La Rue du village
Autre paysage d'une rareté extrême. On y voit sur la droite deux maisons à plusieurs étages et à pignons pointus, qui sont placées à côté l'une de l'autre. Au-dessus d'un des pignons, s'élève une petite tour ronde, et derrière cette tour parait le toit d'une troisième maison plus haute encore que les deux premières. Du côté de la première maison, on remarque un bouquet d'arbres, et devant la porte deux autres arbres. Vers le milieu de la planche quelques chaumières semblent former le bout d'une rue qui se voit en perspective et qui conduit en droiture dans le fond. Une autre rue très-large traverse le côté gauche du paysage; elle est marquée par deux rangs de maisons ombragées d'arbres que l'on distingue confusément.
Hauteur, 0,081 (environ*); largeur, 0,153. BARTSCH, 254. CLAUSSIN, 251. WILSON, 250.
La Rue du village ne se trouve ni au Cabinet de Paris, ni au Musée d'Amsterdam, ni au British-Museum; mais il en existe une épreuve, probablement unique, dans la collection impériale, à Vienne. C'est d'après cette épreuve que Bartsch a décrit l'estampe. Nous n'en pouvons rien dire de plus, ne l'ayant jamais vue.
Ici finit pour nous la liste des paysages de Rembrandt. Il y en a deux autres dans les catalogues de Bartsch et de Claussin : le Paysage non fini et le
* L'épreuve dont Bartsch donne la description étant rognée par le haut, il n'a pu en déterminer exactement la hauteur.
Paysage au canal; mais le premier, comme l'a fait observer Wilson, porte un monogramme composé des lettres P. D. K. entrelacées, monogramme qui est, à n'en pas douter, celui de Philippe de Koning, élève de Rembrandt. Le second est un morceau dont on ne connaît que des copies qui sont placées dans divers cabinets, notamment à Paris, parmi les originaux. Ce qui le prouve, c'est que tous les objets mentionnés dans la description de Claussin, entièrement empruntée de Bartsch, sont en sens inverse dans les épreuves que nous regardons comme des copies. Où se trouve l'original? Nous l'ignorons; mais ce qui est sûr, c'est qu'il est absolument impossible d'attribuer à Rembrandt#un aussi misérable ouvrage, a misérable performance^ selon l'expression de Wilson.
Restent maintenant cinq autres paysages décrits par l'iconographe anglais, ce sont : 1° le Pêcheur dans une barque (a landscape, with a fishermann in a boat), qu'il ne faut pas confondre avec le n° 3/il du présent catalogue; 2° le Village séparé par une digue; ces deux morceaux étaient déjà décrits dans l'ouvrage de Claussin; 3° le Paysage aux deux pêcheurs (landscape, with two fishermen); 1° les Deux chaumières en ruine (two decayed thatched cottages); 5° la Vieille grange (the old bam). Or, aucun de ces cinq morceaux ne nous semble devoir figurer dans l'œuvre de Rembrandt.
3fi0 L'ŒUVRE DE REMBRANDT.
Le premier est un dessin, ou du moins une gravure entièrement lavée à l'encre et au bistre, et rehaussée de blanc, de façon qu'on ne retrouve plus sous le lavis les traits du graveur. Les mêmes raisons qui nous ont fait retrancher du catalogue le Carrosse, nous ont empêché d'y ajouter le Pêcheur dans une barque (celui de Wilson), d'autant plus qu'il n'existe qu'une seule épreuve, celle du Musée d'Amsterdam, et qu'il nous est ainsi impossible de juger si la gravure que le dessin recouvre est ou non de Rembrandt.
Le second, qui est le Village séparé par une digue, est un paysage spirituellement gravé; mais il porte les initiales P. D. W. R. qui ne sauraient former en aucun cas le monogramme de Rembrandt, et qui probablement, suivant la remarque de Wilson, doivent être lus P. D. K. (Philippe de Koning).
Le troisième, qui est le Paysage aux deux pêcheurs, dont il existait une épreuve presque unique dans la collection Denon, est une estampe douteuse qu'il ne convient pas, ce nous semble, d'attribuer au maître sur une simple présomption. « Il est possible, dit Wilson, que cette pièce soit de Rembrandt; this print tis possibly by Rembrandt, » mais la possibilité n'est pas ici un motif suffisant.
Le quatrième et le cinquième morceau, c'est-àdire les Deux chaumières en ruine et la Vieille grange, qui se trouvaient dans la collection de lord Bute,
sont considérés comme uniques. Wilson , après les avoir décrits dans son livre, les déclare lui-même douteuses, quelques lignes plus loin. Il n'y a donc pas lieu de les admettre puisque le doute est, selon l'adage, une raison de s'abstenir. La Vieille grange est d'ailleurs une de ces estampes que Rembrandt a lavées à l'encre de Chine, et dont le lavis seul est de sa main.
Telles sont les considérations qui nous ont décidé à ne pas introduire ces nouvelles estampes dans l'œuvre du maître.
Les six pièces qui suivent, ne pouvant for mer une classe à part, devaient être naturellement placées à la suite des paysages.