Rembrandt au sabre et à l'aigrette
Il est vu de trois quarts et dirigé vers la droite de l'estampe, d'où vient le jour. Il a sur la tête un petit bonnet de fourrure, surmonté d'une aigrette blanche, fixée par un gros diamant. Il porte des cheveux longs et crépus; on lui voit une perle à l'oreille droite. Il est vêtu à peu près comme un Hongrois, d'une espèce de justaucorps à brandebourgs, par-dessus lequel est jeté un manteau qui est attaché par devant avec une agrafe. Il a une moustache fine et une barbe courte et noire , sous laquelle on distingue un mouchoir rayé et un hausse-col semblable à celui de nos officiers. On lit sur la droite de L'estampe en caractères allongés: Rembrandt f. 1634. La planche est ovale.
Il existe trois états de cette planche :
Premier état. Le personnage, au lieu d'être seulement en buste, est vu jusqu'aux genoux. Son bras droit est posé sur la hanche: son bras gauche tient par le pommeau un sabre courbe, sur lequel il paraît s'appuyer. 11 porte une ceinture par-dessus un justaucorps à brandebourgs, et son manteau est doublé de soie et enrichi de fourrures. Le fond est clair, à l'exception du bas de la gauche , qui est couvert de doubles tailles jusqu'à la hauteur du coude. On lit avec assez de peine au haut de la gauche : Rembrandt, et audessous : 1034. La planche est rectangulaire. Hauteur, 0,4 97; largeur, 0,1 63. De la plus grande rareté.
Deuxième état. La planche est réduite et coupée dans une forme ovale, avec quatre oreilles aux quatre côtés de l'ovale, et figurant à peu près un octogone dans lequel on aurait inscrit un ovale. Rare.
Troisième état. C'est celui que nous avons décrit. Les oreilles sont supprimées, et la planche est parfaitement ovale.
Hauteur, 0,060 ; largeur, 0,050.
BARTSGHj 23. CLAUSSIN, 23. WII-SON, 23.
De tous les portraits considérés comme étant ceux de Rembrandt lui-même, celui-ci est un des plus célèbres, tant à cause de sa beauté qu'à raison de la rareté extrême du premier état, qui est celui dont nous avons donné une épreuve photographique d'une fidélité irréprochable dans la première édition de cet ouvrage. Gersaint rapporte que de son temps on ne connaissait que deux épreuves de ce premier état, dans toute la Hollande : celle de M. Van Leyden, et celle qui appartenait au conseiller Muilman.
Aujourd'hui, on en connaît quatre épreuves :
1° Celle qui provenait de la collection Van Leyden : elle est maintenant dans le magnifique œuvre du Musée d'Amsterdam;
2° Celle du conseiller Muilman, qui passa, en 1773, dans le cabinet de Georges Andrews, puis, en 1785, dans celui de Ploos Van Amstel, d'où elle sortit pour entrer dans l'œuvre de lord Aylesford, à qui Josi la vendit 350 guinées (9,187 francs) ;
3° Celle qui est sous cadre au Cabinet des estampes de la Bibliothèque, à Paris ; elle provient de M. de Péters, auquel elle n'avait coûté que 1,800 francs, et qui la vendit, en 1785, au Cabinet du roi avec beaucoup d'autres pièces ;
4° L'épreuve qu'on voit maintenant au British Muséum. C'est celle qui faisait partie de l'œuvre de Rembrandt, qui appartenait à M. Denon, ancien diii. • (2
recteur de nos musées, œuvre des plus précieux qui avait été formé par Jean- Pierre Zoomer d'Amsterdam, contemporain et ami de Rembrandt. L'épreuve de M. Denon fut quelque temps en la possession de M. Wilson, célèbre amateur de Londres, auteur du Descriptive Catalogue of the prints of Rembrandt, by an amateur; elle fut ensuite vendue à M. Yerstolk de Soelen , à la vente duquel elle figurait en 1847, et fut achetée pour le British Muséum au prix de 1,805 florins.
D'après l'inventaire des meubles et effets de Rembrandt, on peut voir que ce peintre fantasque aimait à s'entourer de tous les objets qui pouvaient l'aider à représenter les différentes nations de la terre; qu'il recherchait particulièrement les costumes, les armures, et se plaisait à revêtir et à coiffer de mille façons diverses le plus familier de tous ses modèles, qui était luimême. Pertuisanes, mousquets, hallebardes, sabres turcs à lames de Damas, poignards malais , arbalètes et carquois des Indes, casques, cuirasses, hausse-cols en fer, ceintures de couleurs voyantes, peaux de lions, il avait chez lui tout ce qu'on trouvait alors et tout ce qu'on trouve aujourd'hui encore dans le quartier des juifs à Amsterdam. Sa maison était un vaste magasin d'objets d'art et de haute curiosité, dans lequel il puisait, selon sa fantaisie du jour, l'ajustement qui devait accompagner son portrait ou celui d'un ami.
Tantôt il se déguisait en maggyar hongrois, comme nous le voyons ici, tantôt il se coiffait d'un turban à l'orientale, tantôt d'un bonnet de loutre, tantôt d'un vieux chiffon, passant du vulgaire au solennel, du pompeux au grotesque, mais toujours sérieux dans ses allures, et surtout dans l'expression qu'il donnait a la tête de son modèle, expression qui, chez luimême, était souvent celle du génie.
Ce portrait, du reste, aurait pu être retranché de la classe des portraits du peintre par lui-même; car nonseulement il ne ressemble pas à Rembrandt, et présente des particularités étrangères à sa figure bien connue, par exemple une verrue sur la joue gauche, mais encore il rappelle d'une manière assez frappante la figure du duc de Gueldre montrant le poing à son père, dans le célèbre tableau de Rembrandt qui est au Musée de Berlin.