LX SURI EU
blés noms de Coqueluche, quoiqu'il n'eùi pas oublié sa mémorable visite.
— J'ignore absolument qui ce peut être, répondit Rose, mais M. Marcellot est de Pontoise., ces personnes-là doivent être de ses connaissances.
— Conniissances ou non, je leur suis lorl obligé de leurs bons conseils, qui porteront finit, grâce à toi d'abord, elensuile à l'ami Barnabe. Je veux notre Adolphe, il est gentil à croquer, je l'aurai!...
— Mais, objecta Rose qui n'osait encore croire à tout son bonheur, M. et madame Maicellol nous le refuseront...
— Ah ! ah ! je voudrais bien voir ça ! — jN'es-lu pas sa mère? — Je suis son père, moi, d'abord!... c'est convenu! cl conlieu !
SEiNTIMEiMAL.
l'on n'eMlève i);is un onfanl à ses parents. Ainsi, demain, pas })IiiS lard que demain, je te l'amène. Il coucliera dans le pelil caltiiicl i)leu, à côté (le (a chambre.
— Il ( ouclieia dans mon alcôve! s'écria Rose.
— Dans l'alcôve soiil... ei j'en ferai un brave, je l'en réjionds!...
Là dessus commencèrent les plus beaux projets, si bien que la veillée se prolongea fort au delà de l'heure habituelle.
Le lendemain, cependant, le commandant Typhon éiait sur pied de grand malin. Son impatience égalait celle de Rose, qui avait passé la nuit à songer à son bonheur.
Octave et Lucie éiaieni loin de s'aitendrc à ce qui les mcnacail, quoique la scène des
Tuileries les eût un pou occupes. Adolphe intciTOgo avait pailé de sa bonne amie Marie.
Une jeune dame, disail-il, qui ne venait jamais aux Tuileries sans lui faiie mille caresses.
Octave devinl pensif, el songea un inslant à Rose Printemps, qui s'appelait aussi Marie.
Adolphe parlait encore du grand monsieur qui avait emporté la jeune dame toute pâle, toute malade.
Octave interrogea Lucie, et le portrait qu'elle ^ui fit de la bonne amie d'Adolphe augmenta ses appréhensions; il s'efforça de les cacher.
Tandis qu'au Misrais, le conimandant Ty-
|)hon el sa femme bâtissaienl de riants d'à» teaiix en Espagne, — la soirée était languissante chez les Marcellot. La curiosiié du petit garçon ^liguait ; on l'envoya coucher de bonne heure.
A la fin, pourtant, Lucie qui ne soupçonnait pas la cause de la tristesse soudaine d'Octave, se rapprocha de lui ,et lui posant un baiser sur le iront.
— Allons ! monsieur ! dit-elle, quittez cet air boudeur, qui ne vous sied pas du tout. Rappelez-vous votre Lucie d'autrefois, si voire Lucie d'aujourd'hui ne vous paraît plus assez aimable.
— Lucie ! dit Octave avec tendresse, lu es mon ange sauveur!...
Ce même soir, Coqueluche et Serpentard,
'JOO L" USURIER
en présence du revêche Nibal, se disaient :
— Nous y sommes; noire lettre est lue à rheure qu'il est. Qu'en résultera-t-il ?
— Le juif Mathias nous tiendra au courant; c'est convenu.
Au nom de Mathias, Nibal fronça les sourcils, et haussa les épaules en soupirani.
— Malgré tout le zèle de notre correspondant, dit Coqueluche, il me semble, cousin Ninyme, qu'il serait bon d'aller à Paris.
— Au fait, vous avez raison, cousine. Si le capitaine a chassé Rose, je vais chez elle pour lui parler de son enfant, m'offrir comme conseil, etc..
Coqueluche hocha la tête, mais n'interrompit point. *
— Et s'il a pris le parti de réclamer lo
SENTIAJKNTAL. liOl
pciii îuiroudc sa femme comme nous le lui conseillons, il me recevra |jai'faiiemeni; en ce cas, je me trouverai sur un excelleni ierrain.
— Tout seul, cousin, vous ne ferez rien qui vaille, dit Coqueluche. Pour endoclriner cette Rose, une femme vaudra mieux. A deux, nous nous partagerions les Marcellot et les Typhon; nous saurions toujours ce que devient le petit, ce que décident Octave et lAicie, qui résisteront peut-être; il faudra nous loger dans leur voisinage.
— Faubourg Sainl-Honoré, dit Nibal, c'est cher; — El Paris!. . quel gouffre d'argent!...
Coqueluche n'ajouta point <|u'elle espérait, grâce aux relations plus intimes d'un
:)()i L'USURIER
voyage, parvenir enfin à loucher le cœur insensible de Ninyme.
Ninyme Serpentard était le dernier espoir matrimonial de cette vierge martyre. Bon ' gré mal gré, elle pai'iit avec lui.
Nibal, tout niais qu'il était, garda la neutralité, — ce qui prouve combien l'expérience peut être utile à un sot; il resta tranquillement à Pon toise.
Ninyme Serpentard n'avait pas fait deux lieues en tête à tête dans le coupé avec sa chèie cousine, qu'il commença de s'ennuyer fort. Les minauderies agaçantes de mademoiselle Alexandre Guidant l'obligèrent à fermer les yeux et à faire semblant de dormir.
A l'heure où le commandant Typhon sor-
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tii pour aller chez M. Marccllot, Ninyme Serpentard el Co(|ucliiche débarquaient sur le pavé de Paris, l'un baillani, l'autre minaudant toujours.
Ociave venait à peine de se lever quand on lui annonça la visite du commandant; il tressaillit.
— Le commandant Typhon, Marie Beaulieu... c'est bien cela !... Rose Printemps n'est point morte!... pensa-t-il.
Mais il n'était point homme à reculer devant une explication (juelle qu'elle fût; malgré son émotion excessive, il répondit au domesiique de faire entrer.
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répète que je viens vous prier de me rendre le peiii Adolphe que sa mère vous réclame.
— Je ne me trompais point au ton de vos paroles, monsieur le commandant, dit Octave aveceffort. Je vois qu'il ne s'agit pas de vous confier mo7i fils pour une journée, mais de vous le rendre tout à fait tout à fait?..,
— Oui, monsieur Marcellot, c'est bien cela dit le commandant avec sérénité.
— Eh bien, monsieur Typhon, cela est absolument impossible !
Le vieil officier à son tour fit un geste d'éionnemeni déjà môle de colère. Il n'avait pas admis un seul instant que h droit de sa femme pût être contestable, et encore moins contesté, après les couleurs
:m LusiRif n
favorablt'S soiis lesquelles Kose lui avaii peint les époux Mai'cellot.
— ^ 11 y a plus de six ans, ajoutait Oclave avec une répugnance cxliême, madame Typhon, alors mademoiselle Rose Printemps , légua par un acte cruel, à ma femme, le soin d'un enfant dont elle se séparait pour jamais.
— Elle voulait mourir!... dit Typhon...
— Nous l'avons crue morte, nous l'avons pleurée!... nous vénérions sa mémoire
— Birn !... très bien !... interrompit le vieil officier; mais elle a été sauvée par miracle, elle vit, elle est ma femme, et j'ai juré de la rendre heureuse !...
— Je voudrais, dit Oclave, qu'il me fût permis de vous témoigner ma reconnaissance pour de si géi.éreux desseins.
— Marie ne pcui-ôirc heureuse sans son enfan!, reprit le coiimiandanl Typhon avec opiniâtreté.
— Monsieur, repondit Octave, vous oubliez (pie cet entant est le mien....
— Le vôtre ! interrompit le commandant. Je n'ai pas relevé l'expression tout à l'heure; mais posons un fait en principe. Vous n'êtes point le père du petit Adolphe, attendu que cette qualité m'appartient et n'appartient qu'à moi seul.
— Monsieur, lecommandant, s'écria Octave suis-je l'objet d'une mystification?
— Aucunement, n.onsieur Marcellot, reprit le grognard avec calme parce qu'il se croyait parfaitement sûr de l'emporter. Hier malin encore j'ignoiais l'existence de cet en-
Î^IO L'LiSUKlEK
fant, mais je vous déclare qu'aujouHMiuî je mereconnais son père; je suis décidé à en prendre la qualilé devant la loi, je le légitimerai, et nul ne saurait m'empêcher de témoigner de la sorte à ma femme mon attachement et ma gratitude. Ainsi Adolphe est ou du moins va être mon fils; il cesse absolument d'être le vôtre. Il s'appellera Typhon, je le veux. El maintenant j'en fais juge Yoire loyauté même : qui peut s'opposer à ce que M. et Madame Typhon, père et mère d'Adolphe Typhon, leur fils légitimé, le reprennent où il se trouve et le conservent désormais avec eux?.... Je vous ai remercié, monsieur Mai'celloi, au nom de ma femme, je vous remercie au mien. Je plais à rendre justice à vos inicjilions; je suis piêt à accor-
SKNTIMI.NTAL. 3H
dei' de justes éloges et à icinoii»ner ma sincèie maii'.ude i\ madame Marcellot. Je regi'ciic même que ma décision aciuelle puisse vouô èlre [ténibie; m;iis enfin Marie est mère, elle a été assez longtemps privée des caresses de son fds, elle n'a que trop souffert... Je liens à la rendre heureuse à son tour.
Le commandant s'exprimait avec une politesse irréprochable; s'il prétendait enlever Adolphe et pi-iver Octave de sa qualité de père, il ne disait rien que de flatteur pour les époux Marcello!, il louait Iranchement la générosité de leur conduite; cependant le ton énergique de ses paroles indiquait assez qu'il était déjà très mécontent de la résistance inattendue d'Octave.
2V2 L'LSUnitK
— Ce dernier sentit louie la portée de la l'éclamaiion, fil appel à son sang froid, et, après un salui plein de digniié ;
— Monsieur le comnjandant, dit-il, moi aussi je me plais à rendre hommage à vos nobles seniimenis; moi aussi j'applaudis à vos internions généreuses à Tégai'd de votre femme. Votic démarehe vous honore à mes yeux; niaiî^, envers et contre tous, je suis et je resterai père de mon fils!... El d'abord, pcrmeiiez-moi de vous démontrer que vous fondez votre force sur la plus complète erreur. Vous n'avez pas le droit de légilimer le jeune Adolphe...
Le vieil ofïir ier tressaillit.
— Oui, monsieur; la loi vous l'interdit ixprcs^émenf, faute à vous d'avoir reconnu
l'enfanl pour vôtie avant le mariage, ce qui aurait été du reste, comme vous le savez bien, un acte menteur, indigne de votre loyal caractère
— Diable! s'écria Typhon oblii^'é de céder devant cet argument imprévu.
— J'avais un intérêt direct à étudier les •luestions d'adoption, de légitimation et do reconnaissance; je l'ai fait...
— Monsieur Marcellot, interrompit le coniujandant, je ne suis pas légiste, et si je ne puis rien répondre à vos textes de lois, il reste que Marie est njère, — cela me suffit!...
— Encore une objection, commandant ; madame Typhon vous paraîl-elle fondée, au bout de six ans, à nous retirer un consentement donné de bonne foi? ÏNous, nous ne
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remplissons pas encore les condi lions requises pour adopter Adolplie, mais nous aimons cet enfant, il est notre Hls; ma femme veut que nous l'adoptions; une promesse formelle a été faite de pari et d'autre.
La patience n'était pas la vertu de Typhon que contrariaient au suprême degré les réponses d'Octave.
— Monsieur, s'écria-l-il d'un ton aussi poli que le lui permit sa mauvaise humeur, j'estime qu'en conscience il faut tenir compte des motifs déterminants de toute promesse- La vie de celle que vous appeliez Rose Printemps n'est qu'une suite de sacrifices... Elle était pauvre et son enfant misérable, elle n'entrevoyait pas la possibilité de lui assurer une existence, quand elle l'a confie à
SKrSTIMI.NTAL. 'S\:^
madame Marcelloi... Aujourd'hui les circonstances ont changé: Marie ne consentira point à l'adoption d'A(lol}dio jtar vous. Je m'y opposerais moi, d'ahord !... Marie est mère
Ainsi sans tant d'arguiies et sans chicanes, ne résistez pas davantage à la plus juste, à la plus sacrée des réclamations...
— Monsieur le commandant, dit Octave d'un ton ferme, Adolphe est mon fils; ma femme serait désespérée de renoncer à un enfant que six ans de soins maternels lui ont rendu cher au delà de toute expression. Nous aimons, nous adorons notre Adolphe...
— J'ai formellement promis à Marie de le lui ramener...
•— Et moi, monsieur, j'ai déjà eu l'hon-
31 G rUSURlliR
neur de vous déclarer l'ormellement que jo ne vous le rendrais pas...
— C'est ce que nous allons voir, monsieur! s'écria le vieux militaire avecemporlemenf.
— Une querelle ! dit Octave. Je ne suis point batuilleur, mais je ne cède jamais à la menace.
Le bruit (|uc faisait le commandant venait d'attirer Luci"^, qui le recomiul et poussa un ci'i d'épouvante :
— Non! non!... pas de duel, de grâce!... s'écria-t-eile ; vous venez provoquer mon mari !
— Vous vous méprenez, madame, dit le vieil oiïicicr, que la présence d'une femme apaisa soudaiii. Je m'ii rite seulement du ro-
SRNTIMKNTAf-. ;MT
fus tloM. Mai'cellol à une Ickiiinio deinaiulo.
— Une légitime demande!... murmura Lucie (ju'Oclave suppliait de rentrer dans son apparlcment.
Mais une vague inquiétude la tourmentiiil depuis la veille, elle voulut absolument avoir le mot de l'énigme.
— Monsieur le commandant, au nom du ciel, ménagez mr, femme; sa santé est délicate, et vos prétentions étranges pourraient lui faire le plus grand mal.
— M. Marcellot, répondit Typhon, au point où en sont les choses, une explication est inévitable; je vous déclare proviPoirem<Mil que je ne céderai point... J'aurai l'honneur de revenir aujourd'hui même!...
— Non ! monsieur, non ! s'écria Lucie, je
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veux toiii savoii' à l'inslani... Octave, degmce, que se passe-i-il ?
Typiion demeura immobile.
Oclave, malgi'é sa profonde répugnance, dui instruire Lucie de l'existence de Ilose Printemps.
— Quoi!... Ilose Printemps vit encore!
murmura la jeune femme défaillante.
— Rose Printemps, née Marie Beaulieu, est aujourd'hui ma femme !... ajouta le commandant Typhon.
Lucie craignit tout à coup rpie la jalousie du vieil officier ne fût la Cause de la querelle ; niais Oclave (lit enfin:
— Monsieur et madame Typhon veulent nous enlever Adolphe.
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SRINïlMF.NTAL. 'M{)
— M'arrachei' mon lils! reprit Lucie avec effroi; jamais !... jamais!...
Le commandant, maîtrisant sa colère, se contenta de répondre :
— C'est ce que nous verrons, madame !...
Puis il prit son chapeau et sa canne, fit trois pas vers la porte, se retourna brusquement, comme pour proférer une ujenace, mais salua sans rien dire de plus et sortit.
Octave et Lucie, stupéfaits, s'entre-regardèient :
— Que va-t-il faire, mon Dieu ! s'écria la jeune femme.
En ce moment, un domestique annonça M. Anonyme Serpentard.
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— Aliilo ntîmdii fâcheux! mmniiira 0(*tave.
Anonyme entrait le sourire aux lèvres; il venait de se croiser avec Typhon et de le reconnaître au signalement fourni par le juif Mathias.
Malgré tous les méchants propos répandus à Ponioise par les neveux cl la nièce de l'oncle Guidant, Lucie n'était point hrouillée avec eux et ne leur avait jamais fermé sa porte. Anonyme fut donc introduit comme une ancienne connaissance et une sorte de parent, à l'instant où Octave et sa femme, dont le trouble était encore extrême, éprouvaient un égal besoin de s'entretenir de leuis inquiétudes.
Après les premiers compliment'^, le fôcheux
Serpentard demanda si ce n eiaii point le commiindani Typiion (ju'ii venait de renconiier dans l'escaiier.
— Lui-même, dit Octave.
— Vilain homme! tii Ninyme.
— Vous le connaissez donc? demanda
Lucie.
— A peine de vue, beaucoup de réputation : j'ai eu de fréquents rapports avec plusieurs de ses camarades. Dieu me garde d'avoii" jamais rien à démêler avec ce vieux ferrailleur! — C'est le duelliste le plus enragé qu'il y ail au monde. Il est passé maître en escrime, et ne manque pas, au pistolet, un pain à cacheter.
La jeimo femme pâlissait.
— Je sais sur son coniple vingt anpcdo- I 21
2m L'USURIER
les tragiques. Il a lue ciiiq ou six de ses meilleurs amis et a provoqué en duel son propre frère.
— Son propre frère!... dit Lucie toute tiemblanie, c'est donc un monslre que ce coiiimandanl?...
— Aussi, coniinua Serpentard, je plains fort la pauvre petite femme qu'il a épousée. En outre, il passe pour excessivement jaloux, à en croire ce qu'on m'a raconté de . ses relations passées avec une imprudente jeune dame de Falaise... Oh ! j'en iNais longsur ce terrible grognard.
Octave essayait en vain de couper la parole au cousin de Coqueluche, — Ninyme, sans perdre haleine, déroulait une horrible biographie dont Lucie fut épouvantée :
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— Ociave! s'ocria-l-elle tout à coup, juremoi de ne point le battre avec lui. Ayons un procès, s'il le faut, mais pas de duel. C'est qu'il est capable de t'envoyer ses témoins !.., Refuse absolument, je t'en supplie...
— Lucie, iranquillise-toi, dit Octave, M. Serpeniard doit avoir été induit en erreur; M. le commandant Typhon, que j'ai un peu connu autrefois, est, j'en suis convaincu, un très galant homme!...
l*our l'assurer sa femme. Octave lit presque l'éloge du vieil officier:
— L'un de nous, en ce cas, est bien mal renseigné, dit Ninyme. Mais auriez-vous le maiheur d'être en différend avec ce diable d'homme?... Je suis tout entier à voire service poui' un accomodement, s'il y a quel-
im L'USURIER
que accommodement possible. — El en cas do procès, j'ai fait mon droit, j*ai été chez l'avoué, expliquez-njoi donc ce dont il s'agit-
Octave se serait volontiers abstenu de répondre, mais Lucie, sous son impression de terreur, ne cacha rien de ce qui se passait.
— Hélas, madame et chère parente, dit lentement maître Serpentard , j'ai le regiet de vous le déclarer, la loi est en faveur de madame Typhon. Le duel une fois ajourné par un refus, reste le procès. Eh bien, vous serez obligée de restituer Adolphe à sa mère naturelle; on vous allouera, tout au plus, à titre de dédommagement, le remboiusemeni des sommes dépensées pour sa première éducation.
SKiMUIlMNTAL. 3"25
— Nous voici dans luie aflVeuse aîlernalive ! s'écria Lucie.
— Madame, conclut Scrpenlard, vous n'avez pas, selon moi, deux partis à prendre. Cédez; rendez l'enfant à madame Typhon.
— Moi, renoncer à mon fils Adolphe ! Je quitterai Paris sur le champ ! Je m'expatrierai, s'il le faut!...
— Le commandant est homme à vous poursuivre à l'autre bout du monde. Son opiniâtreté, son entêtement sont proverbiaux parmi ses connaissances.
- — Si nous avions la faiblesse de céder, comme vous nous le conseillez, monsieur Serpentard, — dit Lucie, — cet homme sciait capable de faire un mauvais parti à notre fils !...(>ciave, mon ami, n'hésitons pas!...
'V2G LX^SURIER
fuyons!... sauvons Adolphe... Je ne veux pas (ju'il puisse tombei' aux mains d'un monstre pareil.
On ne pense jamais à tout. Ninvi^ie ne s'élail pas attendu à entendre Lucie parler de quiiîer Paris et la France, s'il le fallait, pour conserver son enfant. Ninyine essaya de clîanier la [)alinoiiie.
— Madame, disait-il, M. Typhon est sans contredit un foit vilain homme, mais je ne l'accuse point d'être un scélérat. Duelliste et violent, il ne souffie aucune résistance; ce n'est pas une raison pour qu'il soit un danger pour votre cher Adolphe.
— Il le brutaliserait au moins, repartit Lucie, il le punirait de ce qu'il nous aime, il lelèveiail mal!... Lt d'ailleins, je ne veux.
SENTI MKNIAL. o'ÎT
pn aucun cas, me Sf^paror de mon fils. Je suis pi ê(e à (ous les sacrifices je passerai en Anglelerre, je m'y cacherai sous un nom supposé, — je saurai conserver à mon mari, comme à moi, l'enfant qui t'ait notre bonheur.
Octave avait teni4 d'abord de changer le sujet de la conversation, de l'aire taire Serpenlard, de calmer sa femme, mais, renouçant bientôt à ce rôle, il garda le silence jusqu'à la fin de la visite.
Lucie ne parlait phis que de quitter Paris. El Serpeniard avait épuisé les ai'gumenls pour dé 1 outrer qu'il serait mille fois plus sage de resiittier Adolphe à sa mère.
Quand Ninyme fut enfin sorti, Octave respira, et haussant les épaules :
328 LXSUiilER
— Sottises, Ciilomnies que tout cela! ditil. IN'en croyons pas un mot. La conduite de M. Typhon piouve jusqu'à l'cvidence qu'il n'est pas jaloux. ISc l'a-i-il point dit à loiméme qu'il ne venait pas me provoquer en duel?
— Il est sorti en menaçant, répliqua Lucie.
— J'en conviens!... mais il a clé convenahle et presque poli; sa franchise est celle d'un honnête homme, sa démarche même lui fait honneur.
— Octave, je t'en prie, parlons avec Adolphe.
— C'est impossible, des affaires de tous ^enie."5 nous retiennent ici; et puis, il est au fk'SS0Uv«î de noue f»!opre dignité de fuir
SEiMlMEiMAL. 329
coiTime dns Ijohédiicns (jui nuraioiit vole un ciifanl.
— Ne me parle pas de digiiiié, ([uand il s'a^il de sauver notre His!...
Ma bonne amie, M. Anonyme vSer[)entard esl nue mauvaise langue el noire eiujeini véjiiable; il ne te pardonne pas ta fortune, il nous en veut de nolie mariai;e et de notre conduite envers Adolphe. 11 elierche à nous séparer de notre enlunt, attendu les dernières dispositions lestameulaires de son oncle. Son intrigue est pei'cée à jour. Calmetoi ; ne l'effraie pas pour rien.
— Mais la visite de M. Typhon, dit Lucie, n'est pas une vision fantastique; avant les propos de M. So»'[K'ntard, j'étais déjà lies inquiète; loi-rnème î!i ne paraissais pas ras-
suié. Enfin» ce procès dont on nous incuace...
— Le procès n'est pas commencé.
— Esl-il vrai que la loi nous condamne d'avance?
— Je consulterai!... répondit Octave, qui ne parvint à dissiper aucune des appréhensions de sa femme, parce qu'au fond il les partageait presque toutes.
— Rose Printemps vivante!... se répétait-il à chaque instant.
— Rose vivante! se disait Lucie avec effroi.
Octave ne pouvait penser à Rose sans la plaindre profondément.
Lucie n'analysait point ce qu'elle éprouvait ; une vague inquiétude, des pressenti-
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menls de malheur l'obsédaicni; elle était rnécoRtcnie d'elle-même. Elle eut desmouvenients de jalousie, elle regretta même ses meilleures actions; tout en se reprochant ces regrets comme de mauvaises pensées, elle en vint à se deuiander si, dans l'origine, il n'eut pas été préférable d'abandonner Octave,Rose et Adolphe à se jeter entre eux comme un obstacle :
— Mais, je ne savais rien !,. et quand j'ai su; j'ai taché de faire pour le mieux!... Aul'ais-je épousé Octave, si j'avais pu me douter que Rose eut survécu... Je n'ai tien négligé; nous l'avons fait cherchei; dans toute la France... nous avons attendu plusieurs mois !...
Octave était en proie aux impressions les plus contradictoires. Par moments, au sou-
aaj L'USUKIKR
venir de Rose des larmes brùlanles baignaient ses yeux; par moments, il se sentait transporté de joie :
— Elle n'a pas succombé !... Dieu n'a pas permis que celle noble créature mil fin ellemême à ses jours !... El sa mémoire ne sera plus pour mon cœur une sorle de remords! Elle a épousé un galant homme! elle peut
êlre heureuse !... Heureuse sans son fils!
non !... — Mais elle me le fait réclamer avec menaces!^ elle oublie que nous n'avons aucun tort!... Elle a librement renoncé à ses droits sur Adolphe... elle les a cédés à Lucie... et Lucie mourrait de douleur si on lui arrachait son^enfant!... 11 y a sous ces événements ui)« macliinalion odieuse... Scrpcti-
SF.XTLMEXTAL. :\'^'^
larJ, Alexaiidi-a, Malhias [jciii-etrc, s'en soiil niùlos !...
Octave, comme on s'en souvient, si l'on n'a pas oublié les profonds commentaires de l'usurier au dossier d'Adi)l[>lie Maicellot, Oclave s'élail aclivenieiU occupé, depuis qu'il dlaii riche, de mellre de l'ordre dans ses affaires. — liislrail pai* l'expérience, il avait apprufondi les causes de la ruine de sou père et de sa propre ruine; à Corée de recherches, il avait découvert que Maihias en était le véritable auteur.
Aussi Maihias, mécontent à bon droit du mariage de Ilose Printemps, avait-il lini par servir la rancune des collatéraux. Par les documents qu'il leur fournit, il fut, sans avoir l'air de s'en mêler, la cheville ouvrière
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de l'intrigae, qui mett-.iil en péril iiiainlenant le bonheur d'Octave et de Lucie.
Adolphe vint prier sa mère de l'envoyer jouer aux Tuileries avec ses petits camarades; Lucie n'était point habillée, elle ne voulait pas qu'il sortît sans elle; mais en dépit de ses préoccupations. Octave trouva ses Cl aintes puériles; une caresse d'Adolphe aidant, Lucie lui permit de sortir avec sa bonne.
Cependant Anonyme Serpentard était rentré à l'hôtel garni, fort mécontent, fort désappointé, voyant déjà Octave et Lucie avec Adolphe, en Angletcrie ou en Italie, et parfaitement àl'abii de toute poursuite. Anonyme se mit à la fenêtre en attendant Co-
qneluche qui, de son côte, éiuii allée faire une visiie à mada me Typhon.
S'annoncer comme sœur de Serpentard, l'auteur de la lettre reçue la veille, donner à sa démarche l'apparence d'une œuvre de cœur, d'un sentiment de compassion pour les souffrances d'une pauvre mère, — expliquer, par un conte plausible, l'intérêt extrême qu'elle prenait au sort du petit Adolphe, qu'elle avait vu cent fois à Pontoise, et n.ême à Monrepos, — faire l'éloge de l'enfant, calomnier Lucie, dénigrer Octave, — voilà ce qu'Alexandra Guidant n'avait pas manqué de fàiie.
Coqueluche ne cacha point que les Marcellot refuseraient absolument de rendre A(iolphe.
Après avoir dit iiiillo choses ilaileuses pour le loyal coinmandaiil Typhon et pour sa jeune femme, Coqueluche ajouta comme à legret :
— Monsieur votre mari, a grand tort selon moi d'aller hriser les vîtres; vous auriez du peui-èire agir par surprise.
— Madame Marcellot, pourtant, répondit Rose, n'a point agi |)ar surprise envers moi.
— Elle a indignement exploité votre triste position, madame, repartit Coqueluche,
Rose regarda plus attentivement la vieille fille; elle découviii dans son regard quelque chose de faux qui lui déplut :
— Les Marcellol sont très riches; ils ahu- 5eront de leur loi tuno, continuait l'acrimo-
fl.NÏIMKNTAL. WM
»ieiiso Aloxaiidi'M. Aussi ircsl-cc ))oint par un procès que vous vous en reiirerez
— J'espère encore, dii Uose, que mon mari va me ramoner Adolphe... ne serait-ce que pour quelques jours.
Coqueluche fit là Li;rim!\cG :
- J'en doute forl, dil-elle, et j'ai grand'peur, ii]oi, qu(; mnluiv mes efforts et les avis de mon frère, vous ne soyez encore, ma chère dame, la victime de ces intrigants...
Rose comparait involontaii-eiuent, les ex-
pre«;sions de Coqueluche à ({uelques uns de
ces mots (pi'avail relevés l'aïui Barnaho
dans la îetlro de Serpenlard. Une défiance
Instinctive s'emj)araii d'elle.
Recommandant était encore cliez les Mar-
' reHot, O'où il soilit dans un état d'cxaspéi'a- I 'lÀ
lion difficile à décrire. Il s'était coulena à grand'peine jusque-là; le désappointement et la colère faisîiieni explosion en monologue :
— Un procès!... murmurait-il; mais ça n'en finit jamais! L'on n'échappe point à une publicité scandaleuse... Et enfin avec le grimoire de la chicane on perd les meilleures causes. — Il me prenait des envies de traiter ce pelil Marcellot comme un faquin... Il a tort! Rose Printe.nps, ma pauvre Marie en a bien assez fait, bien trop fait pour lui î...
Et il ose refuser, lui refuseï' son enfant!
C'est abominable!. . J'enverrai des témoins à ce polisson-là!... Point de pitié pour l'ingratitude... Sans sa femme j'allais... J'aime mieux pourtant, ne m'être pas emporté !....
SENTIMKNTAL, 331)
Un procès!... non!... Pailez-moi d'un bel ei bon duel. — 1/onfani on un coup d'épée ! .. Tenfant on un sccoTul coup d'épée!... L'enfant ou nn troisième coup d'épée!... Je ne sors pas de là!.., et nous en finirons !...
Typbon déruisonnail; il était hors de lui... Par dessus tout, le digne militaire était désolé de manquer à sa promesse, de rentrer sans Adolphe, et s'il avait bien su où trouver le petit garçon, il l'eût assurément enlevé de gré ou de force.
— .Si je l'avais chez njoi, poursuivait-il, ce serait à M. Marcellot d'intenter le procès ou de provoquer le duel. Nous tiendrions Adolphe, et nous ne le lâcherions plus!... Ah! si j'avais su liier ce que je sais maintenant, je
oAO L'LSUKIKK
l'aurais emporté, sapiehieu î daiKs la nièiin' voilure ijne sa mère...
Le commaiidaiii, fiii'ieux encore, revint seul ehez Rose. — jl i'evini seul.
El pourtant le petit Adolphe avait disparu I
La bonne, désespérée, n'osait plus rentrer ehez ses maîtres. A l'heure où elle aurait dû le ramener, Lueie, inquiète, partit pour le jardin des Tuileries.
Octave était sur des charbons ardents. — 11 avait consigné sa porte, niais on lui annonça un vieux monsieur qui venait, disaitil, lui apporter des nouvelles de son fils:
-— Faites entrer! laites entrer! s'écria Octave Marcellot.
II lin loj'l ('loniu' (II', rcconnaîlic litnpiloyal)lo iMnilîias, cl (ruii Ion vôliénienl:
— Monsieur Malliias, (Iciiiaiidîi-t-il, tiilc^;nioi (|iii m'a enlevé A(]()l[)lic?...
— Je viens |iont* celn, nionsienr iVlarcellot, lépondil rnsui'ier senlimenlal; un peu de calme, s'il vous plaît. Vous éles toujours bien vif à ce que je vois.
— C/esi le commandant Typhon ?... s'éeiia Octave.
— Je puis, pour commencer, vous répondre non, n onsieui- Marcellol ; mais, je n'ajoutei-ai pas un mot, s'il vous plaît, sans un petit liailé Jtmiable... une bagaltlle, monsieur Marcello!, pour un richard comme vous...
FIN OL rRt.>ii!;H VOLUME.