‹ L'¿uvre complet de Rembrandt (volume 2)Chapitre 98 sur 151 · BAKTSCH, 114. C LA US S IN, 116, WILSON, US · texte numérisé non relu

BAKTSCH, 114. C LA US S IN, 116, WILSON, US

ALLÉGOIUi:S ET FANTAISIES. 297

La scène se passe dans l'imagination du peintre qui la saisit et la fixe sur le cuivre par un griffonnement plus rapide que la pensée. Quel feu! quelle énergie dans le trait! quel sentiment! quel mouvement! Rembrandt est si profondément pénétré de l'action qui traverse son cerveau, il est servi par des organes si délicats , par une main si nerveuse , que son impression est tout entière dans ce pur croquis, à la vérité sublime. Il semble que le tableau ne serait pas plus complet si le peintre y ajoutait encore l'éclat des couleurs, le prestige des lumières et des ombres. L'ébauche de quelques masses lui a suffi pour faire pressentir le clair-obscur d'une scène qui ne peut être éclairée que par le soleil d'Afrique, de même qu'il n'a eu besoin que d'un palmier pour indiquer la géographie du tableau.

Cette promptitude à percevoir les sensations, cet enthousiasme avec lequel il épouse son sujet, font que Rembrandt change à tout instant de manière, parce que l'expression, chez lui, est dans la touche autant que dans le geste des figures ou dans l'altération des visages. Sa pointe, quelquefois si naïve, par exemple quand elle dessine la Jeune fille au panier, si spirituelle quand elle fouille l'accoutrement d'un gueux, si fine, si précieuse et si attentive dans les portraits du Peseur d'or, et du Bourguemestre Six, elle est ici brutale, vaillante, incisive. Le dessin est aussi fier que le

combat, et le trait aussi fougueux que les cav aliers. Rien d'inutile, pas un coup qui ne porte, pas une taille qui ne fasse sentir le jeu d'un muscle ou la présence d'un os, ou le tranchant d'une griffe. Rembrandt exprime ici en moins de traits qu'il ne faut de paroles pour les décrire, la fureur et le rugissement du lion, sa crinière qui se redresse, sa moustache qui se hérisse et les battements de sa queue élastique et violente. Quant aux chevaux, il est remarquable qu'un homme qui n'avait guère vu dans les plaines de la Hollande que le cheval frison de Paul Potter et la douce monture de Yan de Velde, ait su deviner ainsi l'ardeur, l'élan des races supérieures, et les peindre par intuition. Il y a loin, sans doute, de la simple observation de la nature à ce que nous appelons le style. Mais il est des circonstances où l'idéal se dégage du sein de la réalité même, quand elle est vue avec passion. Rembrandt a pu ennoblir ses modèles en se les représentant pleins de feu, et à force d'être vivants , ses chevaux sont devenus presque héroïques.

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