Rembrandt gravant une planche
C'est une estampe haute et étroite sur laquelle est gravé trèslégèrement et presque sans ombre un buste qui ressemble beaucoup à Rembrandt dans son Age mûr. Il est vu de face, la tête couverte d'un bonnet dont le bout penche sur le côté droit. Audessous de ses cheveux crépus et bouclés, on aperçoit ses deux oreilles. Le visage est plein et Ton distingue sur la lèvre supérieure quelques poils de moustaches. Au haut de l'habit on voit le col de la chemise. Rembrandt s'est représenté ici assis sur une chaise dont le dos est peu visible, et dans l'attitude d'un artiste qui dessine ou qui grave une planche. Le fond est teinté ; au bas de la gauche est gravé très-faiblement : Rembrandt /'. 4645.
« Cette estampe, dit Claussin, faisait partie de l'œuvre qui appartenait à J. Barnard, de Londres, dont j'ai déjà parlé. Elle était imprimée sur papier de soie du Japon. Les dimensions que donne Gersaint au numéro 1 1 de son Catalogue, se rapportant à l'idée que j'en ai conservée, je crois que celle de l'œuvre de J. Barnard est pareille à celle décrite par Gersaint. »
Hauteur, 0,121 ; largeur, 0,0G7.
CLAUSSIN, 32. WILSON, 32.
Il nous paraît fort douteux que l'estampe ici décrite par Claussin ait été gravée par Rembrandt; mais il nous paraît certain, en revanche, qu'elle a été gravée d'après un dessin du maître. Claussin, pour l'attribuer à Rembrandt, s'appuie sur une description déjà donnée par Gersaint au numéro 11 de son Catalogue; mais cette description, que Bartsch a trouvée trop vague pour ne pas la regarder comme suspecte, est du moins précise sur un point, savoir que le portrait est coiffé d'un bonnet orné d'une plume. Cette circonstance nous empêche évidemment de confondre la pièce de J. Barnard avec celle mentionnée par Gersaint.
Bartsch a fait, du reste, quelques observations judicieuses touchant le numéro 11 du Catalogue de Gersaint, observations qui s'appliquent aussi aux numéros 10, 12 et 17 du même Catalogue.
u La description trop peu détaillée que les dits au- « teurs (Gersaint, Helle et Glomy) nous donnent de « ces estampes, en observant qu'elles sont rares, nous « fait croire qu'ils ne les ont point vues eux-mêmes, « mais que le rapport qu'ils en font leur a été commu- « niqué. Pierre Yver, qui a suppléé des détails à pres- « que tous les articles du Catalogue de Gersaint^ s'il « eût vu ces trois morceaux, n'aurait sûrement pas « manqué d'y ajouter les indications qui auraient pu en « rendre l'explication plus claire. Cependant son Sup- « plément a été fait sur l'œuvre de M. Van Leyden,
« sans contredit le plus complet qui ait jamais existé. « Ces quatre estampes ne se sont pas trouvées non plus dans les œuvres de Rembrandt qui faisaient « partie des fameuses collections de Jean Lucas Van « der Dussen et de N. Marais, dont les catalogues « sont imprimés. J'ai bien examiné, en 1784, l'œuvre (c de Rembrandt qui appartenait à M. de Peters; mais (( je ne les y ai point rencontrées. Ceux qui, des face meux cabinets de Marolles et de Beringhen, ont (( passé ensuite à la Bibliothèque du roi de France , (( où j'ai eu occasion de les examiner, ne les eonte- (( naient pas non plus. Or, si ces estampes ne se trou- « vent point dans les collections les plus complètes, « si aucun catalogue n'en fait mention,, si les connais- « seurs tes plus expérimentés ne les ont jamais ren- « contrées, il y a tout sujet de croire que les descrip- « tions des sieurs H elle et Glomy, ou de celui qui les a leur a fournies, se rapportent plutôt à des estampes (( gravées par quelque autre artiste dont le goût apte prochait peut-être de celui de Rembrandt, qu'à des « pièces véritablement sorties de la main de ce grand <( artiste. »
Telles sont les raisons pour lesquelles Adam Bartsch n'a pas admis dans son Catalogue le numéro 11 de Gersaint, qui, suivant Glaussin, serait le même que le Rembrandt gravant une planche.
Il faut ajouter que ce morceau a été gravé au siècle
dernier par François Basan, et qu'il se trouvait dans l'œuvre de Mariette. Claussin dit que l'estampe de Basan est une bonne copie de celle de Rembrandt ; je croirais plutôt que Basan a gravé son estampe sur le même dessin du maître, d'après lequel a été gravée la pièce qui appartenait à J. Barnard, et qu'ainsi il existe, non pas une gravure originale et une copie, mais deux gravures faites d'après un seul et même dessin original.