INTRODUCTION
M. le-professeur Tédenat ayant bien voulu nous accepter pour recueillir les observations dans son service de chirurgie, nous avons eu l’occasion pendant près de deux ans de suivre plusieurs malades chez lesquels l’uréthrotomie externe a élé pratiquée. M. Tédenat ayant attiré notre allention sur certains poinls spéciaux de ces observations, soit dans des entreliens particuliers, soit dans des conférences cliniques au lit du malade, il nous à paru utile de les mettre en lumière ; de là, l’idée de ce t:avail sur l’uréthrotomie externe.
Les recherches bibliographiques et historiques que nous avons dû faire pour acquérir des notions sur le sujet de notre Thèse nous ont laissé une impression assez pénible; il n’est pas, en effet, de chapitre de thérapeutique chirurgicale qui ait été soumis à plus de fluctuations et de remaniements que celui qui à trait à la cure des rétrecissements de l’urèthre; même aujourd’hui, l'accord est loin d’être parfait; prenez les bulletins de la Société de Chirurgie, lisez les discussions qui se rapportent aux traitements des rétrécissements de l’urèthre, et vous serez pleinement édifié ‘. Supposons-nous en présence d'un rétrécissement quelque peu difficile à franchir, étroit, dur, nous verrons les opinions les plus diverses se faire jour, quand il s’agira de traiter l'affection ; ajoutons-y un ou deux trajets fistuleux au périnée, et le chaos sera complet. Tel chirurgien dira : Je guérirai le malade
{ Bull. de la Soc. de chirurg. de Paris (1886), pag. 367 et suiv.
Ur
par ma méthode de dilatation, un autre aura recours à l'incision interne, la divulsion paraîtra supérieure à un troisième, enfin un dernier, dans les cas de trajets fistuleux, aura recours à l’incision de l’urèthre par voie externe.
Ces lignes méritent d’être justifiées : A la Société de Chirurgie en 1886 n’avons-nous pas entendu M. Le Fort s’écrier: «Je n’ai jamais pratiqué l’uréthrotomie interne !» M. Desprès vient à la rescousse, et, comme lui, il pense que c’est une mauvaise opération ; on voit que l’école de Desaull possède encore des adeptes fervents, et les paroles de Vidal de Cassis à la Société de Chirurgie en 1886 : « point d’uréthrotomie ‘», ne sont pas restées sans écho. S’élevant contre l'opinion de MM. Le Fort et Desprès, MM. Sée, Horteloup, Kirmisson, Terrier, Trélat, s’étonnent et sont surpris d'entendre dire que l’uréthrotomie interne est une mauvaise opération.
À la séance suivante, M.Tillaux, prenant absolument le contrepied de l'opinion des adversaires de l’uréthrotomie, dit: «Vous avez entendu MM. Le Fort et Desprès déclarer qu'ils ne pratiquent «jamais» l’uréthrotomie interne, le professeur Ripoll (de Toulouse) m'écrit : «Depuis longtemps j’ai renoncé à perdre mon temps dans les essais par d’autres méthodes que l’uréthrotomie interne, je la pratique «toujours».
C’est pendant ces mêmes discussions que Horteloup, Le Dentu, se montrent partisans de l’incision externe dans tous les cas où existent des trajets fistuleux.
En présence d'opinions si diverses émises par des chirurgiens si compétents, il nous semblait bien difficile de pouvoir faire
œuvre utile en nous occupant de la question des coarctations
l Jd., 1856, pag. 44.