Vieillard sans barbe
Ce vieillard est coiffé d'une toque; il s'appuie par derrière sur quelque chose qu'on ne voit point, à la gauche de l'estampe. Son corps est un peu courbé et dirigé vers la droite; ses jambes sont en avant; il est couvert d'un grand manteau qui tombe jusqu'à terre. Sa main gauche est élevée et s'avance comme si elle voulait saisir quelque chose. Son habit est ouvert par le bas. On lit dans le haut de la gauche : Rt.
Claussin et Wilson ont compté jusqu'à sept états de cette pièce; mais nous avons lieu de penser, après avoir vérifié ces états avec beaucoup d'attention, tant au musée d'Amsterdam qu'au British Muséum et au Cabinet des Estampes de Paris, qu'il n'en existe que quatre. Nous les décrivons ainsi :
Premier état. Le personnage seul est dessiné; mais il ne l'est presque qu'au trait, excepté le bonnet qui est entièrement couvert de tailles. Le fond ne présente guère que des salissures et l'indication de quelques travaux ébauchés. La planche est irrégulière et plus grande : elle porte 76 millimètres de haut sur 49 de large.
Nota. Il y a des épreuves de ce premier état, qui semblent con-
ALLÉGOlîIKS KT FANTAISIES.
tenir moins de tra\aux, uniquement parce qu'elles sont malvenues à l'impression. C'est ce qui a fait croire à Claussin qu'il y avait un second état de la planche plus grande.
Deuxième état. La planche est réduite à 65 millimètres de hauteur sur 42 millimètres de large* Le manteau, qui était entièrement clair dans l'épreuve précédente, est ombré jusqu'au premier pli seulement. Le monogramme et la date sont ajoutés. De nouveaux travaux se font remarquer dans l'ombre des jambes et sur le terrain à gauche. Le fond est blanc, comme dans tous le» états qui suivent.
Troisième état. L'ombre du manteau a été élargie et couvre maintenant deux plis de plus; le morceau de draperie qui touchait au mollet de la jambe gauche est entièrement couvert de tailles, tandis qu'il ne l'était qu'à moitié dans l'état précédent.
Quatrième état. Le manteau, sur la gauche, ne présente plus de clair; il est sabré d'une taille lourde et verticale jusqu'aux pieds. Il ne reste de clair que sur les morceaux d'étoffe qui couvrent la poitrine. Le manteau, qui formait trois plis sous le bras gauche du vieillard, n'en a plus que deux, le troisième ayant été effacé.
Hauteur, 0,063; largeur, 0,040.
BARTSCH, 150. CLAUSSIN, 147. WILSON, 148.
115, Figure de vieillard à courte barbe.
Il est vu en pieds, de trois quarts, et tourné vers la droite. Il est coiffé d'un bonnet qui ressemble au bonnet carré que portent les prêtres à l'église, particulièrement lorsqu'ils prêchent. Il est courbé et accoté contre une élévation de terre placée à la gauche de l'estampe. Ses mains, qui sont à la hauteur de sa poitrine, s'appuient sur un bâton qui soutient toute la figure. Au coin du haut de la droite, on lit en lettres retournées : Rt.
Hauteur, 0,112; largeur, 0,079.
RARTSCH, 151. CLAUSSIN, 148. WILSON, 140.
342 L'ŒUVRE DE HEMBRANDT.
Nous le connaissons, nous l'avons tous vu, ce mendiant effronté, ce philosophe rusé et goguenard. Il a le nez cassé comme Socrate; mais il est de l'école des cyniques, si l'on en juge par ses lèvres sensuelles, par son sourire insolent. Il n'est pas impossible qu'il ait été au séminaire dans sa jeunesse, car il porte une sorte de bonnet carré qu'il semble avoir conservé de son ancienne défroque, après l'avoir jetée aux orties. Pour le moment, il ne mendie pas, il observe; il regarde passer cette société dont il n'est plus. Personne encore n'a eu l'idée de le dessiner dans son attitude habituelle, accoté à une borne ou à un tertre, courbé, les mains jointes appuyées sur son bâton. Mais Rembrandt l'a vu, et il en a griffonné un croquis rapide, spirituel, et vivant... Je ne sais comment il s'appelait à Amsterdam, au xvii' siècle; mais à Paris, du temps de Diderot , cet aventurier s'appelait le neveu de Rameau.
C'est cet étrange personnage, intelligent et cynique, insolent et bas, qui ferait au besoin , pour un bon repas, le métier de proxénète. Sa maxime est de toujours dire du bien de monsieur le prieur, et de laisser aller le monde, a Quelquefois il est maigre et hâve comme un malade au dernier degré de la consomption ; on dirait qu'il a passé plusieurs jours sans manger ou qu'il sort de la Trappe. Le mois suivant, il est gras et replet comme s'il n'avait pas quitté la table d'un finan-
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cier ou qu'il eût été enfermé dans un couvent de Bernardins... Il vit au jour la journée. Son premier soin le matin, quand il est levé, est de savoir où il dînera ; après dîner, il pense où il ira souper. La nuit amène aussi son inquiétude : ou il regagne à pied un petit grenier qu'il habite, à moins que l'hôtesse, ennuyée d'attendre son loyei-, ne lui en ait redemandé la clef; ou il se rabat dans une taverne du faubourg, oii il attend le jour entre un morceau de pain et un pot de bière. Quand il n'a pas six sous dans sa poche, ce qui lui arrive quelquefois, il a recours soit à un fiacre de ses amis, soit au cocher d'un grand seigneur, qui lui donne un lit sur de la paille à côté des chevaux. Le matin il a encore une partie de son matelas dans les cheveux... »
1].6. Médecin tàtant le 'pouls à un malade.
Une petite pièce extrêmement rare et très-légèrement gravée, qui représente un médecin vu à mi-corps, qui tâte le pouls à une femme malade, dont on ne voit que le buste. Il est coiffé d'un bonnet.
Hauteur, (),069 ; largeur, 0,054.
BARTSCH, 155. CLAUSSIN, 152. WILSON, 152.
Les amateurs savent que ce croquis est la première pensée de la figure du médecin qui se voit dans la Mort de la Vierge, et qui est gravée en sens inverse de
344 L'CEUVRË DE REMBRANDT.
celle-ci. Rembrandt a beaucoup étudié les diverses figures qui devaient entrer dans cette grande composi-
tion ; quant à celle du médecin, il ne Ta point changée ; mais il n'en est pas de même de la figure de la Vierge; il l'a représentée tout autrement qu'on la voit ici.
ALLKGOHIES ET FANTAISIES.