‹ L'¿uvre complet de RembrandtChapitre 108 sur 202 · Homme assis , aux trois moustaches · texte numérisé non relu

Homme assis , aux trois moustaches

(Homme à moustaches et grand bonnet.)

Un homme âgé, vu de trois quarts et en buste; il est assis sur une chaise dont on voit la partie supérieure. Sa tête est tournée vers la droite. Il est couvert d'un bonnet fort élevé, large du haut, et entouré, dans le bas, d'une espèce de bandeau qui lui tombe sur le front. Il porte trois moustaches, c'est-à-dire deux moustaches et une royale. Il est enveloppé d'un manteau bordé d'une fourrure blanche. Dans le fond, au-dessus de la chaise, il y a une légère ombre qui diminue graduellement vers le bas. Au-dessus de cette ombre, près du coin de la planche, on lit: Rt. i630.

Il y a non pas deux, mais trois états de ce portrait:

Premier état. Extrêmement rare. La planche est irrégulière dans tous les sens et plus grande. Elle porte 4 05 millimètres de hauteur sur environ 87 millimètres de largeur; mais elle est un petit peu plus longue sur la droite que sur la gauche, et un petit peu moins large dans le haut que dans le bas où elle mesure pleinement 87 millimètres. Dans cet état, le bout du manteau ne touche pas au coin droit Qe la planche.

Deuxième état. La planche est coupée et réduite aux dimen-

sions de 403 millimètres sur 83. Le manteau vient toucher le coin droit de la planche.

Troisième état. On remarque sur la joue gauche un trait échappé qui la coupe à la hauteur de la moitié du nez. Ce trait est échappé au burin de l'artiste qui a retouché la planche du temps de Basan, car l'estampe est plus travaillée dans cet état que dans les précédents, et il est clair que ces retouches ont été faites par les possesseurs du cuivre au siècle dernier, car on les trouve sur des épreuves d'un papier jaunâtre qui a servi au tirage de Basan.

Hauteur, 0,103; largeur, 0,083.

RARTSCH, 321. CLAUSSIN, 314. WILSON, 319.

Ce portrait, qui est d'une belle exécution, n'est pas sans ressembler à celui que nous avons décrit plus haut sous le nom de Jacques Gats. Il a, du reste, été reproduit plusieurs fois dans l'école de Rembrandt. On le trouve imité deux fois dans l'œuvre de Livens, et une fois dans l'œuvre de Van Vliet, qui s'est contenté de changer la forme du bonnet et d'assombrir le vêtement. Outre ces imitations, il existe une copie fort trompeuse du même portrait. Voici à quoi on peut la reconnaître : Dans l'estampe originale, il y a sur les cheveux, au-dessus de l'oreille, un trait échappé qui, dans la copie, a été transformé en une seconde mèche de cheveux.

2G7. Buste d'homme a bonnet fourré et manteau brodé.

[Homme à barbe courte et bonnet fourré.)

Un homme à mi-corps, dirigé vers la droite, mais la tête vue de face. Il a la barbe courte et frisée, et il porte sur la tête un bonnet fourré. Son corps est enveloppé d'un manteau brodé; le fond n'est ombré que sur la gauche, derrière le dos du personnage. Du même côté, vers le haut, on lit avec peine : Rt. 1631.

Ce morceau n'est pas commun, il en existe quatre états :

Premier état, de la plus grande rareté. La planche est plus large de quatre millimètres; elle mesure de 129 à 130 millimètres. On aperçoit une main sortant du manteau. On ne voit ni le monogramme ni la date.

Deuxième état. Le monogramme et Tannée y sont ajoutés, et comme le peintre les a gravés à la pointe sèche, les premières épreuves de cet état ont, en cet endroit, de la manière noire. Il est donc facile de les distinguer des épreuves postérieures qui ont été tirées après que le nom et la date ont été ébarbés.

Troisième état. La planche a toujours les mêmes dimensions, mais la main a été supprimée et remplacée par une fourrure. Le visage est beaucoup plus travaillé dans les ombres, notamment près du clair, au-dessous de l'œil droit. Dans l'ombre du bonnet, à gauche, on remarque des traits courts et forts, presque horizontaux, qu'on retrouve encore sur le collet, un peu au-dessous de l'oreille. Le nez, un peu moins gros, est d'une forme plus nettement accusée. L'œil gauche a été repris et chargé de nouveaux travaux.

Quatrième état. La planche, coupée sur la droite, n'a plus en largeur que 123 millimètres. Le monogramme et la date, presque effacés, sont devenus à peine lisibles.

Hauteur, 0,148; largeur, 0,123.

RARTSCH, 263. CLATTSSIN, 260. WILSON, 265.

Le premier état de cette pièce n'existe pas au Musée d'Amsterdam; aussi Pierre Yver ne l'a— t — il mentionnée dans son Supplément que par ouï-dire.

C'est, du reste, un des plus beaux portraits de Rembrandt. On ignore quel personnage il représente; mais il est si vivant, qu'on le sent fait d'après un modèle que le peintre aura connu de très-près. La nature, sans jamais se répéter, nous offre cependant cà et là certaines ressemblances frappantes qui semblent accuser des âmes jumelles, et ces ressemblances sont d'autant plus remarquables lorsqu'elles se produisent dans des pays éloignés l'un de l'autre, et à plusieurs siècles de distance. Je connais, pour mon compte, de par le monde, un homme qui pourrait croire avoir vécu du temps de Rembrandt et avoir eu l'insigne honneur d'être gravé par ce grand peintre. C'est un fourbe aimable et bienveillant, vernissé d'ailleurs de quelque politesse, un faux littérateur, un faux ami, un faux bonhomme, un faiseur. Il est tantôt hardi jusqu'à l'étourderie, tantôt prudent jusqu'à l'astuce la plus noire. Son plus rare talent est d'obtenir de grandes faveurs avec de petits cadeaux et d'exploiter à fond ceux qu'il accable de sa bonne volonté et de ses déférences. Il a soin de n'écouter jamais que le second mouvement dans la crainte que le premier ne soit bon. Je l'ai vu souvent singer à s'y méprendre l'homme dévoué, l'ami délicat; je l'ai vu même attraper, pour quelques mi-

nutes, les manières d'un gentilhomme, et trahir tout de suite l'esprit et les tournures d'un commis-voyageur. Les fourbes sont sans doute de tous les pays et de tous les temps, mais il est prodigieux d'en trouver un aujourd'hui qui ait exactement les mêmes traits, le même sourire, la même peau, la même physionomie morale, la même âme, si l'on peut ici parler d'âme, qu'un personnage peint et gravé il y a deux siècles par Rembrandt, au plus profond, au plus secret de la cité des Juifs.

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