ANGLETERRE
National gallery. — L'Ange conduisant Tobie. La scène se passe dans un paysage montagneux. L'ange, vêtu de blanc, conduit le jeune Tobie sur une chaussée qui traverse la rivière. Tobie porte le poisson sous son bras. Derrière eux, on aperçoit un voyageur qui se repose. Gravé par Appleton. Après avoir passé par les collections John Barnard et Emmerson, ce morceau a été légué à la Galerie nationale par le révérend W. Holwel Carr.
L'Adoration des Bergers. La Vierge est assise près de l'Enfant couché dans une crèche; saint Joseph est à sa droite; deux bergers adorent l'Enfant. Parmi d'autres figures de femmes et d'enfants, on remarque un homme qui porte une lanterne et un petit garçon que suit un grand chien. Dans le fond on aperçoit deux vaches. Cette composition, menée à l'effet, et d'une touche libre, est signée Rembrandt, 1646. Elle a été gravée par Samuel Bernard, Shenton, Burnet et Sievier. Elle provient des collections Bande-
ville (1786; 3,000 fr.) et Tolozan (4801; 40,000 fr.), et elle a depuis appartenu à John Julius Angerstein.
La Femme adultère. Elle est à genoux et en larmes; un pan de sa robe est soutenu par un soldat romain. Parmi les Scribes et les Pharisiens qui l'entourent, il en est un petit et vêtu de couleur sombre, qui demande contre elle l'application de la loi de Moïse. Dans le fond, qui est enveloppé d'ombre, on aperçoit un autel richement paré où des prêtres officient et où montent des fidèles. Signé Rembrandt f. 1644. Gravé par Burnet, par W. T. Fry et par Philipps.
Peinture extrêmement finie sur panneau. Elle avait figuré en 4734 à la vente du bourgmestre Willem Six, où elle fut payée 2,310 florins. Elle fut portée en Angleterre par Lafontaine, en 1807, vendue 5,000 guinées, et cédée ensuite à la galerie Nationale par M. Angerstein.
Une lumière sourde, ou plutôt une lueur qui n'a point de nom, éclaire à la fois et obscurcit le temple, un temple fantastique où scintille un autel d'or et de pierreries, où l'on devine la foule en mouvement et des prêtres couverts de trésors, où le mystère élargit l'espace, creuse les ombres et approfondit l'architecture. Un seul rayon descend sur le Christ et, de sa ligure divine, va se refléter sur la femme adultère qui pleure à genoux. Ainsi apparaît pieds nus, sur le pavé du temple, celui dont la douceur doit régénérer le monde et qui va condamner le dur judaïsme, tandis que les prêtres juifs continuent là-bas, dans l'ombre, leurs cérémonies et leur culte d'où l'esprit de Dieu s'est retiré... S'il est quelqu'un qui puisse regarder
ce tableau sans être ému jusqu'aux, entrailles , qu'il renonce à pénétrer jamais dans les secrets de la peinture, à jamais comprendre la muette éloquence de ce grand art.
Descente de Croix. Le Sauveur est étendu à terre, la tête posée sur les genoux de sa mère. Les saintes femmes et plusieurs disciples entourent son corps. Les deux larrons sont encore attachés à la croix. La foule a quitté ce lieu de désolation rendu encore plus mélancolique et plus solennel par les dernières lueurs du jour. Gravé par Picart, Jackson et Freeman. Ce n'est qu'une esquisse terminée en grisaille, mais elle est d'un beau sentiment. Elle a passé par les collections Barry, d'Amsterdam, sir Joshua Reynolds (1795; 41 guinées) et sir George Beaumont. Sur panneau.
Jeune femme au bain. Elle entre dans l'eau entièrement nue et paraît mesurer du regard la profondeur de l'eau. Ses vêtements sont posés sur un rocher qui ferme l'horizon. Après avoir appartenu à lord Gwydyr (1826; 4 65 guinées), cette peinture a été léguée à la galerie Nationale par le révérend W. Holwell Carr. Elle est signée Rembrandt f. 1654.
« La plus énergique page que nous trouvions ici de Rembrandt, dit M. de Triqueti, c'est une Femme au bain, hélas ! une Bethsabée peut-être dans les idées du maître, quoiqu'il soit difficile de choisir un modèle plus dépourvu de beauté. En revanche, il est impossible de voir une plus belle pâte, un modelé plus extraordinaire, un coloris plus chaud et plus fort. Il faut admirer, quoi qu'en disent le goût et le raisonnement. » (Les trois Musées de Londres^ Paris 1861.)
Rembrandt n'a pas choisi, en effet, et n'a pas voulu
choisir un autre modèle que celui de la paysanne de Rarep avec laquelle il se maria en secondes noces, en cette même année 1654 (selon toute apparence) . C'est le modèle dont la nudité épaisse et robuste reparaît dans les figures de femmes gravées par le peintre en 1658 et 1661, qui sont la Femme au bain, la Femme nue, les pieds dans l'eau, la Femme au poêle, la Femme à la flèche, nos 161, 163, 164 et 166 de notre œuvre.
Portrait d'un Juif. Il est assis et il appuie ses mains sur un bâton. Il est coiffé d'une sorte de turban. Demi-figure de grandeur naturelle. Gravé par Burnet, Shenton, Rogers, et imprimé en couleurs dans le supplément à l'ouvrage intitulé : Pictorial Gallery of arts.
Un Capucin A buste , offert à la galerie Nationale par le duc de Northumberland , en 1838.
Un Rabbin, buste, provenant des collections du duc d'Argyle et de M. Hermans.
Homme âgé; cheveux gris et bonnet rouge. Il est assis à une table, ses mains sont jointes devant lui. Demi-figure. Elle est signée Rembrandt , i659. Elle a été donnée à la National Gallery par lord Colborne, en 4 854.
Portrait de Rembrandt, âgé d'environ trente-quatre ans. Il est vu de trois quarts en demi-figure, coiffé d'un bonnet noir et couvert d'une pelisse bordée de fourrure. Il s'appuie sur son bras droit et regarde le spectateur.
Ce portrait est signé Rembrandt f. 4640, et audessous conterfeyct. Le mot conlerfeyct, dont il ne s'est jamais servi, semble indiquer une copie. Le rédacteur du Catalogue dit, il est vrai, que c'est là un
vieux mot hollandais qui répond à notre vieux mot français pourtraire, et qui se trouve aussi dans la langue allemande , car Sanclrart appelle un portrait un contra faet. Quoi qu'il en soit, la peinture nous paraît douteuse.
Rembrandt vieux. Il est en buste , vêtu de brun , et couvert d'un bonnet brun. Ses mains sont jointes. Acheté en 4 851 , à la vente du vicomte Middleton.
Il y a une ressemblance frappante entre ce portrait et le Rembrandt à la serviette que nous avons au Louvre. Mais celui de Londres est d'une touche plus heurtée encore; il s'y mêle aussi, et avec une certaine affectation brutale, des tons crayeux qui ne sont pas ordinaires à Rembrandt. Cela pourrait bien inspirer quelques doutes; mais il faudrait pouvoir confronter les deux peintures.
Portrait de femme. Elle est vêtue d'une robe très-brune qui laisse voir un corsage clair; elle porte des pendants d'oreilles en longues perles. Ses mains croisées sont posées sur un livre. Elle tient dans la main droite un mouchoir blanc. Demi-figure courte, grandeur naturelle. Signé Rembrandt f. 1666. Donné par lord Golborne, en 4 854.
La Ronde de nuit. C'est une petite copie du fameux tableau. Elle a appartenu à Randon de Boisset et à M. Laffitte. Donnée à la Galerie par le révérend Thomas Halford.
Hampton -Court. — Deux portraits. Celui d'un homme qui paraît être un rabbin juif et celui d'une femme vue à mi-corps. Le premier est beau.
m L'ŒUVRE DE REMBRANDT.
Dulwich gallery. — Le Songe de Jacob. Il est couché et endormi sur la gauche, sous un buisson. Du ciel, ouvert au-dessus de lui, descendent des anges.
Nous avons va il y a quelques années le Songe de Jacob, au collège de Dulwich ; il est resté dans notre pensée comme une vision. Ce qui peut en donner une certaine idée, ce sont quelques eaux-fortes du maître, par exemple Y Annonciation aux Bergers; mais le noir et le blanc ne suffisent plus à exprimer ces êtres mystérieux qui, dans le petit tableau dont je parle, semblent pétris avec de la lumière et respirer l'air des régions ultra-célestes. Ce sont des figures étranges qui ne sont ni humaines ni angéliques, mais comme des oiseaux vus en rêve... et au-dessus de tout cela une autre figure sort des abîmes de la lumière...
Jacob trompant son père. Isaac est représenté dans un lit richement couvert; il donne sa bénédiction à son fils qu'il prend pour Ésaii. Morceau douteux, qui est plutôt de Jan Victoor, comme le pense Mme Jameson.
Jeune fille à la fenêtre. A mi-corps. Grandeur naturelle. Elle a été gravée en manière noire.
Un Portrait. Il n'y a que la tète, mais on y attache de l'intérêt, parce qu'on la regarde comme représentant le peintre Philippe Wouwermans.
Collection de la reine d'Angleterre. — Adoration des Mages. La Vierge, assise, tient sur ses genoux l'Enfant qui reçoit les hommages d'un des rois prosternés. Du côté opposé se tient le roi d'Ethiopie, qui prend des mains de ses pages une riche cas-
sette. Le troisième mage regarde avec étonnement. Dans le fond, des serviteurs, des chameaux, etc. Peinture capitale et d'un grand effet, signée et datée de 1657. Elle provient d'une collection anonyme d'Amsterdam, 4715, 2,010 florins, et des ventes Bennengin, 1716, 1,500 fl., Lormier, 4763, 2,300 fl., e Grandpré, 1845, 70,000 fr.
Le Christ apparaissant à Madeleine. Il est vêtu d'une robe blanche et couvert d'un grand chapeau ; il tient une bêche à la main. Plus loin on voit s'avancer deux disciples. La scène se passe au lever de l'aurore. Signé et daté de 1638. Ce tableau avait été acheté en 1736, 40,000 fr. pour le prince de TIesse-Cassel ; pris en 1806, il fut porté en France et donné à l'impératrice Joséphine qui le mita la Malmaison; en 1816, à la vente de la collection de Joséphine, il fut acheté par un Anglais qui le revendit à George IV.
Nous avons vu cleuK fois ce tableau sublime : une première fois, en 1854, au palais de Buckingham ; une seconde fois à la grande Exhibition de Manchester, en 1857, où il figurait sous le titre : Noli me tangère. Voici ce que nous en disions dans le compterendu de cette Exhibition l. « C'est un panneau qui a moins d'un mètre de hauteur sur un demi-mètre de large; mais que de poésie dans ce petit cadre! Jésus- Christ apparaît à la Madeleine, vêtu en jardinier, couvert d'un grand chapeau de paille, tenant une bêche à la main. Et de même que la pécheresse ne le reconnut point, ainsi le spectateur ne le reconnaît pas non plus à la première vue. Cependant, en voyant à droite, deux anges vêtus de clarté qui se tiennent, l'un