‹ L'¿uvre complet de RembrandtChapitre 185 sur 202 · Le Chien endormi · texte numérisé non relu

Le Chien endormi

Un petit morceau oblong en travers, d'une extrême rareté. Il représente un chien endormi, dirigé vers la droite, mais la tête retournée vers la gauche. Ce chien a autour du cou un collier, auquel est attachée une courroie qui est étendue par terre devant lui. Il est gravé d'une pointe très-fine, et comme l'eau-forte n'a pas suffisamment mordu, on ne le rencontre jamais que faible d'épreuve. La tête du chien surtout est pâle et grise.

Il y a trois états de cette planche, qui n'ont pas été décrits dans les catalogues de Bartsch et de Claussin, mais qui ont été connus de Wilson.

Premier état, probablement unique. Il s'en trouvait une épreuve dans la collection du duc de Buckingham; elle fut poussée à la vente de cet amateur jusqu'au prix de 61 livres sterling, c'est-àdire 1,525 francs. Cette épreuve portait un pouce anglais de plus en hauteur et en largeur. Le témoin du cuivre n'était visible que dans le haut de l'estampe et sur le côté droit, ce qui prouvait que le Chien endormi avait été gravé dans le coin d'une planche plus large, coupée par la suite à la dimension de trois pouces (anglais) 5/8, sur un pouce 7/8, ce qui fait quelques millimètres de plus que la grandeur ordinaire.

Deuxième état. La planche est réduite à la dimension que nous venons d'indiquer. L'ombre du fond ne s'étend sur la gauche qu'à un quart de pouce environ. Cet état est extrêmement rare. Il est dans l'œuvre du British Muséum.

Troisième état. La planche est réduite à 81 millimètres de lar- II. 24

geur sur 40 de hauteur. L'ombre du fond s'étend à gauche jusqu'au trait carré. Cette troisième épreuve est encore très-rare.

Nota. Bartsch signale une copie extrêmement trompeuse de ce morceau. « Folkema, qui l'a faite, dit-il, y a mis toute la perfection possible, de manière qu'on peut la regarder comme un véritable chef-d'œuvre de gravure. En la confrontant avec l'original, on peut la reconnaître en ce qu'elle est gravée avec plus de netteté et qu'elle est mieux exprimée. Ceux qui ne se trouvent pas dans le cas de faire cette confrontation, peuvent aisément se méprendre; il est donc nécessaire qu'ils examinent bien le coin du haut de la gauche et celui du bas de la droite. Dans le premier, l'ombre s'étend, dans la copie, jusqu'à l'extrémité de la planche, au lieu que, dans l'original, il y a un peu de blanc dans cet endroit. Au coin du bas de la droite, on voit dans la copie quelques traits qui forment une espèce de feuille d'herbe et qui diffèrent de ceux que l'on trouve dans l'estampe originale au même endroit. »

Hauteur, 0,040 ; largeur, 0,81.

BARTSCH, 158. CLAUSSIN, 155. WILSON, 155.

Le Chien endormi est une pièce d'autant plus curieuse que Rembrandt n'a gravé que deux: morceaux de ce genre : l'autre est le Cochon. L'extrême rareté du Chien endormi peut y faire attacher un très-grand prix par les amateurs ; mais ce qui le rend précieux à d'autres titres, c'est la finesse d'un travail qui a rendu sans minutie tous les détails du pelage, c'est la vérité de l'attitude, vérité telle que ni Berghem, ni Karel Dujardin, ni Van de Yelde, ni Paul Potter, ni aucun des peintres qui se sont voués à l'étude des animaux, ne sont allés plus loin. Ce chien, du reste, n'est pas le

même que nous voyons figurer dans le Triomphe de Mardochée, dans le Retour d'Egypte et dans une des deux estampes qui représentent Tobie aveugle. C'est un petit danois au poil court, qui est sans doute un modèle fourni par le hasard. Il n'y a du moins que la complaisante délicatesse des travaux qui puisse faire penser que cette jolie bête a été le chien même de Rembrandt.

35*3. La Coquille,

Cette estampe, une des plus rares de l'œuvre de Rembrandt, représente une espèce de coquille connue sous le nom du Damier. Elle paraît être posée à terre, sa pointe dirigée vers la droite de l'estampe, d'où vient le jour. Le fond est gravé d'un ton rembruni. On lit au bas de la marge, vers la gauche, sous l'ombre portée de la coquille : Rembrandt f. 1650.

On distingue deux états de ce morceau :

Premier état. Le fond est entièrement blanc. Cette épreuve est de la dernière rareté, et l'on peut dire qu'elle est aussi belle que rare.

Second état. Le fond est entièrement ombré. Nota. Il existe une copie de la Coquille par Abraham Hume, mais la planche est plus large.

Hauteur, 0,097, y compris la marge; largeur, 0,130. BARTSCH, 159. CLAUSSIN, 156. WILSON, 156.

Le genre de coquilles qu'on appelle Damier est également connu sous le nom de Tigre, comme nous l'apprend un Catalogue raisonné de curiosités naturelles, publié par Gersaint en 174G : « Deux grandes

« volules à fond blanc, tacheté de diverses couleurs « vives, connues sous le nom de Tigre ou Damier, à « cause de ses taches carrées et régulièrement district buées. Rumphius appelle cette espèce voluta musi- « calis; d'autres la mettent dans les cylindriques. »

C'est la seule fois que Rembrandt ait gravé un objet matériel , et il l'a fait sans doute pour complaire à un de ses amis, collectionneur: de coquilles, comme il y en a tant en Hollande. Il ne fallait ici que le talent de modeler, uni au talent de graver. Rembrandt, qui les possédait l'un et l'autre à un si haut degré, n'a pas eu de peine à exprimer par la marche, la variété et la délicatesse des travaux de sa pointe, le poli de la nacre et ses reflets, les taches orbiculaires ou plutôt ovoïdes qui se dessinent en noir mat sur un fond blanc de porcelaine. Mais quelle que soit la perfection du rendu de cette coquille, il est facile de voir que Rembrandt a exceptionnellement dérogé à son génie en s'appliquant à l'étude d'un objet inanimé, et que sa grande âme d'artiste était plutôt faite pour comprendre les grands aspects de la nature, pour sentir la poésie latente du paysage, pour exprimer enfin les mouvements qui agitent le fond de l'âme humaine.

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