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RAAARRRE
Les années n'ont pas eu le temps « d'apaiser le contraste » que signalait l'auteur de ces lignes, écrites quelques mois avant que la statue malencontreuse ne fût descendue de son demi-cintre. Les événements de septembre 1870 l'arrachèrent du Louvre. Sans trop de douleur, Barye lui-même put voir cet enlèvement. Et si l'on se souvient que 1848 l'avait déjà délivré d'un jury injuste, on conclura que décidément les révolutions lui étaient favorables.
En dessous du fronton, à droite et à gauche du Napoléon IT, deux figures nues et allégoriques, représentant l'une le Flot, l'autre la Rivière, formant pendentifs, étaient étendues, mi-couchées. Elles furent conservées, n'ayant, les bienheureuses, rien eu à démêler avec la politique. C'est encore à Barye que l’on doit ces deux sculptures en pierre, d’un goût sévère et sobre, d'une recherche michelangesque, un peu concentrées de formes, sans préoccupation d'élégance, mais qui, à tout prendre, ont cette tenue monumentale par laquelle elles se lient à l'édifice, et
mettent en valeur l'architecture.
Presque en mème temps, c'est-à-dire en 1860, Barye avait été chargé d'éle— ver pour la ville d’Ajaccio, berceau de la famille Bonaparte, la statue équestre de Napoléon I#, On avait confié à Viollet-le-Duc, l'architecture du monument, qui, élevé au centre de la belle place du Diamant, une des plus charmantes prome—
nades de la ville, se détache sur un fond de verdure, au pied d’imposantes
montagnes d'un grand caractère.
Il ne s'agit pas en effet ici que d'une simple statue, mais d'un véritable monument commémoratif, au centre duquel se trouve la figure équestre mesurant 3,10 d'élévation.
Aux angles, les quatre frères de l'empereur, Joseph par M. Aimé Millet, Lucien par M. Thomas, Louis par M. Jean Petit et Jérôme par M. Maillet, for— maient comme un cortège de princes autour de l’empereur.
Deux exèdres, situés à droite et à gauche et couronnés par des Victoires ailées
dues à M. Dubray, accompagnent la composition et lui donnent de l'ampleur.
L'empereur est vêtu à l'antique, et les quatre frères portent la toge. Le cos-