‹ L'¿uvre complet de Rembrandt (volume 2)Chapitre 34 sur 151 · Fuite en Egypte · texte numérisé non relu

Fuite en Egypte

Dans ce petit morceau le groupe est placé au milieu de la planche sur le devant. Saint Joseph tient un bâton de la main gauche', et , de l'autre, il conduit l'âne par la bride. La Vierge, assise sur l'àne, porte dans ses bras l'enfant Jésus. Le bagage, auquel sont attachés un maillet et une scie, est posé sur la croupe de l'animal. La marche des fugitifs se dirige vers la gauche de l'estampe où s'élève un grand tronc d'arbre. On lit au milieu du bas, dans une bande à moitié couverte de tailles: Rembrandt inventor et fecit : 1633. Ce morceau est très-bien gravé , mais on le trouve fort difficilement beau d'épreuve, l'eau-forte ayant mal mordu.

Il en existe deux états :

Premier état. La planche ne présente qu'un travail léger et délicat, sur un fond sale. Rare.

Second état. La planche a été retouchée et surchargée de travaux qui lui ont donné un aspect lourd. Un travail très-serré, qui semble fait à la mécanique, a été ajouté dans le haut de la gauche et sur l'arbre. Ces petits travaux additionnels ne sont pas de la main de Rembrandt. Toutefois, la planche n'est pas de celles qui ont fait partie du fonds de Basan , et les épreuves en sont assez rares.

Nota. Il en existe deux copies, dont une dans le sens de l'ori-

NOUVEAU TESTAMENT. i17

ginal ; l'autre en contre-partie par Watelet; celle-ci est fort bien gravée.

Hauteur, 0,090; largeur, 0,060.

BARTSCH, 52. CLAUSSIN, 56. WILSON, 57.

Rembrandt a tant de fois traité le sujet de la Fuite en Egypte^ il l'a tourné et retourné tant de fois qu'on peut regarder comme de simples essais la plupart de ses compositions sur cette donnée. Il s'est représenté les fugitifs, tantôt traversant les bois sous la lune, tantôt passant des rivières à gué , tantôt accrochant à un arbre la lanterne qui a éclairé leur marche dans les ténèbres d'une forêt noire. Quelquefois il s'est figuré la famille sainte se reposant en plein jour sous l'œil de Dieu, ou bien saluée par les premiers rayons de l'aurore sur un plateau de la Judée. Mais il faut croire que jamais il n'a été parfaitement satisfait de son invention, car il l'a laissée plusieurs fois à l'état d'ébauche ou même simplement esquissée au trait. Cette Fuite en Égypte est une de celles qu'il a finies. La composition est d'un naturel parfait, si l'on se contente d'y voir une famille humaine en voyage , et l'on ne peut alors trop admirer le naïf de l'observation , la marche cauteleuse du vieux charpentier, les précautions maternelles de la Vierge et même l'effort que fait l'âne pour monter la pente du terrain avec le poids qu'il porte sur le dos; mais si l'on se rappelle que cette

famille est celle de Jésus, on a de la peine à reconnaître l'époux de Marie dans la figure de Joseph, et la Vierge de Nazareth dans cette matrone à la face élargie, dont l'embonpoint se devine sous le lourd manteau qui la recouvre. Ici, la vulgarité, ou, pour mieux dire, l'arbitraire des formes, est un contre-sens historique.

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