Descente de Croix au flambeau
Le sujet est placé sur une colline à la gauche de l'estampe. Au bas est un brancard sur lequel Joseph d'Arimathie étend un linceul pour recevoir le corps de Jésus-Christ que les disciples descendent de la croix. Un d'eux tient le corps dans ses bras; un autre éclaire la scène avec un flambeau. Le haut de la gravure et la partie droite sont plongés dans l'obscurité. On y aperçoit les murs de Jérusalem, quelques figures indistinctes et une main qui sort de l'ombre. Au bord de la droite est la figure d'un homme coiffé d'un haut bonnet qui paraît richement vêtu. L'estampe est signée sur les bords du linceul : Rembrandt 1655.
On ne connaît qu'un seul état de cette planche , c'est celui que nous venons de décrire. Les épreuves ne diffèrent donc entre elles que par la présence ou l'absence des barbes, et par le plus ou moins de vigueur dans les parties noires.
Hauteur, 0,210; largeur, 0,162.
BARTSCII, 8 3. CLAUSSIN, 87. WILSON, 8 8.
On dirait que le grand goût de l'Italie se mêle ici à la poésie du Nord , car le génie de l'effet se marie,
NOUVEAU Tb:STx\MENT. 209
dans ce morceau à un sentiment de noblesse tout à fait inattendu. Le Christ mort n'est point laid cette fois, et Rembrandt a pu donner une expression profonde à ses figures sans leur imprimer un caractère de vulgarité. On peut voir, cependant, que le meilleur de son tableau est encore ce qu'il y a mis de son propre fonds. Je parle de cette lumière magique qui prête tant de poésie à la scène, de cette main blanche qui sort de l'ombre noire, et qui éveille la même impression que ferait un grand cri poussé dans les ténèbres.
Quelle différence de la grande Descente de Croix à celle-ci ! et quelle variété de moyens pour arriver à des effets également pathétiques ! Là c'est une scène vraiment chrétienne où le Dieu des pauvres tombe expiré dans les bras de quelques fidèles, émus jusqu'aux entrailles. Ici c'est un Dieu qui n'a d'humain que la forme et dont la divinité rayonne jusqu'au sein de la mort. Il est remarquable que la laideur et la trivialité des figures dans la grande Descente de Croix, sont relevées par un miraculeux coup de lumière, par un rayon d'en haut qui perce l'obscurité d'un ciel sinistre, tandis que la scène , éclairée ici à la lueur naturelle d'un flambeau nocturne, emprunte un autre genre de beauté du caractère même des figures et de la sensation produite par ce froid linceul qui attend le cadavre au pied du Calvaire^ sous un ciel noir.