BART5CH, 176. CLAUSSIN, 173, WILSON
Bartscii a fait sur cette estampe une remarque qui ne me semble pas juste, et qui peut tromper quelques amateui^. « 11 se trouve, dit-il, mais bien rarement, des épreuves avant le nom de Rembrandt et avant l'année. »
J'ai examiné avec attention plusieurs de ces prétendues épreuves du premier état, notamment celle qui est rangée sous cette désignation au Musée d'Amsterdam, et j'ai tout lieu de croire que cet état n'est pas sincère; car j'ai remarqué, en comparant les épreuves, que celle où ne se trouve point le nom de Rembrandt, est au contraire postérieure à l'autre; ainsi la première n'a point de barbes et la seconde en a, particulièrement dans les travaux du haut de la porte
et les hachures du fond, à droite. J'en ai conclu avec MM. Klinckamer et Engelberts, conservateurs du Musée d'Amsterdam, deux connaisseurs fort distingués, que cette épreuve avant le nom avait été tirée ainsi, ou par supercherie, ou parle fait de l'imprimeur, qui avait négligé d'encrer cette partie delà planche, ce qui est d'ailleurs d'autant plus vraisemblable que le nom et l'année se trouvent écrits à une place qui est entièrement blanche , ainsi que toute la partie droite de l'estampe.
Ce qui est incontestable, c'est la variété des travaux que nous avons plus haut décrits et qui ne l'ont pas été encore. Le cuivre de cette planche , qui avait appartenu à Basan , et qui faisait partie en dernier lieu du fonds de la veuve Jean , a été ensuite retravaillé et a fourni ces méchantes épreuves que l'on rencontre si souvent dans le commerce et qu'il ne convient pas même de mentionner.
Ce morceau , du reste , est un des plus beaux de l'œuvre , et l'on peut dire que tout y est parfait , aussi bien le travail de la pointe, qui est ici d'une rare délicatesse, que l'expression des personnages, leur attitude, et le jeu de la lumière qui les détache si bien l'un de l'autre. J'admire avec quel art le graveur a laissé complètement nu tout un côté de l'estampe, pour bien concentrer l'attention sur son sujet. Les belles choses ne vivent que de sacrifices, et mieux que per-
sonne Rembrandt a connu cette i<rande loi de l'an. Tantôt il sacrifie une portion de sa gravure en la couvrant de tailles, tantôt c'est en y épargnant les travaux. Ordinairement, il sabre de hachures toute une estampe pour faire valoir quelques points lumineux; mais ici, au contraire, c'est la lumière qui fait l'office de l'ombre. Je suppose, en effet, (jue le peintre ait dessiné une muraille, un paysage ou tel autre objet, sur la partie droite de la planclie, derrière la mendiante qui porte un enfant sur son dos , aussitôt l'économie de la composition est troublée, et le regard distrait ne va plus s'attacher avec autant de force , ni à ce groupe de pauvres, si intéressant dans la mère, si vrai dans le petit enfant , si noble dans l'aïeul , ni aux détails de leur accoutrement, de leur panier, ni à la physionomie de ce môme , vu de dos , dont on ne pourra plus oublier le signalement grotesque, ni enfin à la figure de ce vieillard charitable, à qui l'habitude de faire l'aumône n'en a pas ôté le plaisir.
H7. Gueux griffonnés.
Ce morceau, qui est aussi de la plus grande rareté, représente un vieillard chauve, voûté et couvert d'un manteau rapiécé, doublé de fourrure. Il est vu de profil, à mi -corps, dirigé vers la droite. Sur la môme planche, dans le bas de la droite, est une autre tête de profil , plus petite , couverte d'un bonnet élevé par le devant , et offrant à peu près la forme d'une mitre, quoique terminé carré-
386 L'CEUVRE DE REMBRANDT.
ment. Ces deux figures sont gravéf^'i d'une grosse pointe, avec esprit et rapidité.
Hauteur, 0,092; largeur, 0,074.
BARTSCH, 182. CLAÎISSIN, 179. WILSON, 179.