LE COCHON
lard bien ferme, encadré d'andouilles, qu'un tableau reluisant d'or. Du lard avec des choux bien cuits à l'étoufiëe, voilà ce que j'aiaie; au Noël, les parents et les amis viendront manger le boudin et nous irons en manger chez eux. Mais les garçons ont besoin de la soupe, il n'est que temps de mettre le couvert.
Mars 1851.
Il n'y a pas longtemps, peut-être deux ans. Soissons, qui est une ville calme et tranquille, de mœurs honnêtes et douces, une ville réservée, enfin une ville qui sait se tenir sans trop faire parler d'elle. Boissons était tout sens dessus dessous. Elle courait par toutes les rues, elle se remuait comme en mal d'enfant, elle avait la sueur au front de ses habitants.
Un antiquaire de mauvaise foi lui aurait-il contesté
l'authenticité de son nom de Suessonium, ainsi qu'il
est arrivé à ime de ses voisines, Laon en LaonncHS^
une pauvre ville qui crie de toutes ses forces du haut
de la montagne : Je suis Bibrax ? Ce à quoi Reims ré-
ir
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pond : C'est moi qui suis Bibrax, j'en ai des preuves certaines. Un petit village d'auprès. Bruyères, dit à son tour de sa voix flûtée : Vous me la baillez belle avec vos prétentions. Bruyères seul est Bibrax. Dans un autre coin, Braisne met les poings sur les hanches, et veut aussi être Bibrax, la fameuse Bibrax de Jules- César, la Bibrax ^65 Cfmv^tairçi, Pien d'autres encore, villes, bourgSj, yiUifei et Jniç^ux, deviennent très-pâles et prennent le mors aux dents si on ne leur accorde pasrhonneur d'être Vunique Bibrax. Je prends là un des coins les plus inconnus de l'archéologie provinciale, mais les savants parisiens se chamaillent pareillement pour d'aussi graves motifs.
Cependant, il n'était arrivé à Soissons semblable malheur; elle avait le droit de s'appeler, dans les dictionnaires ,de géographie, Suessonium, comme devant. Alors un amateur avait mis en doute l'authenticité de son fameux tableau de Rubens, de ce chefd'œuvre, de cette Adoration de$ Bergen, qu'on ne met en lumière que les jours de fêtes carillonnées, {u'un rideau préserve des intempéries des saisons.
Personne n'avait médit du superbe Rubens de |Ia cathédrale de Soissons, excepté moi. Ce Rubens n'est malheureusement qu'un Schopin, et un triste Schopin. Oui, il y aurait là de quoi remuer une population tout entière, et je sais qu'il me sera impossible désormais de m'aventurer au milieu des Boissonnais après une telle accusation; mais tôt ou tard la mystification que subissent mes presque compatriotes depuis tant d'années aurait été découverte : autant vaut
aujourd'hui que demain chercher à les désillusionner. Désormais une sage expériencfj en matière de peinture leur donnera cette précieuse défiance pécegsaire à tous les possesseurs de Rubeiis.
Ce n'était pas cela encore. Et quoi donc pouvait avoir remué tant de jambes^ allumé tant d'yeux^, donné le branle à tant de bras. Lisez l'Argus/ L'Argus est (inévitablement vous l'avez deviné) le journal politique, littéraire et agricole du pays. En tête^ en gros caractères, à l'article premier-Soissons, se peu-» vent lire ces lignes ; « Demain^ notre cité sera éclairée au gaz, à six heures du soir. Il faut remercier le conseil municipal en masse de chercher à embellir la ville et de faire Jouir nos habitants des avajitages de la civilisation. Nous sommes dans un siècle de lumières. » I^e lendemain Laon, en ville jalouse, répétait dans son journal ces quelques lignes, et les faisait suivre des plus tristes réflexions, accusant se§ conseillers municipaux d'avoir seulement construit des trottoirs et de refuser le gaz à une population fllle de Bibrax. Trois jours après, Château-Thierry, en ville humiliée, réimprimait dans sa feuille d'annonces l'article de Soissons avec les réflexions de Laon j et les révélations navrantes du dernier journaliste disaient assez aux habitants de Château-Thierry que la municipalité n'était pas assez riche pour doter le pays de trottoirs ni de gaz.
Ces trois rivalités bien établies, il nous faut suivre Içs 3oissonnais, tout heureux d'avoir voté la mort de^ réverbères et qui attendent, avec autant d'émoi
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qu'une éclipse de soleil^ rapparition du gaz. Dans la province^ on s'inquiète d'une mouche : on va jusqu'à admirer sérieusement les illuminations de la fête du roi. Ces illuminations consistent en deux ifs de bois blanc^ chargés de lampions qui brûlent gravement devant la porte de la préfecture. Le commissaire de police jouit d'un demi-cercle de lampions au-dessus de sa porte ronde. Le maire a six lampions sur sa fenêtre; c'est tout. Cependant, quelques zélés citoyens coupent une chandelle en huit et rangent solennellement en bataille ces huit preuves de leur attachement au gouvernement. Les deux ifs du préfet, le demi-cercle du commissaire, les six lampions du maire et les bouts de chandelle occupent énormément la ville. Tout le mande va les voir; ces tï/uminatiom dérangent les habitudes; les familles se couchent beaucoup plus tard qu'à l'ordinaire. Le lendemain, quelques curieux se disent trés-fatigués d'avoir ainsi couru. On discute sur les illuminations. — Avez-vous vu celles de la préfecture? — Elles n'étaient pas aussi brillantes que de coutume. — On voit bien, dit un jaloux, que M... a été nommé capitaine de la garde nationale, il a illuminé. — C'est un homme pétri de vanités, répond un autre.
Puisque quelques lampions amènent d'aussi longues controverses, que devait être l'importation du gaz à Soissons? Le mot de l'Évangile : Bt lux facta est/ rend bien les impressions des provinciaux quand l'allumeur municipal vint mettre, non sans trembler, le feu à ces machines jusque-là étrangères pour lui.
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La première détonation renversa net par terre Tallu* meur^ accoutumé à l'inflammation tranquille et peu tapageuse des réverbères du pays. Paul de Kock se sert d'un système de plaisanteries qu'il a compiaisanmient employé dans son œuvre; je ne sais s'il l'a inventé^ mais il en a le monopole. Au fond, je crois que Pigault-Lebrun Pavait déjà mis en pratique avec succès; voici ce procédé usé aujourd'hui. Dans un diner bourgeois, la salière est renversée par hasard sur Ja nappe, ce qui remplit de terreur une vieille dame qui se cramponne à la même nappe; les plats sont bouleversés. La table tombe; la société est tout émue; les enfants se laissent choir de leurs chaises sur la patte d'un chien qui aboie; le père se jette sous la table à la recherche de son enfant et renverse une chaise qui entraine avec elle un guéridon^ la commode, tous les meubles. Quelques convives hors d'eux roulent par les escaliers et rencontrent la servante qui apportait de nouveaux plats. Dans ce pèle-mèle étourdissant, il s'en faut de peu que la maison ne tombe à son tour : Paul de Kock ne l'a pas encore osé.
Sans nous servir des clichés plaisants de cet homme que la littérature moderne regarde trop de son haut^ je suis forcé d'avouer que la chute de l'allumeur fut imitée par bon nombre de Soissonnais que l'explosion avait terrifiés. Si l'Argus avait paru le lendemain, la cause du gaz était perdue. Sans plus attendre » les trembleurs coururent à toutes jambes dans leurs familles; d'autres allèrent propager la nouvelle de
t5S QUINQVBT.
re3tph)sioa dans les oafés. C'est là que se tiemimt lejl nouvellistes du pays; c'est là que se discutent les affaires de la France, sans compter les affaires publiques et privées de la ville. Un substitut du procureur du roi qui s'aventurerait dans ces cafés en sortirait Tes^ prit rempli de procès en diffamation. Or, justement Testaminet Militaire avait longuement médit du gaz avant son apparition; deux ou trois fois par an, les faits-» Paris du Constitutionnel racontent qu'un portier et sa famille ont été lancés tout à coup au plafond et mis en pièces par une décharge d'oxygène. Et puis les fuites^ la mauvaise odeur, les tuyaux qui éclatent, qui vmis envoient tout aussi bien qu'un obusier des mitrailles de plomb, cela donne à penser aux provinciaux qui se composent de deux classes : les avancés et les te* tardataires.
Les avancés sont des Attila qui brûleraient tout pour faire place au nouveau; ils vont une fois par an à Paris> parlent fièrement de manger du roostbeef, un mets qui fait dresser les cheveux sur la tète du re*tardataire qui en est toujours au 6oKi//t; jamais il ne digérerait un dîner auquel manquerait le bouilli avec sa ceinture de persil. Le café Militaire était Iplus spécialement composé de retardataires. -^ Ah ! si vous saviesl dirent en entrant ceux qui avaient as-^ sisté à la prétendue explosion. — Quoi ? dirent les retardataires en flairant une mine de paroles. — Le gas a sauté ! — Nous l'avions bien dit 1 s'écrièrentils comme des oracles.
Et les commentaires les plus étranges, les plus ^au«*
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gfeûus d^ 86 dôfiâir (Arrière. -» Où invente trop de chodes aujourd'hui! ^ ne peut pas du^r. ^Hs ne sa^ yent ^ue faire maintenant pour s'abîmer les membren. -^ De notre temps on reillait plus soigneusement à sa conseryation. L'un des retardataires alla plus loin^ et dépassa en accusations contre le (gouverne** ment tout ce qu'a de plus hardi Timagination d'un terroriste* — Il y a trop de monde en Francè> dit-il, il faut bien s'en débarrasser n'importe comment. Nous avons l'Algérie et ça ne fcuffit pas; les ministres sa»* yent à quoi s'en tenir sur les chemins de fer, les bateaui à vapeur et l'éclairage augaK^ qui font sauter au moins de quatre à cinq mille bouches par an.
Cet orateur en eheveut blancs paraissait être écouté avec grande croyance* Pendant que les retar^ dataires donuaient carrière à leur fantaisie^ le gai inondait de lueurs la grande rue ; l'allumeur^ hon»^ teux de ses craintes> s'était relevé et atait continué plus dignement sa mii^sion. Le café Militaire^ batiu> se servit le lendemain du plat dénigrement. -^ Ce n'est que §a, le gai, diéait-il ; il n'y fait pas si clair ! — Ah ! dit en secôudnt la tète d'un air de regret un petit vieillard perdij dans le collet de sa redingote, du temps de Quinquet U..
Cette tétioenoé qui contenait un hommage, une larme» nue biographie, ne fut pas entendue des ha* bitués du café. Seul, je compris le petit vieillard, et mon oôiU qui renconti'a le sien, sembla lui dire : Patienôe> je vengerai un jour l'inconnu de l'oubli de ses compatHoteSi
%M QOINQUET.
QfiiKQiTBT! Ces huit lettres m'ont fait fouiller plus de cinquante volumes, avant d^avoir saisi la piste d'un renseignement sur cet inventeur ignoré. J'ai lu des quantités de volumes spéciaux traitant des lampes à air inflammable» à coupole, à niveau intermittent, à niveau alternatif, à triple courant d'air, à pompe foulante, à couronne, à niveau constant, iadépendante de l'atmosphère; faut-il parler des lampes d'un nom bizarre, les lampes astrales, titannes, ignifères, éolipyles, lycnomena ? Et les lampes en ique : lampes docimastique, pneumatique, hydrostatique, mécanique, sidérales d'applique, verziennes phariques, sans oublier la lampe économique I Quant au quinquet, l'inventeur et l'invention étaient d'une telle modestie, qu'ils ont été étouffés par l'appareil orgueilleux et les mines hautaines de leurs sœurs, les lampes. . Cependant, à force de recherches, je lus dans un Dictionnaire technologique ces lignes empreintes de la plus grande malveillance, a Quinquet est le nom que le vulgaire a donné mal à propos aux lampes à double courant d'air, inventées par Ami-Argant; mais le nom de Quinquet ne mérite pas d'obscurcir celui d'Argant qui doit rester immortel. »
Qiti doit rester immortel, n'est-ce pas une dérision? D'où sort-il c^t Argant, d'où vient-il, qu'a-t-ilfait? On croirait vraiment qu'il s'agit d'Argant, le célèbre enchanteur, dont les romans de chevalerie sont tous remplis ; mais l'autre n'est pas de taille à lutter une seconde avec Quinquet. Du temps de Lebrun, on méconnaissait Lesueur; l'empire tressa des couronnes à
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Girodet^ tandis que Prudhon se mourait de pauvreté. Argant, le lampiste, peut donner la main à Lebrun et à Girodet : ce furent trois réputations usurpées; mais le temps, ce grand redresseur de torts, change souvent les statues en piédestaux, les piédestaux en statues. Que Quinquet quitte son humble position de cariathide et qu'il monte à son tour dans la niche que mes faibles outils lu? ont trouée.
En 1793, Quinquet était un simple ouvrier ferblantier chez M. Lardois, à l'enseigne du Chasseur matinal, n est d'usage, à Soissons, d'indiquer aux étrangers cette enseigne, dont sont aussi fiers les habitants que les Ânversois du puits de Quintin-Metsys. Le Chasseur matinal est une girouette très-ouvragée qui, par malheur, est empreinte du mauvais goût de l'époque. Un chasseur, portant perruque en tête et fusil sous le bras, lève son œil ensommeillé sur le soleil qui pointe. C'est un chasseur vertueux ! Il est entouré d'une meute de chiens que jadis on trouvait parlants. Le merveilleux de cette œuvre de ferblanterie consiste dans le travail du soleil : chaque rayon est découpé à jour comme une truelle à poisson ; de plus, le bras du chasseur est mobile, attaché à l'épaule par un petit clou presque invisible. Quand le vent souffle avec violence, il fait dresser les bras du chasseur vertueux vers soleil, ce qui met au comble l'enthousiasme des Soissonnals, quoique cette girouette artistique eût été exposée à une époque peu favo-. rable aux œuvres d'imagination, vers la fin de la révolution.
261 QÙtNQÙEt.
Indépeodàmmetit du travail âcûlptural^ le pinceau avait ajouté ses charmes à la girouette^ Ëtait-ce une œuvre de coloriste? Je ne le crois pas, car il n'est pas resté trace de cette fresque sur fer-blanc. Seulement, un des pans de l'habit conserve un fragment de peinture bleue, dont le ton m'a paru violent et cru. Tout versé qu'on soit en archaïsme de la peinture, il serait imprudent de donner une opinion positive sur la peinture dû Chasseur matinal.
J*ai décrit avec le plus grand soin cette girouette, parce qu'elle rend hommage à la modestie de Quinquet. n en laissa tout l'honneur à M. Lardois, qui était un homme nul et incapable; seul; Quinquet avait passé des nuits à la confection de ce chef-d^œuvre. Cette enseigne donna la vogue au magasin de ferblanterie, qui dès lors fut chargé de commandes difficiles. M. Lardois inventa des moules à gâteaux dé Savoie d'un modèle tout à fait particulier; Quinquet suffisait à tout et continuait de garder l'anonyme.
Quinquet, d'une nature timide, aimait le travail pour le travail, !*ârt pour Tart. Que lui importait la popularité de son nom? La renommée lui était bien indifférente! et cependant il comprenait bien la renommée, témoin celle qu'il fit pour un confiseur de la rue des Rats, et qui subsiste encore assise sur un nuage, avec une forte science de raccourci. Quinquet serait peut-être resté toute sa vie ignoré dans le fond de râtelier de M. Lardois, si l'amour n'eût tout d'un coup changé de face sa manière de vivre.
Vbyb2-Vôus là-bas, 'ptèi de là pohe de Croï, un jeune homme en ctilotteà courtes, qui donne le bras à Uiié jeune flUe ? La nuit vient ; les grenouilles y<<bottent au bord des fossés, leurs chants se marient avec les bruits calmes de la nature. Le jeune homme a le bras en ceinture autour de la taille de son amie; ils ne parlent pas de peur d'interrompre le mélodieux concert de leurs cœurs. De temps en temps, les deux amants s'arrêtent; le jeune homme en culottés courtes pose ses lèvres sur les lèvres de sa compagne. C'est un remerciement de ce que vient de lui chanter lé cœur de la jeune fille.
Depuis un mois, Quinquet faisait le soit là même promenade sentimentale avec une petite couturière charmante, à qui on ne saurait appliquer ce vilaia mot de couêote, dont la province gratifie toutes lès grisettes.
Quinquet l'avait rencontrée dans un bâl public, et tout de suite il l'avait aimée. Leurs relations furent innocentes comme leurs cœurs; un soir, Quinquet fit sa déclaration de mariage avec toutes sortes d'embarras, crainte d'être refusé. La grisette dit bien vite un gros oui rempli de bonheur et de félicité à venir. Le lendemain, qui fut étonné î M. Lardois, qui perdait à ce mariage un bon ouvrier, un artiste, l'auteur ignoré des sculptures du Chasseur matinal. Car Quinquet avait dans une vieille bourse huit cents livres d'économie, somme énorme pour le temps; et il annonçait à son patron qu'il le remerciait des bons rapports qui avaient toujours ei^isté entre mx.
Hi QUIIIQUBT.
M. Lardois fit la grimace^ non sans raison ; le cé^ lèbre ferblantier de Soissons se voyait à la veille de perdre sa célébrité; car Quinquet, en s'établissant, essayerait naturellement de porter son art à la plus grande perfection. Le mystère se dévoilerait ; tout Soissons saurait désormais que l'ouvrier inconnu jusqu'alors était l'auteur des merveilles de la boutique Lardois. Le ferblantier fit une de ces grimaces qui disparaissent en un clin d'oeil pour faire place à un masque d'amabilité. Il essaya de semer quelques inquiétudes dans l'esprit du naïf ouvrier sur la difficulté de se faire une position dans une petite ville. On sait ce qu'on perd, on ne sait pas ce qu'on gagne. La jeunesse, le mariage, les enfants; bref, toutes les raisons bourgeoises qui ont cours sur la place de Soissons et autres villes.
Quinquet écouta tranquillement son ancien maître et répondit qu'il avait du courage, qu'il travaillerait nuit et jour. Alors M. Lardois, battu, mit en jeu une nouvelle batterie de motifs, des raisons d'un ordre plus neuf, perfides comme le serpent. — Tu veux donc me faire concurrence, Quinquet? — Oh ! dit le naïf amoureux. — Me ruiner? continua M. Lardois.... Quinquet en eut les larmes aux yeux, et le ferblantier s'aperçut que son coup de réserve avait porté. Tu sais bien, Quinquet, que la ferblanterie ne se vend pas comme du pain ; quand une fois on a monté son ménage, c'est pour la vie. 11 n'y a donc que le raccommodage, l'étaraage qui va un peu ; eh biçn ! deux ferblantiers à Çoissons, ça serait de trop^
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mon garçon ; il n^ aurait pas de quoi vivre. Moi, c'est dans ton intérêt que je te parle; tu ne te doutes pas des frais d'un nouveau ménage. Il faudra que tu établisses ta marchandise à des prix plus coulants; la ferblanterie est déjà un mauvais métier.... Les Auvergnats qui passent par la ville, qui fondent des cuillers, qui rétament, nous enlèvent le plus clair de notre affaire. Ah ! tu aurais dû réfléchir un peu I
Quiqquet, qui était un esprit irrésolu, faible, et dont la tète était aussi mobile que les girouettes qu'il confectionnait, prit toutes ces raisons pour de l'argent comptant. Il avait fait les plus beaux rêves la nuit, sans penser à y ajouter le conditionnel des gens d'affaires. Aussi les paroles de M. Lardois lui firent-elles apercevoir un abîme terrible. — Je ne pensais pas à m'établir tout de suite, dit-il. — Vois donc, mon garçon, si tu n'avais pas manqué de confiance ; malheureusement, tu as le caractère un peu en-dessous. J'avais déjà pensé à une affaire pour toi, et une bonne, où il y a de l'argent à gagner. — Bah ! dit Quinquet en se précipitant dans cette nouvelle voie. — Mais, dit M. Lardois, il n'est plus temps aujourd'hui.
Quinquet devint soucieux; le ferblantier l'observa, et, craignant d'avoir été trop loin, il ajouta un « cependant » plein d'avenir. — M. Cor a été dans l'iutention de se retirer des affaires, et il aurait volontiers cédé à un jeune homme honnêle qui offrirait quelques garantie?. — Je crôyais, dit Quinquet, que
son commerce n^âllaît pas du touK — Qui e«t-t5e t^ni fa mis ces idées-là d^s la tète, moû garçon t Détrompe-toi; Cor se retire avec une petite fottune qull a gagnée loyalement dans sa boutique. Je connais Cor depuis trente ans; il n'avait rien en s*établissant: il est arrivé à Boissons en sabots. Il n*a pas fait d'héritage; avec quoi donc deviendrait-il rentier? Seulement, Cor savait prendre son monde; il était actif, honnête avec ses pratiques, il leur vend le prix qu'il veut. Rien qu'avec ses îiistrutnentô de musique. Cor pourrait vivre; il ne se passe pas de semaine qu'il né vende une flûte, un galoubet, des quantités de cordes à violon; et je ne parle pas de la quincaillerie, deé mèches, des petites lampes. Ah! c'est une bonne partie! Je donnerais bien ma boutique et tout ce qû*îl y a dedans pour la moitié des marchandises de Cor. — Diable! dit Quinquet qui sôVit à la tête de la boutique de Cor, c'est que je ne connais pas ce commercelà. — En huit jours, tu en saurais plus long qu'il ne faut. — El combien M. Cor veut-il vendre? — Il ne donnera pas sa maison pour un morceau de pain ; même je ne sais pas s'il voudrait aujourd'hui. — Je vais alléll le trouver, dit Quinquet. — Dieu ! que lu es urluberlu/ Les affaires ne se traitent pas comme ça. ïl te vendra le double, s'il voit que tu as envie. Laissemoi le tàter.
Quelques jours après, Vadrbit Lardois anhônça à son ancien ouvrier que Cor ne céderait son éiabliêsèment qu'au prix de trois mille livres. On aurait dit à Quinquet un million quil n*âurait pas été plus êf-
frayé} il ne pouvait se Iguter qu^ateè huit oetife francs on pouvait acheter une boutique de trois mille livres. Cependant l'affaire se fit; bientôt eut lieu le mariage de Quinquet avec la jolie couturière, qui ftit installée triomphalement au comptoir. Cor assista au mariage avec la mine réjouie d^un homme qui vient de toucher huit cents francs, somme qui était le plus clair de ses gains depuis trente ans. Quinquet fit en outre deux Billets à un an, endossés par M. LardoiSi
Les premiers sii mois passèrent assez bien. Madame Quinquet était Ôère de son mari qui lui avait donné le droit de porter chapeau, un des rêves éternels de la grisette de province ; mais le commerce n^allait pas suivant les dires de Lardois. Cette boutique de Cor était le plus singulier amalgame d'objets passés de mode : la lutherie s'y frottait à la quincaillerie, et la mercerie donnait la main à la lampisterie alors dans Tentance.
En lutherie, Quinquet vendit dans ces six mois une flûte dite traverêière; cet objet ne permit pas au naïf commerçant d'amasser la somme nécessaire au payement du premier billet. 11 alla trouver son ancien patron. —Bonjour, Quinquet, dit celui-ci; vous n'avez pas bonne mine; est-ce que vous seriez malade? Depuis que le garçon ferblantier avait acheté un fonds, Lardois ne le tutoyait plus et semblait lui porter des marques de déférence. — Ça ne va pas, le commerce. — Il n'y a rien de plus dur que les commencements, dit Lardois; j'ai été comme vous, moi, et je ne me désespérais pas. Voyez-vous, Quin-
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qaet, il ne faut pas sauter plus haut que ses jambes; pour arriver où j'en suis, j'ai bu de Teau pendant dix ans et je dînais avec un morceau de fromage. Vous, vous êtes un garçon économe, rangé ; mais on a remarqué dans Soissons que votre femme portait chapeau; on a crié, il y a toujours des mauvaises langues. Je sais bien qu'il faut obéir d'abord aux caprices de sa femme. Nous l'aimons encore, pas vrai, Quinquet, nous sommes toujours dans la lune de miel; qu'est-ce que je vous disais de ne pas vous marier si vite... Ah ! les jeunes gens veulent tous en faire à leur tête, et puis ils se repentent plus tard, quand il n'est plus temps. — Ce n'est pas ça, dit Quinquet; ma femme n'est pas coquette, elle a acheté un chapeau, il n'y a pas là de quoi nous ruiner. — Vous ne saurez jamais le calcul, Quinquet : avec vingt francs, on nourrit dix jours sa famille. Vingt francs d'un côté, vingt francs d'un autre, prenez dix Sous même... Il n'y a pas de petites économies dans ce monde, et vous vous trouverez à la fin de l'année avoir une grosse somme en caisse. — Je n'ai malheureusement pas d'économie à faire, dit Quinquet, je ne vends rien. — Vous plaisantez, mon ami , Cor vendait bien,- lui. Ah! si vous me disiez : Il s'est établi à n^a porte un commerce pareil au mien... je comprendrais; mais votre vente est forcée. — Ma femme est enceinte, dit Quinquet. — Voilà donc le grand mot lâché. Bigre, dit le ferblantier d'un ton plaisant, vous ne perdez pas de temps. Du reste, c'est tout naturel en ménage. Eh bien! Quinquet, nous irons au baptême. — Oui,
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le baptême, dit tristement Quinquet, — Je parie, continua gaiement Lardois, que madame Quinquet voudrait une fille et vous un garçon; moi, je suis de votre avis. Une fille coûte à établir, au lieu qu'un garçon, ça pousse tout seul; ils vont à l'école, et, ce qui vaut mieux, ils apprennent l'état de leur père, ilsrendent des services. Vous avez un commerce tout prêt à lui donner. —Ah ! le commerce ! s'écria Quinquet, qui rêvait sans s'inquiéter des paroles de Lardois... Il parut faire un grand efibrt sur lui-même pour dire ce qui faisait Tobjet de sa visite... J'ai, dit-il, un billet à payer demain. — Ah ! oui, un petit billet de cinq cents livres; vous êtes en mesure? — Hélas! dit Quinquet, je n'ai pas le premier sou de ce billet.
Les propriétaires, les huissiers, les hommes d'affaires se ressemblent tous à un moment donné : quand ils ne reçoivent pas l'argent dû, ils deviennent froids, glacials, pâles, plutôt verts que pâles. C'est une espèce d'habit de diplomatie qu'ils endossent sur leur figure et qui atterre les honnêtes débiteurs. Quinquet eut une commotion de cœur causée par la mine de Lardois. Sans s'en rendre compte, il entrevit vaguement le piège dans lequel il était tombé.
— Aïe ! aïe! aïe ! dit le ferblantier avec cet air de compassion plus terrible qu'un coup de sabre, comment allez-vous faire?
A ce mot de comment oLlez-votu faire ^ Quinquet, l'homme le plus doux de la création, déchira, dans sa pensée, son ancien patron avec ses ongles. Il devint criminel en dedans; il se fit assas-
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sin nroràlemeilt. Nous Hvdns totts oodîtnis eel eriitieB innocenti ; et Quinqaet étdt bien excusable^ lui qui allait demander conBeil à Lardois^ et qui s'entendait répondre : Cwnment allêz-^ou$ fainsf dépendant) il 88 contint et répondit simplement : « Je n'en aaia rien. » Les gens qui ne dépensent aucune intelligence dans leur métier en ont tout à coup un trésor quand il s'agit d'intérêt^ de choses d'argent^ mèâie les plus niais. Mais Quinquet se trouvait terrifié rien que par le mot argent.
— » Mais vous cémpromettee ma signature I dit Lar^ dois, j'ai endossé ces billets; voilà ce que c'est qui d'être trop bon.^. 11 faudrait être cruel dans le corn** merce, le bon cœur vous perd. Et dire que j'en étais sût!
— Ahl Beigtieur! s'écria Quinquet la tête perdue*
— Moi-môme, je n'ai pas d'argent & la maison^ dit le ferblantier jouant les lamentatiotis. C'est la pre« mière fols que cela m'arriveî*a... Ohl daus mon pays!... Ne pas faire hounèur à ma signature! Je n'oserai plus me montrer devaut le publié. — Que faire? disait Quinquet. ^ ËcoUtet biéh> tépoudit Lardois, un seigneur des environs fait restaurer son château en vieux} c'est une falitaisie. il m'a apporté des modèles de ferblanterie qui doivent être exactement semblables ; je n'ai dit ni oui, ni non, c'est de l'ouvrage â passer un an dessus faut il y a de travail. D'ailleurs, aucuU ouvrier ne saurait faire cette besogne; puisque vous dites, Quinquet, que votre boutique ne vous occupe pas, vouleÉ*votts voUs en ohar-
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ger? >^ Mais «ans doute, dit Quinqueti je ne demande pas mieux que de m'acquitter envers vous» — Faut-il que je m'intéresse à vous! dit Lardois comme se reprochant sa prétendue bonne action; je m'en vais courir la ville, tâcher d'emprunter cinq cents livres> et ça ne sera pas facile.
Quinquet passa dix mois à sculpter la moitié de la commande ; ces travaux lui étaient payés huit cents livres par Lardois, qui s'était réservé la part du lion. Ainsi^ en six mois, le ménage toucha quatre cents francs* Madame Quinquet était accouchée d'un enfant mort; les intérêts du premier billet impayé coulaient Le second billet arrivait avec cette désolante^ rjapîdité qui fait, pour les gens sans argent, une minute d'un mois^ un mois d'une année. Cependant^ malgré les couches de sa femme et une maladie qui se traduisit en une note terrible d'apothicaire, Quinquet travaillait avec courage. Il mangeait du pain de troisième^ sans s'inquiéter des jaseries et des comr mentaires du boulanger sur une aussi piteuse consommation. La pauvreté honteuse dans les petites villes est la pire des pauvretés. Un commerçant qui mange du pain de troisième est bien mal venu.
Lardois n'ignorait rien de ce qui se passait dans le ménage; de temps en temps il se frottait les mains» car sa vengeance se réalisait. Le ferblantier avait été blessé au^cŒur par le départ de son ouvrier; sa plaie était aussi vive un an après que le jour où Quinquet lui annonça son mariage. 11 n'y a rien de plus orgueilleux que le petit commerçant enrichi; il ne
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comprendra Jamais qu'un de ses ouvriers s'établisse. Il le regarde comme un esclave, comme un serf; il n*admet pas même son rachat.
Après avoir livré une partie des commandes, Quinquet s'arrêta. Il travaillait cependant toutes les nuits. Il voyait à peine sa femme qui restait seule et triste dans la boutique, attendant vainement un acheteur. Lardois accourut la figure insolente.
— A quoi diable pense votre mari, madame Quinquet; je suis là à attendre son ouvrage. — Mais, Monsieur, il travaille. — Pourquoi ne me livre-t-il pas? — C'est ce que je lui dis, mais il fait un ouvrage plus pressé. — Plus pressé ! s'écria avec étonnement le ferblantier, plus pressé!... mais si je lui avais dit, à votre mari, que j'étais pressé quand j'ai eu la bêtise de rembourser ses billets. Ce n'est pas des raisons : que diable I il me doit de l'argent; je me ruine, moi, avec lui; je tâche de le tirer d'affaire, je me mets en quatre pour l'obliger... Ce n'est donc pas un homme d'honneur. Où est-il, monsieur Quinquet, que je lui parle? A son atelier; j'y vais, dit-il en prenant la route de l'arrière-boutique. — Pardon, monsieur Lardois; mais mon mari... ne veut pas que personne entre dans son atelier. — Il y a quelque chose là-dessous, pensa le ferblantier. Alors, prévenez-le. — Il m'a recommandé de ne pas le déranger. — Tout cela est bel et bon, dit Lardois; mais je ne suis pas tout le monde.
Et il se disposait à entrer, lorsque madame Quinquet l'arrêta en lui disant : — Je vais le prévenir.
monsieur Lardois. Quelques minutes après, Quinquet apparut, en costume de travail, les mains grasses et vertes comme les ouvriers qui confectionnent des matières cuivrées, la figure aussi verte que les mains. Le pauvre Quinquet se rappela seulement, en voyant M. Lardois, qu'il y avait des affaires graves entre lui et cet homme. Il écouta tranquillement les récriminations de son créancier qui ajourna les travaux à huitaine. Quinquet promit tout ce que demandait Lardois : il n'avait pas entendu un mot de la conversation.
Pendant ces huit jours, Quinquet se renferma dans son atelier aussi mystérieusement que par le passé, sortant seulement pour prendre ses courts et modestes repas. Sa femme s'inquiétait de le voir en proie à un mutisme si obstiné, lui qui jadis faisait part du moindre de ses chagrins, de la moindre de ses jouissances. Le neuvième jour, Lardois apparut sur le seuil de la boutique; les chiffres sont moins exacts que les créanciers. Madame Quinquet pâlit : elle ignorait si son mari était en mesure; mais elle soupçonnait de grandes catastrophes. — Eh bien! Madame, dit-il, c'était hier et il n'est pas venu. — Quinquet travaille. Monsieur, nuit et jour. — Je vais le trouver à son atelier. — Oh ! monsieur Lardois, dit la jeune femme, vous savez que ce n'est pas possible. — Bien, Madame, fit fièrement le ferblantier; je me retire, mais pour prévenir mon huissier.
Ce mot d'huissier fait sourire le Parisien; mais en province, l'huissier est sinistre comme la guillo-
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fine. La bourgeoise qui reçoit un papier timbré se trouve mal. Ea descendant à un degré inférieur, au village, on abhorre ITiuissier. Dans quelques campagnes, un huissier n'ose exécuter une saisie de crainte d'être assassiné. C'est donc seulement au sein des hommes les plus civilisés que l'huissier est considéré comme un officier ministériel, digne d'être électeur, éligible et sergent dans la garde nationale.
La menace de l'huissier produisit sur madame Quinquetun tel effet, que le ferblantier profita de son trouble pour s'élancer dans rarrière-boutique.
Derrière l'appartement se trouvait une petite cour pavée qui menait à un appentis adossé à un mur mitoyen. Cet appentis servait d'atelier à Quinquet. Lardois s'arrêta dans la cour à regarder son ancien ouvrier, qui, placé à un établi devant une fenêtre, paraissait réfléchir profondément. Il tenait à la main un vase de cuivre terminé par deux branches à angle droit, instrument inconnu à Lardois. Le ferblantier entra brusquement dans l'appentis; Qulnquetrevint ' à la vie réelle en voyant son créancier, et il se troubla. — Qu'est-ce donc que cette machine, dit Lardois, que vous tenez à la main? — Oh! rien, répondit Quinquet en cherchant à cacher l'instrument auquel il travaillait.
Lardois s'aperçut de son trouble et recommença ses demandes d'argent ; comme on s'en doute, le débiteur était aussi insolvable que précédemment. Cette fois, les menaces du ferblantier ne parurent pas inquiéter Quinquet, qui répondit tranquillement : -^
Patience^ monsieur Lardois^ je ne serai pas long à vous payer. Wen n'irrite plus un créancier qu'un aeoueii froid; le eréancier est souvent heureux de sa position^ et il se regarde comme supérieur au débiteur. Quelques-uns même sont désolés d'être payés^ car leur domination d'un moment tombe à IHnstant j k créancier aime à ôtre prlé^ supplié : il jouit de sa royauté d'argent. Une famille qui pleure, qui se jette i ses pieds, les enfants qui le saisissent par son habit, tout ce spectacle de gens humiliés et pauvres le rend plus joyeux qu*un rayon de soleil en hiver. C'est de Vintérêt gratis que son argent lui rapporte... Quand le créancier s*est bien repu de ces hirmes, de ces désespoirs et de ces drames Intimes si poignants, il fait sairir.
Aussi Lardois, qui s'attendait à des supplications de ce genre, fut-il dérouté par la mine calme de son débiteur. Il se retira donc avec un air menaçant j Quinquet, sans s'en douter, lui avait chevillé la vengeance au cceur. Le lendemain, l'huissier se présenta; en parlant à la personne de Quinquet, il lui remit une assignation à comparoir devant le tribunal de commerce. Quinquet fut condamné avec accompagnement de contrainte par corps. Ces condamnations avaient été prononcées par défaut, car Quinquet ne sortait pas de son atelier. Cependant il ftit distrait dans ses travaux par sa femme, qui vint un matin, tout en larmes, lui annoncer que l'huissier était dans la boutique, occupé à inventorier les meubles et les marchandises*
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Ah! la poignante chose que le recollement! Les artistes qfxi me liront me comprendront. Adieu les esquisses si chères^ adieu les croquis d'amis^ adieu les poteries^ adieu les curiosités! tous objets de souvenir qui font plus de mal à se séparer que la perte d'une maîtresse. Et avec quel dédain et quel mépris les huissiers traitent ces objets qu'ils qualifient, dans leur profonde ignorance artistique, àeehoseê diverses* Mais Quinquet, lui, se souciait peu de la saisie de ses marchandises sans nom, âgées, invendables; il embrassa sa femme sur le front et lui dit : — Patience, mon amie, patience I
Le soir, madame Quinquet était assise sur une chaise saisie, travaillait près d'une table saisie, les yeux pleins de larmes, car chaque meuble semblait porter sur ses flancs en caractères de feu le terrible mot: Saisi/... Quinquet entra, la figure étrange, égarée, ruisselante de bonheur. Il tenait à la main l'instrument bizarre qui avait si fort occupé Lardois; cet instrument répandait une vive clarté par deux becs. 11 dit à sa femme : — Tiens, vois! Et il le dit d'un tel ton, que la femme le comprit.
Le quinquet était inventé !
Ici est interrompue la chaîne de renseignements. J'ignore quelle fut désormais la vie de Quinquet et de sa femme; tout ce qu'il m'a été donné d'entrevoir, c'est que Lardois devint le propriétaire de l'invention et l'exploita pour sa plus grande fortune. i3 août 1847.