La Synagogue
Morceau en travers, très-fini et très-fin. Sur le devant de la gauche, deux vieillards juifs paraissent engagés dans une conversation très-animée. L'un d'eux, vu de face et coiffé d'un haut bonnet, appuie sa main gauche sur un bâton, dans l'attitude d'une attention profonde, et tient sa main droite sur sa poitrine ; l'autre, coiffé d'un bonnet plat, parle avec action. Plus loin, un juif vu de dos est assis sur une marche, au milieu de l'estampe. A droite, on voit entrer et sortir plusieurs autres juifs. Le fond représente la synagogue. Le nom de Rembrandt et l'année 4648 sont gravés d'une façon presque imperceptible, sur une pierre du mur, derrière la tête d'un des vieillards qui occupent la gauche.
Bartsch n'a connu qu'un seul état de cette pièce, et Claussin n'en a décrit que deux. Il y en a réellement trois qui sont tels que Wilson les a observés :
Premier état. Le pied droit du juif qui est sur le devant de la gauche, tourné vers la droite et qui parle, n'est guère qu'indiqué, et le manteau de ce juif, particulièrement dans le bas, est légèrement travaillé et presque blanc. Il n'y a pas d'ombre sur le pavé, aux pieds des deux juifs, vus de dos, qui marchent à quelque distance sur la droite. (Vente Ch. de Férol, 226 fr.)
Second état. Le manteau et le pied du juif qui est sur le devant de la gauche, ont reçu de petits travaux qui ont couvert toutes les parties demeurées blanches dans l'état précédent.
Troisième état. Toute la planche est reprise, montée de couleur et d'un bel effet; mais le manteau du juif est en certaines parties redevenu clair, les travaux additionnels s'étant usés à l'impression. Le visage du juif qui est sur le bord de la planche à droite, et qui est vu de face, est obscurci , et son bonnet est plus ombré en dessous. Le visage d'un des juifs, qu'on aperçoit à
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distance, marchant et vu de dos, est presque retourné, tandis qu'il était vu de profil dans les états précédents. Nota. Cette planche a fait partie du fonds de la veuve Jean.
Hauteur, 0,072 ; largeur, 0,128.
BARTSCH, 126. CLAUSSIN^ 128. WILSON, 130.
Ils entrent, ils sortent deux à deux, ils se traînent sur le pavé du temple qui s'enfonce dans la perspective du clair-obscur. On les entend murmurer des versets de la Bible ou parler du change. Ce sont tous des revendeurs de bijoux, des trafiquants de perles, des marchands d'habits, des fourreurs, des changeurs; ils savent éprouver le diamant et toucher l'or ; ils se connaissent en dentelles, en ivoires, en orfèvreries et en antiquailles; ils portent sur eux de vieilles fourrures, des bonnets fatigués, du linge rance. Leur type est accusé dans cette petite estampe de la Synagogue d'une façon indélébile, et il nous est facile de le vérifier àujourd'hui, car la race ne s'en est pas altérée, et ce sont encore les mêmes hommes sous d'autres habits. Mais les juifs du xvii^ siècle n'étaient pas, comme de nos jours, répandus dans les diverses professions sociales : l'animadversion publique et aussi leur penchant naturel les confinaient dans le commerce de l'or et de la curiosité, des pierreries et des friperies. Rembrandt, qui vivait à Amsterdam dans leur quartier, les a si bien connus et si bien peints qu'il s'est approprié pour
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ainsi dire leur physionomie, et qu'il nous arrive tous les jours de dire : (( Voilà un juif de Rembrandt, n