Vieillard vu par le dos
Un vieillard vu presque par le dos, tourné un peu vers la droite. Sa tète est de profil et coiffée d'un grand bonnet fourré, ceint d'une
bandelette, et sous lequel est une Cîilotte dont la mentonnière pend sur l'épaule. Il est couvert d'une robe rapiécée, fermée par une ceinture, dont une partie pend au-dessous. Ses mains sont jointes, élevées et seulement marquées au trait.
Cette pièce faisait partie de la planche portant le n° 366 dans le catalogue de Bartsch et dans le nôtre, le n° 308, laquelle planche a été coupée en cinq parties. Le premier état de l'estampe se trouve donc dans la planche entière. Mais il y a deux états dans les épreuves tirées de la planche coupée :
Premier état. Le dos et le côté de la figure, dans les parties claires, sont couvertes d'une seule taille. L'estampe est plus travaillée dans cet état que lorsqu'elle appartenait à la planche non coupée. Les contours du dos et de la ceinture sont plus arrêtés, et quelques tailles ont été ajoutées au bas du vêtement, c'est-à-dire au-dessous de la ceinture.
Deuxième état. Les parties claires dont nous venons de parler, sont chargées d'une double taille. Le collet qui, dans les épreuves précédentes, était blanc, est maintenant ombré, et l'on remarque de nouvelles hachures sur le bonnet, sur la joue, sur la barbe et sur le dos.
Hauteur, 0,072 ; largeur, 0,045.
BARTSCH, 143. GLAUSSIN, 142. WILSON, 143.
Le lecteur trouvera la description de la planche entière à la fin de la cinquième classe, et il pourra voir une image fidèle de cette planche dans notre Œuvre de Rembrandt reproduit par la photographie,
ilO. Paysan et Paysanne marchant.
Un paysan et une paysanne, vus de profil et se dirigeant vers la droite. La paysanne, qui est sur le devant , porte un petit enfant
L'œUVRE DE REMBRANDT.
sur son dos et s'appuie de la main droite sur un bâton. Le paysan marche à côté d'elle, un peu en arrière : il a la tête couverte d'un chapeau défoncé, à bords rabattus.^ Dans le fond, on aperçoit quelques traits indiquant des arbres.
Nota. Bartsch signale une copie très-exacte de ce petit morceau, qui a été gravée par un amateur français, nommé Sauveur Legros. La copie de Legros est trompeuse ; on peut cependant la reconnaître à ceci : que le contour du devant de la jupe retroussée n'est presque pas visible dans la copie , tandis qu'il est exprimé dans l'original par un trait assez distinct, bien que ce trait soit interrompu vers le milieu.
Hauteur, 0,063 ; largeur, 0,047.
BARTSCH, 144. CLAUSSIN, 143. WILSON, 144.
Sauveur Legros a gravé d'une pointe fine et légère environ cent cinquante pièces de petite dimension, représentant des sujets mythologiques et historiques, des portraits, des paysages, des marines, des animaux , quelques copies d'après Rembrandt et Ostade, et des dessins d'Adrien Van de Velde, de Van Goyen, de Saftleven, de Bakhuisen, de Roos, d'Ommeganck.
M . Frédéric H il le mâcher a dressé avec beaucoup de soin le catalogue de 132 estampes de Legros ; et ce catalogue se trouve imprimé dans un petit volume qui a pour titre ; Poésies choisies de Sauveur Legros,, Bruxelles^ typographie de J, Van Buggenhoudt, 1857. Une notice de douze pages , placée au commencement du volume, nous fait savoir que Sauveur Legros naquit à Versailles en 1754, et qu'il mourut à Enghien en
Belgique, le 15 mars 1834. Son père était officier de la bouche du roi. Sauveur reçut une éducation soignée et fut un des plus fervents disciples de Voltaire et des encyclopédistes. Une jeunesse orageuse le fit entrer au théâtre de Bruxelles, où il eut du succès ; mais il quitta bientôt la scène pour se marier, en 1777, avec une sœur de Nathaniel Macdonald , écuyer des pages. (( Les agréments de son esprit , sa galanterie , son talent musical, l'art de bien lire, qu'il avait retenu des leçons de son maître, l'abbé Delille , » le firent connaître du maréchal prince de Ligne dont il devint le secrétaire et qui l'emmena dans ses voyages en Italie, en Allemagne, en Suisse et en France. Introduit dans la société littéraire de Paris, il se lia avec Golardeau, Champfort, Morellet, Raynal , Linguet, Palissot et le comte de Yaudreuil.
En 1787, il accompagna le maréchal en Russie, fut présenté à Catherine le Grande comme l'appelait le prince de Ligne, fit partie de son cortège dans le mémorable voyage de Grimée et dessina plusieurs vues de ce pays.
Sauveur Legros, qui se trouvait à Paris dans les premières années de la Révolution, émigra en Belgique, après l'exécution de Louis XYI, et il suivit à Vienne le prince de Ligne qu'il avait rejoint. C'est dans cette ville qu'il grava ses copies d'après Rembrandt; mais la gravure ne fut pas son unique occupation ; il rédigea
le fameux journal de Gléry, et il raconte qu'il en fit lui-même (( des lectures déchirantes dans les plus grandes sociétés de Vienne. )>
Revenu à Bruxelles en 1816, Legros s'ennuya du séjour de cette capitale, et il alla finir sa vie dans la ville d'Enghien. Quand fut votée la loi sur le milliard d'indemnité, Legros fut exclu du bénéfice de cette loi, parce qu'il passa en France pour un Belge, et en Belgique pour un Français. Cette circonstance lui inspira les jolis vers qui suivent :
La loi sur les indemnités Ne guérit point mes incommodités; Elle n'amollit pas le grabat où je couche, Je n'en mange pas moins de la mère du veau
Et rarement du fils dont elle accouche. Oui, Charles X est bon; oui, son projet est beau. Mais, quoique de son cœur l'intention me touche, Il me laisse réduit à l'eau Qu'il m'a fait venir à la bouche.
Le plus grand titre de Legros à la reconnaissance des amateurs , et ce qui justifiera amplement à leurs yeux la présente notice, c'es,t qu'il fut le rédacteur du Catalogue raisonné de V œuvre de Rembrandt, par Adam Bartsch, part^'e. Vienne, 1797. Le fait est affirmé, du moins, dans la biographie imprimée en tête des Poésies choisies de Sauveur Legros, et il est à la connaissance d'un amateur distingué qui est aussi un homme digne de toute foi, M. Gamberlyn d'Ambougies.
iii. Vieillard en méditation.
Ce morceau, qui n'est qu'une ébauche légère, représenle un vieillard à grande barbe, qui n'est dessiné que jusqu'à mi-corps. Il est vu presque de profil et tourné vers la droite. Ses mains sont croisées l'une sur l'autre. De la droite il tient une plume, et de la gauche un livre posé sur une table, devant laquelle il est assis. A côté de cotte table, au coin de l'estampe à droite, est une sphère très-faiblement exprimée, et dont on ne voit qu'une partie. Assez rare.
Nous avons remarqué, dans les premières épreuves, un trait échappé en diagonale, au coin du haut de la droite , trait qui a disparu dans les épreuves postérieures.
Hauteur, 0,132; largeur, 0,105.
BARTSCH; 147. CLAUSSIN, 144. WILSON, 145.
Rembrandt voit le plus souvent ses figures par le côté du clair-obscur; et il est rare que le simple trait lui suffise. Lorsqu'il abandonne une tête, à l'état d'ébauche légère comme celle-ci, c'est qu'il ne veut pas en sacrifier les finesses en les noyant dans l'ombre. Bien qu'il ait seulement eiïleuré le cuivre du bout de sa pointe la plus fine, il a si bien rencontré ici l'expression méditative qu'il cherchait, il a si bien senti et fait sentir les plans de cette tête ridée par l'expérience, fatiguée, usée par l'étude, que tout ce qu'on y ajouterait maintenant serait inutile. Rembrandt n'y a donc plus touché et il est revenu, sur une autre planche, à la
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même idée, mais pour l'exprinier cette fois par les jeux, de la lumière et de l'ombre. Il a donc gravé l'estampe qui suit :