Le Patineur
Un paysan, vu presque de face, qui glisse sur des patins. Il se dirige vers la gauche, ayant le pied gauche en l'air. Sa tète est couverte d'un bonnet plat, et il porte sur l'épaule droite un bâton qu'il tient des deux mains. Ce morceau, qui est de la plus grande rareté, est gravé d'une taille fine et légère. On y trouve un peu de barbe au pied droit.
Hauteur, 0,060; largeur, 0,058.
BARTSCH, 156; CLAUSSIN, 153; WILSON, 153,
Gersaint avait décrit cette pièce dans son Catalogue, mais sans l'avoir vue. Pierre Yver la signala dans son Supplément^ comme étant non-seulement fort rare , mais presque unique.
C'est un des traits caractéristiques de la vie des Hollandais que le voyage sur la glace. Un paysan, en Hollande, est sur ses patins la moitié de l'année. Aussi
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l'exercice du patin lui est-il aussi l'ainilier que celui de la marche. Dans ce pays plus bas ([ue la mer, dans cer. vastes prairies inondées, où les routes sont des canaux que traversent des barques à voile, personnes et marchandises se transportent, l'été sur l'eau, et l'hiver sur la glace. Et tandis que les dames élégantes, les mains dans leurs manchons, se promènent en traîneau, tandis que déjeunes oisifs, pour qui le patin est un pur divertissement, s'amusent à prendre des airs penchés sur l'onde solide, à y graver, par de souples évolutions, des figures fantastiques ou des chilFres d'amour, le paysan silencieux glisse en portant sa denrée, l'ouvrier se rend à ses travaux, et le petit marchand à ses affaires. On voit aussi de jeunes laitières passer comme une flèche et franchir plusieurs milles en moins d'une heure.
Mais le beau, c'est que tous les jours
Vous voiés faire mille tours,
Sur des patins, à des pucelles
Qui surpassent les arondelles
A driller; car en un moment,
On dirait véritablement
Que le chien d'acier qui les porte
Est un diable qui les emporte
Sans aucun pardon ni pitié,
Tant elles sont lestes du pié.
J'ai trouvé ces vieux vers dans un vieux livre, devenu rare même en Hollande, et cpii a pour litre :
352 L'QEUVKE DE KEMBRANDT.
Description de la ville d'Amsterdam^ en vers burlesques^ selon la insite de six jours d'une semaine ^ par Pierre Le Jolie, à Amsterdam, L'an MDCLX.
Il existe une copie trompeuse du Patineur, Quelle que soit la rareté de l'estampe originale, on ne peut
pas aller jusqu'à dire qu'elle soit presque unique. Il s'en est trouvé des épreuves dans les ventes de sir Thomas Baring et de Pôle Carew. A la dernière de ces ventes, en 1835, une épreuve du Patineur a été adjugée au prix de dix guinées.
122. Griffon nements gravés en différents sens de la planche,
ou mieux : Griffonnement aux deux femmes couchées.
Un morceau assez rare contenant plusieurs études gravées en différents sens de la planche. On voit d'un côté un vieux et une vieille à mi-corps, tous deux marchant vers la droite et portant un bâton à la main. Au-dessous, du môme côté, est une tète de vieillard, à grande barbe, vue de trois quarts, et dirigée vers la droite; elle est coitfée d'un bonnet élevé, à rebord fourré. Derrière ce vieillard, c'est-à-dire à gauche, est le buste d'une vieille dont la tète est couverte d'un chapeau rond aplati; elle est aussi vue de trois quarts, et pareillement tournée vers la droite de l'estampe. Un peu plus vers la droite, on aperçoit la moitié d'une figure de femme couchée sur un lit, dont il n'y a guère que l'oreiller d'indiqué ; elle a son bras gauche étendu, et le bras droit appuyé sur le bras gauche. Au-dessous de cette figure, on distingue une tête d'homme en chapeau, gravée seulement au trait. En retournant l'estampe, on aperçoit, au haut de la gauche, le buste d'une vieille dont la tête est couverte d'un bonnet fourré, et qui tient de la main gauche le bord de sa robe. Plus bas, est gravée au trait une jeune femme qui dort sur un lit. Tout ce morceau est traité avec *>sprit et légèreté. Il n'y a d'assez vigoureusement ombré que les deux bustes du vieillard et de la vieille, qui sont au bas de la gauche, dans le premier sens de la planche.
Hauteur, 0,137; largeur, 0,1b .
BARTSCH, 369. GLAUSSIN, 359. WILSON, 363.
Bien que cette pièce ne porte ni nom ni année, on voit tout de suite, non-seulement qu'elle est de Rem-
354 LGKUVKE RKMHHANDT.
brandt, mais qu'elle est de so?i meilleur temps. Nulle part il n'a plus vivement imprimé le cachet de son individualité. Nerveux, sensible, prompt à tout voir et à saisir le caractère de chaque figure, aussi bien que l'aspect le plus intime des choses, il ne passait pas de jour sans écrire sur le papier ou sui* le cuivre ses impressions les plus fugitives, ses plus vagues projets de composition, ses caprices, ses pensées. Les mendiants qu'il venait de voir passer dans la grande rue des Juifs, la jeune fenmie qu'il avait surprise endormie sur son lit, ou gracieusement accoudée sur son oreiller, il les griffonnait sur sa planche, d'une main rapide qui paraissait courir au hasard et qui cependant traduisait avec vivacité l'impression reçue, et fixait en traits pleins d'esprit, parfois jusque dans le moindre détail, le souvenir récent des figures et des costumes, des physionomies et des attitudes. Et ce (pii est bien remarquable , c'est l'accent d'extraordinaire vérité que portent ces légers croquis, improvisés pourtant de mémoire, mais tellement vivants qu'on les dirait faits d'après nature.
12o. Griffon iiements séparés par une ligne.
Une petite pièce en travers, séparée en deux par une ii2;ne verticale. Adroite, ou voit deux petites figures au Irait, dont une. qui est la plus ombrée, a la tète couveite d'un bonnet élevé, et n'est vue que jusqu'iiux genoux. L'autre figure n'est tracée qu'im-
ALLÉCtOKIES RT 1 AXTAISiES. 355
parlai tetTKMil. Sur la i^aucho, sont plusieurs Iraiis dont on ne peut détermirïei' la (ligure. Ce morceau est de la plus grande rareté. Nous n'en connaissons que deux épreuves : l'une au Musée d'Amsterdam, l'autre au Cabinet des Estampes de Paris.
Hauteur, 0,045 ; largeur, 0,076.
BARTSCUj 373. CLAUSSIN, 363. WILSON, 367.
Nous avons fait graver ici un fac-simiie parfait de ce griffonnement , malgré son peu d'importance, et à cause de son extrême rareté. Les amateurs nous saurons sans doute gré de cette attention.