel; après un peu de tätonnements on découvre le bout central de l’urèthre, dont l’origine correspond à la partie moyenne du pénis, au niveau du siège de la petite fistule dorsale; une sonde y est introduite et pénètre sans obstacle jusque dans la vessie. On passe alors au bout périphérique, que l’on trouve facilement en intro. duisant une sonde métallique par le méat et en l’y maintenant en place, jusqu’à ce que le bistouri, incisant, d'arrière en avant, le tissu cicatriciel, vienne en découvrir le bec. Puis tout le tissu inodulaire, toute la portion calleuse, intermédiaire aux deux bouts du canal, longue de 3 centimètres, est excisée avec soin au moyen des ciseaux. Une sonde en caoutchouc rouge n° 22, est placée dans l’urèthre, dont les extrémités sont amenées