Les Trésors de Vart à Manchester. Paris, Pagnerre
à la tête, l'autre au pied du sépulcre ouvert, on saisit l'intention du peintre, on retrouve tout à coup le sens de cette peinture étonnante ; la beauté du Christ, d'abord voilée, se révèle ; sa divinité se débrouille, cet humble paysan se transfigure et devient le Fils de Dieu. La scène se passe sur la terrasse d'un jardin où l'on aperçoit dans l'ombre deux des saintes femmes qui s'en vont. Au fond du tableau s'étend un grand paysage baigné dans une lumière mystérieuse et ambrée, d'une indicible poésie, lumière étrange qui n'est ni le couchant ni l'aurore, mais qu'on dirait elle-même aussi miraculeuse que l'apparition du Seigneur après sa mort. Ne me touchez pas> dit Jésus à la Madeleine, et il semble, en effet, qu'au moindre toucher, ce corps lumineux va se fondre et s'évanouir dans l'essence divine... »
Le Constructeur de navires. Occupé à dessiner un navire, il est interrompu par sa femme qui vjent lui apporter une lettre. Les deux figures sont de grandeur naturelle, jusqu'aux genoux ; elles sont habillées de noir avec des collerettes blanches. Datés de 1633, ces porlraits ont été faits par Rembrandt à l'âge de vingt-sept ans; ils sont au nombre de ses plus beaux ouvrages. Acheté en 1810 16,500 florins à la vente Smeth Van Alphen pour George IV, alors prince de Galles. Ce tableau est mentionné dans le Trésor de la curiosité; il a été gravé en manière noire par Hodges, et à l'eauforte par J. de Frey.
Portrait d'un rabbin. Demi-nature ; provenant de la collection Baring.
Portrait de femme. Elle paraît entre deux âges; elle est blonde,
vue presque de face à sa fenêtrë, et richement vêtue. Excellent morceau, dit Mme Jameson, a superlative piciure, dans le ton or. Daté de 4 644. Importé en Angleterre par M. Nieuvvenhuys en 1814, et acheté pour le roi, à la vente lord Charles Townshend, au pris de 1,000 guinées (26,250 fr.j.
Le bourgmestre Paneras et sa Femme. II est richement vêtu, porte un chapeau à plume et tient dans ses mains un collier de perles, tandis que sa femme est occupée devant une glace à se mettre un pendant d'oreilles. Provient de la collection Henry Hope, et fut vendu, en 1816, 286 guinées.
Rembrandt , à l'âge de trente-six ans. Peinture délicatement modelée et d'un beau ton clair et doré.
Galerie Brtdgewater. — Anne la prophétesse, écoutant Samuel qui récite des prières. Elle est assise près d'une niche, un livre sur ses genoux; l'enfant est agenouillé, les mains jointes. Dans le fond du temple, on aperçoit Siméon qui porte l'Enfant Jésus dans ses bras, ayant Joseph et Marie près de lui, et à quelque distance, l'autel avec les tables de la loi et le serpent d'airain. Gravé par Fitler, et dans la galerie Stafford. Collections Flives, à Amsterdam, 1 700, 300 florins ; Roos, à La Haye, 1 747, 350 fl. ; de Jullienne, à Paris, 1767, 1,861 liv.
V Action de grâces. C'est le petit tableau de la galerie Choiseul dont nous avons parlé plus haut, et qui fut vendu, en 4772, 4,200 livres.
Bien que Y Action de grâces soit mentionnée par Smith, le père, dans son catalogue raisonné, comme faisant partie de la galerie Bridgewater, le tableau n'est pas décrit dans le catalogue de cette galerie, dressé par Smith fils.
fin Bourgmestre. Homme vénérable à barbe blanche, assis dans
un fauteuil. Signé et daté de 1637; gravé dans la galerie Stafford, pnr de Frey et Finden. Provenant de la vente de Geldemerster , 1800. \ ,625 florins.
Rembrandt, à l'âge de quarante-neuf ans. Signé et daté de 1655. Gravé dans la galerie Stafford, et par Lewis. Collection comtesse Holderness, 1802. 78 liv. sterl.
Portrait de femme. Elle est mise élégamment, elle porte des bijoux et un riche mouchoir de dentelles. Gravé dans la galerie Slafford.
Portrait d homme. Simple étude, gravée dans la galerie Stafford.
Galerie Grosvenor (au marquis de Westminster). — Un Gentilhomme, âgé d'environ trente ans. Il est vu de trois quarts; il est vêtu de vert foncé; il porte sur sa main gauche un faucon qui étend et agite ses ailes; à son côté pend une gibecière retenue par une chaîne d'or. Signé et daté de 1 643 ou 1 645. Collection Grandpré, 1809. Retiré.
Portrait d'une femme, d'environ trente ans, jolie et blonde. Elle est coiffée d'un bonnet garni de plumes et rehaussé de pierreries. Les mains sont croisées; la gauche tient un éventail. Elle porte un riche collier et un manteau brodé. Retiré à îa vente Grandpré, en 1809, au prix de 40,000 fr., avec le précédent.
« Ces deux peintures, dit MnlR Anna Jameson, sont des spécimens de ce que tout ce que l'art peut faire. La permission de les voir est un privilège. Les personnages représentés ont vécu, se sont remués, ont eu l'être comme nous les voyons devant nous. La vérité de l'effet est ici, non pas diminuée mais accrue par la sombre splendeur et la vapeur lumineuse de l'atmosphère où l'artiste les a plongés. Rien ne m'a jamais donné à ce point l'idée d'une création , — de la vie
communiquée par un mot , un désir, un souffle, un miracle1 ! »
Portrait de Berghem. Le célèbre peintre est représenté en buste, à l'âge d'environ quarante-cinq ans. ïl porte un grand chapeau, il a des cheveux noirs et des moustaches. On voit une de ses mains. Peinture très-libre et très-rapide.
La Femme de Berghem. Elle est vue de face, en bonnet blanc et robe noire, mais sur sa robe elle porte une fraise plissée. Elle a ses deux mains l'une dans l'autre. Gravé par Schiavonetti, ainsi que le précédent.
Le portrait de la femme de Berghem est aussi fini que celui de Berghem est hardiment touché. La personne que Berghem eut le malheur d'épouser est bien dans son portrait ce qu'elle est dans l'histoire : laide, maussade, avare et rechignée ; mais l'exécution est excellente ; le teint couperosé du modèle, le flasque des chairs et le reflet de la fraise sur le menton, sont exprimés avec un art admirable. Gela rappelle le portrait de la dame Six, femme du bourgmestre, qui est à Amsterdam, chez M. Six van Hillegom. Les deux portraits de Berghem et de sa femme sont exposés en ce moment (septembre 1863), à Londres, dans les salles de la British-Institution, à Pall-Mall.
La Visitation. Élisabeth descend les degrés de sa maison pour
\. Nothing ever game me more the impression of a creation-something brought into being hy a word, a wish, a breath, a miracle. Private picture galleries London, 1844.
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embrasser la Vierge. Elle est suivie de Zacharie que soutient un jeune garçon. Derrière la Vierge, on voit une négresse qui ôte son manteau; plus loin un serviteur qui tient l'âne sur lequel la Vierge a voyagé. Un chien, un paon et une poule avec une couvée de poussins achèvent la composition. C'est un morceau que les Anglais comparent, pour la beauté, l'expression, la magie, à la Femme adultère de la National Gallery. Signé et daté de 1640. Gravé par Burnet. Provenant de la collection du roi de Sardaigne.
Collection de feu sir Robert Peel. — Moïse sauvé. La scène a pour cadre un paysage boisé et peu étendu. Thermutis et ses femmes sont arrêtées autour de l'enfant. La princesse vient de sortir du bain. Une suivante nue jette un manteau sur ses épaules; une femme nue se tient à ses côtés; trois autres se penchent sur le berceau. Peinture admirable, gravée dans la galerie Choiseul, et qui a passé successivement dans les ventes Choiseul, 2,031 liv.; prince de Conti, 1777, 4,400 liv.; Boileau, 1787, 1,200 fr.; et de Saint-Victor, 1822, 2,550 fr. K
Portrait d'un Gentilhomme,, d'environ quarante ans ; cheveux courts et noirs; moustache rougeâtre. Il porte un habit gris foncé, une collerette tombante garnie de dentelles et une chaîne d'or. Forme ovale.
Paysage boisé. A droite du spectateur coule une rivière sur les bords de laquelle sont trois vaches. Du côté opposé on voit assis, l'un près de l'autre, un homme et une femme, le premier lisant. Un chien est couché derrière eux. On distingue quelques autres figures dans les enfoncements du bois. Grand effet d'ensemble, presque pas de détails. Ce paysage, provenant de la collection de Roore (1747, 350 florins), était en 4821 chez lord Radstock, pour le compte duquel il fut vendu à sir Robert Peel 300 liv. sterl.
1. M. de Saint-Victor, qui a possédé tant de beaux tableaux dont la collection serait aujourd'hui une fortune, était le père de Paul de Saint- Victor, le si brillant écrivain de la Presse.
Collection du duc de Devonshire. — Un Grand Prêtre juif, à barbe grise, les mains l'une dans l'autre. Il est coiffé d'un turban et porte un manteau qui est attaché sur la poitrine avec des agrafes en or ciselé. Peinture finie, gravée par Pether, Spencer et Gorling.
Le duc possède encore, dans sa résidence de Chatswoth, plusieurs excellents dessins de Rembrandt à l'encre de Chine ou au bistre, paysages, études et sujets de sainteté, entre autres une Sainte famille et la Vierge donnant un baiser à V Enfant,
Collection de lord Derry. — La Robe de Joseph. Deux des frères de Joseph remettent à leur père la robe ensanglantée de Joseph. Jacob, saisi d'horreur, lève ses mains avec désespoir. Benjamin, pendant ce temps, joue avec un oiseau. Daté de 1639. Provient de la vente d'un artiste faite à Paris, en 1773.
D'après la description de Smith, la Robe de Joseph aurait de l'analogie avec l'estampe si expressive, si bien sentie et si précieuse que nous avons décrite sous le n° 10 : Jacob pleurant la mort de son fils Joseph. Mais le tableau est plus riche d'une figure, celle de Benjamin, dont la naïveté enfantine ajoute par le contraste à ce qu'il y a de tragique dans la douleur paternelle de Jacob. Les grands maîtres, les vrais maîtres font servir le contraste à rendre plus puissante l'unité de l'impression. Voilà comment la comédie peut trouver place dans les scènes pathétiques. La figure de cet en-
fant qui joue avec un oiseau tandis qu'on apporte la robe ensanglantée de son frère, est un de ces traits que la nature fournit tous les jours à l'observation, mais qui ne sont observés que par les hommes de génie. Que le comique intervienne, si l'on veut, dans la tragédie, mais pour qu'elle en devienne plus navrante. Gela est vrai dans l'art comme dans la littérature.
Collection de lord Cowper, à Panshanger. — Portrait d'un personnage qui paraît de trente à trente-cinq ans. Il est derrière une table couverte d'an tapis, et sur laquelle on voit un livre ouvert et un autre livre placé sur les feuillets du premier. Il tient son chapeau de sa main gauche étendue. Morceau de toute beauté, signé et daté de 1644.
Portrait équestre, dit de Turenne. Le héros paraît environ quarante ans; il est monté sur un cheval de bataille et semble passer dans la rue d'une ville hollandaise. Le fond du tableau représente d'un côté trois gentilshommes dans un carrosse, avec deux serviteurs, et, du côté opposé, une femme à pied. Ce portrait, peint vers 1649, se trouvait, dit Smith, dans une collection anonyme vendue à Amsterdam, en 1740, et avait été alors adjugé au prix de 90 florins.
Le portrait équestre de Turenne par Rembrandt?... Je n'y croyais guère , bien que ce morceau fût mentionné dans le Catalogue de Smith et dans le livre de M. Waagen : Art treasures in England. Mais cela m'avait beaucoup intrigué et j'avais depuis longtemps une extrême curiosité d'y aller voir. J'y fus décidé tout récemment, comme je me trouvais avec mon frère
PEINTURES. m
au magnifique château de Hatfield, dont la marquise de Salisbury voulut bien nous faire les honneurs avec une grâce accomplie, en nous donnant l'assurance que le portrait de la galerie de Panshanger était bien réellement celui de Turenne. J'allai donc visiter la galerie de lord Gowper avec la permission de sa seigneurie. Le château de Panshanger est situé au milieu des bois dans le Hertfordshire, à six milles de Hatfield, à soixante milles environ de Londres.
Quatre heures sonnaient quand j'arrivai au château après une forte averse. Le soleil avait percé les nuages et donnait justement dans la grande galerie, mais il n'en éclairait qu'une extrémité, et le Rembrandt était par malheur à l'extrémité opposée. Un Raphaël , un Gorrége recevaient les derniers rayons de ce soleil d'automne (c'était le 13 octobre 1863) dont il n'arrivait que des reflets éloignés sur le grand portrait de Turenne qui demeurait ainsi dans un demi-jour rembranesque. — Le personnage représenté paraît un peu moins de quarante ans. Il a les joues pleines, le nez gros, des moustaches, le teint coloré, la mine sévère, l'œil assez dur. Il porte un chapeau élégamment orné d'une plume légère qui suit la ligne horizontale. Son costume se compose d'une fraise tombante à gros plis, et d'un juste-au-corps de buffle sur lequel passe une écharpe blanche formant sur la hanche gauche un bouffant. De sa botte éperonnée il presse le flanc
d'un cheval gris de fer, à crins pendants, qui se cabre. Le fond, devenu très-sombre, m'a paru être un grand bois ; mais d'après la description de Smith, ce fond représenterait une rue de ville hollandaise, sans doute ombragée d'arbres. La seule chose que j'y aie distinguée, c'est un carrosse dans lequel passent trois gentilshommes escortés de deux écuyers dont on ne voit que les têtes par-dessus l'impériale du carrosse.
Le tableau est peint dans la dernière manière de Rembrandt, si robuste, si généreuse et si fière, à peu près comme les Syndics de la Halle aux draps. C'est dire assez que la pâte en est solide et la touche résolue ; quelques endroits exécutés rapidement et strapassés m'ont rappelé le portrait du bourgmestre Six mettant ses gants, qui est à Amsterdam, chez M. Six van Hillegom. Au soleil de midi, la peinture de Panshanger doit être superbe : à l'heure où je l'ai vue, elle était imposante. Elle remplit, du reste, magnifiquement le fond d'une galerie de chefs-d'œuvre ; elle est, enfin, d'un intérêt considérable non - seulement parce qu'il n'y a pas d'autre exemple d'un portrait équestre peint par Rembrandt, mais encore à cause du personnage dont elle porte le nom glorieux.
Le héros représenté me paraît bien être en effet le maréchal de Turenne, tel que nous le connaissons par la belle estampe de Nanteuil, mais plus jeune au moins de quinze ans. Né en 1611, Turenne avait
trente-huit ans en 1619, lorsque, destitué de son commandement par Mazarin, il se retira en Hollande. Ses mémoires nous apprennent qu'il y séjourna un mois seulement, jusqu'à ce qu'il eût appris le traité de Rueil. Or, la manière qui est si lisiblement écrite dans le portrait qui nous occupe est justement celle que Rembrandt pratiquait en 16^9, sept ans après avoir peint la Ronde de nuit,, et qui gagnant chaque jour de l'ampleur, de la sûreté, de l'énergie, devait aboutir, en 1661, au tableau des Syndics, dernière expression d'une peinture qui est la réalité de la vie vue en grand, mais serrée de près.
En confrontant le lendemain l'estampe de Nanteuil avec le portrait présent à notre souvenir, nous y avons trouvé une ressemblance incontestable, quoique l'estampe, gravée en 1665, soit de seize ans postérieure à la peinture. Donc, que Turenne durant son rapide séjour en Hollande, ait eu l'idée de se faire peindre par le plus grand artiste du pays — tout semble le prouver, et en tout cas rien ne s'y oppose.
L'autre peinture de Rembrandt que possède lord Gowper est sans doute le portrait d'un comédien dans l'action de son rôle, car le personnage se lève vivement du siège sur lequel il était assis derrière une table, et il semble parler avec beaucoup d'animation à une personne qui serait placée à sa gauche, et vers laquelle il étend le bras en paraissant agiter son cha-
peau. Rembrandt a peint ce morceau en 1644, deux ans après la Ronde de nuit, et dans la même manière.
Collection diî lord Ashrurton. — Coppenol, âgé d'environ cinquante ans. Il tient une feuille de papier et une plume, et il regarde le spectateur. Ce portrait rappelle l'estampe gravée par Rembrandt et dite le Grand Coppenol. Il a été aussi gravé par Surugue et il a fait partie dé la galerie Lucien Bonaparte.
Cornélius Jansènius, âgé de cinquante ans environ. Il porte un gant à sa main droite et paraît se promener. Signé et daté de 1 661 . Morceau très-fini et très-riche de ton. Il figurait à la vente Séréville, 1814, 5,071 fr., et en 4831, à celle du prince de Talleyrand, 4 2,500 fr.
Jansénius étant mort en 1638, aurait-il été peint par Rembrandt en 4661? Gela est peu vraisemblable, pour un artiste qui peignait toujours d'après nature, à moins que la date n'ait été mal lue et ne soit 1631.
Portrait de Rembrandt, dans un âge avancé. Il est peint d'une main magistrale, dans sa dernière manière ; mais la lumière est froide et l'ombre épaisse. Provient de la galerie du duc de Valentinois.
Deux portraits, en pendants ; un jeune homme et sa jeune femme. Ces deux portraits, datés de 4 641, ont fait partie de la galerie de Hesse-Cassel, d'où ils ont été transportés, en 4 806, à la Malmaison. On les compte parmi les plus étonnantes peintures du maître.
Collection de lord Ward. — Prédication de saint Jean- Baptiste. C'est un tableau non terminé et qui n'a pas un mètre de large sur 70 centimètres de haut; mais dans ce petit cadre, d'un
prix inestimable, sont réunies un très-grand nombre de figures. Grisaille préparée au bitume et mêlée çà et là de quelques tons précieux.
Portrait de vieillard. Il a des cheveux blancs et une barbe blanche. Il tient une plume à la main et il est assis à une table où on voit un livre ouvert dans lequel sont écrites plusieurs lignes en grec.
Un Bourgmestre. Il a été photographié, ainsi que les précédents, dans un ouvrage spécial publié par Colnaghi, à Londres.
Collection de lord Overstone. — Un Paysage. C'est celui qui se trouvait, en 4761. dans la vente du comte de Vence. Il fut vendu 300 livres, ainsi que nous l'avons mentionné dans le Trésor de la curiosité.
Nous l'avons vu à la grande Exhibition de Manchester, et nous en avons dit : ...Paysage incomparable, où le maître subordonne Hobbema, domine Albert Guyp, éclipse Everdingen, écrase Wynants et fait pâlir le grand Ruysdael lui-même.
Collection du marquis d'Abercorn. — Descente de croix. Le corps du Sauveur repose sur un linceul. La Vierge se penche tristement sur la tête de son fils. Elle est assistée par une sainte femme, par un des disciples et par Joseph d'Arimathie, vieillard vénérable, en cheveux blancs. Une jeune femme (la Madeleine) se tient auprès de la croix. Une vieille femme est aux pieds du corps. Peinture très-finie et d'un grand sentiment. Elle est datée de 1640.
Collection sir Bethel Codrington. — Jésus -Christ, représenté à l'âge de trente-cinq ans, les cheveux partagés sur le sommet de la tète et tombant sur ses épaules. Ses deux mains
m L'OEUVRE DE REMBRANDT.
s'appuient sur un bâton. Figure de grandeur naturelle, signée et datée de 1661. Ouvrage remarquable, dit Smith.
Collection Berkeley Oven. — Femme à sa toilette. Elle est occupée à nouer la manchette de son bras droit; elle a des perles dans ses cheveux qui sont retenus par un mouchoir blanc. Un verre et un vase sont posés sur une table près d'une fenêtre. Tableau de prix.
Collection de sir Antony Rothschild. —La Nourrice. Elle a fait monter un enfant sur une chèvre, tandis qu'une petite fille s'amuse avec un jouet qu'elle tient à la main. "Naïveté, expression, effet de soleil, touche libre et indicative, tout cela est admirable dans ce tableau qui, après avoir passé par les collections Walckenaer (1796, 1,413 florins) et Brentano (4822, 3,205 fr.) a été acheté 610 guinées à la vente de la collection Nieuwenhuys.
Portrait de Rembrandt avancé en âge. Ton clair, lumière blonde et un peu grise.
Collection Samuel Rogers. — Composition allégorique , en grisaille. On croit qu'elle représente la délivrance des Provinces- Unies. On y voit beaucoup de figures d'hommes à pied et à cheval, et l'on y remarque surtout un lion enchaîné au pied d'un rocher sur lequel s'élève l'arbre de la liberté. Sur le rocher on lit ces mots : Solo Deo gloria. Cette grisaille provient des cabinets de sir Joshua Regnolds et de Benjamin West; elle avait coûté au poëte Rogers 247 guinées.
Portrait de Rembrandt à l'âge d'environ soixante ans. Il porte un manteau brun garni de fourrure, un bonnet de velours, et une chaîne d'or à laquelle est suspendue une médaille.
Paysage où l'on voit quelques arbres sur une colline, un cavalier et un piéton ; dans le fond, une plaine terminée par un horizon brillant. Harmonieux et blond.
La collection de Samuel Rogers a été vendue après sa mort, il y a quelques années ; mais faute de savoir entre les mains de qui sont maintenant les tableaux du poëte, nous les laissons ici sous son nom.
Collection de lord Ashburnham. — Renier Anslo et sa mère. Anslo est âgé de quarante ans environ. Il est à côté d'une table sur laquelle est posée sa main droite, tandis que sa gauche levée indique qu'il parle à sa mère, assise à la gauche de son fils. Sur le tableau on remarque une pile de livres et un chandelier à deux branches. Signé et daté de 4 641, et gravé par Josiah Boydell. Collection sir Lawrence Dundas, 4 794, 540 liv. sterl.
Il est remarquable que le portrait d' Anslo a été peint par Rembrandt l'année même où il a gravé l'estampe qui est décrite dans notre œuvre sous le n° 170. Il y a cependant des différences notables entre le portrait gravé et le portrait peint, sans parler même de la différence principale qui consiste dans la présence ou l'absence d'une seconde figure. Preuve de plus que Rembrandt ne s'est jamais répété ; qu'il n'a jamais été satisfait de ses inventions au point de les reproduire, en peinture ou à l'eau-forte, sans y rien changer.
Collection William Hope. — L'amiral Tromp. C'est le nom sous lequel on désigne le personnage représenté. Il paraît âgé de cinquante et quelques années; il est couvert d'un bonnet rayé de rouge et de jaune, et il porte moustache; sa main gauche s'appuie sur son bâton de commandement qui est en or. Portrait d'une beauté supérieure, daté de 4 631. Collection du chevalier Erard, 1832.
'17,100 fr. (L'amiral Martin Tromp avait en effet, en '1651, cinquante-quatre ans.)
Collection Henri-Thomas Hope, à Londres, dans Piccadilly. — La Nacelle de saint Pierre. Provenant de la fameuse collection Braamcamp, et achetée 4,360 florins, en 1771, par Th. Hope.
On trouvera ce tableau longuement décrit dans le Trésor de la curiosité (au supplément du Ier volume), d'après le catalogue hollandais de la vente Gerret Braamcamp, faite à Amsterdam en 1771. Rembrandt y a représenté d'une manière pathétique une tempête affreuse, un ciel sinistre, sillonné d'éclairs, le désespoir du pilote, l'effroi mortel des disciples et la divine sérénité de Jésus, qui était couché sur la poupe de la nacelle et que l'on réveille précipitamment. C'est une de ces peintures dont le souvenir vous poursuit pendant toute la vie, ou plutôt qui laissent dans l'âme une impression ineffaçable avec un souvenir vague et d'autant plus terrible.
Portraits de famille. Nous avons vu ces deux portraits à l'Exhibition de Manchester, et nous en avons parlé en ces termes dans notre petit livre sur cette Exhibition, Les Trésors de l'art à Manchester :
« Bien que datée de 1633, c'est-à-dire d'une époque où l'artiste n'avait que vingt-sept ans, cette peinture, passée, finie avec soin, est déjà grave et mystérieuse. Les deux personnages sont vêtus de soie noire avec
PEINTURES. m
des collerettes empesées : l'homme debout, le chapeau sur la tête, au pied d'un escalier; la femme assise au premier plan, une main appuyée sur le bras du fauteuil, l'autre gantée d'un gros gant à fourrure. La blancheur tempérée de sa large fraise tranche sur le noir transparent et profond de la robe, dont le corsage est d'une étoffe chamois ramagée d'or qui forme une transition charmante entre le noir et le blanc. Pour tout fond, une chaise vide et une carte géographique sur le mur. Il est surprenant qu'un jeune peintre ait pu concevoir et exécuter ce double portrait avec tant de réserve, de discrétion et de sagesse. C'est un morceau exquis.
Petit paysage. Une plaine traversée par une rivière sur les bords de laquelle s'élèvent quelques fabriques : sur le devant, deux arbres. Le ciel est chargé de nuages. Parmi les paysages de Rembrandt, qui sont ordinairement assez peu faits, celui-ci est remarquable par le soin que l'artiste y a mis. 11 est sur bois, de forme ovale.
Collection Viscount Clifden. — Le bourgmestre Six. Il est représenté à mi -corps, un peu tourné vers la droite, et beaucoup plus jeune que dans le portrait qui est à Amsterdam, chez M. Six. Il est nu-tête; une lumière vive tombe sur ses longs cheveux d'un blond ardent que fait encore ressortir son manteau noir.
La Femme du bourgmestre Six. Elle est à mi -corps, tournée vers la gauche, et fait ainsi pendant au portrait de son mari. Le peintre l'a représentée en cheveux, très-richement vêtue avec dentelles, perles et bijoux; le fond est sombre. M. Waagen croit
reconnaître ici la main de Ferdinand Bol, et il se peut bien qu'il n'ait pas tort.
Ces deux portraits de prix appartenaient à lady Dover; le premier fut exposé en 1853 à la British- Institution où nous l'avons vu. Nous venons de le revoir aujourd'hui, 15 septembre 1863, à l'Exposition annuelle du même établissement qui vient d'être close, dans Pall-Mall. Il est peint grassement, avec fermeté, d'un beau ton et dans la manière mixte de Rembrandt. Le vêtement et la main qu'on aperçoit dans l'ombre sont sacrifiés au triomphe de la tête qui s'enlève sur un fond clair et qui est dorée comme elle le serait par un rayon de soleil tamisé. Le second portrait est traité avec beaucoup de délicatesse et précieusement fini.
Collection Joseph Neeld. — Joseph accusé par la femme de Putiphar. La scène se passe dans une chambre dont le centre est occupé par un lit. D'un côté du lit, est assise la femme de Putiphar qui, la main sur son cœur comme pour protester de la pureté de ses intentions, désigne le prétendu coupable à son époux; celui-ci, richement vêtu d'un costume asiatique, se tient derrière le siège de sa femme et l'écoute avec calme. De l'autre côté du lit, Joseph lève les yeux et les mains au ciel. Acheté 1 80 guinées par MM. Hickham et Carpenter, à la vente Willoughby, en 1820, le tableau en question fut revendu pour une somme énorme à sir Thomas Lawrence, et fut poussé à sa vente, en 1830, à 570 guinées (environ 15,000 fr. )
Portrait de Rembrandt, dans ses dernières années. Couleur chaude et transparente, manière heurtée.
PEINT L Ut S.
Collection lady Glarke. — Le Denier de César. Un Pharisien, richement vêtu, montre une pièce de monnaie à Jésus qui a une main étendue. Dix figures entourent ces deux personnages placés au premier plan; plus loin on en voit quatre autres. Daté de 1645. Provient de la vente Robit, 1801, 8,850 fr.
Rembrandt portant un drapeau. Il est vu presque de îace, à l'âge d'environ cinquante ans. Sa tête est couverte d'un grand chapeau à plumes. Une cuirasse brille sur sa poitrine. Connue par une gravure de Haid, cette peinture a passé par les collections Verhulst, 1779, 1,354 florins; Lebœuf, 1782, 5,300 fr. ; Robit, 1801, 3,095 fr. Elle appartint à George IV, qui l'échangea pour d'autres peintures avec Lafontaine.
Il est très-probable que le Porte-drapeau de lady Glarke est celui qui se trouve maintenant chez le baron James de Rothschild, à Paris. Nous en avons fait mention, il y a quelque dix ans, dans Y Histoire des peintres, à l'article d'Isaac d'Ostade, auquel est ajoutée une longue note sur la collection Rothschild, de Paris. Mais il existait encore un second tableau du même genre avec différences, dans les mains de sir Joshua Reynolds ; c'est le Porte-drapeau qui avait été envoyé à l'Exhibition de Manchester par lord Warwick.
Collection sir Abraham Hume. — Van Hooft, historien et poëte célèbre. Tl est représenté à l'âge de soixante-cinq ans. Il a sa main droite posée sur un buste d'Homère qui est placé sur une table. Signé et daté de 1653. Morceau capital, dit Smith, et de la meilleure manière du maître.
Je ferai remarquer ici encore que Van Hooft étant
mort en 1647, n'a pu être peint en 1653, par Rembrandt, qui n'était pas homme à faire un portrait autrement que d'après nature. Le buste d'Homère indique bien en effet que le personnage représenté est un poète ; mais ce peut être Vondel ou tout autre. Yan Hooft est d'ailleurs célèbre comme historien et non comme poëte ; car les Hollandais l'appellent un autre Tacite, aller Tacitus. Dans l'ouvrage de M. Waagen, Art treasures in Englanà, ce prétendu portrait de Yan Hooft est mentionné comme appartenant aujourd'hui au comte de Brownlow.
Fitz William muséum, à Cambridge. — Un Officier, âgé de cinquante ans, vu de trois quarts, la main droite sur sa hanche, la gauche sur la garde de son épée. Il porte un bonnet de velours, orné de plumes, et une riche chaîne d'argent à son cou. Signé et daté de 4 635. Excellent portrait, gravé en manière noire par Pether, et au burin par Cardon.
Collection Jeremiah Harman. — Ecce homo. Pilate s'est levé de son siège pour échapper aux demandes imporlunes de quatre prêtres dont deux l'implorent à genoux, tandis qu'un cinquième harangue la multitude. Jésus-Christ se trouve un peu au-dessous, les mains jointes, une couronne d'épines sur la tête, un manteau sur les épaules. Des soldats et le peuple remplissent la cour du prétoire; on ne voit que leurs têtes. La statue de Tibère qui surmonte une colonne donne une date à la scène. Composition en grisaille, rappelant celle que le peintre a gravée. Vendue avec un autre tableau à la vente du bourgmestre Six, en 1734, 4 4 florins, elle a passé depuis par les collections Goll, Brondgeest et Emmerson.
( ir and-Pr être juif . Il est rovêtu de ses habits sacerdotaux, et il porte un livre sur le bras gauche. Devant lui est une table couverte d'un drap richement brodé et sur laquelle est un vase d'or. Le lieu où il se trouve est le Saint des saints, et l'obscurité y ajoute un caractère religieux et solennel.
Bleinheim palace, tésidence des ducs de Malborough. — La Femme adultère. La composition contient cinq figures à mi-corps, le Christ, saint Jean, la femme accusée et deux personnages qui l'accusent ; elle est remarquable, quoiqu'on ne puisse la comparer à l'incomparable tableau du même sujet qui est à Londres, clans la National Gallrry.
Stourhkad-House, résidence de la famille Colt Hoare. — ÊUsée rendant à la vie l'enfant d'une veuve. Gravé en manière noire par Earlom.
Deux bohémiennes, au clair de lune. Gravé par Canot.
Collection de lord Northwick. — L'Ange rassurant Tobie. M. Waagen dit que l'expression des tètes ne lui semble pas en rapport avec le sujet, et que l'exécution est trop négligée.
La même collection, ajoute M. Waagen, renferme un portrait d'homme, très-fini, dans un ton doré mais étouffé, subdued golden tone, et un bon portrait d'un homme et de sa femme.
Collection du marquis de Lansdowne. — Portrait de Rembrandt, à l'âge d'environ soixante ans, en bonnet blanc, veste rougeâtre et manteau brun doublé de fourrure. Il tient de la main gauche palette et pinceaux. Sa main droite est sur la hanche. Sur les murs de son atelier sont tracées des figures géométriques. Ce portrait, dit Smith, a été gravé par de Marcenay lorsque la toile était dans la galerie du comte de Vence. A la vente de cet amateur, il fut payé 481 fr. seulement; puis à la vente Danoot, à Bruxelles, en 1828, 9,450 florins.
On voit d'après la description que le tableau appartenant au marquis de Lansdowne est assez semblable à celui qui est au Louvre et que nous appelons le Rembrandt à la serviette.
Un Bourgmestre. Il est d'un âge moyen; en chapeau noir, longs cheveux et collet tombant. Belle esquisse.
Portrait d'une dame d'environ trente-six ans; en bonnet de dentelle et fraise, corsage jaune brodé et robe de soie noire. Elle est debout, la main gauche appuyée sur une table, la droite sur le corsage. Elle semble adresser la parole à quelqu'un. Beau portrait, signé et daté de \ 642 ; provenant de la collection de lord Warnclitle.
Paysage au moulin. C'est le paysage gravé dans la galerie d'Orléans, sous le titre : Moulin de Rembrandt, et par Turner dans les Gems of art (joyaux de l'art). Le marquis de Lansdowne l'a payé 800 guinées (21,000 francs).
Petit paysage. Dans le milieu du fond, un pont et un chemin qui y conduit; sur le devant, une rivière et deux hommes dans un bateau; au centre, des arbres éclairés d'une vive lumière. Provenant de la collection Lapeyrière et acheté par le marquis à la vente Gray.
Lowther-Castle, résidence du comte de Sousdale. — Bélisaire aveugle, conduit par un jeune garçon. Derrière eux est une figure d'homme. Ce sujet n'est pas de ceux qui sont familiers à Rembrandt ; cela n'empêche pas que l'ouvrage ne soit digne de lui.
Glasgow Collège. — Jésus mis au tombeau. C'est une peinture en grisaille, mais d'un ton chaud et d'une composition bien remplie.
Collection du révér. M. Colby. — Portrait de Jean Elison, ministre de l'Église anglicane à Amsterdam. 11 est vêtu de noir et assis près d'une table couverte de livres; sa main droite, rendue avec une vérité étonnante, s'appuie sur le bras droit du fauteuil : la gauche est dirigée sur lui-même.
Portrait de la femme d'Elison. Elle est aussi en noir, coiffée d'un chapeau à larges bords qui projette une ombre transparente sur son visage.
Ces deux portraits, remarquables par leur beauté et leur conservation, sont peints d'un ton clair et avec soin, comme presque tous les ouvrages de Rembrandt dans sa jeunesse. Ils sont du reste signés et dalés de 1634.
Collection de lord Spencer, à Allhorp. — La Circoncision. Petite peinture, datée de 1661. Effet surprenant; touche trèsspirituelle.
La Mère de Rembrandt. Elle est vue jusqu'aux genoux el assise à une table sur laquelle est posé un grand livre. M. Waagen la trouve trop richement vêtue pour être la mère du peintre. The rich dress makes it probable, in my opinion, that some other lady is represented. Cela prouve que l'habile connaisseur ne se rappelle pas bien les estampes du maître.
Woburn-Abbey, résidence du duc de Bedford. — Portrait de Rembrandt, jeune, en habit de fourrure et portant une chaîne d'or.
Portrait d'un vieux Rabbin, avec une chaîne d'or au cou. Morceau vigoureusement empâté et. plein d'effet, mais d'un faire rude et hâtif.
Le duc de Bedford possédait encore, à Londres, dans Belgravia, un portrait de jeune fille que nous y avons vu et qui est bien senti.
Collection Munro. — La Mort de Lucrèce. Elle est vue de face et s'est un peu levée pour se plonger le poignard dans la poitrine. Daté de 1644, ce tableau, d'une riche couleur et d'une belle touche, vient des collections Lapeyrière, 1825, 1,300 fr., et Michel Zachary, 1828, 110 guinées.
Rembrandt, dans un âge avancé. Effet puissant; peinture grasse.
Collection Holford. — Trois portraits. 1 . Un homme qui a une main sur sa poitrine. Waagen compare ce portrait à celui du constructeur de vaisseaux, qui appartient à la reine. 2. Un vieillard dans un fauteuil. 3. Un homme vu presque de face, et portant une chaîne d'or.
M. Holford a aussi deux dessins admirables du maître, dont un paysage.
Collection de lord Colrorne. — Portrait d'un Vieillard, peint clans la dernière manière du peintre, c'est-à-dire avec beaucoup de liberté, d'esprit et de feu. C'était un des plus beaux ornements de l'exposition faite en 4852 parla British Institution.
Cabinet de sir Charles Eastlake, directeur de la National Gallery. — Une Vieille femme, vêtue de noir et vue de face ; elle porte un bonnet blanc et une fraise. Signé Rembrandt f. 1634, Ae suœ. 83. Provenant du cabinet de M. Wells.
Collection de lord Carlisle. — Rembrandt, dans sa jeunesse. Petit morceau transparent et mordoré.
Portrait d'homme, lt a un large chapeau et un grand collet; il tient une plume et du papier. L'expression du personnage est remplie de noblesse, et sauf les mains, qui sont un peu négligées, la peinture est admirable et, comme dit Waagen, dans le ton d'or, golden tone.
Collection Wombwell. — Lucrèce. Elle tient un poignard d.:ns sa main droite. Signé et daté de 1666. La composition de Rembrandt, dit Waagen, est ici plus noble que d'ordinaire.
LÎAnge annonçant la naissance de Samson. Ce tableau rappelle celui du Louvre, l'Ange qui disparaît devant la famille de Tobie; mais la peinture a plus de consistance et de corps.
Portrait d'un homme, en chapeau à plumes, tenant un faucon sur le poing. Couleur chaude et profonde.
Collection Wynn Ellis. — Portraits d'un homme et de sa femme. Ils sont signés et datés de 1632 et 1633. Manière délicate et harmonieuse; remarquable vérité du ton.
Cabinet Bale. L'amateur de ce nom ne possède que des dessins de Rembrandt; mais la plupart de première qualité. De ce nombre sont une Adoration des bergers, première pensée du tableau qui est dans la National Gallery, plus quelques paysages, remplis du plus vrai sentiment de la nature, et dans lesquels la monotonie d'une contrée aussi plate que la Hollande est artistement relevée par un coup de lumière ou par un bouquet d'arbres.
Knebworth, résidence de sir Edward Bulwer Lytton , baronnet. — Cabinet de médecin.
Le Rembrandt que possède l'illustre poëte et romancier, qui a été aussi un homme d'Etat, est un morceau des plus curieux. C'est un groupe de divers objets qui semblent appartenir à un cabinet de médecin : le plus apparent est un grand parchemin sur lequel sont écrites plusieurs lignes d'une écriture cursive. mais remplie de caractère et qui ressemble à celle de Goppenol, comme si Rembrandt se fût amusé à copier une pièce du maître écrivain.
Les parties bien conservées de ce tableau sont d'une belle manière, et, tout en rappelant la touche de Rembrandt, elles m'ont fait songer aux excellentes natures mortes de Héda. Il est fâcheux qu'il n'entre pas dans notre sujet de décrire la galerie de portraits de sir Edward, et il est regrettable que M. Waagen n'ait pas connu tout ce que renferme de précieux le château
de Knebworth. Mais nous voulons dire ici aux amateurs de l'art français, que dans ce château se trouve le chef-d'œuvre de Trémollière, un portrait du duc de Richelieu représenté tout jeune , insolent , élégant , le sarcasme sur la lèvre, la galanterie dans les yeux, plein d'esprit, plein de vie.
SUÈDE , DANEMAKCK.
Musée royal a Stockholm. On y compte quatre tableaux de Rembrandt: ]° un Trompette; 2° un Portrait d'homme coiffé d'une toque noire à plumes, mais qui peut passer pour une œuvre de Ferdinand Bol; un Portrait de gentilhomme qui a été gravé dans le Musée de Suède, publié par Boye et Wetterling; 4° un tableau dont le titre, en suédois, ne nous a pas été traduit.
Musée royal de Copenhague. — Le Christ à Emmaûs. Il est assis à table avec ses disciples et il tient un morceau de pain à la main. Un serviteur s'avance tenant un verre et une lumière qui éclaire vivement la tête d'un des disciples et qui produit un effet mystérieux. Signé et daté de 1648.
Portrait de Rembrandt. Il est en buste et vu de trois quarts. Il porte une chaîne d'or au cou et une toque violette sur la tète.
Une femme hollandaise. Mlle porte un chapeau à larges bords. Sa main est posée sur l'appui d'une fenêtre. Piquant effet de clair obscur ; peint sur cuivre.
Portrait d'un gentilhomme. II est en buste, couvert d'un chapeau à l'espagnole. Il porte une chaîne d'or double à laquelle est suspendu un médaillon ; ses mains s'appuient sur une canne.
Paysage. Sur le devant s'élève un groupe d'arbres. Près de là, une figure debout; plus loin on voit un paysan et un cavalier ac-
PEINTURES. 439 compagne d'un piéton. On remarque aussi des enfants dans un chariot. Effet de soleil couchant.
Nota. — Il est fait mention d'un Saint François à genoux, qui est attribué par les uns à Rembrandt, par les autres à Gérard Dov.
Galerie du comte de SMoltke, à Copenhague. — Nous y avons vu en 1849 un buste de \ieille femme représentée assise, le regard baissé, la tête couverte d'un capuchon de velours noir, doublé de soie jaune. Ses mains reposent sur les bouts d'une gaze qui est attachée autour de son cou.