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144 L'ŒUVRE DE BARYŸE.
encore la fourrure de sa compagne paresseusement couchée auprès d'elle’. »
Peu à peu, il perdit l'habitude d'envoyer au Salon ses aquarelles ; il exposa deux portraits à l'huile d'inspiration vénitienne, mais il montrait rarement ses tableaux et ses études; ce ne fut qu'après sa mort que le public fut admis à les VOIr.
En ce moment, ses peintures ont la même vogue que ses sculptures, c'est-àdire que les amateurs se les disputent et que les marchands les tiennent à un haut prix. Toutefois, à quelques exceptions près, ses peintures à l'huile sont inférieures à ses aquarelles. Elles sont comme un peu lourdes, procèdent par empâtement monotone, semblent fermées encore que l'impression en soit puissante et que l'expression reste sincère.
« Ce ne sont pas de vulgaires aquarelles que les dessins lavés par Barye, écrivait Théophile Gautier”, Le pinceau du maitre y acquiert, la fermeté de l'ébauchoir. On dirait qu'il est fait avec des moustaches de lion, tant il raye durement le papier grenu qu'il emploie de préférence. »... « Dans ces études si fermes, si naïves malgré leur science profonde, où l'ostéologie, les muscles, la peau, le pelage, s'indiquent en quelques coups de crayon ou de pinceau, l'artiste néglige quelquefois la couleur avec une insouciance de statuaire; certaines nuances rappellent trop la terre glaise dont il se sert habituellement, les fonds de paysages manquent d'air, mais toutes ses aquarelles, même les moins heureuses, portent la griffe du lion. » — « D'un autre côté remarque justement Charles Blanc”, c'est dans les aquarelles seulement que Barye excelle en tant que peintre. Il y montre les finesses et les souplesses qui lui manquent dans la peinture à l'huile. Toutefois, il les veut nourries, corsées, un peu comme Decamps les voulait, et il lui arrive même de les pousser trop loin. Je veux dire que, pour obtenir ectte consistance, cette fermetlé, il vaudrait mieux, à tout faire, employer un autre procédé que le lavis. L'aquarelle est en elle-même un commencement, un prélude. Elle annonce seulement ce qu'une autre peinture réalisera. Si l'on met une vigueur tout à fait
inusitée, on lui fait perdre son caractère de légèreté, de délicatesse, de douceur.
On peut dire que Barye en savait trop pour peindre à l’aquarelle et pas assez
pour peindre à l'huile. Les qualités que demande ce dernier genre de peinture,
il les apportait dans le premier, et, à mon sens, il eût mieux fait de s’en tenir là.
J'estime que ces aquarelles plairont beaucoup aux artistes et aux amateur:
+ Les Artistes contemporains. Salon de 1831, tome II, p. 77.
selte des Beaux-Arts, année 1860. Théophile Gautier.
3. Les Artistes de mon temps, par Charles Blanc. « Barye », p. 397.
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qu'elles plairont plus que ses toiles, dont quelques-unes sont toutefois d'une fière beauté, notamment celles qui contiennent des lions et des tigres. Tous ses dessins, lavés en couleurs, le sont à plusieurs couches, et souvent avec des rehauts de clair obtenus au grattoir; ils ont tous la saveur d'une exécution généreuse ct d'une belle couleur qui par moments rappelle Delacroix. »
De 1836 à 1848, Barye eut à faire, pour les princes de la famille d'Orléans,
plusieurs aquarelles assez ‘importantes; et, au cours de sa vie, il ne cessa de
peindre par délassement, par plaisir, séduit par l'occasion, au hasard d'une promenade, dans cette admirable forêt de Fontainebleau, en compagnie de Jules Dupré, de Decamps, de Diaz, de Rousseau, de Corot et de Français. Il n'abordait pas les grandes pages, et s'en tenait aux dimensions des études qu'on peut, dans un carton, porter sous son bras.
Essayons maintenant de faire la synthèse de sa manière de peindre.
La gloire de Barye n’aurait pas, je pense, été moins grande, s'il n'avait jamais touché un pinceau; néanmoins, il a laissé des œuvres peintes admirables. Signés par un autre, ses tableaux et aquarelles n'auraient pas sufli à constituer une réputation à leur auteur, et cependant il en est qui, par leur puissance, ont
désespéré Delacroix.
La contradiction ici n'est qu'apparente; elle n'existe plus, si l'on réfléchit que la peinture de Barye n’est que la résultante de son art de sculpteur, qu'elle en est une conséquence immédiate, qu'il y a entre l’une et l’autre une identité d’expression absolue, et toute la similitude de caractère compatible avec la différence des deux techniques.
Grâce à une indépendance qu'il sait se rendre permise, il s'affranchit des préoccupations premières du peintre.
Les effets de lumière divers, la transparence de l'atmosphère, le charme des colorations limpides, le laissent insensible. La perspective aérienne s'impose à lui comme une nécessité qu'il accepte, et quant à la poésie de ce grand ciel, immensité que borne la ligne du cadre, il se dispense d'y avoir recours.
Les mystérieuses magies du clair-obscur, les souplesses d'un pinceau alerte, toutes les caresses et toutes les séductions, comme toutes les habiletés, il ne s’en préoccupe guère. Il ne voit dans la peinture qu'un moyen de représenter ses modèles autrement qu'en relief ou qu'en ronde bosse, et de les disposer sur une surface plane.
En sculpteur qu'il est, et qu'il reste, il cherche la forme avant tout; ül écrit, il souligne la silhouette, il la circonscrit d’un trait accusé, gros parfois
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