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Le Taureau

Petit paysage boisé où l'on voit un taureau attaché par les cornes avec une longue corde et qui est tourné vers la droite. Derrière ce taureau est un gros tronc d'arbre que l'on remarque parmi les autres arbres qui remplissent le fond. Sur la gauche est une sorte de barrière, et sur la droite, dans l'éloignement, on distingue une maison rustique. Au bas, du même côté, dans le coin de la planche, on lit: Rembrandt f.,16ii.\ le dernier chiffre n'étant pas exprimé. Ce morceau est de la dernière rareté. Il n'en existe à notre connaissance, jusqu'à présent, qu'une seule épreuve, celle du Musée d'Amsterdam.

Hauteur, 0,074; largeur, 0,105.

BARTSCH, 253. CLAUSSIN, 250. W1LSON, 249.

Lorsque je vis pour la première fois, il y a quinze ans (en 1847) , l'œuvre du Musée d'Amsterdam, j'étais fort curieux de vérifier la suite des paysages, parce que dans cette suite se trouvent les morceaux les plus rares, et que le Musée hollandais possède justement presque tous ceux qui manquent au Cabinet des estampes de Paris. De tous les paysages qui, jusqu'alors, m'avaient été inconnus, aucun ne me frappa plus vivement que le Taureau. Ce n'est, à vrai dire, qu'un croquis rapide, un griiïonnement même. Mais il est plein de feu, il est superbe. Bien que le taureau soit dessiné presque au simple trait, les formes de la bête sont senties à merveille et l'on ne voit pas ce que

pourraient y ajouter, ni un modelé plus complet, ni le prestige de la couleur, ni de plus importantes dimensions. Rembrandt a montré ici le secret qu'il a, plus que personne, de tout exprimer brièvement, je veux dire de démêler les traits caractéristiques dans les choses vivantes ou inertes, de choisir les lignes significatives et frappantes, d'aller droit à l'essentiel. Voilà comment il lui a suffi d'un quart d'heure peut-être pour traduire, sur une planche de cuivre pas plus grande que la paume de sa main, l'impression qu'il a éprouvée en rencontrant au détour d'un bois ce taureau attaché, cette bête farouche dont la tête grosse et l'épaisse encolure contrastent avec la finesse des jambes et la légèreté du train de derrière. Une chose admirable aussi, dans cette estampe de rien, c'est qu'elle ne produirait pas plus d'effet quand même on lui donnerait les dimensions de l'in-folio, tant il est vrai que la grandeur est une qualité, non des choses, mais de l'esprit qui les voit. La clôture rustique, le vieux tronc ébranché, l'herbe humide, la profondeur du bocage, au fond duquel on aperçoit, par une éclaircie, une maison de paysan, tout cela dans un petit carré de papier, prend les proportions de la réalité même, et vous transporte en pleine nature, au milieu des bois.

Ce fut en tremblant que je demandai, quelques années après, la permission de calquer un si précieux morceau. Il fallut parlementer longtemps pour l'obte-

nir. Enfin, en change de quelques bons offices (j'avais offert au Musée la photographie d'un paysage presque unique, la Terrasse), on me permit d'exécuter un calque, mais seulement avec un crayon mou, pour éviter le risque d'altérer l'épreuve par la moindre pression, par la moindre rayure. Je suis assuré que les amateurs seront ravis de trouver ici la petite gravure que M. Flameng a si bien exécutée d'après mon calque. Devinant la finesse de l'original sous les traits émoussés de mon crayon, rétablissant par l'intention ce qu'il ne pouvait copier d'après le modèle, et faisant mordre son eau-forte avec un tact surprenant, l'habile graveur a reproduit avec une rare fidélité le paysage du maître, comme si, à travers le papier de mon calque, il eût vu transparaître l'estampe calquée.

Quand on jette les yeux dans l'œuvre du Musée d'Amsterdam, sur une autre pièce rarissime, le Château, qui est justement placée tout à côté du Taureau, il est impossible de ne pas voir que cette autre pièce n'est pas de Rembrandt. On ne se sent plus en présence du même artiste; on n'est plus en communication avec le même esprit. Aussi n'avons-nous pas hésité à supprimer le Château, qui, dans les catalogues de nos devanciers, vient immédiatement après le Chariot à foin.

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