Saint Jérôme à genoux
Le saint est à genoux, tourné vers la droite et vu de trois quarts; il a les mains jointes et élevées. Le lion est derrière lui, dirigé du même côté, et occupant la largeur de la planche; dans le fond , à la gauche de l'estampe, on voit un livre fermé, et sur ce livre un pot à l'eau; le fond est peu travaillé de ce côté; sur la droite, il est entièrement blanc , à l'exception du nom de Rembrandt qu'on lit vers le haut et dont les dernières lettres sont mal exprimées, et même dans la plupart des épreuves, presque invisibles. Au-dessous est gravé si faiblement qu'on le distingue à peine : /. 1635.
Dans les premières épreuves, le nom et la date 1635 sont assez lisibles; mais le chiffre qui était gravé plus légèrement encore que le nom, s'étant bientôt effacé au tirage, on peut reconnaître par là les épreuves postérieures. Dans les dernières, le nom de Rembrandt a entièrement disparu, ainsi que le léger feuillage qui était indiqué au haut de la planche.
Hauteur, 0,114; largeur, 0,081 BARTSCH, 102. CLAUSSIN, 105. WILSON, 107.
Rembrandt, noas l'avons dit, avait du goût pour cette grande et forte nature de saint Jérôme. Après l'avoir représenté lisant, écrivant, méditant, il semble avoir voulu le peindre, dans ce morceau, tel qu'il s'est peint lui-même lorsqu'il a raconté les angoisses où le plongeaient la tentation et les violents efforts qu'il faisait pour y résister. « Combien de fois, dit-il, depuis que j'habite le désert, me suis-je imaginé que j'étais encore au milieu des délices de Rome ! Le jeûne avait rendu mon visage tout pâle, et cependant mon âme
brûlait des ardeurs de la concupiscence dans un corps qui n'avait plus de chaleur. Ma chair n'ayant pas attendu la destruction de l'homme entier, était déjà morte, et mes passions étaient encore toutes brûlantes. Ne sachant donc plus où trouver du secours, j'allais me jeter aux pieds de Jésus, que je baignais de mes larmes, et je tâchais de réduire cette chair rebelle, en restant des semaines entièi'es sans manger. Je me souviens d'avoir souvent passé la nuit et le jour à crier et à me frapper la poitrine, jusqu'à ce que Dieu, commandant à la tempête, rendît le calme à mon âme. Je n'approchais de ma cellule même qu'avec peine , comme si elle eût connu mes pensées ; puis, prenant contre moi-même des sentiments de rigueur et d'indignation, je m'enfonçais seul dans le désert. Si j'apercevais quelque vallée sombre, quelques rochers escarpés, c'est le lieu que je choisissais pour aller prier; et Dieu m'est témoin qu'après avoir ainsi répandu beaucoup de larmes, je croyais me voir quelquefois au milieu des chœurs des anges. Alors, plein d'allégresse, je chantais au Seigneur : <( Nous courrons après vous à l'odeur de vos parfums. »
A voir ce vénérable ermite prier avec tant de ferveur et en fermant les yeux, ne dirait-on pas qu'il veut échapper en effet aux apparitions mondaines qui l'obsèdent, et aux dangereux souvenirs de ce qu'il nommait les délices de Rome?...