La jeune fille au panier
Elle est vue de profil un peu plus qu'à mi-corps, et dirigée vers la gauche. Elle est coiffée, comme un garçon, d'une casquette plate; ses cheveux sont retournés par derrière, et sa joue est cachée par une bandelelte qui passe sous le menton. Les mains sont placées devant elle sans être jointes : elle porte à son bras droit un panier, et à son bras gauche pend une bourse en forme de gibecière. Elle a autour du cou un fichu qui lui couvre les épaules; la pièce est gravée légèrement, presque au simple trait. Le fond est clair, à l'exception de l'ombre portée de la figure qui est exprimée sur la gauche de l'estampe.
Hauteur, 0,085 ; largeur, 0,060.
B.A.KTSCH, 356. CLAUSSIN, 34G. W1LSON, 330.
Cette pièce est fort jolie et d'un naturel charmant. Elle n'est pas commune. Le British Muséum en a deux épreuves et une contre-épreuve. 11 ne
serait pas impossible que la planche existât en Angleterre, car c'est de là que venaient toutes les épreuves que j'ai vues ou que j'ai possédées. Il y a quinze ou vingt ans , on ne les trouvait presque jamais en France.
La mauresse blanche.
On nomme ainsi le buste d'une femme qui est évidemment une négresse ou une mulâtresse, quoique son visage ne soit pas teinté. Elle est vue plus que de profil et tournée vers la gauche, d'où vient la lumière; elle paraît assise près d'une table. Elle est coiffée d'un voile retroussé et pendant derrière la tête, avec une plume sur le haut. On lui voit autour du cou un mouchoir qui pend plus sur le devant que sur le dos, et qui n'est gravé qu'au trait ainsi que le bras droit.
On en connaît deux états que Claussin et Wilson ont décrits :
Premier état. La planche est plus grande : elle porte 414 millimètres de hauteur, au lieu de 96, et 87 millimètres de large, au lieu de 75. On distingue au haut de la planche le monogramme de Rembrandt: Rt, écrit à rebours. Cet état est fort rare; nous ne l'avons vu que dans les Cabinets de Paris et d'Amsterdam.
Second état. Le monogramme a disparu, la planche ayant été coupée et réduite aux dimensions ci-après :
Hauteur, 0,096 ; largeur, 0,076.
BARTSCH, 357. CLAUSSIN, 347. WILSON, 351.
Cette vive et spirituelle estampe justifie d'une manière frappante ce que nous avons dit dans la Grammaire des arts du dessin , au sujet du dessin et de
la couleur. « La supériorité du dessin sur la couleur est écrite dans les lois mêmes de la nature ; elle a voulu, en effet, que les objets nous fussent connus par ce qui les dessine et non par ce qui les colore. Elle s'est servie du dessin pour définir les objets et de la couleur pour les nuancer. Je suppose que le peintre étende sur la toile le ton juste de la chair humaine, ce ton ne nous donnera point l'idée de l'homme, tandis qu'il suffira des plus grossiers contours pour nous rappeler cette idée. On voit même le dessin devenir expressif sans le secours de la couleur, au point de la suppléer en l'indiquant. « Les premiers peintres de l'antiquité, dit Philostrate (dans la Vie d'Apollonius), ont peint avec une seule couleur, et rien n'empêche qu'on ne distingue dans de pareilles peintures les formes, les caractères, les passions. Si vous faites le portrait d'un nègre avec un crayon blanc, le trait ne laissera pas, il est vrai, de paraître blanc aux spectateurs; mais, les formes de son nez aplati, de ses cheveux crépus, de ses joues saillantes, de ses lèvres épaisses, le noirciront suffisamment à leurs yeux. »