Tohie aveugle
(Pièce improprement dite : Aveugle vu par le dos.)
Un petit morceau très-rare, représentant un vieillard dans le costume juif, dirigé vers la gauche de l'estampe, et vu presque
L'ŒUVKE DE REMBRANDT.
par le dos. Sa tète est couverte d'un bonnet bordé de fourrure. Il porte des mules aux pieds, et tient de la main gauche un bâton sur lequel il s'appuie. Il s'avance timidement vers une porte qu'il tàte avec la main droite, dans l'attitude d'un homme qui craint de se heurter.
Cette estampe est très- rare. On en connaît trois états.
Premier état. La planche est plus grande : elle a 81 millimètres de hauteur sur 69 millimètres de large. Le fond représente une porte et ime architecture tracée d'une manière indécise. Cette épreuve, très -sale et très -embrouillée, est de la dernière rareté.
Deuxième état. La planche réduite. A travers la porte, on aperçoit des maisons et des arbres. La barbe de Tobie n'est tracée qu'au trait; sa robe n'est ombrée, le long de la manche qui pend, que par un simple griffonnement , et présente quatre plis ; ses mules sont blanches. Le montant de la porte est mieux exprimé et se détache en vigueur sur le fond, lequel est nettoyé dans la partie droite, sauf quelques légers traits horizontaux.
Troisième état. Le paysage qu'on apercevait au travers de la porte a disparu sous des tailles dures qui s'entre-croisent. L'ombre portée par le vieillard sur le montant de la porte a été fortifiée par de nouveaux travaux partant de la main qui s'appuie sur le bâton. Le visage est entièrement couvert d'une taille verticale et monotone. La manche droite a reçu de nouvelles hachures Les mules de l'aveugle sont ombrées de tailles roides et verticales.
Hauteur, 0,079; largeur, 0,0o6.
BARTSCH, 153. CLAUSSIN, 140. WILSON, 47.
Que Rembrandt ait voulu représenter ici Tobie aveugle marchant au-devant de son fils , cela ne fait pas de doute pour nous. Wilson, du reste, a déjà placé dans l'Ancien Testament cette pièce que Gersaint, Bartsch et Glaussin avaient classée parmi les sujets allégoriques
OU de fantaisie. Il faut croire que Rembrandt n'en a pas été satisfait et qu'après avoir pris sur nature le croquis d'un mendiant aveugle, il a voulu donner plus d'expression encore et plus de noblesse à son sujet en composant l'estampe qui suit :