‹ L'¿uvre complet de RembrandtChapitre 78 sur 202 · Rembrandt au bonnet orné d'une plume · texte numérisé non relu

Rembrandt au bonnet orné d'une plume

Il est vu de face, coiffé d'une espèce de bonnet de Mezzetin avec une plume qui pend sur le côté; il est vêtu d'un riche manteau orné de fourrures et de brandebourgs; de dessous ce manteau sort le bras droit serré au poignet par une fine manchette; la main droite est placée sur la poitrine et à demi cachée sous le manteau. Le fond est clair à l'exception d'une petite ombre portée au-dessus de l'épaule droite, le long du bord de la planche. On lit dans le haut, vers la gauche, en caractères fins et faibles : Rembrandt f. 4638.

Bien qu'il y ait deux états de ce portrait, il n'est pas facile de les bien distinguer et de les décrire avec précision : Dans le premier état, le nom de Rembrandt quoique finement gravé est trèsvisible; le trait du menton est fortement prononcé. Il y en a au musée d'Amsterdam une épreuve qui paraît retouchée au pinceau par le peintre.

Dans le deuxième état , le trait du menton s'est tellement affaibli que le menton et la barbe ont changé de forme. Dans les épreuves de cet état, on ne distingue plus le nom de Rembrandt qui a été peu à peu effacé par l'effet du tirage. Mais on voit qu'il y a entre ces deux états une différence qui n'est bien sensible que d'une très-belle à une très -mauvaise épreuve, car de l'épreuve où le nom peut encore se lire ou du moins se deviner encore, à celle où le nom est tout à fait illisible, il n'y a nécessairement qu'une imperceptible nuance.

Il faut ajouter à ces observations qu'un travail de reprise assez régulier et formé par de petites tailles verticales, se remarque sur la joue droite du personnage. Ce travail n'est pas de la main de Rembrandt. Il a dû être fait du temps de Basan , et il peut servir à caractériser d'une manière plus précise les épreuves du second état.

Hauteur, 0,135; largeur, 0,103.

BARTSCH, 20. CLAUSSIN, 20. W1LS0N, 20.

Il est difficile de porter plus loin que ne l'a fait Rembrandt dans le premier état de cette planche, l'art d'exprimer la vie et surtout de nuancer avec justesse l'aspect des diverses substances, telles que la soie, le velours, la fourrure, la plume, le linge, les broderies, les passementeries. En variant à propos les badinages de sa pointe, en épargnant le fond du papier où il faut, en évitant de creuser ses tailles autre part que

dans les noirs les pins décidés, Rembrandt a sa tout rendre ou, pour mieux dire, tout peindre avec F eauforte dans ce portrait. L'opulence de son costume, le soyeux de son manteau et de sa toque élégante, la légèreté du linge et de la plume résultent de tailles courtes, interrompues, tremblées, à travers lesquelles la lumière transparait et, pour ainsi dire, scintille. Un graveur qui voudrait apprendre à varier ses travaux d'une façon brillante ferait bien d'étudier cette estampe et même de la copier. Il y verrait qu'il y a un moyen sûr de faire des eaux-fortes lumineuses, riches d'effet, pleines de saveur et vivantes même dans les objets matériels : c'est de ne pas croiser les tailles, ou de ne les croiser que très-rarement, de les arrêter brusquement aux approches des clairs les plus vifs et de laisser travailler le papier, comme disent les graveurs ; en d'autres termes, de ne pas alourdir ses premiers travaux par des contre-tailles et d'être toujours avare de demi-teintes.

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