‹ L'¿uvre complet de Rembrandt (volume 2)Chapitre 33 sur 151 · Présentation au temple · texte numérisé non relu

Présentation au temple

Pièce en largeur.

Le temple est représenté par une voûte. Dans la partie droite, Siméon, à genoux, tient entre ses bras l'enfant Jésus. La Vierge, vue de profil perdu, est agenouillée devant ce prophète. Au-dessus

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de sa tête, dans le fond et dans l'ombre , on remarque saint Joseph debout portant deux colombes dans ses mains. Plusieurs figures, hommes et femmes, placées derrière eux et autour d'eux, sont attentives à la cérémonie. Au milieu de l'estampe, paraît une grande figure debout tenant une béquille de la main gauche. Sur sa tète plane le Saint-Esprit. Au coin de la gauche, sur le devant, sont deux Juifs debout qui parlent ensemble et qui ont un chien à leurs pieds. Le fond représente l'intérieur du temple, oii sont assemblés par groupes un certain nombre de juifs qui ne sont guère dessinés qu'au trait. Bien que ce morceau soit surchargé de travail, Teftét en est toujours paie et l'épreuve reste grise, les tailles et l'eau-forte n'ayant pas suffisamment creusé le cuivre.

On distingue quatre états de cette planche :

Premier état. Siméon est nu-tête. Saint Joseph, qui est debout tenant des colombes, est dans la demi-teinte et porte une longue barbe éparse. Très-rare.

Deuxième état. Siméon a la tête couverte d'une calotte; son manteau est plus brun, et saint Joseph a une barbe plus courte.

Troisième état. Une place dénuée de travaux qu'on remarquait dans les états précédents contre les bords supérieurs de la planche, a été raccordée par de nouvelles tailles diagonales et horizontales. Par suite du tirage, les contours des voûtes et de la colonne se dessinent de plus en plus nettement et sèchement.

Quatrième état. Saint Joseph est coiffé d'un turban.

Hauteur, 0,216; largeuv, 0,291.

BARTSCU, 49. CLAUSSIN, 53. WILSON, 5 4.

Cette pièce est commencée et préparée avec beaucoup de sentiment et k peu près dans le goût de la Mort de la Vierge, Les expressions de tendresse , de vénération, d'intérêt, de douceur, de curiosité sont

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indiquées d'un trait avec une justesse qui tient du [)ro~ dige. Finie , cette pièce eût été une des plus belles de l'œuvre; mais Rembrandt, la trouvant sans doute trop étendue , l'a abandonnée. Il est certain que la disposition en hauteur était préférable , et c'est en effet celle que le peintre a suivie dans le tableau de la Présentation au temple qui est au musée de La Haye, et qui est daté de 1(331. La composition en est plus concentrée, mieux à l'œil, et elle est comme rehaussée par l'élévation du temple. Rembrandt y a fort à propos supprimé les figures trop éloignées des deux Juifs de gauche qui n'étaient guère ici que du remplissage, et il s'est abstenu d'y mettre le chien dont la présence était inutile autant que déplacée.

2o. I*résentatiim au temple.

Dite en 'manière noire.

Le sujet est Iniité d'une façon singulière. Sur la partie droite de l'estampe on voit le grand prêtre assis et élevé sur une espèce de gradin. L'enfant Jésus est présenté par Siméon qui est à genoux. La Vierge et saint Joseph sont dans le bas de la partie gauche, et Ton voit au milieu un autre prêtre en chape et debout, tenant un bâton très-orné en forme de crosse. Dans le haut, à des espèces de tribunes, hgurent deux spectateurs, l'un à droite, Tautre à gauche de l'estampe. Ce morceau est fort rare.

Hauteur, 0,209; laramir, 0,002.

BARTSCHj 50. CLAUSSIN, 5i. NVILSON. 55.

Dans les premières épreuves de ce morceau , il y a tant de manière noire, que les figures de saint Joseph et de la Vierge sont confondues avec le fond; on n'aperçoit un peu que la main de la Vierge. Glaussin dit que cette manière noire est produite par les barbes, tant des travaux à l'eau forte que de ceux à la pointe sèche. Cela est vrai ; mais il est des épreuves où cette manière noire est le fait de l'impression, c'est-à-dire qu'après la disparition des barbes, on a rétabli l'effet de la manière noire en étendant le noir d'imprimeur sur la planche avec le doigt. L'imprimeur, ici, c'est Rembrandt lui-même, car il avait dans son atelier une presse, et il imprimait souvent de sa main ses propres planches. Le peintre s'est servi du procédé que nous venons d'indiquer pour la Présentation au temple, dite en manière noire , comme il l'a fait pour les portraits de Janus Lutma et du jeune Haaring, et pour quelques autres pièces. Après avoir encré sa planche avec le tampon, il n'essuyait qu'à demi, ou même il n'essuyait presque point certaines parties qui devaient rester sourdes et se couvrir d'une teinte semblable à celle du lavis , ou à celle que donne le berceau sur les planches qu'on se propose de graver en mezzotinto. En ménageant plus ou moins ces parties avec le chiffon ou avec le doigt, il obtenait des épreuves d'un noir plus ou moins transparent, et c'est ainsi que s'explique la curieuse variété de certaines

n4 L'QEUYKE DE REMBRANDT.

épreuves, tirées pourtant d'une seule et même planche.

Mais indépendamment de ces procédés qu'on a pris longtemps pour des secrets , et qui ne sont après tout que des moyens très-connus et très-simples, cette estampe offre une singularité de faire tout aussi étonnante que la façon dont le sujet est compris. En y regardant de près, on y voit, dans les parties claires, des hachures données en tout sens , librement et hardiment , avec une grosse pointe ; et cependant , à une certaine distance , il se trouve que l'extrême richesse des habits sacerdotaux, est parfaitement rendue par ces travaux grossiers. Les ciselures de la mitre, les sculptures de la crosse que tient le prêtre debout , les brocarts d'or de la chasuble dont le grand prêtre est revêtu, sont exprimés par un procédé qui, au lieu d'être fin, soigné et précieux comme les matières qu'il s'agit de graver, consiste à sabrer le tout avec une brutalité apparente, mais en réalité avec un très-habile ménagement de tous les endroits où l'ombre doit s'arrêter brusquement , pour imiter l'éclat de l'or, le brillant des pierreries et le luisant du satin.

2!i> Présentation au temple, dite avec l'ange»

L'ensemble du sujet est porté vers la droite. La Vierge, habillée en paysanne, est placée vers le milieu, et Joseph est à sa droite; ils sont l'un et l'autre à genoux devant Siméon qui est assis et qui tient l'en-

NOUVEAU TESTAMEINT.

fant dans ses bras, A la gauche de la Vierge, est la figure d'Anne la prophétesse, tenant ses mains jointes. Un ange, les ailes déployées, la regarde en lui montrant du doigt l'enfant Jésus. Autour de ce groupe se pressent quelques spectateurs , et derrière eux s'élève une longue suite de degrés conduisant dans la partie intérieure du temple, et sur lesquels montent beaucoup de personnes. A gauche, sur le devant, on remarque une figure coupée en deux par le cadre; c'est celle d'un mendiant qui a une jambe de bois. Au milieu d'une petite marge, qui est au bas de l'estampe, on lit : Rt 1630. Cette planche est gravée légèrement et l'eau-forte y a peu mordu.

Les épreuves du premier état, qui sont extrêmement rares, portent 121 millim. de hauteur sur une largeur pareille. On voit en haut une marge toute blanche.

Dans le second état, la marge est supprimée, et la planche réduite aux dimensions ordinaires qui sont :

Hauteur, 0,103; largeur, 0,079.

BARTSCH, 51. CLAUSSIN, 5 5. WILSON, 5 6.

Si ron réunissait toutes les estampes de Rembrandt qui ont été gravées dans les commencements, c'est-à-dire de 1628 à 1632, on verrait que celles-là sont faites le plus librement, avec le plus de légèreté. Dans la suite, le peintre devint plus savant; il traita ses estampes comme des tableaux; il y ménagea de grandes ombres, des teintes imitant le lavis, et l'on peut dire qu'il peignit ses gravures ; mais dans sa première jeunesse, il fit ses eaux-fortes comme il faut les faire , avec beaucoup de sentiment et peu d'ouvrage, et assez rapidement pour ne pas laisser refroidir sa verve.

Il faut convenir, du reste, que si le principal groupe

s'arrange bien, et si la figure de l'ange est heureusement jetée, en revanche, celle de l'homme estropié qui est coupée en deux par le cadre et qui est placée sur le premier plan pour former repoussoir, est d'autant plus malheureuse qu'elle attire l'attention là où le peintre ne voulait justement pas l'attirer.

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