AT
Etant donné la nature du rétrécissement et les insuccès des opérations déjà pratiquées, je propose au malade de faire la résection de la partie rétrécie du canal, |
Je pratique l’opération le 18 février 1895. Le malade après avoir été soumis pendant quelques jours à l’usage du salol est anesthésié. Le champ opératoire est soigneusement désinfecté et un lien élastique appliqué à la racine de la verge immédiatement en avant du scrotum est destiné à assurer l’hémotase.
Ces précautions prises, je conduis au contact de la stricture une sonde à boule n° 12, afin de bien reconnaître où commence la portion rétrécie, puis j'incise les téguments de la verge longitudinalement sur le raphé dans une étendue de deux centimètres et demi environ : le milieu de cette incision correspond à l’induration uréthrale.
La peau et le tissu sous-cutané traversés, je rencontre le corps spongieux, que je fends aussi longitudinalement de manière à découvrir le nodule cicatriciel. Je dissèque celui-ci sur ses deux parties latérales à l’aide du bistouri, puis d’un coup de ciseau transversal je le sépare du segment postérieur de l’urèthre, dans lequel j’ai eu soin de passer un fil afin de l'empêcher de se rétracter et de le reconnaître. Saisissant alors avec des pinces à griffes la partie malade de l’urèthre que je désire retrancher, je la soulève et la sépare à petits coups de ciseaux courbes de la cloison des corps caverneux où elle adhère intimement à tel point que dans ma dissection, j'ouvre les aréoles de l’un d’eux.
La portion malade du canal, disséquée dans toute son étendue, je la sépare d’un coup de ciseau du segment antérieur de l’urèthre, comme je l’en fais du segment postérieur.
La portion réséquée mesure un bon centimètre, mais les deux bouts du canal en raison de sa rétractabilité sont espacés de plus de trois centimètres. Avant de les réunir, je ferme les aréoles ouvertes du corps caverneux en suturant son enveloppe fibreuse à l’aide de trois points de catgut.
Les deux segments uréthraux étant mobilisés par une légère dissection, je les rapproche et les suture l’un à l’autre au moyen de cinq points séparés de catgut n° 0, ne pénétrant pas dans la lumière du canal, mais restant au-dessous de la muqueuse. Une sonde en caoutchouc n° 14 très souple à été préalablement mise dans le canal.
La suture de l’urèthre achevée, comme je n’ai pas besoin d’y voir aussi clairement pour reconnaître les tissus et terminer l'opération, je desserre le lien hémostatique afin de constater s’il existe quelques bouches artérielles donnant du sang et de les oblitérer s’il est besoin. Une hémorrhagie
Re
en nappe se produit, mais pas de jet; uneirrigation très chaude de Van Swieten étendu arrête l’écoulement sanguin. Je suture au catgut les corps spongieux et par dessus la peau au crin de Florence, en ayant soin de passer chacun de ces crins dans le corps spongieux de manière à solilariser le plan des sutures superficielles avec celui des sutures profondes.
La ligne de suture est saupoudrée d’iodoforme, la verge est entourée d'une compresse de gaze salycilée et tous les organes génitaux externes sont recouverts d’une couche d’ouate, laissant seulement passer la sonde à demeure.
Suites opératoires. — Pendant trois jours le malade alla très bien, le thermomètre ne dépassa pas 379, la sonde fonctionna parfaitement. Dans la nuit du troisième au quatrième jour, le malade qui, le soir, accusait déjà un peu de douleur, de gêne et de tension au niveau de la plaie, fut pris d’un violent frisson en même temps que le thermomètre s’élevait à 390 4.
Le lendemain je constatai de la lymphangite de la verge et l'écoulement par l’angle antérieur de la plaie d’un liquide séro-purulent.
Cet accident, dû très probablement à l'infection par l’un des fils de catgut qui s’élimina en entier quelques jours après, n'eut pas de retentissement sur la santé générale du malade, maïs il s’opposa à la réunion par première intention.
Pendant une dizaine de jours environ, il sortit une petite quantité de pus par l’angle antérieur de la suture, qui tint parfaitement dans le reste de son étendue.
Durant tout ce temps, je crus devoir laisser la sonde à demeure d’autant plus que le malade très pusillanime me déclara ne vouloir pas se soumettre aux sondages répétés. Je l’enlevai seulement le vingt-cinquième jour. À ce moment il existait au point où s'était fait la suppuration une petite fistule qui me fit conseiller au malade de se sonder toutes les fois qu’il voudrait uriner. Grâce à cette précaution et à quelques cautérisations au nitrate d'argent, la fistulette s’oblitéra complètement en moins de trois semaines.
Résultats. — Au 18 avril, c’est-à-aire deux mois après l'opération, M. X... présente l’état suivant : cicatrice linéaire sur le raphé à peine perceptible. En saisissant l’urèthre entre les doigts à ce niveau on sent sur le côté gauche un noyau d’induration assez volumineux, mais le canal paraît souple à droite et sur sa paroi inférieure. Un explorateur à boule n° 19 éprouve un léger ressaut, mais une bougie n° 20 passe sans difficulté. Le malade urine à plein canal, sans effort ; les douleurs du côté des reins dont il se plaignait avant l'opération ont disparu ; les urines
sont demeurées tout le temps limpides. Pendant l'érection, la verge est très légèrement arquée, mais le malade déclare que ce phénomène qu'il a déjà observé à un degré plus prononcé après l’électrolyse qu’il a subie est en voie de décroissance et il ne croit pas qu'il soit actuellement de nature à s'opposer au coït qu'il n’a d’ailleurs pas essayé d'accomplir.
Au point de vue des résultats immédiats, l’uréthrectomic pénienne est une bonne opération qui est peu grave pour la vie, puisque sur les huit observations qui précèdent, nous ne relevons qu'un cas de mort. C’est celui du malade de Voillcmier qui Succomba à un érysipélée à une époque bien antérieure à la chirurgie antiseptique. Les malades de Dugas (1837) et de J. Roux (1859) ne présentérent aucun accident d'infection. Chez les cinq autres opérés la réunion aseptique totale de Ia muqueuse de l’uréthre aux téguments de la verge ne fut réalisée dans aucun des cas. M. le professeur Guyon obtint bien en trois jours la réunion des parois du canal, mais la suture cutanée manqua à l’une de ses extrémités; chez le premier opéré de M. Pousson, l’urèthre se réunit également par premiére intention, mais les tissus sus-jacents suppurérent. Dans les cas de Guermonprez, de Quénu et le deuxième opéré de M. Pousson, une petite fistule se forma et s’oblitéra en quelque temps soit spontanément, soit à l’aide de légères cautérisations.
Pour apprécier les résultats éloignés de luréthrectomie pénienne, il faut grouper en deux catégories les sept observations que nous possédons, celle du malade de Voillemier mort d'érysipéle ne pouvant entrer en ligne de compte. |
La premiére catégorie comprend les observations de Dugas, de Quénu, et les deux de M. Pousson: les malades ont été