‹ L'¿uvre complet de RembrandtChapitre 166 sur 202 · La chaumière entourée de planches · texte numérisé non relu

La chaumière entourée de planches

On voit nu milieu de cette estampe, un peu vers la droite, une chaumière flanquée de chaque côté d'un grand arbre, et entourée d'une palissade. Elle est située au bord d'un canal, sur lequel nagent deux canards. A la droite, sur un chemin, est un chariot dételé, au bas d'une petite digue qui ferme l'horizon, et sur laquelle on aperçoit comme deux grands chiens. Derrière la palissade, sur la gauche, on distingue un homme dans une barque, et beaucoup plus loin un moulin. Dans le bas de la gauche, près du bord de la planche, est écrit : Rembrandt f mais Vf; est à peine exprimée, et au-dessous : 1632. (D'autres lisent i6l8.)

On n'a décrit que deux états de ce morceau, qui est rare; mais j'en compte trois :

Premier état. La continuation de la digue qui paraît sur la gauche, et qui va en descendant du même côté, y est toute blanche, sauf trois ou quatre petits traits. Le côté de la digue où se voient les deux chiens est également tout clair. Le nom de Rembrandt ne se trouve pas encore dans cette première épreuve, non plus que la date.

Deuxième état. La continuation de la digue, sur la gauche, est encore blanche; mais le côté droit de la digue est ombré de tailles fines, serrées et en partie croisées. On voit dans cette épreuve le nom de Rembrandt et la date 1632.

Troisième état. La continuation de la digue sur la gauche est éteinte par des hachures données à la pointe sèche, lesquelles ne sont pas encore ébarbées dans les premières épreuves de cet état.

Hauteur, 0,160; largeur, 0,130.

BARTSCU, 232. CLAUSS1N, 229. WILSON, 229.

Cette pièce est fort estimée. On la regarde avec rai-

son comme un des plus frais et des plus jolis paysages du maître. J'ajoute que c'est un ouvrage de sa jeunesse, c'est-à-dire du temps où il finissait beaucoup sa peinture, dessinait naïvement et n'avait pas encore enhardi sa pointe ni élargi sa manière.

Rien n'est abandonné au hasard dans ce petit morceau. Pas de griffonnement rapide, pas de fouillis. Chaque objet est accusé avec délicatesse, d'une pointe fine et attentive. Le feuillage des deux arbres est exprimé avec transparence et avec grâce ; on y sent les allures de la branche et la manière dont elle groupe ou divise ses bouquets de feuilles. Le menu gazon qui couvre le rivage, les plantes qui croissent à fleur d'eau, les humides roseaux qui se penchent sur ce canal immobile, et la clôture agreste, composée de planches inégales, qui ressemble à une rangée de gardes autour de cette pauvre demeure, toutes ces choses sont exécutées avec patience , avec amour, aussi finement qu'on puisse le désirer. N'était la présence éloignée de l'homme qu'on aperçoit penché dans une barque, au delà des palissades avancées de la chaumière, on croirait ce petit endroit désert, et le crâne de cheval, qu'on voit gisant sur l'herbe courte, le donnerait à penser; mais quand on a parcouru le pays de Rembrandt, on reconnaît ici une de ces maisonnettes isolées, silencieuses et closes, que baignent les innombrables canaux de la Hollande, et dont le

loit verdoyant se colore, sur les quatre heures de l'après-midi, d'un rayon de soleil... Mais que signifie ce paysage? dira-t-on, et pourquoi donc cette estampe est-elle si recherchée? Parce que le peintre a éprouvé un plaisir intérieur à contempler cette cabane décorée de verdure, et qu'il a traduit le sentiment de paix et de bonheur qu'elle lui inspira, en caressant les moindres détails qui frappaient sa vue. Rembrandt, qui, dans son âge mûr, voyait toujours la nature en grand, et rendait la masse avant d'exprimer les détails, a procédé autrement cette fois. Avec des détails bien observés et bien rendus, il a fait un petit ensemble plein de grâce.

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