Repos en Egypte; effet de nuit
Une lanterne accrochée à un arbre éclaire la sainte Famille qui se repose dans un bois. La Vierge est assise à terre, tenant l'enfant Jésus sur ses genoux ; elle porte sa main droite à un large turban qui lui couvre la tête, et sa main gauche s'appuie sur l'enfant. Derrière elle est saint Joseph , assis et accoudé sur une butte, et portant la main gauche sur son genou. Sur la droite, dans l'ombre, paraît l'âne dont on ne voit que la tète et le cou.
Il y a trois états de cette estampe :
Premier état. L'âne n'est pas encore gravé. L'arbre est clair; le bonnet et la poitrine de Joseph sont ombrés d'une seule taille.
Deuxième état. L'arbre est teinté; le bonnet et la poitrine de Joseph sont couverts d'une seconde taille.
Troisième état. Avec la tète de l'âne.
Hauteur, 0,092; largeur, 0,060.
BARTSCH, 57. CLAUSSIN, 61. WILSON, 6 2.
Ferdinand Bol a imité cette pièce assez heureusement dans l'estampe que Bartsch a cataloguée sous le titre de la Famille.
L'enfant Jésus dormait; pour lors sainte Marie
Arrêtant l'âne répondit :
Voyez ce beau tapis d'herbe douce et fleurie. Le Seigneur pour mon fils au désert l'étendit;
Puis, s'étant assis sous l'ombrage
De trois palmiers au vert feuillage,
L'âne paissant, l'enfent dormant Les voyageurs sacrés quelque temps sommeillèrent
Bercés par des songes heureux.
Et les anges du ciel, en silence autour d'eux,
Le divin enfant adorèrent.
3i. Repos en Egypte (au trait).
Cette pièce est gravée seulement au trait. Saint Joseph et la Vierge, qui sont assis , occupent le milieu de l'estampe. Saint Joseph, coiffé d'un bonnet, a les jambes croisées l'une sur l'autre; il tient un fruit dans sa main gauche et un couteau dans sa main droite. La Vierge a l'Enfant Jésus sur ses genoux; elle lève le linge qui le couvre pour le voir dormir, et Joseph jette aussi les yeux sur l'enfant. A la gauche s'élève un tronc d'arbre sur les branches duquel voltigent deux oiseaux. A la droite de l'estampe, on voit aux pieds de Joseph une selle, et tout au bas de la gauche, on lit : Rembrandt /. 1645. L'eau-forte ayant très-peu mordu, tout ce morceau est très-pâle, et en certains endroits, les traits en sont à peine visibles. Les premières épreuves ont quelques barbes.
Hauteur, 0,160 ; largeur, 0,130.
BARTSCH, 34. CLAUSSIN, 39. WILSON, 3 8.
Si cette estampe n'est pas commune, [cela tient à ce que le sujet y était trop faiblement exprimé pour ne pas s effacer à l'impression au bout d'un petit nombre d'épreuves. Mais que Rembrandt l'ait voulu ainsi, je n'en fais point de doute. Il est dans son œuvre plusieurs pièces dont l'ébauche délicate lui a plu. Comme
tous les vrais artistes , coiiiine tous les poètes , Rembranflt avait l'humeur capricieuse, et lui qui le plus souvent prodiguait l'ombre dans ses compositions, il se contentait parfois de les indiquer d'une pointe fine qui effleurait le vernis et n'y laissait pas plus de trace que n'en laissent les songes dans la pensée. Il semble, en effet, que ces pâles et fugitives figures ont été conçues pendant le sommeil de l'esprit.
Gersaint, Daulby, Bartsch et Glaussin ont donné ici la description d'un troisième Repos en Egypte qu'ils déclarent presque unique. Il n'en existe , il est vrai , que deux épreuves connues, dont une au musée d'Amsterdam; l'autre se trouvait dans la collection J. Barnard, oii Glaussin dit l'avoir vue. Gomme il nous paraît évident que Rembrandt n'en est pas l'auteur (et Wilson l'a jugé ainsi), nous avons retranché cette estampe de l'œuvre et l'avons rangée parmi les pièces douteuses ou faussement attribuées au maître, pièces dont la liste trouvera place dans l'Appendice du présent ouvrage. Mais pour que les amateurs puissent juger par eux-mêmes de la fausseté de l'attribution, nous avons fait graver l'estampe, et nous la donnerons à la fin de notre second volume, en regard de la description; de sorte qu'à la satisfaction de contrôler notre jugement, se joindra, pour les curieux, le plaisir de posséder le fac-similé d'un morceau introuvable.