S.-V. LOON
INVENTAIRE
Je soussigné reconnais avoir reçu des commissaires ci-dessus mentionnés la somme susdite de 32 florins 5 stuivers.
Fait le 18 décembre 1658.
PiETER DE L\ Tombe.
Vient ensuite le compte de Bernt Jansen Scheurman, qui nous donne les dépenses faites par Rembrandt dans la maison dudit Scheurman, chez lequel il était logé durant le temps de son expropriation. Bien que ce compte eût été présenté à la Chambre des Insolvables en 1656 , il n'était pas encore payé en 1660. Dans cet intervalle, Bernt Jansen Scheurman étant mort, sa veuve réclama le paiement du compte, qui lui fut alloué et dont elle donna une quittance qu elle signa d'une croix , faute de savoir écrire ^.
Il paraît que les dessins et estampes de Rembrandt ne furent pas compris dans la vente du mois de novembre 1657, car un acte du 24 septembre 1658 nous fait connaître que les commissaires ont autorisé Adrien Hendricxen à procéder à la vente de ces dessins et estampes ( Papier en-Kumt ) 2.
Pour ce qui est de la maison de Rembrandt, elle
1. Voyez le curieux livre publié en 1834 par M. Nieuvenhuys sous le titre : A Review of the lives and works of sonie of the most eminent painterSy with 7'emarks on the opinions^ and statements of former writers. London , 1834. On y trouve les pièces de la Chambre des Insolvables.
2. Voyez J. Immerzeel, junior : Lofrede op Rembrandt, Te Amsterdam hy den Schrj/ver, 1841.
:i4 INVENTAIRE.
fut vendue seulement en 1660, et produisit la somme de 6,713 florins 3 stuivers, ce qui, joint à la somme de 4,964 florins 4 stuivers, faisait un total dell, 677 florins 7 stuivers. Les créanciers et les frais payés, il resta une somme de 6,952 florins 9 stuivers, qui fut comptée à Titus Yan Ryn, fils de Rembrandt, comme nous le verrons dans le cours de cet ouvrage.
DE
PREMIÈRE CLJSSE.
HIÉROLOGIE
i. Adam et Ève.
Adam et Ève nus dans le Paradis terrestre. Ève est debout au milieu de l'estampe. Elle tient de ses deux mains le fruit défendu. Adam, qui est à gauche, à moitié assis sur un tertre, paraît résister à sa femme et lui faire des remontrances sur le péché qu'elle va commettre. A la droite de l'estampe, s'élève l'arbre sur lequel est monté le démon en forme de serpent volant, tenant dans sa gueule un autre fruit. Dans le fond du paysage, on aperçoit un éléphant. Au milieu du bas, dans une petite marge, est écrit Rembrandt /. 1638.
Nous connaissons trois états de cette pièce.
Premier état. Le contour supérieur du tertre sur lequel Adam est à moitié assis, est très-léger et même n'est en partie formé que de points. On en voit une épreuve au British Muséum, qui est certainement retouchée par Rembrandt. Entre la figure d'Adam et
le bord gauche de la planche, depuis le tertre jusqu au feuillage d'en haut, s'élève un tronc d'arbre dessiné au lavis qui encadre la figure et la fait ressortir.
Deuxième état. Le contour supérieur du tertre est repris et accentué durement.
Troisième état. Un reflet de lumière, qui, dans les états précédents, se remarquait sur la cuisse droite d'Ève, à l'endroit où les deux jambes se touchent, se trouve éteint.
Le musée d'Amsterdam possède une épreuve dans laquelle les deux mollets de la femme sont entièrement teintés au lavis, sans doute de la main de Rembrandt, qui a essayé de simplifier le clairobscur.
Hauteur, 0,163 y compris une marge de 7 à 8 millimètres ; largeur, 0,117. BARTSCH, 28. CLAUSSIN, 34. WILSON, 3 5.
Bartsch a fait sur cette estampe une observation qui n'est pas juste ou qui est mal exprimée, a Comme Rembrandt, dit-il , ne s'entendait point à travailler le nud, ce morceau est assez incorrect et les têtes en sont tout à fait désagréables. )> Il n'est pas de graveur, au contraire, qui , dans ce travail libre de Rembrandt, ne reconnaisse un maître. Les creux, les saillies, les méplats , la rondeur des jambes , l'ampleur et les convexités du ventre, sont rendus par un réseau de tailles qui font parfaitement sentir la forme des chairs et le sens des muscles. Ce qui est vrai , c'est que nos premiers parents sont ici d'une laideur repoussante. Il semble que le genre humain jeté sur la terre , pauvre, nu et laid, ait eu à conquérir la richesse , la force et la beauté tout ensemble... Mais quelle admirable indica-
tion de l'Eden que ce paysage rempli de soleil , où l'on voit passer dans les hautes herbes , sur la lisière des bois, un éléphant d'Asie dont la présence localise aussitôt la scène représentée , et nous transporte aux contrées de la Bible , au berceau du monde !