Le Maître d'école
Petite pièce en hauteur, représentant un devant de maison dont la porte est cintrée et fermée par le bas. En dedans de la maison on remarque une femme appuyée sur la porte, et qui est vivement éclairée par une lumière intérieure qu'on ne voit point. A côté d'elle est un petit enfant dont on n'aperçoit que la tête perdue dans l'ombre , et dont le corps est caché par le bas de la porte. En dehors, et sur la gauche, un vieillard en chapeau , entouré de cinq enfants, paraît s'entretenir avec la femme dont nous venons de parler. La présence de ces enfants a fait donner à cette pièce le nom de Maître d'école. Sur un des battants de la porte on lit Rembrandt , et au-dessous /. 1641.
Nota. Le cuivre était dans le fonds de la veuve Jean.
Hauteur, 0,094 ; largeur, 0,060.
BARTSCH, 128. CLAUSSIN, 129. WILSON, 131.
iOO. Le Dessinateur,
Un artiste coiffé d'un bonnet dessine, à la clarté d'une chandelle, d'après le buste en plâtre d'un petit enfant mort. Le plâtre est sur la gauche, vu de trois quarts, et posé sur un livre. L'artiste est sur la droite et vu presque de face, mais seulement jusqu'à la poitrine, tl tient un encrier dans une main et une plume dans l'autre. Le fond est travaillé; on y remarque à gauche, au-dessus du plâtre, un piédestal, et à côté une armoire sur laquelle sont plusieurs portefeuilles. Cette planche existe encore; elle était aussi dans le fonds de la veuve Jean.
L'ŒUVRE DE REiVJBRANDT.
Il y a deux états : le premier à l'eau-forte pure, qui donne un effet blond ; le second, où la planche est poussée à l'effet par le moyen de la pointe sèche. (V. le catalogue de la vente Van den Zonde, où cette remarque a été faite pour la première fois par M. Guichardot. )
Hauteur, 0,094; largeur, 0,065.
BARTSCH, 130. CLAUSSIN, 131. WILSON, 131.
Ne passons pas légèrement sur cette petite pièce à laquelle personne encore n'a pris garde : elle est intéressante, elle est touchante même. L'artiste qui est représenté ici, dessinant à la lumière d'après le buste d'un enfant mort, c'est Rembrandt, et sa ressemblance est si frappante qu'il est impossible de s'y tromper. L'enfant dont il copie le plâtre, est son enfant, son premier-né, celui qui mourut à l'âge de trois ans, le 13 août 1638. Rembrandt avait chez lui le buste moulé de cet enfant mort, et lorsque la Chambre des Insolvables fit saisir les meubles du peintre, on trouva ce plâtre dans sa maison, et l'huissier priseur le mentionne ainsi dans l'inventaire : Un enfant endormi, de plâtre. Endormi ! c'était mort qu'il voulait dire : il s'était trompé sur la nature du sommeil. Et ce qui prouve bien que le buste que Rembrandt dessine, est un buste intime, un souvenir de famille, une épreuve unique, c'est que le plâtre, au lieu d'être posé sur un piédestal, se termine par une ligne babocheuse qui eût été certainement rectifiée et régularisée, s'il s'était agi
d'un de ces moulages qui doivent servir de modèles dans les ateliers. Un trait ajoute à l'intimité de cette précieuse estampe : c'est que le peintre s'y est figuré dessinant à la lumière et dessinant à la plume, suivant son habitude. Il s'est levé la nuit pour fixer sur le papier une image qui lui est chère. Il dévore des yeux la figure de ce petit enfant dont la vie n'a été qu'une ébauche et (pai semble lui sourire encore dans le sommeil. Il le dessine avec une attention et avec une émotion profondes ; il veut le disputer à cette seconde mort, qui est l'oubli...
iOi. Juif à grand bonnet.
Un juif debout, se dirigeant vers la droite de l'estampe. Sa tête est vue de trois quarts et coiffée d'un bonnet très-élevé, aussi large en haut qu'en bas. Il s'appuie de la main droite sur son bâton, et de la gauche il paraît montrer quelque chose. Cette petite pièce est gravée avec délicatesse et avec esprit. On lit dans le milieu du bas: Rembrandt f. 1639.
Hauteur, 0,083; largeur, 0,045.
BÀRTSCH, 133; CLAUSSIN, 133; WILSON, 135.