‹ L'¿uvre complet de RembrandtChapitre 15 sur 202 · Diane au bain · texte numérisé non relu

Diane au bain

Une femme nue qui paraît représenter Diane. Elle est assise au pied d'un gros arbre entouré de broussailles, sur le bord d'un ruisseau, dans lequel ses jambes sont enfoncées jusqu'au-dessous du genou. Sa tête est vue presque de face, et son corps est dirigé vers la gauche de l'estampe. Elle s'appuie des deux bras sur une butte de terre qui est couverte d'un tapis de velours bordé d'une riche broderie, et elle porte ses deux mains sur un carquois. Sa chemise, dont une manche pendante touche à la surface de l'eau, est étendue sur le tertre où elle est assise et lui sert de tapis. Le fond est obscur et boisé. On lit au bas de la droite : Rt. /"., sans date. Ce morceau, délicatement gravé, se trouve difficilement vigoureux d'épreuve, l'eau forte n'ayant pas suffisamment mordu.

Hauteur, 0,178; largeur, 0,160.

BARTSCH, 201. CLAUSSIN, 198. WILSON, 198.

Bartsch et Glaussin ont appelé cette estampe Vénus au bain; mais il est clair que c'est une Diane que Rembrandt a voulu représenter. Surprise au bain, en pleine forêt, la chasseresse porte la main à son carquois, et ce seul attribut la désigne à ne pas s'y méprendre. On voit encore, à demi cachée sous ses vêtements, une lance qui achève de marquer l'intention du peintregraveur. Quoi qu'il en soit, la figure que Rembrandt a dessinée sur ce cuivre est aussi admirable pour un artiste qu'elle paraît laide aux gens du monde. Il est difficile d'exprimer les chairs d'une femme avec plus de vérité et de morbidesse, et j'ajoute avec si peu de travaux. Ce corps nu, qui n'est ombré qu'auprès de ses contours, est cependant d'une rondeur étonnante : on le sent tourner, palpiter, vivre. Assurément, les formes n'en sont pas idéales^ et il est à regretter que Rembrandt n'ait pas eu devant les yeux de plus beaux modèles ; mais le grand peintre, plutôt que de tomber dans la convention, a fidèlement suivi son maître, qui était la nature. Il s'est complu à exprimer par quelques tailles, toujours conduites dans le sens des muscles, la fermeté des carnations du bassin et des jambes, les tendresses de la chair dans les bras, et jusqu'aux plis de la peau sous le sein. Toutefois, sa Diane au bain n'a point l'aspect rebutant et la laideur de la Femme assise sur une butte. Les formes sont, ici, moins déchues et tout aussi vraies. Quant à l'ensemble

de l'estampe, on peut le regarder comme un tour de force de modelé, comme un chef-d'œuvre de clairobscur; c'est par là qu'elle plaît tant aux amateurs et surtout aux peintres.

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