OBSERVATION V
Excision d'un retrécissement pénien, suture immédiate.
(QuEnu, Société de chirurgie, 4 mai 1892.
Malade, âgé d'une trentaine d'années, couvreur. En 1884, en Algérie, où il servait dans la cavalerie, dans une course à cheval, il se heurta le pénis contre le pommeau de la selle et se fit une rupture de l’urèthre. Il fut transporté à l'hôpital d'Alger, où on le soigna pendant six mois par la dilatation. Il eùt aussi une sonde à demeure pendant un mois.
Dix-huit mois après son départ d'Alger, D..., qui avait continué de se passer des sondes, avait dû descendre du n° 22 au n° 14.
Il entre en 1886 dans le service de M. Th. Anger, à Cochin. On lui fit l’uréthrotomie interne, puis la dilatation avec des Béniqués. On passait le n° 44 à sa sortie de l’hôpital, deux mois après l’opération.
Quatre mois après, nouvelle dysurie ; deuxième uréthrotomie interne.
* En 1888, dilatation avec des Béniqués pendant plusieurs semaines.
En 1889, troisième uréthrotomie interne. On arrive ensuite au n° 43 Béniqué.
En 1890, quatrième uréthrotomie interne. La dilatation consécutive est poussée jusqu’au n° 40.
Enfin, vers la fin de 1890, une cinquième uréthrotomie interne est pratiquée par M. Tuffier, suppléant M. Anger. On passe au n° 39.
En 1891, le malade est soigné par la dilatation à l’hôpital militaire. Il entre au mois de septembre dans mon service. On trouve, à la fin de la portion pénienne de l’urèthre, à l’union des bourses et du pénis, à 6 ou 7 centimètres du méat, une virole dure, appréciable à travers les téguments, longue de 1 centimètre environ. Une bougie n° 3 peut seule franchir le retrécissement. La vessie et probablement les reins sont dans un mauvais état; les urines sont ammonicales et renferment du pus d = 1013 ; traces d’albumine; 10 grammes d’urée par litre.
Pendant prés de deux mois, nous avons essayé de modifier l'état des urines en faisant prendre au malade du borax, puis du benzoate de soude, puis du salol à la dose de 3, 4 et 5 grammes. Une série d’analyses furent faites, et toujours les urines demeurèrent alcalines et fermentées.
Nous aurions bien voulu ne procéder à une intervention chirurgicale qu'avec des urines rendues aseptiques. Dans l'impossibilité d’y parvenir, nous nous décidons à procéder néanmoins à l’excision du retrécissement le 7 novembre. Incision de la peau à 5 centimètres du méat. Incision du corps spongieux ; le retrécissement est mis à nu: il est dure, crie sous le scalpel ; on l’incise, puis on fait la résection de la virole ; lurèthre est ainsi réséqué dans l'étendue d’un centimètre et demi.
Pour rendre les deux bouts écartés mobilisables, nous disséquons l’urèthre et sa gaine spongieuse. Le contact établi, l’urèthre est suturé dans la demi-circonférence supérieure par trois fils qui ne comprennent pas la muqueuse. Une sonde est introduite dans le canal avant la suture de la demi-circonférence postérieure ou inférieure par-dessus la muqueuse.
Nous suturons le corps spongieux, puis la peau. Une sonde à demeure est introduite dans le canal.
Bromure de potassium à l’intérieur.
Le troisième jour après l'opération, l’urine inocula les fils de la demicirconférence inférieure, c’est-à-dire vers la peau et la réunion échoua partiellement. Il en résulta une petite fistule qui fut traitée par la cautérisation au stylet rougi. Cette fistule se ferma dans la suite: et, dès le mois de mai, malheureusement, il s'était reproduit du tissu de cicatrice, et le n' 30 Béniqué pouvait seul être introduit.
Quoiqu'il en soit, l’état général s’est amélioré dans d'énormes proportions, les urines ont cessé d’être alcalines, et, peut-être, pouvons-nous espérer que la rétraction se limitera à la seule paroi inférieure qui a suppuré.