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QU
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tude, conduit à l'admiration, mais, en fin de compte, ne porte aucun ombrage
aux peintres,
Ce dernier trait ne sous-entend nulle malice, Les uns, en effet, s’enthousiasment devant lui et lui rendent pleine justice; les autres, de bonne foi, déclarent ne pas comprendre ; d’autres, renfermés dans leurs doctrines étroites, le nient simplement et tout haut; aucun ne le considère comme un rival, capable de lui
nuire par comparaison ; ils ne voient en lui qu'un sculpteur qui s'est essayé à la
peinture: il l'a fait magistralement pour ceux-ci, il a manqué son essai pour ceux-là. En somme, il reste, au jugement de tous, un statuaire et un grand statuaire, voilà tout.
Delacroix, cependant, qui admirait tant Barye, ne dissimulait pas l'impression vive qu'il éprouvait devant ses peintures. Ce génie était au-dessus de tout sentiment d'inquiétude personnelle. Il se plaisait à lui rendre hommage ct à dire son étonnement devant les effets obtenus par ce pinceau de sculpteur.
Une anecdote à ce sujet, dont l'authenticité ne saurait faire doute, est intéressante, Delacroix venait souvent, à l'heure du déjeuner, voir Lefuel, l'architecte des Tuileries. Très sobre, comme l’on sait, mangeant chez lui sommairement le matin de bonne heure, il ne venait voir son ami à table que pour être sûr de le rencontrer.
Or, Lefuel avait, pendue aux murs de sa salle à manger, une admirable aquarelle de Barye : un lion traversant au pas un paysage sombre, et dont la queue fouettait l'air à grands coups.
Delacroix aimait cette œuvre, elle le fascinait, elle le tourmentait tout ensemble. Non content de se placer devant elle chaque fois qu'il venait, il la prenait dans ses mains, et souvent il la mettait à plat sur la table. Alors tirant de sa poche un crayon, et le papier blanc au revers d'une lettre pliée en quatre, il s’amusait à dessiner, sur le rond de son chapeau serré dans ses genoux, la silhouette de l'animal.
Plusieurs fois il recommença sa tentative; et un jour, comme pris de dépit, il s’écria en allant raccrocher le cadre : « Non, je ne peux pas, je ne pourrai jamais faire remuer aussi bien la queue de ce diable de lion! »
La voilà, je pense, révélée d'un seul coup, en une seule phrase, la raison de l'admiration de Delacroix pour Barye ! Ce qui touchait le plus le premier, c'était la science, la puissance du mouvement que possédait le second. Ces deux génies avaient par là un point de contact. Cette recherche constante, acharnée, leur
était une passion commune ; et de là vient peut-être cet air de ressemblance
que l'on perçoit parfois dans leurs œuvres.
1 SHNdYA ‘AHOUVN IN0 AUOII
Mais cette ressemblance n'est qu'une affaire d'impression pour les yeux, elle ne résiste pas à l'examen : on ne peut la rencontrer que dans les mêmes sujets. Opposer à l'Zntrée des Croisées à Constantinople telle toile de Barye, ce serait un non-sens. La comparaison ne doit être tentée que dans la représentation de l'animal.
Delacroix me semble avoir été plus dramatique, plus préoccupé de l'effet à produire chez le spectateur. Barye serre de plus près la réalité vivante, la saisit et s'y maintient. L'un à le souci de la forme épique, l’autre la passion de la forme vue, étudiée, reconstituée dans la vie. Ici on a l'impression d'une œuvre d'art magnifique ; là on éprouve ce petit frémissement instinctif que donne, même en pleine sécurité, le desir de voir un de ces animaux peu connu en somme, et que l'on sait dangereux. Dans un lion, Delacroix mettait à son insu un peu de soimême : son imagination, sa science de mise en scène, la personnalité de son dessin, tout ce qu'il pouvait raisonnablement y mettre sans s'écarter de la vérité. Barye, avant toutes choses et naturellement, s’abstrayait dans son modèle : il a fait le lion, tandis que Delacroix semble avoir plutôt fait des lions de Delacroix ; mais je retire cette dernière phrase, si l'on y voit une critique, alors qu'elle est seulement l'indication d'une nuance.
La plus belle étude de Delacroix autorise l'hypothèse d'un ensemble dont elle n'est qu'une partie. Rien de tel avec Barye : on a l'impression du principal, du sujet peint pour lui-même et pour lui seul. Il y a en effet quelque chose de concentré, de condensé, d'obtenu sans artifice, une application dans le faire, des traces de volonté et d'effort, qu'on ne retrouve pas sous la superbe jetée de couleur de son rival.
Ceci dit, étant donnés deux artistes inimitables, égaux dans des arts différents, mettez en balance, d'un côté, la supériorité que devait avoir le peintre de par son métier, son tempérament et son génie, — de l’autre, l'absolue certitude de savoir, la souveraine compétence du sculpteur, qui avait tourné, Ini aussi, sur un seul point tous les efforts de son génie, de son tempérament, de son mé-
tier, et vous reconnaitrez que le premier, en somme, était plus extérieur, plus
éloquent, plus décoratif; et que le second plus précis, imposant sans phrases, a fait triompher par elles-mêmes, en étreignant la nature, la vérité des aspects et la splendeur des formes.
Maintenant, comment résumer d'un mot l'impression d'ensemble sur l'œuvre peint de Barye? Peinture de sculpteur, de sculpteur-coloriste même, dira-t-on. Non, le terme est vague, et a un laconisme qui pourrait donner le