‹ L'¿uvre complet de Rembrandt (volume 2)Chapitre 124 sur 151 · Polonais 'portant sabre et bâton · texte numérisé non relu

Polonais 'portant sabre et bâton

Un Polonais, vu de côté en profil perdu, et dirigé vers la gauche. Il est couvert d'un bonnet sur le devant duquel est attachée une plume fort longue. Son baudrier est placé sur son épaule, et son sabre pend un peu par derrière. Il porte un petit manteau sur l'épaule droite et il s'appuie sur son bâton. Dans le fond, à gauche, on aperçoit un Arabe sur un terrain montant. Bartsch et Claussin n'ont connu que deux états de ce morceau; mais il en existe cinq, bien distincts, que j'ai relevés au musée d'Amsterdam.

Premier état. A l'eau forte pure; le baudrier est a peine indiqué à l'endroit qui tient le fourreau; le contour du pantalon, au derrière du personnage, n'a qu'un seul trait.

Second état. La pièce est reprise en quelques endroits à la pointe sèche; le baudrier est exprimé plus nettement par deux

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nouveaux traits qui le divisent en deux lanières; la forme du genou a été indiquée par de nouveaux accents qui paraissent donnés au burin ; les bords de la planche sont sales.

Troisième état. L'ombre du coude est fortifiée par une fine contre-taille, ainsi que l'ombre du pantalon. Un trait qui marquait dans le fond un petit monticule, entre la jambe et le bâton, a disparu.

Quatrième état. On remarque un trait parallèle aux contours du bâton, et intermédiaire, trait qui ne se trouvait point dans l'épreuve précédente; la planche est nettoyée.

Cinquième état. L'estampe est retouchée pesamment au burin (sans aucun doute par une main étrangère), et les ombres en sont noires et d'un effet désagréable à l'œil.

Hauteur, 0,081 ; largeur, 0,042.

BARTSCII, 141. CLAUSSIN, 140. WILSON, 140.

ij9. Deux Figures vénitiennes.

Deux figures gravées d'une taille dure et vues de profil. Elles paraissent marcher vers la gauche de l'estampe, à côté l'une de l a-itre. Elles sont enveloppées dans de longs manteaux et portent sur la tête des bonnets assez élevés, à la manière des Vénitiens. Ce morceau est de la plus grande rareté.

On croit entendre passer d'un pas lourd deux mendiants qui psalmodient leur gémissement ordinaire. Peut-être même sont-ce des bandits qui se cachent sous ces haillons déchirés... Mais ces deux figures étranges qui, au premier abord, paraissent avoir le

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caractère rembranesqiie, sont-elles bien en elîet de la main de Rembrandt? Il est permis d'en douter. Si l'on examine attentivement le dessin des jambes, on n'y trouvera point ce sentiment juste et fm des formes de dessous, toujoui\s si ])ien accusé, chez Rembrandt, par les formes extérieures. Le dessin de cette partie est rond, mou, et dépourvu non-seulement d'esprit, mais de science. On ne devine sous ces guenilles ni la présence des tendons, ni le mouvement des muscles. Les pieds n'ont pas de talons et traînent des chaussures (jui semblent ne rien contenir, alors que ces savates éculées, fatiguées, usées sur le pavé fangeux des grands chemins, devraient accuser tous les durillons de la pauvreté, toutes les déviations de la misère vagabonde.

Que s'il fallait indiquer le maître auquel on pourrait attribuer plutôt cette petite pièce, appelée je ne sais pourquoi, Deux Figures vénitiennes, nous pensons que c'est Van Vliet qu'il faudrait nommer. Lui seul, parmi les élèves de Rembrandt, a gravé de cette manière et d'une pointe aussi brutale. Rembrandt, il est vrai, dans certaines de ses gravures, offre quelques exemples d'une exécution grossière, quant au procédé, et c'est à peu près de cette façon qu'il a fait son eau-forte de Lazanis Klap; mais alors même qu'il graverait avec un clou, Rembrandt révèle à chaque trait le sentiment de la forme humaine et la vive Intel-

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ligence de ses mouvements, et il n'est pas chez lui de vêtement si déliguré, sous lequel on ne sente se dessiner le corps et remuer la vie. Ainsi, quand on regarde avec attention la plupart des gueux de Rembrandt, le Paijsan déguenillé qui a les mains derrière le dos, les deux Gueux en pendants^ dont l'un dit : (( il fait un froid rigoureux )>, et l'autre (( ce n'est rien »; on s'explique difficilement que l'auteur de ces pièces admirables, où le moindre détail de l'accoutrement est exprimé avec tant d'esprit, ait pu se contenter d'un travail aussi rudimen taire que celui des Deux Figures vénitiennes. Sans même aller si loin, ne suffit-il pas de jeter un coup d'œil sur le Polonais portant sabre et bâton j, pour concevoir un doute au sujet du morceau qui nous occupe?... Et cependant, comme il convient d'apporter beaucoup de réserve dans une décision à prendre touchant l'auliicnticité d'une estampe qui, depuis deux siècles, est attribuée à Rembrandt et ligure dans son œuvre, nous avons cru devoir y maintenir celle-ci , tout en soumettant nos doutes à l'appréciation des amateurs.

Il est assez probable, au surplus, qu'il existe des épreuves de cette pièce à l'eau-forte pure, et celles-là trancheraient la question , mais nous n'en avons rencontré aucune.

ALLÊGORÏES ET KAMAISIHS.

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