‹ L'urticaire pigmentéeChapitre 13 sur 16 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Observation I. — Nettlesuip, Brit. Med. Journ., 18G9, t. 2, p. 323. — Urticaire chronique laissant des taches brunes et durant depuis deux ans environ.

Emilie P..., âgée de deux ans, entre à l’hôpital de Blackfriars, le 27 juillet 1809. Atteinte d’urticaire chronique ; l'éruption présentait ceci de particulier, c’est qu’elle laissait des taches de couleur brun clair, leur teinte ressemblait beaucoup à colle du chloasma pour lequel on aurait facilement pu prendre cette affection. Cheveux et teint très clairs. L’enfant n’a jamais été malade ; elle se porte actuellement très bien. Pas d’urticaire dans la famille. L’éruption a commencé à l’âge de trois mois et n’a pas disparu depuis. Au dire de la mère, elle débuta sous forme de petites élevures blanches ressemblant à des piqûres d’ortie. Celles-ci provoquèrent une forte démangeaison et disparurent en laissant des taches brunes.

A l’entrée de la malade, le tronc et le cou étaient le siège de lésions confluentes et plus diffuses aux extrémités. Pas de taches sur la figure. Au front, sur le bord du cuir chevelu, quelques taches brunes. Il n’existe pas d’élevures rouges, mais quelques plaques brun clair, légèrement surélevées, un peu congestionnées et quelques taches dues à d’anciennes élevures.

Le centre des élevures devient presque blanc lorsqu’on tend la peau. Elles sont toutes de même dimension et dépassent un peu les dimensions d’une pièce de cinquante centimes.

En grattant avec l’ongle, on voit apparaître au bout de quelques minutes l’élevure ordinaire de l’urticaire avec son centre blanc et les bords rouges. Quelques jours après l’entrée, on constate de nouvelles plaques rouges et surélevées ne présentant pas encore de coloration brune. Pas de grattage à l’entrée, mais plusieurs semaines après on trouve des papules écorchées ressemblant à celles du prurigo ; il n’y avait pas de poux.

Au mois de septembre la malade était encore dans le même état.

Observation II. — Morrant Baker, Clin. Soc. Trans., 1875, t. 8, p. 51. — Forme rare de maladie de peau.

Garçon âgé de un an, entré en septembre 1874, à Saint-Bartholomew. L’éruption se présente sous la forme de papules ou tubercules de dimensions variant de celles d’un pois à celles d’un gros haricot. Les unes sont nummulaires, d’autres irrégulièrement ovales. Dans quelques régions pourtant, l’éruption se présente sous la forme d’élevures et de plaques irrégulières, comme si plusieurs de ces tubercules étaient devenus confluents. Les plus grandes de ces plaques ont de 0m,05 cent, à 0m,07 cent, de long.

Ces plaques lisses et aplaties font saillie sur la peau. Leur consistance diffère peu de celle de la peau saine ; elles donnent une sensation de résistance supérieure à celle du tégument normal.

La plupart ont une teinte jaune pâle ou rose jaunâtre ; mais la coloration varie suivant les différentes régions du corps et peut prendre une teinte rose ou rouge mat.

Les taches rouges pâlissent à la pression, mais les taches jaunes ne changent que très peu. Pas d’hyperesthésie de la peau. Au dire de la mère, démangeaison légère de temps à autre.

Lorsqu’on frotte une de ces élevures, elle persiste pendant une heure ou deux dans un état vésiculeux, comme si elle avait été frottée avec une ortie. L’éruption est surtout prononcée au dos, moindre sur le cuir chevelu, la face et les bras et encore moindre aux jambes. Rien à la paume des mains ni à la plante des pieds. Rien à l’anus ni dans son voisinage. Muqueuse buccale indemne.

Début de l’éruption à l’âge de six mois, sous forme de petits boutons rouges dans le dos. Ils s’étendirent peu à peu en surface, et bientôt des taches semblables parurent sur d’autres points du corps. La face fut prise en dernier lieu. Dans ces derniers mois, pas de taches nouvelles, mais aucune n’a disparu.

L’enfant est né à terme ; il est fort et bien portant ; il est encore au sein. Il n’a fait aucune maladie. Urine normale. La mère est bien portante. Père bien portant. Rien de semblable dans la famille. Au 18 mai 1875, l’éruption n’a pas changé d’aspect; il ne s’est pas produit de nouvelles taches, mais aucune n’a disparu.

Observation III. — Tilbury Fox, Clin. Soc. Trans., 1875, t. 8, p. 53.

Du Xanthelasmoidea ( maladie non décrite ).

E. C..., âgé de sept mois : entre au University College Hospital en mai 1873. Né à terme et très bien portant. La mère paraît en bonne

santé et a déjà eu deux autres enfants. Sujette à des accès bilieux. On ne lui trouve aucun indice de syphilis acquise ou héréditaire.

L’éruption débuta chez l’enfant à l’âge de six semaines sous forme de deux plaques situées à la face interne de la cuisse gauche au-dessus du genou. Ces plaques ressemblaient à des brûlures superficielles, si bien que la mère crut avoir brûlé son enfant. Le cou fut ensuite atteint, puis le tronc et actuellement tout le corps est envahi ; cuir chevelu, plante des pieds, paume des mains, verge. La dimension des plaques varie de celle d’un pois à celle d’un schilling et plus ; la plupart ont la dimension d’un gros pois : beaucoup ont la dimension et la forme d’une amande. Au début, couleur rouge mat ou cuivre sombre; peu à peu pâlirent et après un certain temps, elles prirent une couleur jaune clair. Quelques-unes prennent parfois une couleur nacrée. Ces plaques ou taches sont en grand nombre à la nuque, sur les parties latérales du tronc et dans les régions temporales. Elles donnent au toucher une sensation ferme comme celle d’un morceau épais de peau de chamois. Toutes les taches sont surélevées: les plus grosses de près de six millimètres.

Quelques-unes de ces plaques ont l’aspect d’une infiltration uniforme, mais la plupart sont constituées par une agglomération de petits boutons distincts qui semblent implantés sur le follicule pileux. Sur les plus grandes plaques, l’individualité de chacun d’eux semble ne plus exister tant ils sont serrés les uns contre les autres. Si bien que par places on pourrait les comparer à une hypertrophie de la peau ayant porté surtout sur les follicules. L’enfant était tacheté comme un léopard, à ceci près qu’au lieu des taches décolorées de cet animal, la peau blanche et normale de l’enfant était parsemée de nodules jaune clair au milieu desquels il s’en trouvait d’autres d’un rouge mat, les plus récents. Quelques-uns d’entre eux se sont affaissés, laissant une plaque aplatie un peu surélevée de couleur fauve pâle.

11 existe des infiltrations très nettes sur la muqueuse de la bouche et du palais avec des caractères semblables à ceux de la peau. Il survient de temps en temps un certain degré de prurit au niveau des plaques quand elles commencent à se développer. L’enfant paraît en bonne santé : jamais de jaunisse ni de troubles hépatiques. Rien d’anormal dans les excrétions ou les sécrétions.

Le Dr Fox suit le malade depuis un an et demi. L’affection n’a subi que de très légères modifications, qui consistent en une diminution graduelle de la coloration des plaques. Il y a un peu de prurit de temps à autre.

Observation IV. — Tilbury Fox, eod. loc.

Garçon chez lequel la maladie avait débuté vers l’âge de six semaines. Pas de troubles constitutionnels, de cachexie, de troubles hépatiques ni de prurit. Au début, les plaques étaient d’une couleur rouge mat : celle-ci dura longtemps et ce n’est que maintenant que les taches commencent à pâlir. Elles semblent perdre leur couleur mate et leur surélévation. Elles ne causent aucune gêne. Père et mère en bonne santé sans syphilis.

Observation V. — Tilbury Fox, eod. loc.

La plus grande partie de l’éruption apparut lorsque l'enfant avait dix jours, sur divers points du corps et elle présentait une grande analogie avec une éruption syphilitique.

Les plaques étaient semblables à celles de mon premier malade, mais quelques-unes existaient déjà sur la tcte et le cou de l’enfant au moment de sa naissance. Ce qui faisait penser à la syphilis, c’est que l’enfant avait de l’enrouement par intervalle et un rhume continuel. Cette hypothèse fut néanmoins rejetée. Le Dr Hebblethwait, avec qui Fox avait vu le malade, rapporte que depuis plus de trois ans la mère était atteinte d’une affection pulmonaire et qu’avant d’accoucher de cet enfant elle eut des métrorrhagies abondantes.

Les autres particularités de la maladie dans ces deux derniers cas ayant été les mêmes que chez le premier malade, Fox n’v revient pas. Chez les deux derniers malades il n’y avait que vingt à quarente plaques sur tout le corps. Dans le cas du Dr H..., l’emploi des toniques fit pâlir graduelle*ment les plaques.

Dans l’un des cas, on a institué un traitement antisyphilitique, mais sans résultat.

Observation VI. — A. Morrow, inj Archives of Dermatol., New-York, 1877, t. 3, p. 140.

Garçon de deux ans bien nourri et en bonne santé. Corps couvert d’une éruption ayant débuté à l’âge de six mois. Dimensions des taches variant de celle d’un petit pois à celle d’une pièce de 50 centimes. Très nettement surélevées, elles couvrent la face et tout le corps, mais surtout abondantes sur le dos et aux plis de flexion des jointures. Il y en a quelques-unes à la paume des mains et à la plante des pieds. Habituellement d’une cou-

leur jaunâtre pâle, niais deviennent écarlates ou rouge vif lorsque l’enfant pleure ou s’excite. Quand on frotte les élevurcs elles deviennent plus marquées et offrent l’aspect d’une piqûre d’ortie. Par moments, il y a des démangeaisons. A part des épitaxis par intervalles, l’enfant est très bien portant. Vacciné vers l’âge de cinq mois : un mois ou deux après, surviennent sur le dos et la poitrine quelques petits boutons rougeâtres Bientôt tout le corps en fut couvert et présenta l’aspect qu’il a maintenant.

En 1879 ( Arcli . of Dermatol., vol. 5, p. 2G). Morrow continuait ainsi l’observation : l’enfant a été observé pendant dix mois. Changements très appréciables de l’éruption : augmentation du nombre des taches pigmentées. Apparition de petites poussées de tubercules, plus fréquentes sur le dos et autour du cou. Ces masses faisaient une saillie de plusieurs lignes et n’étaient ni arrondies ni coniques, mais à contours irréguliers comme formées par une confluence de petits nodules. Dimensions variant d’un grain de café à une amande. D’abord rosées ou d’un rouge vif, elles prenaient plus tard une teinte jaune pâle ou brunâtre. Fermes au toucher. Souvent d’un reflet nacré, pouvant faire croire à un contenu liquide ; mais des ponctions répétées ne firent jamais sortir de pus. Elles se développaient subitement, toujours après une poussée d’urticaire, restaient stationnaires un temps variable puis rétrogradaient rapidement. Leur durée moyenne était de une à deux semaines, quelquefois, mais rarement, plus. Comme traitement : acétate de potasse et diurétiques auxquels Morrow attribua d’abord l'amélioration qui survint, mais il se convainquit plus tard qu’elle était due à l’abaissement de la température. En effet, pendant l’hiver les poussées d’urticaire furent moins fréquentes, les taches pâlirent et les masses tuberculeuses parurent à intervalles rares.

Morrow essaya l’ergotine et le fer, la belladone, le camphre, l’apiol mais sans résultats. Au printemps, les poussées urticariennes redevinrent plus fréquentes. Le malade fut perdu de vue pendant plus d’un an. On le ramena au mois d’août 1878. Il s’est alors produit un changement marqué de l’éruption. On ne voit qu’un ou deux tubercules; mais les taches pigmentées sont plus nombreuses. Tout le corps est envahi. La paume des mains et la plante des pieds sont fortement atteints . Le cuir chevelu est pris seulement à la région occipitale. Il y en a un certain nombre sur les paupières. La paupière supérieure gauche a été pendant quelque temps le siège d’un de ces tubercules qui la maintenait baissée et empêchait l’enfant d’ouvrir complètement l’œil. Ce tubercule se résorba assez rapidement, ne laissant d’autre trace que la plaque pigmentée qui, par ses contours et sa couleur, rappelle d’une manière frappante une plaque de xauthelasma . Sur le tronc on ne trouve pas un espace de peau saine de la dimension d’une

phalange. Les plaques se sont réunies et présentent une configuration bizarre. La muqueuse du palais et du voile est atteinte, mais la coloration jaunâtre caractéristique des taches de la peau fait ici défaut. Les plaques deviennent d’un rouge foncé, presque livide, quand il y a de l’hypérémie. Par places, la pigmentation prend une teinte verdâtre. Par la pression, on fait disparaître la teinte rougeâtre, mais la couleur jaunâtre ne change pas. Au front les taches sont pâles et indistinctes, excepté lorsque la circulation est activée par des causes accidentelles. Quelques-unes des plaques donnent au doigt la sensation molle, veloutée d’un nœvus. Sur quelques-unes de ces plaques, la peau paraît surélevée et flottante comme l'épiderme d’un vésicatoire. Cette peau lâche forme de petits plis qui, pendant la formation de l’urticaire, se distendent et forment l’élevure caractéristique. On pouvait vérifier ce fait en irritant l’une des plaques avec la pointe d’une épingle. Cet état est bien plus net quand il fait chaud ; car, dans ces conditions, tous les caractères distinctifs de la maladie s’accentuent.

D’autres plaques moins élevées présentent un aspect curieux en échiquier ; elles semblent parsemées de petites papules séparées par des sillons transversaux, apparence qui rappelle celle de la peau des articulations des doigts. En tendant lapeau, ces petites «‘levures disparaissent. Les poussées d’urticaire surviennent à intervalles variables : pendant l’été, parfois une fois par semaine ; en hiver, elles sont'plus espacées. Elles sont dues, en général, à des écarts de régime ; elles peuvent être produites par des émotions. La moindre excitation cause une liypérémie intense de la peau. Quand Morrow examina l’enfant, toute la peau [s’injecta comme chez une presonne atteinte de forte fièvre. Hyperesthésie cutanée très marquée, au point que le contact de l’air déterminait une irritation qui se traduisait par de l’inquiétude de l’enfant et une disposition à se gratter. Le prurit a été un élément constant de la maladie. La moindre irritation de la peau produit des élevures. Leur rapidité et leur étendue dépendent du degré d’irritation. L’effet paraît limité à la région qu’innerve le nerf affecté. Ainsi, en marquant avec de l’encre ineffaçable l’une des élevures, on voyait apparaître une saillie circulaire correspondant à la ligne tracée par la plume et qui venait circonscrire Pélevure. Cette susceptibilité s’accentuait surtout au niveau des plaques de peau malade. L’irritation d’une zone de peau saine sur le bras demandait de quatre à cinq minutes pour se transformer en élevure, tandis que la même irritation sur une plaque de peau malade voisine de la précédente ne mettait que deux à trois minutes pour produire le même résultat. Morrow décrit ensuite l’urticaire factice qu’il provoquait. L’élevure blanche restait distincte pendant environ cinquante mi-

nutcs, et il fallait de cinq à sept heures pour que toute trace du phénomène eût disparu.

Morrow fait remarquer qu’il y a une différence notable dans la durée de Pélevure, suivant qu’elle est produite sous l’influence du sympathique ou par irritation factice.

Un jour, en faisant photographier l’enfant, il provoqua de l’urticaire factice ; mais l’enfant ayant été très effrayé, des élevures nombreuses sur* vinrent au niveau des taches pigmentées. Or, ces dernières disparurent en quelques minutes quand l’enfant fut tranquillisé, mais celles qui avaient été produites artificiellement durèrent plusieurs heures, laissant à leur place environ une demi-douzaine d'élevures qui durèrent plusieurs jours.

Un jour, une irritation très violente a déterminé plusieurs petites vésicules, une autrefois une grosse bulle à la surface des élevures. Elles séchèrent en quatre ou cinq jours. 11 n’y a jamais eu de suppuration. La température de la peau, quand l’hyperémie est intense monte, de 2 à 3 degrés. L’éruption n’a pas altéré la santé de l’enfant, qui est très bien développé. Epistaxis fréquentes, plus ou moins abondantes, en général nocturnes. La maladie ayant été prise pour des syphilides papuleuses, l’enfant avait été soumis autrefois à un traitement spécifique rigoureux.

Observation VII. — Th. Barlow, Clin. Soc. Trans., 1877, t. 10, p. 196. — Eruption non encore décrite survenue chez une enfant tuberculeuse.

Caroline T..., âgée de treize mois. La mère raconte que son enfant n’avait rien présenté d’anormal jusqu’à l’âge de trois ou quatre mois. A ce moment parurent des taches rondes et brunes sur la poitrine de l’enfant. La mère les prit d’abord pour des coups. Ces plaques n’ont fait qu’augmenter et s’accroître jusqu’à l’âge d’un an. Depuis lors, elles n’ont pas trop varié. Sur le dos, la poitrine et l’abdonien, sur les bras, les avant-bras, les cuisses et les jambes, nombreuses plaques pigmentées, légèrement surélevées, dimensions variant d’un pois à un schilling, d'un brun uniforme avec teinte olivâtre, rappelant la couleur du ehloasma, mais plus foncée. lia face, les mains, les pieds sont indemnes. Ces plaques n’ont pas varié : l’enfant est dans le même état qu’il y a douze mois. Sa mère dit que de tout temps l’enfant a été exposée à des morsures de puces. Je me souviens d’avoir vu à plusieurs reprises des plaques rougeâtres, arrondies avec une petite traînée blanche ressemblant à une élevure d’urticaire. Je n’ai jamais constaté une vraie morsure de puce. Une égratignure produit, après cinq minutes environ, une véritable élevure d’urticaire : on obtient parfois le

même résultat en maniant l’enfant. L’enfant a toujours aimé à être frottée et ce frottement, dit la mère, faisait apparaître des marques blanches. Dans le cours de l’observation, d’autres lésions cutanées apparurent : sur la nuque, une oreille et le menton, survint une éruption impétigineuse avec croûtes et ulcérations. Bords taillés à l’emporte-pièce; peu de suppuration, perte de substance considérable, puis finalement bourgeonnement et cicatrisation. L’enfant est atteinte depuis plusieurs mois d’ophthalmie scrofuleuse : les glandes du cou sont très grosses et l’on ne peut douter que l’enfant ne soit tuberculeuse. Il y a des antécédents tuberculeux dans la famille : le père et la mère sont bien portants.

Observation VIII. — Sangster. Clin. Soc. Trans., 1878, t. 11, p. ICI.

— Éruption fruitée anormale accompagnée de prurit, d’urticaire factice

et de pigmentation « urticaria pigmentosa » .

C. F., âgé de deux ans, bien portant et bien nourri. La mère raconte qu’il n’avait pas encore huit jours lorsqu’il fut atteint d’ictère qui disparut en quinze jours. L’affection cutanée semble avoir débuté dès sa plus tendre enfance. La peau, air dire de la mère, aurait toujours formé des saillies aux points irrités. Il suffisait même de manier l’enfant polir l’habiller pour qu’il en résultât des élevures : pourtant, elles disparaissaient sans laisser de traces.

A l’âge de deux mois, une éruption rouge, traitée de coloration inégale, parut sur l’abdomen. Elle fut bientôt suivie d’une semblable sur d’autres parties du tronc qui fut rapidement envahi. Lors d: son début, l’éruption détermina du prurit et celui-ci faisait paraître les élevures ci-dessus. La mère remarqua qu’elles étaient produites par le grattage, car elles se présentaient souvent sous la forme de traînées dans la direction du coup d’ongle. Jusqu’aujourd’hui la maladie a continué à présenter les mêmes caractères, cependant les plaques se sont étendues peu à peu aux extrémités et les efflorescences de l’abdomen les plus anciennes, qui étaient rouges autrefois, sont devenues plus brunes. La grand’mère maternelle a été atteinte d’une affection squameuse. Un oncle maternel est traité pour du psoriasis. Le père et la mère sont sains et non syphilitiques. Le corps est couvert d’une éruption jaune brun et jaune rougeâtre d’aspect truité. La plupart des taches se continuent aves les voisines et s’estompent sur leurs bords. Maximum de l’éruption sur le dos, l’abdomen et les flancs ; ceux-ci étant presque uniformément bruns. La face et le cuir chevelu sont indemnes, bien qu’il y ait quelques traces sur la joue droite. Les mains et la plante des pieds sont saines, mais la face dorsale des pieds est prise.

Les plis de flexion des jointures, les aisselles, les régions inguinales et poplitées sont les plus atteintes et le siège principal du prurit. Dans ces régions, les taches sont parallèles aux plis de la peau. Par le toucher, quelques-unes de ces plaques semblent un peu surélevées, mais ceci est peu net. Nulle part on ne sent d’épaississement. On constate seulement qu’au niveau des plaques la peau est un peu moins fine que d’ordinaire- Si l’on tend la peau ai niveau des taches brunes il n’y a aucun changement, mais si on la tend sur les taches rouges des cuisses, la coloration disparaît et il ne reste qu’une teinte jaune claire. Pas de desquamation, pas de papules. Urines et selles normales. La mère croit que l’enfant ne sue pas autant que d’autres enfants.

Observation IX. — Th. Barlow. Clin. Soc. Trans, 1879, p. 72. — Cas d'urticaire pigmentée.

Frédéric P..., âgé] de huit mois. Sur le tronc on voit de nombreuses taches arrondies d’un brun grisâtre, de la dimension de l’extrémité d’un crayon.

En beaucoup d’endroits, confluence des plaques : sur le dos il y avait plus de peau malade que de peau saine. Plaques légèrement surélevées. Surface finement granuleuse. Elevures semblables sur les cuisses, les bras, le cou, les tempes, les racines des cheveux et quelque peu sur le cuir chevelu ; mais sur ces points la saillie n’est pas aussi prononcée que sur le tronc. En rayant la peau du tronc on faisait apparaître une large saillie. L’enfant se grattait aussitôt que le corps était exposé à l’air. C’était un bel enfant, bien portant, nourri au sein, non syphilitique. Parents bien portants. Une sœur âgée de deux ans, sans aucun trouble de la santé. C’est à l’âge de neuf semaines que la mère vit survenir une douzaine de taches sur la poitrine, le ventre, le dos et la partie supérieure des bras. Quelques taches étaient comme de larges ampoules avec une auréole rouge : elles ne suppurèrent jamais. L’enfant se grattait après l’apparition des taches. C’est peu à peu qu’il fut couvert de ces taches brunes. De temps en temps survenaient des taches semblables à des bulles blanches. Lavages avec une solution camphrée : l’irritabilité de l’enfant paraît moindre et les taches ont pâli.

Observation X. — Goodhart. Med. Times and Gazette, 1879, vol. l,p. 116.

— Cas d’urticaire pigmentée.

Esther B..., âgée de sept mois, très bien portante, non syphilitique, au cuue maladie antérieure. Il y a deux mois, début de l’éruption sur l’abdo-

men sous la forme de petites élevures blanchâtres entourées d’une zone rougeâtre.

L’enfant se grattait au niveau de l’éruption : il ne paraît y avoir eu ni fièvre ni aucun trouble général à ce moment. Les élevures ne se sont pas modifiées sensiblement ni dans leur aspect, ni dans leur développement depuis cette époque. La plus grande partie du corps, mais principalement l’abdomen et le dos, est tachetée de plaques d’un brun foncé, les unes arrondies, les autres ovales ou irrégulières. La peau entre ces plaques est blanche et normale. Les plaques ont l’air d’être plissées, ou un peu rugueuses, ainsi que cela pourrait résulter de papules mousses, très rapprochées, devenues confluentes. En prenant la peau entre les doigts on sent une induration des parties profondes qui donnent une sensation molle comme de la peau de gants : ce caractère les différencie du lichen. Il existe des plaques plus petites, avec des caractères semblables, autour de la nuque, des oreilles ; les pieds, les mains, la face sont indemnes. — Les extrémités inférieures sont bien moins atteintes que le tronc. Il existe plusieurs élevures ortiées sur divers points du tronc, et il est important de noter qu’elles sont entourées d’une pigmentation brunâtre, livide, plus rouge que sur les autres plaques. La mère dit que ce sont de nouvelles plaques : toutes les autres auraient paru delà même façon. Je n’ai pu produire d’urticaire factice. Deux mois plus tard, de nouvelles plaques se montraient encore à divers points du corps : la pigmentation était moins accentuée. L’irritation a aussi diminué.

Observation XI. — Pye Smith, in Guy s hosp. Reports. t. 25, 1880-81, p. 212.

Salomon G..., âgé de deux ans, est atteint depuis l’âge de trois mois d’une éruption de papules un peu larges, discrètes, d’un brun jaunâtre. Elles couvrent la plus grande partie du dos, de la poitrine, de l’abdomen et les parties voisines des bras et des cuisses. Les mains, les pieds, la tête et le cou sont indemnes. — L’éruption ne fut pas modifiée par la dentiton. Il y avait deux ou trois nouvelles élevures d’urticaire avec hypérémie voisine. Le Dl Pye Smith dit qu’il a vu deux cas semblables traités par les Drs Barlow et Sangster. Il a bien voulu nous écrire qu’il n’avait vu cet enfant que deux ou trois fois : il ne sait pas ce qu’il est devenu. Nous ne pouvons donc donner sur cette observation de détails complémentaires. Nous tenons néanmoins du Dr Pye Smith que le petit malade aurait été guéri.

Observation XII. — Cavafv Lancet. Mai 1880, p. 730.

Alfred P..., quinze mois, vu en janvier 1880. Toute la peau, à l’exception de la paume des mains et de la plante des pieds, est couverte de taches pigmentaires dont la couleur varie du rouge jaune à l’orange et au brun pâle : quelques-unes sont d’une teinte rouge brunâtre plus sombre. Ces différences de couleur sont dues à des différences d’hypéréinie. Les plaques sont plus larges et plus nombreuses sur le dos et la poitrine ; elles sont moindres sur l’abdomen, les fesses, les extréndtés ; et petites sur le cou, la face et les tempes. Elles sont toutes arrondies ou irrégulièrement ovoïdes et les plus grandes (quelques-unes atteignent de 7 à 10 centimètres), paraissent formées par confluence : sur le cou elles sont plus allongées que partout ailleurs, très faiblement saillantes et plus ou moins parallèles avec plis transversaux de la peau. Partout elles sont entourées ou séparées par de larges intervalles de peau saine. Elles sont à peine élevées et parfaitement lisses : leur texture e$t un peu plus ferme que la peau saine. En les plissant, la peau paraît d’épaisseur normale : il n’y a aucun signe d’infiltration. La pression fait disparaître la couleur rouge, la teinte brune pâle persistant seule. Sur deux des plaques, à l’épaule gauche, on voit de grosses élevures d’un blanc grisâtre ; et des élevures linéaires sont immédiatement produites en rayant les plaques hypérémiées, mais avec plus de difficulté sur celles qui sont seulement pigmentées. L’enfant est de belle complexion et en parfaite santé. Durant trois mois d’observation, les plaques semblent moins hypérémiées. L’hypérémie est très variable : une plaque qui est d’un rouge brillant peut à un autre examen se trouver brun pâle, puis de nouveau rouge en totalité ou on partie. Quand l’enfant crie ou se débat, la rougeur est plus accentuée . L’enfant avait quinze jours lorsque l’éruption débuta sur le dos comme des élevures rouges, aplaties sur lesquelles se formèrent des ampoules et qui s’étendirent rapidement sur tout le corps. A une ou deux reprises on a noté des vésicules ou de larges bulles d’où s’écoulait un liquide incolore et qui se changeaient en croûtes minces. Les élevures étaient toujours de courte durée, ne persistant que quelques heures : elles ne revenaient parfois qu’à de longs intervalles. Elles ont toujours été plus communes autour de la ceinture et du cou, où la peau est le plus en contact avec les vêtements. Il ne paraît pas y avoir eu de prurit généralisé, excepté lorsque la peau a été excitée comme après un bain. La mère n’a jamais remarqué que l’enfant se grattât et je ne l’ai jamais vu le faire.

Observation XIII. — • Stephen Mackenzie. Med. Times and Gazette- Avril 1880, p. 451.

A. F. . ., âgé de quinze mois, quatrième enfant de parents non syphilitiques, né à terme, nourri au sein. Rien de particulier à sa naissance. A l’âge de trois jours on remarqua de grandes plaques brunes sur la poitrine et le dos. Elles étaient très larges et empiétaient les unes sur les autres. Couleur brun sombre. Ne s'élevaient pas au-dessus de la peau voisine et semblaient déposées sur cette dernière. Il n’y avait à cette époque aucune irritation. Depuis son apparition jusqu’à ce jour, l’éruption a persisté à peu près avec les mêmes caractères : elle a cependant pâli. C’est seulement le mois dernier qu’on a remarqué une irritation de la peau. Quand l’enfant se gratte, on voit apparaître de larges élevures blanches. Les bains font toujours apparaître ces élevures : elles ne durent que peu de temps. L’irritation de la peau survient principalement la nuit et tient l’enfant éveillé. La poitrine, l’abdomen et le dos sont le siège d’îlots irréguliers de couleur chamois ou rosée qui s’élèvent légèrement au-dessus de la peau saine. Varient en dimension d’un pois à une pièce de six pence et plus. L’éruption s’étend jusque sur la face antéro-interne des cuisses, sur les bras et un peu sur le cou. Quand l’éruption paraît, elle est de couleur chamois, mais sous l’influence de l’air, l’enfant se gratte et les élevures font une saillie encore plus considérable et d’un rouge vif. L’excitation ayant cessé, en quelques minutesla coloration redevient brune, et la papule s’affaisse pour reprendre ses premiers caractères. On a observé une fois une grosse bulle. Il n’y a aucune éruption sur la muqueuse buccale .

Observation XIV. — Stephen Mackenzie, iri Hunterian Soc. Reports,

Sexe non mentionné. Date du début trois jours après la naissance. Quand on vit l’enfant pour la première fois à l’âge de seize mois, l’éruption siégeait au tronc, sur le dos, le front, le cou et les parties supérieures des cuisses. Ce furent des taches rouges qui débutèrent et ne disparurent pas. Pas d’irritabilité de la peau jusqu’au mois dernier. A seize mois parurent des plaques brunes devenant ortiées par irritation et s’affaissant en quinze minutes environ. En un point a paru une petite bulle.

Observation XV. — C. Fox, in Med. chir. Trans, 1883, p. 330. Communiquée par le I)r Propert au Dr Tilb. Fox on 1877.

Garçon de huit mois, tout le corps était plus ou moins couvert. A l’âge de cinq ou six semaines on avait remarqué sur son corps de petites ampoules très nettes qui furent remplacées par des plaques surélevées d’un rouge brunâtre. Plus tard l’éruption prit l’aspect de taches cuivrées. Début probable par la tête et le front : elles parurent ensuite sur le dos, les épaules et l’éruption se généralisa sur le tronc vers l’âge de trois mois. A huit mois, il paraît peu de chose à la face. Vers l’âge de dix-sept mois, la surface du corps était couverte d’élevures congestionnées, grossièrement granuleuses et de plaques pigmentées en général discrètes, ovales ou arrondies de la dimension d’un petit pois; quelques-unes étaient plus grandes par confluence et irrégulières avec des contours mal définis. Los flancs étaient très atteints et les jambes principalement De nouvelles lésions qui s’étaient montrées au front et à la face étaient plus hypérémiques que les anciennes et avaient très manifestement un élément d'urticaire : plus tard elles prirent l’aspect de l’érythème papuleux, mais avec une teinte d’un rouge plus foncé, plus mat. Leur couleur variait : si elles restaient au repos quelque temps elles prenaient une couleur brunâtre ou chamois et ne démangeaient que pou ; mais si on les frottait, elles devenaient hypérémiques et démangeaient. Quand la peau était irritée, lorsqu’on lavait l’enfant, des papules blanches d’urticaire se présentaient. La mère est sujette à ]’ urticaire. Aucune maladie dans la famille. L’enfant est en parfaite santé. En 1880, l’éruption était à peu près dans le même état.

Observation XVI. — G. H. Fox. in J. of cutan and venereal diseases, New-York 1884, p. 214.

La malade est âgée de cinq ans et demi. Elle a eu sa première attaque d’urticaire à un an et demi. Les élevures persistent et ont acquis une cou leur café au lait. La santé générale est bonne. L’enfant est bien nourrie et à part quelques attaques aiguës d’urticaire survenant de temps en temps, et des démangeaisons lorsqu’elle s’échauffe en jouant, elle est en bonne santé. Tout le corps depuis le cou jusqu’aux pieds est couvert de taches brunâtres très discrètes, de dimensions variables atteignant au plus la dimension d’une pièce de vingt centimes et irrégulièrement arrondies. Ces taches existent depuis des années. Quand la peau est irritée, de nouvelles

élevures paraissent, surtout sur les taches pigmentaires. L’enfant a été vaccinée plusieurs fois mais sans grand succès.

Observation XVII. — Radcliffg Crocker; Clin. Soc. Trans, 1885,

L. N... âgée de quatremois et demi, observée le 22 septembre 1883. Un jour ou deux après sa naissance on remarqua une bulle sur une dos aines et deux ou trois jours plus tard il en survint dans l’aisselle et sur le cou. La mère n’en vit plus d’autres de deux ou trois semaines, lorsque survint l’éruption actuelle d’abord sur le cou, puis sur les autres parties du corps. Elle commence par des tubercules séparés ou plus souvent réunis par groupes de trois ou quatre ayant environ les dimensions d’un petit pois, faisant nettement saillie au-dessus de la peau, d’une couleur jaune rougeâtre, avec une étroite auréole rose. Sur quelques-uns des tubercules se forme une vésicule d’environ un demi-centimètre de diamètre et qui contient un liquide clair dont la résorption se fait en quelques jours. Le tubercule persiste seul et il se recouvre alors d’une couche mince d’épiderme desséché. Dans la suite, quelques-uns des tubercules s’accrurent peut-être par la réunion de ceux qui constituaient le groupe et à mesure qu’ils deviennent plus anciens ils présentent une couleur jaunâtre d’où résultent des lésions variant d’un grain de chènevis à une fève et en couleur du rouge-brun au brun pâle : la plupart sont de couleur jaune. Un peu plus fermes au début que la peau normale, ils ne démangeaient pas, mais dernièrement leur évolution a causé une certaine irritation qui cesse dès que les tubercules sont formés. Us couvrent la tête et la face : nombreux sur le cou, ils sont moins abondants sur les bras. On les trouve sur le dos et la paume des mains. Les organes génitaux et l’anus d’abord indemnes, sont à présent envahis ainsi que les lombes et les cuisses. Il y a quelques tubercules sur la plante des pieds. Mais en réalité ils sont moins abondants à mesure qu’on s’éloigne des genoux. A la naissance c’était une belle enfant. Elle a un peu perdu, mais elle est encore bien nourrie quoique un peu pâle et elle paraît bien portante. L’éruption ne l’incommode nullement excepté au moment des poussées. Pas trace de syphilis congénitale sur elle ni sur les autres enfants. Elle fut malgré cela soumise au traitement mercuriel pendant deux mois inutilement. Trois autres enfants ont été atteints de rachitisme : les parents semblent bien portants. J’observe l’enfant depuis six mois et pendant cette période, des lésions nouvelles sont survenues à des intervalles irréguliers de quelques jours. D’autres ont subi une évolution partielle et se sont plissées en même temps qu’elles s’affaissaient; mais très peu ont disparu

laissant seulement des plaques pigmentées à leur lieu d’origine. Le frottement ne paraît produire aucune exacerbation. Sur des élevures anciennes d’une main, des vésicules se sont parfois produites. On ne put jamais déterminer d’urticaire factice.

L’enfant a succombé à une bronchite compliquant la coqueluche. Je l’avais vue quelques semaines avant sa mort, et la maladie s’était considérablement améliorée.

Observation XVIII. — Pick. Zeitschrift fur Heilkunde. Prague, 1881.

Gr. P . .., âgé de huit ans. Le père de la malade est un homme fort, bien portant, qui dit n’avoir jamais été malade. Sa première enfant, une fille, a maintenant neuf ans et a toujours été bien portante : la seconde enfant est la malade. La mère avorta au troisième mois de sa sixième grossesse et mourut à la suite, probablement d’une fièvre puerpérale. Pas d’antécédents tuberculeux du côté du père ni du côté de la mère. Pas de maladie de peau dans les deux familles. A la naissance de notre malade, la mère aurait eu une perte de sang abondante et depuis elle ne s’est jamais sentie aussi forte qu’auparavant.

La maladie de la peau a envahi tout le corps lorsque la malade avait six semaines. De grosses efflorescences avec une forte fièvre apparurent d'abord, qui durèrent longtemps et laissèrent toujours à leur suite une coloration de la peau. Depuis cette époque, jusqu’au moment où la malade me fut présentée, c’est-à-dire dans un espace de près de huit ans, ces phénomènes se répétèrent sur la peau à des intervalles plus ou moins éloignés, de sorte que la peau n’est restée à aucun moment assez longtemps indemne pour que la coloration ait disparu partout. Tandis que les premières éruptions s’accompagnaient de fièvre, elles survinrent dans la suite sans aucun trouble, la coloration de la peau les faisant remarquer. La démangeaison, qui avait été très violente dans les premiers temps, est devenue moindre aux poussées suivantes et n’existe plus depuis quelque temps. Nous trouvâmes une enfant bien nourrie, bien développée, les cheveux blonds, les yeux bleus, la peau peu foncée, pâle. La malade nous fut de nouveau amenée en septembre 1881, et je résume ainsi l’observation. Au milieu d’une peau complètement normale, on trouve des taches d’un brun rouge, de trois à cinq centimètres de diamètre, presque rondes ou un peu ovales. Ces taches sont en partie élevées et d’un rouge clair ou bien la tache est unie et alors la coloration varie. Le changement de couleur s’accuse, soit sur toute l’étendue de la tache, régulièrement, ou seulement à sa partie

centrale, tandis que la périphérie pâlit simplement et devient peu à peu rouge brun, bleu brun et jaune brun. Le boursouflement et la décoloration des plaques ont lieu très rapidement parfois, à la suite d’une légère pression. La disparition ne se fait cependant que très lentement, de sorte que l’on aperçoit après deux ou trois semaines une boursouflure, et après six ou huit semaines une tache d’un brun jaunâtre. Nulle part on ne trouve trace de desquamation : jamais il n’y a eu formation de pus.

A la dernière visite, on me dit qu’il n’y avait plus d’élevures et nous n’avons trouvé que des taches aux différents degrés de développement.

Observation XIX. — Pick, eodcm loco.

K. G... fut amené pour la première fois à la clinique au mois d’août 1880. Il avait alors sept mois. La maladie a commencé peu de jours après la naissance. Enfant bien développé pour son âge, bien portant : cheveux blonds, veux gris, peau de la face et lèvres d’une pâleur remarquable. La peau du tronc, principalement du dos, est couverte de nombreuses taches moins pigmentées, qui présentent en partie des élevures. La coloration varie beaucoup. Les taches unies sont généralement d’un rouge clair, les plaques saillantes, jaunes.

A la pression de la peau colorée en rouge, la rougeur disparaît à la périphérie, il en reste cependant toujours une coloration brune au centre. La coloration jaune des élevures ne change pas à la pression. Parmi ces colorations extrêmes, on trouve toutes les nuances comme il y en a dans les extravasations sanguines de la peau. Les élevures d’un demi à un centimètre de long sont plus nombreuses et présentent une teinte d’un orange clair allant jusqu’à la teinte jaune soufre, de sorte qu’elles simulent le xanthelasma. Si les plaques hypérémiées d’une part, et les commémoratifs d’autre part, n’avaient montré que le processus était excessivement rapide, on aurait pu appliquer à la maladie le nom de xanthelasma .

Les élevures sont plus résistantes au toucher que la peau saine ; elles ne sont pas sensibles à la pression.

L’épiderme n’est pas modifié : il n’y a aucune desquamation, aucune trace d’égratignure. Dans le cours de notre observation, voici les symptômes qui se produisirent :

Sur une peau auparavant normale, il se montre, avec des démangeaisons intenses, de grosses taches hypérémiques de trois à cinq centimètres, et au centre desquelles se trouve une élevure de un demi-centimètre à un centimètre et demi de long, sur un demi -centimètre de large, ovale, dépassant le niveau de la peau, de un à deux millimètres. Elle est d’une couleur

plus foncée que le cercle qui l’environne et dure au toucher. L’élevure se forme très rapidement et souvent on la voit se former lorsqu’on découvre le corps. Ces phénomènes se répétèrent à intervalles plus ou moins éloignés, de sorte que petit à petit, la peau du dos, de la poitrine et du ventre était parsemée d’élevures. Les mêmes caractères se montrèrent aux extrémités supérieures et moins prononcés aux inférieures. Aucune altération de la sensibilité. Démangeaison pendant l’éruption qui disparut bientôt. L’état général n’avait jamais été dérangé autrefois et resta tel jusqu’à seize mois, âge auquel l’enfant fut atteint de la variole. Je n’ai malheureusement eu connaissance de cette maladie que lorsque celle-ci était arrivée à une période avancée de la dessication. L’éruption sur la figure et aux extrémités était peu confluente, mais elle était très prononcée sur le tronc, aux endroits par conséquent où la formation des élevures était le plus considérable, et il n’y a aucun doute que les pustules s’étaient développées sur les élevures. On ne trouve plus aucune trace de ces dernières : je ne nuis distinguer la pigmentation d’un bleu foncé de celle qui est propre à la variole .

L’observation ultérieure montrera à quel point cette variole a influencé l’urticaire.

Observation XX. — Lewinski, Archiv . fur path. anat. Berlin, 1882.

A. S..., serrurier, dix-huit ans, entra dans mon service au mois d’octobre 1851, présentant des démangeaisons et des taches sur la peau. Les parents du malade, ainsi que ses cinq frères ou sœurs, sont bien portants et lui-même a toujours été fort et en bonne santé. Il était âgé d’environ cinq semaines lorsque sa mère remarqua sur le ventre une élevure de la dimension d’une pièce de 20 centimes environ. A côté de celle-ci il s’en forma bientôt d’autres, semblables à la première, mais dont elles se distinguaient cependant en ce qu’il s’y surajoutait des vésicules.

Les efflorescences isolées, et notamment celles qui étaient pourvues de petites vésicules, étaient de courte durée : elles disparaissaient en quelques jours, mais elles laissaient des traces qui dans la suite n’ont pas changé ou se sont très peu modifiées. Il se formait toujours de nouvelles élevures autour de celles qui existaient déjà : celles-ci ne duraient que peu de temps et laissaient des taches. L’affection s’est petit à petit étendue à tout le corps.

Après un intervalle d’environ neuf ans il survint d’autres élevures qu; ont présenté la même évolution, mais sans laisser de taches. Le malade a

encore maintenant de ces élevures. Quant aux taches, elles doivent dans le principe avoir été saillantes : lorsqu’on y passait la main on éprouvait la sensation que l’on a en touchant des pois.

Ces saillies disparurent rapidement et se montrèrent ailleurs. On les trouvait aussi sur des points où il n’y avait pas de taches, comme à la plante des pieds. Plus tard, elles ne se formèrent plus et les taches restèrent lisses. Celles-ci n’ont plus changé et sont restées telles qu’elles étaient dans l’enfance. A la partie supérieure du bras et à la figure, elles ont pâli un peu. Le malade ressentit dès son enfance de violentes démangeaisons et présentait une sensibilité extraordinaire au froid.

Depuis son apprentissage où il ne put comme autrefois se soustraire aux influences des basses températures, il a les mains gelées. Même à la chaleur il ne se trouve pas bien : avec une élévation modérée de la température, il devient rouge, écarlate et sa figure se boursoufle; cependant l’effet en est moins pénible que celui du froid.

Le malade est de taille moyenne, blond et d’une bonne constitution pour son âge .

La peau est couverte d’une grande quantité de taches, les unes arrondies, les autres ovales, de la dimension d’une lentille et plus, moins abondantes et disséminées sur la figure, le cou et les extrémités ; plus nombreuses et plus confluentes sur le tronc. Elles se trouvent surtout abondantes sur la partie supérieure de l’abdomen, de sorte que celui-ci ressemble à un réseau coloré dans les mailles duquel sont seulement visibles de petits îlots de peau normale. Sur le dos, elles sont placées parallèlement aux côtés, c’est-à-dire en descendant de la colonne vertébrale obliquement et latéralement. La paume des mains et la plante des pieds sont indemnes. Une grande quantité de taches, principalement celles qui se trouvent sur le tronc sont saillantes : d’autres plus dispersées sont unies. Les premières s’aplatissent d’ailleurs facilement à la pression jusqu’au dessous du niveau de la peau saine pour reprendre peu à peu leurs premières dimensions lorsque la pression cesse.

La couleur des taches diffère sur les diverses parties du corps et aussi à certains moments. Celles qui sont isolées et unies sont d’un jaune pâle analogues comme couleur au pityriasis versicolor : elles ne changent pas par la pression. Celles qui sont confluentes et saillantes sont parfois d’un jaune pâle comme les précédentes, mais un peu plus foncées, D’autres fois, sous l’influence du froid, elles deviennent, paraît-il, bleu foncé, cyanosées. Par contre, sous l’influence de la chaleur ou lorsque la peau est irritée mécaniquement elles deviennent d’un rouge écarlate ; mais toujours elles pâlissent sous la pression : elles ont du moins un faible reflet jaunâtre. D’ailleurs, au début, les taches unies et pâles ont dû se présenter comme

les dernières ; c’est depuis qu’elles auraient changé. A certains jours se montrent des plaques rouge écarlarte de dimensions variables et au milieu desquelles se trouvent des élevures en partie entourées de vésicules. Ces élevures ressemblent à celles qu’il présentait dans son enfance. On peut les reproduire facilement d’une façon artificielle en rayant avec l’ongle. Là où elles paraissent primitives, elles ne sont que la conséquence d’irritations extérieures qui ont atteint la peau. Celle-ci est souple au toucher, se plisse facilement et ne présente pas d’infiltration. Sa température est normale. Les mains et le nez se refroidissent sous l’infiiience d’un froid modéré, aussi bien au niveau des points colorés qu’au niveau des points qui ne le sont pas.

La sensibilité est intacte.

Bien d’anormal dans les autres organes. On ne constate rien de pathologique dans le système circulatoire. Urine jaune clair sans sucre ni albumine. Bien de particulier à signaler dans le cours de la maladie. On donne au malade de l’atropine. La démangeaison disparut un peu : cependant l’état ne changea pas pendant les quelques mois d’observation.

Observation XXI. — Lewinski, eod. loc.

Il s’agissait d’une petite fille, âgée de un an et demi, gaie et bien portante, qui était née de parents sains et se développait normalement.

A l’âge de quatre mois, on remarqua tout à coup sur son dos et sur sa poitrine, des taches rouge clair de la dimension d’un pois et un peu plus, qui faisaient saillie sur la peau saine, et démangeaient fortement. De petites vésicules se développèrent principalement sur la tête et formèrent ensuite une croûte sèche qui tomba bientôt. Ces taches que la mère compara à quelques élevures qui se trouvaient sur la peau lorsqu’on examina l’enfant n’ont duré que peu de temps et ont dû ou bien disparaître sans laisser de traces ou bien laisser la coloration particulière que l’on retrouve.

J’ai constaté sur toute la peau une grande quantité de taches qui étaient en partie confluentes et qui s’étendaient ensuite régulièrement. La coloration des extrémités inférieures était la plus étendue et à l’exception des jarrets, les jambes paraissaient d’un rouge brun et il n’y avait que de petits îlots de peau saine.

Sous la pression du doigt la rougeur diminuait sans disparaître complètement. Par places on voyait des élevures. Sur le tronc les taches ne sont pas aussi nombreuses : elles ont une teinte jaune pâle, mais là, elles ne disparaissent pas sous la pression du doigt. On y trouve par places des

élevures dont la surface est en partie couverte de vésicules. Les bras présentaient les mêmes altérations que les jambes, tandis qu’à la face les lésions correspondaient plutôt à celles du tronc. La peau était souple, se plissait facilement et n’était pas infiltrée.

L’enfant s’était soustrait à d’autres observations.

Observation XXII. — Behrend. Inédite. Due à l’obligeance de M. le

D1 Behrend. Malade présentée à la société de médecine de Berlin, le

18 mars 1885.

Berthe Ivube, née le 9 mai 1884. Peau délicate, teint pâle, crâne assez gros. Enfant forte, bien nourrie, et avant cette affection toujours en bonne santé.

18 mars 1885. Au commencement de février, la mère aperçut des taches d’abord rouges, sur lesquelles survinrent des élevures. Une éruption papuleuse semblable plus importante survint plus tard après l’usage de bains salés.

Elles disparurent en laissant des taches pigmentées.

En ce moment, l’enfant présente une quantité d’élevures rouges, nouvelles, aux fesses, à la partie supérieure des cuisses principalement sur leur face externe.

Une élevure plus considérable, atteignant un diamètre de douze millimètres environ, se trouve située dans le dos à la hauteur de l’épine de l’omoplate. Elle est peu saillante et d’une nuance verdâtre. Au-dessous se trouvent quatre élevures de couleur rouge pâle; à côté, trois autres tirent sur le vert.

Elevures isolées à la partie antérieure de la poitrine : sur l’épaule gauche quatre taches pigmentées, non proéminentes. On trouve d’autres taches pigmentées sur le ventre et le haut des cuisses. La semaine suivante il v eut de nouvelles élevures. Les anciennes disparurent. L’enfant ne fut traitée' que i>eu de temps et mourut au mois de mai de la même année de vomissements et de diarrhée, comme je l’appris plus tard.

Observation XXIII. — Inédite. Due à 1 obligeance de M. le D1' Behrend.

Richard Wagner, âgé d’un an et deux mois, fut présenté à ma clinique

le 14 juillet 1883.

Il avait toujours été bien portant. Il fut vacciné le 4 juillet et le 11 les pustules de vaccin étaient bien développées et commencèrent à sécher.

Au dire de la mère il s’etait montré une élevure derrière l’oreille droite

le huitième jour delà vaccination. Elle avait disparu après deux jours sans laisser de trace. Le lendemain plusieurs élevures se formaient à l’avantbras doit : elles ont laissé des taches pigmentées encore visibles, de la dimension d’une grosse fève et plus. Immédiatement après l'éruption de ces élevures, en parurent d’autres à l’avant-bras gauche principalement du côté de l'extension et qui lorsque l’enfant fut examiné avaient également disparu. A leur place on aperçut distinctement dos taches pigmentées. Aux jambes on voit une assez grande quantité de nouvelles élevures et l’on trouve, principalement à la partie inférieuredes cuisses de nombreuses taches pigmentées. On trouve des élevures isolées sur le ventre et sur le dos; ces dernières disposées suivant des lignes.

La mère prétend que les taches pigmentées prennent une teinte bleuâtre sous l’influence du froid,

Je n’ai observé cet enfant que peu de temps et j’ai appris plus tard qu’il était mort d’éclampsie.

Observation XXIV. — Lazanskï, Praguer Med. Wochensch., 1886, n° 10.

Fille âgée de quatre ans. Parents bien portants. A la naissance, l’enfant était robuste et sa peau était saine. A partir du dixième mois, elle eut sur le tronc et aux extrémités inférieures de nombreuses taches d’un rouge intense de trois centimètres de diamètre, au centre desquelles survinrent des élevures d’un rouge pâle. La peau, outre ces élevures, est normale. Légère démangeaison. Les efflorescences pâlirent après quelques heures, mais restèrent distinctes pendant vingt-quatre ou trente-six heures et disparurent ensuite eu laissant une tache d’un rouge clair ou rouge brun, dont la couleur ne disparaît pas tout à fait à la pression du doigt et reprend ensuite la même teinte. Dans l’intervalle, d’autres taches et de nouvelles élevures apparaissent, d’autres disparaissent petit à petit et ces phénomènes se reproduisent pendant plusieurs semaines. Pendant un certain temps, pas de nouvelle éruption ; la pigmentation seule est stationnaire; puis, nouvelles poussées semblables aux premières. Au début, je crus avoir affaire à une urticaire simple chronique, mais comme la pigmentation augmenta avec les poussées successives et l’involution des efflorescences et qu’il se présentait en même temps un léger gonflement des ganglions inguinaux et fémoraux, le diagnostic du prurigo me paraissait plus probable. Mais la peau n’était pas sèche, en aucun point épaissie, et la pigmentation dans ses diverses nuances était abondante. L’étiologie resta inconnue. En trois ans, les plus fortes récidives eurent lieu huit fois : la dernière se produisit en automne 1885. L’enfant est forte et bien portante.

La peau est lisse, couverte de taclies pigmentées, nombreuses, rondes ou ovales, en partie disséminées, en partie confluentes, de nuances diverses et de différente grosseur, principalement au tronc et aux extrémités inférieures. Aux extrémités supérieures il n’y a que peu de taches. La face, le cou, la plante des pieds, 1a, paume des mains sont indemnes. Les taches ne sont pas proéminentes. Elles deviennent plus rouges lorsqu’on les frotte et lorsqu’on les échauffe. Par le refroidissement, elles deviennent plus foncées et bleuâtres par places. Les ganglions de l’aine sont légèrement tuméfiés. Il n’y a pas de prurit. Dans le courant de l’année dernière, les éruptions se montrèrent plus rares et d’intensité moindre.

Observation XXV. — Unna. Monatshefte fur praktishe Dermat , 1887 Ergandzungs h eft I.

H. M..., âgé de deux ans, est un jeune garçon fortement développé qui est atteint d’une affection de la peau depuis le troisième mois de son existence.

A cette époque, survinrent subitement sur tout le tronc et isolément sur les extrémités de grosses élevures rouges qui occasionnaient de fortes démangeaisons, s’affaissant au bout de quelques jours et qui prenaient peu à peu une coloration brune.

Depuis cette époque, au dire des parents qui, entre parenthèse, sont bien portants et n’ont jamais eu d’urticaire, l’état est resté stationnaire.

Il n’y a pas eu de nouveaux points envahis en dehors de ceux qui l’ont été dès le début. La dentition se fit facilement et demeura sans effet sur la maladie cutanée. Pendant une éruption rubéolique, les taches grossirent et rougirent pour reprendre plus tard leur ancienne forme et leur ancienne couleur. Le développement de l'enfant s’est fait d’une façon normale : en dehors de la rougeole, il n’a fait aucune maladie.

Il s’agit d’un enfant bien nourri, aucunement scrofuleux ni lymphatique, d’un tempérament tranquille. Sur la peau du tronc et surtout du dos ainsi que sur le cou, et en moins grande quantité sur les bras et les jambes, on remarque environ quarante taches brunes de un à deux centimètres de diamètre, séparées par des espaces plus grands. Ces taches ne se distinguent pas très nettement de la peau saine et blanche et se confondent à l’endroit où elles sont le plus nombreuses. Elles proéminent de telle façon que leur centre est plus élevé que leur périphérie. Au toucher elles sont veloutées, plus molles que les parties voisines : elles présentent une surface finement sillonnée, comme chagrinée, comme si l’épiderme détaché était devenu trop étendu pour le derme sous-jacent. Aussitôt qu’on irrite

ces papules par un choc ou une pression, elles s’élèvent, deviennent unies et luisantes. La tache brune devient d’un rouge foncé, et au bout de quelques secondes il s’élève au centre une tache blanche qui s’élève encore au-dessus des bords hypérémiés et qui est très rude au toucher.

Si par une pression faite avec un objet pointu, on exerce une irritation sur une petite étendue des papules, celles-ci s’élèvent et deviennent rouges en totalité, mais blanchissent aux points particulièrement irrités, même quand ces points siègent à la périphérie. Il en résulte donc une urticaire factice limitée à l’étendue des taches brunes, tandis que semblable urticaire ne peut être constatée sur la peau saine environnante.

On n’observe aucune formation de vésicules ni d’ampoules, même à la suite de fortes irritations.

A la suite d’irritations psychiques, par exemple de cris de l’enfant en colère, il peut y avoir une variation dans le nombre de taches qui se gonflent ; cependant la plupart des papules restent modérément rouges sans présenter de centres blancs. Enfin il se présenta des paroxysmes apparents pendant lesquels les papules se gonflent et démangent fortement.

Il n’y a que la plante des pieds et la paume des mains qui soient entièrement indemnes. A la tête, à part trois efflorescences sur la partie gauche du front, il n’existe point de taches. Les muqueuses ne présentent ni efflorescence ni pigmentation.

Comme traitement, administration continue de 2 gr. de salicylate de soude par jour.

Les éruptions spontanées de papules se passèrent au niveau des taches prédisposées. Les autres taches s’éclaircirent quelque peu. 11 n’y eut point de nouvelle éruption pendant qu’on observa le malade bien qu’il eût eu sur la peau saine des piqûres d’insectes qui disparurent sans laisser de traces. J’enlevai sous le chloroforme deux, de ces élevures et il me fut possible par le frottement de faire gonfler au moins l’une d’elles. Pour l’autre, je réussis moins bien.

Plus tard, je perdis de vue le malade. Je l’ai revu il y a peu de temps. L’aspect général s’est bien modifié chez cet enfant qui a cinq ans maintenant. Les taches autrefois d’un brun foncé sont devenues d’un jaune pâle : elles se sont aplaties et sont devenues lisses, elles sont pour le reste toutes reconnaissables. Il y a encore, mais rarement, quelques formations d’élevures au dire de la mère. Les démangeaisons ont presque entièrement

cesse.

Observation XXVI. — Feulard in Annales de Dermatologie 1885

Le début de cette observation a été publié par notre excellent collègue et. ami Foulard. Flous devons à son obligeance d’avoir pu examiner l’enfant et nous avons ainsi ajouté quelques détails à cette observation qui s’étend de 1883 à 1888.

Gabrielle D... âgée de dix-neuf mois, est le dix-huitième enfant de la famille et de la même mère, huit frères et sœurs sont encore vivants et jouissent d’une bonne santé : deux cependant ont eu des becs-de-lièvre. Les autres enfants sont morts d’affections diverses, (convulsions, fièvre typhoïde, etc). La mère âgée de quarante-sept ans a, depuis l’âge de trentequatre ans un lupus du nez qu’elle n’a jamais voulu faire traiter : c’est une femme robuste quia nourri tousses enfants. Le père âgé de cinquante-trois ans est très bien portant. L’enfant a été nourrie au sein jusqu’à l’âge de quinze mois. C’est à l’âge de quatre mois et demi que l’affection a débuté. Le mode de début est difficile à retrouver : la mère parle de gros boutons rouges, d’élevures blanchâtres s’accompagnant de démangeaisons. L’éruption qui commença par l’abdomen gagna peu à peu le reste du corps et n’a atteint la face que depuis deux mois environ : elle aurait donc ainsi mis une année à se compléter. L’enfant est forte et bien développée (on trouve à la lèvre inférieure une petite malformation qui consiste en une sorte de dédoublement du bord libre delà lèvre). Le corps est entièrement recouvert détachés brunâtres, dont la coloration varie du café au lait au brun cuivré. Suivant les diverses parties du corps, les taches sont disséminées, isolées et leurs dimensions varient de la dimension d’une lentille à celle d’une pièce de cinquante centimes ; ou bien elles sont réunies et forment des plaques confluentes.

Au tronc, sur la poitiine, les taches foncées en couleur sont larges et par leur confluence forment des plaques irrégulières : leur contour est nettement délimité et elles tranchent sur les parties saines restées blanches.

Elles forment sous le doigt une très légère saillie. Le dos est la partie du corps la plus envahie, à ce point que l’étendue des parties malades et pigmentées l’emporte sur celle des parties blanches. La disposition irrégulière est la même que sur la poitrine : le relief est appréciable. Si l’on saisit une plaque entre les doigts on a la sensation d’un léger épaississement du derme qui est comme infiltré. Le relief est surtout marqué au niveau des plaques récentes : la coloration de ces dernières est aussi moins brune, presque rosée en certains endroits et l’on peut en frottant la peau de l’en-

fant amener l’apparition de plaques ortiées franches. Les plaques anciennes ont un aspect chagriné. Les démangeaisons qui ont été très vives dans le début, paraît-il, persistent encore et l’on trouve sur les épaules des traces de grattage, excoriations et croûtes. La poitrine semble être le siège de moins fortes démangeaisons bien que l’enfant porte toujours ses petites mains en se frottant sur le thorax et l’abdomen. Au visage, l’éruption se présente sous forme de taches isolées, arrondies, de petites dimensions (4 à 5 millimètres de diamètre) tranchant nettement sur les parties saines, sans relief appréciable. La voûte palatine et la muqueuse buccale sont saines. Le cuir chevelu est le siège de taches pigmentées analogues à celles du visage. Sur les membres supérieurs les taches sont petites, isolées, discrètes relativement. Sur les membres inférieurs, elles se présentent de même, la coloration y est moins foncée que sur le reste du corps. Sur le dos de la main et des pieds les taches sont rosées : sur la paume de la main et la plante du pied ce sont des élevures blanchâtres à peine marquées : démangeaisons très vives en ces points. On prescrivit alors le lavage avec la décoction de racine d’aunée, des onctions avec le glycérolé tartrique (4 0/0) la poudre d’amidon en supprimant tout ce qui pourrait exciter la peau, entre autres l’huile de foie de morue. L’enfant fut revue par nous de deux mois en deux mois environ pendant l’année 1884.

Sous l’influence du traitement, les apparitions de nouvelles plaques d’urticaire diminuèrent. Les plaques ortiées qui se formèrent ne se pigmentaient plus : nous avions observé dans les débuts, en produisant le frottement, une plaque d’urticaire et en la marquant, la transformation pigmentée de cette plaque. L’enfant a grandi, elle est toujours fort bien portante ; son corps a toujours son même aspect tigré, mais les élevures anciennes s’affaissent et l’éruption, surtout au visage et à la poitrine, pâlit peu à peu.

Nous avons revu l’enfant tout récemment et nous pouvons ajouter à l’observation les détails suivants :

L’enfant a grandi, elle est en parfaite santé. En 188G, elle a eu la varicelle; elle n’a pas eu d’autre maladie.

On ne trouve plus de plaques saillantes, plus de tubercules, mais bien des macules soue forme de plaques irrégulières, affaissées, de couleur café au lait clair, ne disparaissant pas par la pression, pâlissant légèrement, sans aucune induration, aucun épaississement de la peau. Si l’on frotte fortement ces taches, on les voit prendre une teinte rouge brunâtre, mais elles ne deviennent plus saillantes. Il n’y a plus de démangeaisons : cependant, lorsque surviennent des poussées, il y a du prurit mais bien moins qu’autrefois. Depuis 1884, l’état est à peu près resté stationnaire: toutes les trois ou quatre semaines il survient deux ou trois vésicules tantôt dans

le dos, tantôt sur les jambes. Au début, il y en avait sur tout le corps, mais plus depuis trois ans. Lorsque ces phénomènes vont se produire, la plaque devient d’abord rouge, puis la vésicule paraît, soulève l’épideme et se rompt. 11 s’en écoule un liquide incolore qui n’est jamais teinté. On peut voir par places de petites cicatrices lisses, rosées, à peu près au même niveau que la plaque ne présentant pas de plis. Ces cicatrices siègent sur le milieu même de certaines plaques : elles sont entourées de l’auréole jaunâtre et représentent les traces d’anciennes bulles excoriées.

Lorsqu’on raye la peau au niveau des taches ou dans leur intervalle, on détermine de l’urticaire factice qui ne présente d’ailleurs rien de particulier, si ce n’est qu’elle est plus prononcée sur les parties de peau saine. On ne constate rien d’anormal sur la muqueuse buccale : sur la paume des mains et sur la plante des pieds on trouve encore des macules rouges. En les plissant on n’a plus la sensation de résistance d’autrefois. Toutes ces plaques sont irrégulières, lisses, les unes isolées, les autres en plus grand nombre confluentes et, par suite, de configuration variée et de dimensions très variables. Elles sont moins nombreuses et un peu plus claires sur la figure. Celle-ci a été prise en dernier lieu. Les ganglions cervicaux sont tuméfiés : ils sont durs et roulent sous le doigt. Dansl’aine, on sent à gauche un ou deux petits ganglions : les autres glandes lymphatiques paraissent normales. L’enfant n’est nullement incommodée par son éruption ; c’cst une fort belle enfant dans les antécédents de qui on ne relève rien d’anormal. Du coté de la mère, on note des antécédents herpétiques, mais ni affection cutanée ni syphilis. Eu résumé, la maladie s’est amendée, mais la guérison est loin d’être obtenue. Les anciennes taches ont un peu pâli, mais aucune d’elles n’a complètement disparu.

Observation XXVI. — Inédite. Appartient à M. le Dr E. Vidal.

Cette observation a été rédigée d’après les notes prises par M. Vidal, d’après celles de mon collègue et ami Marfan et d’après des notes personnelles.

Georges T..., âgé de treize mois, est amené chez M. le Dr Vidal le 24 février 1885. Le père s’est toujours bien porté : il est néanmoins atteint d’une hémiatrophie faciale du côté droit qui porte sur la partie inférieure de la face et supérieure du cou. La mère est très bien portante. Elle a aujourd’hui (1887) cinq enfants tous en parfaite santé et sans affection cutanée, sauf le troisième qui est notre petit malade. Cet enfant a été élevé au sein et il a toujours été bien portant. Il était gros et fort, lorsqu’à l’âge de deux mois on remarqua qu’il pleurait plus souvent et qu’il cherchait à

se gratter lorsqu’on le déshabillait. C’est à cette époque qu’on vit apparaître sur la partie sous-ombilicale de l'abdomen des taches d'un jaune rougeâtre sans saillie. L’éruption s’est étendue irrégulièrement sur toute la surface du corps, d’abord petit à petit sur l’abdomen et la poitrine puis rapidement à la suite d’un bain sulfureux très chaud dont l’enfant fut retiré couvert de plaques rouges. En même temps que ces plaques se multipliaient elles devenaient saillantes et envahissaient bientôt le cou puis les membres supérieurs et inférieurs, à l’exception du pied et de la main; la face, le cuir chevelu. Cette éruption n’a jamais disparu ni même diminué, mais elle n’a pas empêché l’enfant de grossir et de têter. A mesure qu’il grandissait, il se grattait plus violemment lorsqu’on le déshabillait.

Etat actuel : l’enfant d’apparence vigoureuse, douze dents, très nerveux et très irritable, criant dès qu’on l’approche, se grattant avec rage dès qu’on le déshabille. 11 présente une éruption qui occupe tout le tronc, les fesses, la verge et les membres inférieurs à l’exception de la plante des pieds, les membres supérieurs à l’exception de la main, le cou et la face. On ne constate sur le cuir chevelu ni squames ni pigmentation. Cependant les parents disent qu’à une époque l’enfant se grattait fortement dans la tête. L’éruption est surtout confluente sur le tronc et sur les fesses. Elle est constituée par des plaques saillantes: cette saillie est surtout très appréciable lorsqu’on promène le doigt sur la peau ; nous ajoutons même que la sensation qu’on éprouve est celle d’un tissu granuleux, comme chagriné. Ces plaques sont en général arrondies ou ovalaires. Leur surface est en général de même grandeur pour toutes les plaques : elles sont un peu plus petites qu’une pièce de cinquante centimes, de consistance épaisse ; elles donnent au doigt une sensation d’induration ferme enchâssée dans le derme dont elle occupe toute l’épaisseur. Il n’y a pas d’adénopathie. A la date du 28 juillet, l’éruption est généralisée ; elle est formée de gros tubercules jaunâtres dont l’aspect surtout à la face, sur les paupières, autour du cou rappelle la forme et la couleur du xanthelasma tuberosum.

Les dimensions de ces plaques varient de celles d’un petit pois à celles d’un haricot. Elles offrent une teinte brunâtre, mais cette coloration n’est pas partout la même. Les unes sont dans toute leur étendue d’un rouge cuivré, un peu luisant ; ce sont les plus rares ; les autres les plus nombreuses présentent une zone périphérique très nettement pigmentée et un centre d’un gris rosé, saillant, luisant. Enfin il existe des plaques dont toute la surface est pigmentée.

L’élevure centrale de la plaque présente sur le dos de cinq à six millimètres de diamètre : sur le cou quatre millimètres. Leur aspect est comme finement gaufré. Sur le dos, il y en a de formées par confluence qui ont

deux centimètres et demi de long sur uu centimètre et demi de large. On croirait qu’il y a du liquide infiltré dans les cellules de l’épiderme, mais la piqûre n’amène pas de liquide. Sur certaines de ces plaques il y a de petites bulles remplies de sérosité ; d’autres sont excoriées par le grattage, d’autres couvertes de croûtes. Elles sont plus volumineuses pendant la période d’excitation et de congestion de la peau pour revenir à leur volume antérieur lorsque la rougeur disparaît .

L’éruption est abondante sur le cuir chevelu : les papules y sont saillantes, quelques-unes recouvertes de croûtes. Le front est couvert de papules jaunâtres. Sur les oreilles, les paupières, notamment sur la supérieure, à la racine du nez, on trouve des papules et des plaques d’un blanc jaunâtre. Sur le cou, la saillie des plaques et leur coloration est très prononcée : elles sont lenticulaires. Les plus larges sont sur le dos et sur la région antérieure du tronc : c’eSt en ces points qu’on en trouve le plus d’excoriées ou d’enflammées. Elles sont nombreuses sur les membres, paraissent plus anciennes vers la racine qu’aux extrémités. Sur les jambes et l’avant-bras, on en rencontre également. Les moins avancées forment une saillie rougeâtre ; plus tard la papule s’élève, durcit, devient jaunâtre; puis, après avoir étéexcoriée ou enflammée, ou par résolution s’affaisse en laissant une teinte pigmentée, café au lait clair. Au niveau des plis des vêtements, aux points que l’on frotte, et surtout dès que l’enfant se gratte, on voit survenir de larges plaques rouges. Sur ces plaques, les élevures centrales blanc jaunâtre forment relief et deviennent rosées. Sur la plante des pieds on compte environ une quinzaine de plaques. Quelques-unes sur la face dorsale de la main : il n’y en a pas sur la face palmaire. Sur la verge elles sont arrondies et luisantes comme de petites lentilles. Les muqueuses buccale et nasale sont absolument saines. Un bourrelet de papules à l’orifice de l’anus, à la jonction de la peau et de la muqueuse. Nombreuses papules sur les fesses et le repli interfessier. Traitement : bains, eau de la Bourboule, sirop antiscorbutique, régime hygiénique.

Suite de l’observation au mois de décembre 1887 :

L’enfant a grandi : sa santé est toujours excellente. Depuis 1885 l’affection cutanée ne s’est point modifiée. Les plaques couvrent tout le corps qui est ainsi couleur de café au lait : on pourrait compter les espaces de peau saine. L’éruption aurait mis un an pour envahir la totalité du corps. La mère ne croit pas qu'il survienne de plaques nouvelles. Les plaques sont en général saillantes : à la face et aux extrémités, cette saillie est moins prononcée; la couleur y est d’un jaune pâle, presque clair, et le nombre de ces plaques étant moins considérable que partout ailleurs, il en résulte que l’aspect de l’enfant impressionne moins péniblement qu’on

pourrait le supposer. Les plaques sont contluentes ou isolées. Quand elles sont confluentes elles forment de grandes masses irrégulières, légèrement mamelonnées, d’un brun foncé. Isolées, elles présentent les dimensions d’une lentille ou d’un pois : elles sont alors arrondies, saillantes, jaune pâle et par leurs bords, elles tendent à se réunir aux plaques voisines. Sur ces plaques saillantes, on aperçoit très distinctement les orifices des follicules pileux, mais on ne peut dire que la plaque se soit développée autour de ces follicules comme centre. Sur la plupart de ces plaques cependant, on voit une surface chagrinée ou encore plissée, comme si l’épiderme avait été distendu outre mesure et était devenu trop large pour le derme sousjacent. Sur d’autres points, les plaques se sont affaissées : ce sont des macules. Elles se trouvent aux jambes notamment, et il semble qu’il y ait là un commencement de guérison. Les élevures y sont plus rares, le prurit moindre, l’urticaire factice également. Lorsqu’en effet, on raye les rares espaces de peau saine, on produit une saillie d’urticaire factice qui présente dans toute son étendue la même largeur et le même aspect. Si I on raye les plaques saillantes, l’élevure factice est beaucoup plus accentuée. Les tubercules se surélèvent en deux ou trois minutes et ils blanchissent sur toute la ligne tracée par l’ongle. Mais cette saillie blanche n’est pas égale à ellemême dans toute son étendue. Elle prend un aspect moniliforme, c’est-àdire qu’on voit se dessiner plusieurs élevures factices plus ou moins larges réunies par une raie de même nature, mais dont le diamètre, qui est celui d’une plume de pigeon, est toujours le même. Ces saillies de différentes grosseurs répondent aux parties centrales des anciennes élevures devenues confluentes, et la preuve qu’il en est ainsi, c’est qu’on peut reproduire le même aspect en piquant une plaque isolée. L’élevure factice se produit bien plus large sur le point piqué. Sur les macules, on ne détermine pas d’urticaire factice. Enfin, cette saillie n’est pas d’un blanc mat, mais d’un blanc jaunâtre. Tout autour existe une rougeur diffuse. Si l’on se contente de frotter les plaques, on voit la peau saine qui les entoure devenir rosée : la partie périphérique de la plaque se teinte en rouge vif et la partie centrale en blanc jaunâtre. En même temps, la plaque s’élève un peu plus.

La pression du doigt fait disparaître la rougeur qui reparaît ensuite très vite ; mais la teinte brunâtre persiste. En se grattant, l'enfant fait apparaître de l’urticaire factice, ou bien fait rougir les anciennes plaques dont la saillie s’accroît alors. Lorsque l’enfant passe du froid au chaud, la peau saine rougit et la plaque tranche par sa coloration brunâtre au centre et rouge à la périphérie. Cette rougeur persiste de une à deux heures ; puis, peu à peu la peau reprend sa teinte brune. Le prurit est encore très in-

tense surtout à la suite de l’impression de l’air ou lorsqu’une poussée va survenir. En été ces poussées sont moins fréquentes qu’en hiver. En cette saison il en survient toutes les trois ou quatre semaines. Il se forme alors disséminées sur tout le corps de dix à douze vésicules ou bulles parfois plus grosses qu’une lentille et contenant un liquide jaune eitrin . L’enfant les arrache et il en résulte une petite érosion saignante qui se recouvre de croûtes et se cicatrise en cinq ou six jours sans laisser detraces.il n’existe pas de circonstances appréciables qui favorisent l’éclosion de ces poussées. La nourriture, notamment, n’a aucune influence. La mère n’a pas remarqué que son enfant fût plus sensible qu’un autre aux variations de température ou aux températures basses. Elle n’a pas remarqué non plus que d’anciennes plaques aient disparu, mais il en est certainement qui se sont aplaties, aux pieds et aux mains notamment. Sur la plante des pieds et sur la paume des mains, ces plaques ne ressemblent pas à celles du tronc : elles sont plus molles, plus rouges, à contours mal dessinés : de plus elles sont isolées. Sur les paupières l’éruption persiste : les taches jaune pâle, lisses, unies, diaphanes, simulent le xanthélasma, elles s’étendent jusque sur le bord libre. Sur le voile du palais, derrière les molaires droites, on aperçoit deux ou trois taches irrégulières, jaunâtres, de la dimension d’une lentille. Tous les ganglions lymphatiques sont tuméfiés ; ils sont durs, roulent sous le doigt ; leur volume est celui d’un pois. Les ganglions de l’aine, de l’aisselle, de la nuque, du cou, du menton, de l’épitrochlée sont ainsi engorgés. L’enfant dort bien et sans qu’il y ait de démangeaisons pendant la nuit. Toutes ses fonctions se font bien : il ne se ressent aucunement de son affection cutanée.

Observation XXVIII. — Eue à l’obligeance de M. le D' Qüinquaüd.

La nommée Louise P..., âgée de vingt-huit mois, est amenée à la consultation de l’hôpital Saint-Louis, le 9 avril 1887.

Cette enfant assez bien portante a été allaitée par sa mère jusqu’à l’âge de quatorze mois; depuis lors son alimentation a été plus ou moins appropriée à son âge, néanmoins ses fonctions digestives ne présentaient pas de troubles sérieux.

Vers le 1er avril, sans cause appréciable l’enfant fut atteinte d’une affection cutanée caractérisée par des plaques rosées à la périphérie, blanches au centre, disséminées, surélevées, évoluant en vingt-quatre ou trente-six heures, et s’accompagnant de démangeaisons très supportables. Cos élevures ont laissé à leur suite une pigmentation jaunâtre ou brunâtre qui persiste encore lorsqu’on ramène l’enfant (10 juillet). A cette date on peut

noter les phénomènes suivants : il survient de temps en temps, surtout aux cuisses, des placards de plusieurs centimètres d’étendue, rosés, surélevés, à bords circinés et çà et là des papules blanches au centre, rosées à la périphérie, analogues à des papules d’urticaire. Par la friction on développe l’état œdémateux de l’élément éruptif qui s’accentue plus ou moins. Les bords des placards à grande circulation r résentent un bourrelet saillant blanchâtre et rosé. L’état urticant de la peau est très prononcé. L'irritation des plaques primitives qui sont pigmentées les fait devenir turgides et lorsqu’on passe le doigt à leur niveau on sent une tuméfaction très accusée. En résumé cette enfant présente deux ordres de lésions cutanées : les unes anciennes, pigmentées, brunâtres et jaunâtres; ce sont des plaques urticariennes qui se sont terminées par une sorte de pigmentation ; les autres plus récentes, rosées et qui offrent tous les caractères de l’élément éruptif de l’urticaire aiguë.

L’enfant a été perdue de vue et nous ne pouvons donner ici la suite de cette observation.

Observation XXIX. — Due à l’obligeance de M. le Pr Fournier.

Celte observation résumée a été prise par M. le Dr Bruchet, qui a bien voulu nous la communiquer. Elle doit être publiée prochainement in extenso dans les Annales de Dermatologie .

Auguste C . .., âgé de sept mois et demi, est amené dans le service de M. le Pr Fournier, le 20 janvier 1885. La mère est âgée de vingt-trois ans et bien portante. Le père a vingt-huit ans : il est petit, maigre, chétif atteint d’une bronchite ancienne, mais non tuberculeuse. Ils ont un autre enfant de quatre mois qui n’a jamais eu d’affection cutanée.

L’enfant qu’on nous amène, venu à terme, allaité par sa mère, est resté jusqu’à six semaines sans rien présenter d’anormal.

C’est à cette époque que parurent sur le ventre quelques boutons à peu près semblables à ceux qui existent aujourd’hui.

L’éruption survenue sans cause appréciable s’accrut rapidement et ne tarda pas à se généraliser; vers trois mois et demi, elle aurait été complète et telle que nous la voyons actuellement.

Le corps de l’enfant est couvert de la tête aux pieds de taches ainsi que de plaques saillantes dont les caractères et les dimensions diffèrent un peu, suivant les régions, tout en étant partout de même nature.

Quoique ainsi généralisée, l’éruption n’est cependant pas partout également abondante.

A la tête, sur le cuir [chevelu, sur le front et le menton, les éléments

éruptifs sont nombreux et rapprochés : le reste du visage est, au contraire, presque indemne. Même intégrité relative pour la face postérieure des avantbras. Sur la poitrine, les papules sont assez rapprochées; sur l’abdomen, sur le dos, sur les fesses, sur la face interne des cuisses et des jambes, elles sont à peu près confluentes.

Elles sont plus larges et forment de véritables plaques sur le ventre et sur tout le dos où elles ont une forme irrégulièrement ovalaire à grand diamètre transversal. L’éruption qu’on voit sur le front, le menton, le cou, sur la verge et le scrotum, sur la plante des pieds, est formée, au contraire, de papules petites (diamètre d’un grain de chènevis à celui d’une lentille) et très régulièrement rondes.

La coloration de ces éléments éruptifs n’est pas moins variable que les autres caractères objectifs : on remarque notamment la teinte jaune pâle des papules du visage, de la paume des mains, de la verge : cette coloration rappelle assez exactement celle du « xauthelasma ».

Sur le front les plaques sont érythémateuses, d’un rose foncé et en assez grand nombre, présentent un fond de couleur bistre qui ne disparaît pas complètement sous la pression du doigt.

Sur les membres inférieurs l’éruption est encore plus congestive et par conséquent plus saillante et plus rouge : la plupart des plaques et papules sont véritablement violettes, le derme intermédiaire étant lui-même hypérémié.

L’aspect de la surface cutanée ainsi criblée de ces taches singulières et ne rappelant en rien les lésions cutanées qu’on voit communément est tout à fait étrange.

La peau dans son ensemble a une certaine ressemblance avec la « peau du léopard » : c’est la comparaison que trouvons également exprimée dans l’Atlas de Tilbury Fox.

Chez notre malade, il y a un autre élément, c’est la présence de bulles volumineuses à la surface d’un assez grand nombre de plaques et papules. A la face externe des cuisses et sur le dos, en effet, il s’est produit sur les papules elles-mêmes un soulèvement bulleux que nous voyons à divers degrés d’évolution.

Sur certains points ce sont des bulles arrondies — un peu aplaties — distendues par une sérosité transparente qui s’écoule facilement par la moindre piqûre; sur d’autres, ces bulles sont en partie affaissées, vidées, commençant à se dessécher, enfin quelques-unes sont remplacées par des croûtes jaunâtres.

La mère nous raconte qu’il se produit ainsi fréquemment des bulles, en même temps que l’éruption devient plus rouge et prurigineuse.

Peut-être le traitement suivi jusqu’ici a-t-il été pour une part dans cette exagération des phénomènes exsudatifs : car l’enfant était soumis à des frictions irritantes et à l’action des bains sulfureux.

La santé générale de l’enfant ne paraît pas avoir notablement souffert de cette affection cutanée malgré son importance.

Il tette bien ; il est développé comme un enfant ordinaire de son âge.

Tel était l’état de l'enfant au moment où il fut présenté à M. le professeur Fournier et admis avec sa mère dans son service. Sous l’influence de bains émollients et de pansements avec du Uniment oléo-calcaire, l’éruption perdit bientôt les caractères d’irritation qu’elle avait tout d’abord ; les bulles achevèrent de se dessécher ; et nous n’eûmes plus que les taches et papules devenues moins saillantes, moins érythémateuses, persistant, en somme, avec leurs caractères objectifs atténués.

Mais les mêmes phénomènes congestifs et exsudatifs, dont nous avions été témoins le jour de l’entrée, ne tardèrent pas à se reproduire, et dans les mois qui suivirent, l’enfant a eu ainsi, et le plus souvent sans cause manifeste. une série de poussées aiguës se ressemblant toutes, à l’intensité près, et constituant dans le cours de l’affection chronique autant d’incidents importants.

En dehors de ces poussées, l’enfant ne paraissait pas souffrir de l’affection cutanée, il était gai et n’éprouvait pas de prurit. Mais lorsque la phase aiguë était pour se produire, l’enfant devenait brusquement triste, maussade, grognon, agité; il était quelquefois pris dans la nuit; le sommeil était aussitôt troublé; l’enfant se réveillait en criant et ne s’endormait plus : souvent ces prodromes s’accompagnaient d’un ou deux vomissements. Sa figure s’animait, devenait rouge écarlate comme s’il eût été sous le coup d’une fièvre intense : la température ne montait cependant jamais bien haut (de 38° à 39°).

Sur tout le corps les téguments se congestionnaient également, mais non d’une façon uniforme; il y avait toujours une région, un territoire plus ou moins large, — quelquefois tout le dos, d’autres fois une jambe, — etc., où ces phénomènes congestifs étaient à leur maximum.

Eu ce point, non seulement la peau devenait hypérémiée, prenant une coloration intense, rouge vif ; mais encore les papules anciennes devenaient turgides et beaucoup plus saillantes que de coutume : les unes restant rouges hypérémiées, d’autres paraissant à leur sommet blanches et œdémateuses — comme une plaque ortiée. Sur quelques-unes enfin, le processus exsudatif allait plus loin ; la sérosité s’infiltrait sous l’épiderme et on assistait à la formation de « bulles », dont on voyait toutes les phases, depuis le soulèvement épidermique à peine appréciable jusqu’à la bulle

bien collectée, quelquefois énorme, et remplie de liquide parfaitement transparent.

Ces modifications de l’éruption se sont toujours faites rapidement : il arriva souvent que l’enfant s’était couché le soir sans que rien fît prévoir une de ces poussées : pendant la nuit l’orage éclatait brusquement et le lendemain matin nous trouvions les papules rouges saillantes et un plus ou moins grand nombre des bulles poussées sur certains points.

Notons cependant que les crises congestives ne s’accompagnent pas toujours de cette lésion bulleuse ; fréquemmeut au contraire tout se borne à des phénomènes congestifs et l’éruption prend simplement les caractères d’une violente poussée d’urticaire aiguë : c’est la même brusquerie dans l’évolution, les mêmes troubles subjectifs : l’enfant est en proie à des démangeaisons violentes, il se frotte contre ses vêtements, il cherche à se gratter par tous les moyens, s’arrache la peau avec les ongles ; c’est aussi la même durée éphémère : tous ces accidents congestifs et prurigineux durent une demi-journée, une journée au plus, et l’enfant reprend sa gaieté le lendemain.

Ces poussées aiguës furent d’abord extrêmement fréquentes chez notre enfant ; à de certains moments, il en avait une tous les jours; aussi pendant près d'un an, il prit peu de développement. Il est vrai que sa mère avait succombé à un érysipèle de la face et qu’il avait dù être soumis à l’allaitement artificiel.

Sous cette double influence, sans doute, il resta petit, frêle, n’arrivant pas à marcher seul à dix-huit mois.

La thérapeutique n’a jamais paru avoir une action bien énergique sur l’évolution de la maladie. L’enfant fut soumis aux préparations bromurées, au bromhydraté de quinine associé à l’ergotine, à l’arsenic, etc.

Mais ce n’est que très graduellement et vraisemblablement par le fait d’une évolution spontanée et naturelle que la maladie alla en s’atténuant et que nous vîmes les crises aigues diminuer de fréquence.

En effet pendant la seconde année de son séjour à l’hôpital et plus encore dans le cours de la troisième, les poussées sont devenues de plus en plus rares, au point que plusieurs mois ont pu s’écouler sans qu’il s’en produisît une, en même temps le petit malade a pris un développement rarapide : il a acquis des forces, s’est mis à marcher, est devenu, en somme, un « bel enfant ».

Malgré l’éloignement des phases d’acuité, l’éruption n’a pas complètement disparu elle s’est beaucoup atténuée, les papules se sont affaissées, ont perdu de leur coloration hypérémique ; mais comme on l’a observé dans des cas analogues, il resto à leur niveau des altérations de pigmentation et

peut-être de structure du derme qui constituent probablement des traces indélébiles.

Nous avons revu récemment cet enfant et nous n’avons que peu de chose à ajouter à l’observation de M. le Dr Bruchet. L’urticaire factice est chez lui aussi prononcée que chez nos autres malades, sur la peau saine aussi bien que sur les plaques : elle disparaît très vite en cinq minutes environ. L’enfant présente une pléiade ganglionnaire cervicale : les ganglions sont drus, roulent sous le doigt, ils ont le volume d’un petit pois. A la partie exterme de l’aine droite, on sent un autre ganglion tuméfié.

Les plaques qui sont surélevées et au niveau desquelles l’épiderme est plissé donnent quand on les prend entre les doigts une sensation de résistance. Sous l’influence d’une émotion, les plaques deviennent plus rouges et plus saillantes.

Au niveau du cou, les papules sont dirigées dans le sens des plis de la peau : elles sont en ce point plus pâles et moins saillantes que sur le tronc Sur la paume des mains, elles sont mal délimitées et d’un rouge cuivré.

Il n’y en a pas sur les muqueuses. L’état de ces plaques est stationnaire, mais les poussées congestives sont plus rares . Nous avons vu deux ou trois bulles entourées d’un cercle très fin de couleur violacée. Certaines des macules tendent à pâlir : on en trouve qui ne dépassent pas les dimensions d’une petite lentille.

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