‹ L'¿uvre complet de RembrandtChapitre 6 sur 202 · La Femme qui pisse · texte numérisé non relu

La Femme qui pisse

Une femme accroupie au pied d'un gros arbre qui s'élève sur la gauche de l'estampe, auprès d'un buisson. La crainte d'être surprise dans cette posture est exprimée par le regard inquiet qu'elle porte vers la gauche. Sa tête, son cou et sa poitrine sont dans l'ombre que projette son chapeau. Au bas d'une petite marge, on lit : Rt. 1631. Mais ce monogramme et cette date constituent un premier état, car ils ne se trouvent que dans les premières épreuves, qui ont le fond sale et qui sont extrêmement rares. Celles du second état sont aussi fort rares. Le monogramme et la date y sont effacés. Le fond est clair.

Il existe deux copies de ce morceau, l'une par Van Yliet en sens inverse, l'autre par Claussin dans le sens de l'original.

Hauteur, 0,081 ; largeur, 0,063.

BARTSCH, 191. CLAUSSIN, 188. WILSON, 188.

Les pièces libres de Rembrandt ont quelque chose de tellement sérieux qu'on ne peut pas les dire indécentes. Elles expriment, non pas l'intention graveleuse d'un libertin, mais le sentiment d'un philosophe qui a jeté un regard impitoyable sur la nature humaine, et qui a voulu la voir sous toutes ses faces. Personne n'est tenté de rire ni de sourire en les voyant. Ce qu'elles ont de grossier est dans le modèle regardé,

mais non dans le peintre qui le regarde. Il y a un fond d'ironie, mais d'ironie amère, dans la représentation de cette femme surprise en un tel moment : c'est un remède d'amour que les philosophes et même les poètes ont souvent recommandé. « Remarquons, au demeurant, dit Montaigne, que nous sommes le seul animal duquel le défaut offense nos propres compagnons, et seuls qui avons à nous desrober de nos actions naturelles de notre espèce. Vrayment, c'est aussi un effect digne de considération, que lesmaistres du mestier ordonnent pour remédier aux passions amoureuses l'entière veuë et libre du corps qu'on recherche ; que pour refroidir l'amitié, il ne faille que voir librement ce qu'on ayme. »

Ille quod obscœnas in aperto corpore partes Viderat, in cursu qui fuit, hœsit amor.

La rareté de ces deux pièces, surtout de la seconde, semble indiquer, au surplus, que Rembrandt n'a pas voulu propager une image dégoûtante, et qu'il a eu honte lui-même d'une aussi répulsive imitation.

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