L'Afloration des Bergers
La Sainte Famille est groupée au bas de la droite : l'enfant couché sur un lit, par terre, la Vierge accroupie sur des coussins , et saint Joseph lisant dans un livre, à la hieur d'une lampe qu'on ne voit point. Au milieu de l'estampe, un vieillard debout, tenant une lanterne, porte la main à son bonnet pour se découviir. A côté de lui, sur la droite, paraît une tête d'enfant, et derrière lui sont trois bergers et une femme tenant un nourrisson. On distingue avec peine, dans l'ombre, au-dessous des bergers, deux têtes de bœufs. Le tout est gravé dans le goût de la manière noire.
Nous avons relevé six états de cette planche au British-Museum.
Premie7' état. Tl y a une masse de lumière sur le coussin de la
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Vierge et sur le bas de la figure de l'enfant. Tout le long de la main de la Vierge se voit une manche claire.
Deuxième état. Le clair du coussin et celui de la figure de l'enfant sont éteints, et la masse de lumière qui se voyait derrière eux est amortie. Il reste un clair vif sur la coiffure de la Vierge, sur sa manche et sur le haut du livre que Joseph tient dans ses mains.
Troisième état. Le bonnet de Joseph a changé de forme; il est bordé de fourrure.
Quatrième état. L'ombre du nez et la bouche de la Vierge sont repris et rendus plus noirs. Un double contour a été ajouté à sa manche claire.
Cinquième état. Au-dessus de la tête de Joseph est une étable formée de planches en largeur. On ne voit que trois bâtons clairs dans toute l'estampe.
Sixième état. Comme le précédent, à cela près qu'il y a quatre bâtons clairs au lieu de trois, un quatrième bâton ou plutôt une corde ayant été ajoutée au-dessus des planches, à la hauteur du coussin de la Vierge.
Les autres différences proviennent simplement de l'impression.
Hauteur, 0,148 : largeur, 0,196.
BARTSCn, 46. CLAI SSIN, 55. WILSON, 50.
Il est permis, k la ri2:ueur, de douter que cette estampe soit de Rembrandt, car on n'y retrouve de lui. que sa manière habituelle d'éclairer le sujet. Le caractère des tètes, le dessin sans esprit des figures de Joseph, de la Vierge et de l'Enfant, la nature même du travail, qui est k la fois lourd et mesquin , peuvent faire croire que Rembrandt n'est pas l'auteur de la
i^ravure ou qu'il n'eu a donné que la pensée, mais peut-être que la négligence extrême du dessin tient à ce que l'artiste se réservait de le noyer entièrement dans l'ombre, de perdre ses contours, d'estomper ses figures, et de ne s'occuper que du clair-obscur. Considérée uniquement sous ce rapport, F Adoration des Bergers i^entre dans la manière mystérieuse du peintre. En accusant certaines têtes, en effleurant les autres, la lumière de la lanterne produit dans l'étable un effet fantastique... Ainsi les premières lueurs du christianisme éclateront au milieu des ténèbres qui enveloppent les races misérables que le Dieu des pauvres vient consoler :
Dieu parmy les pastoureaulx,
Sous la crèche des toreaux ,
Dans les champs a voulu naistre,
Et non parmy les arroys
Des grands princes et des roys
Luy, des plus grands roys le maistre.
0 pasteurs bienheureux ,
Geste liesse, Ce chant tant amoureux A vous s'adresse.
Laissez vostre troppeau , Courez grand-erre Voir l'Enfant le plus beau Qui soit en terre.
i;œ[:vhk dk Rembrandt.
Avecques vous menez Vos bergerettes, Sainctement démenez Vos amourettes.
Or allez , allez donc Pour voir en somme Ce que l'on ne veid onc, C'est Dieu faict homme.
Il me semble que le sentiment chrétien de Remhrandt va rejoindre la poésie de ces vieiiN: Noëls.