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Vieillard portant la main à son front

Dans cette estampe, gravée à la pointe sèche, il n'y a de terminé que la tête d'un vieillard à barbe blanche et sa main ridée}; le reste n'est que très-faiblement indiqué par quelques traits fins- La tète est vue de trois quarts ; elle est coiffée du bonnet ordinaire qui est placé un peu de côté. Le vieillard porte la main gauche à son front- On connaît trois états de ce morceau:

Premier état, extrêmement rare. Le fond de la planche est sale, et les bords en sont raboteux; les parties ombrées sont chargées de manière noire, et il y a des barbes aux traits fins qui indiquent le vêtement.

D'après la remarque de Wilson, ce premier état serait plus large de deux millimètres environ; mais nous ferons observer aux amateurs que des différences aussi peu sensibles peuvent tenir uniquement au plus ou moins de retrait dans le papier.

Deuxième état. Les barbes ont disparu, Ja planche est nettoyée et les bords en sont adoucis, et c'est sans doute en les régularisant

qu'on aura réduit le cuivre de deux millimètres environ sur la largeur.

Troisième état. Le portrait est entièrement achevé par Georges- Frédéric Schmidt, de Berlin, sur le dessin de Nicolas Lesueur. Le vieillard est debout, vu jusqu'aux genoux; il est habillé d'une longue pelisse, ouverte par devant avec une écharpe, et il porte au cou un médaillon pendu à une chaîne d'or. La main droite est posée sur une table sur laquelle on voit des papiers et un buste d'Homère. Derrière la table est une croisée par où entre la lumière. Le fond représente une bibliothèque. Les épreuves de cet état sont fort rares, le propriétaire de la planche n'en ayant fait tirer qu'une cinquantaine. L'estampe ne porte ni le nom de Lesueur, ni celui de Schmidt, ni la date de la retouche, que l'on sait avoir été exécutée en 1770.

Hauteur, 0,137; largeur, 0,114.

BARiSCH, 259. CLA U S SIN, 25fi. WILSON,260.

C'est un M. Trible qui, ayant acheté la planche de Rembrandt au siècle dernier, eut la malheureuse idée de la faire terminer par Lesueur. Il n'y a qu'un artiste médiocre qui ait pu se permettre de porter ainsi la main sur une planche que Rembrandt avait laissée inachevée, et ne pas sentir qu'il manquait de respect envers un grand maître. L'estampe, du reste, a perdu tout son charme sous le crayon de Lesueur et le burin de Schmidt.

Rien de plus saisissant que de voir au milieu d'une feuille blanche la tête et la main d'un vieillard qui cherche sa pensée et semble regarder attentivement dans l'intérieur de son esprit. Il y avait quelque

chose d'étrange et de fantastique dans l'apparition de cette figure dont on ne voyait pas le corps, et Rembrandt, en négligeant à dessein de finir ses planches, savait bien qu'il éveillait par là l'imagination du spectateur et l'invitait souvent à rêver. C'était donc une lourde faute que de terminer ce qui produisait un effet attrayant par l'inachevé même du premier dessin; mais Lesueur en a commis un autre, celle de donner un air prétentieux, un air de pose à ce vieillard debout, que certainement le maître aurait représenté assis, et dont la tête exprimait une méditation si secrète, si intime. Tous les détails ajoutés à ce portrait, cet accoutrement plus moderne, ce buste, cette bibliothèque, ne font que distraire inutilement le regard, alors que Rembrandt avait su si bien le concentrer sur une tête admirable, qui commandait d'autant plus l'attention qu'elle était elle-même singulièrement et profondément attentive.

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