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« La vie d'Antoine-Louis Barye peut se raconter en quinze lignes; mais il faudrait un livre pour rendre compte de son œuvre qui est immense, » écrivait Charles Blanc en 1876.
Voilà le livre fait : il manquait encore en 1889. C'est peut-être là le seul
mérite de ces pages. Quoi qu'il en soit, je me suis efforcé de faire rendre hommage à Barye par la simple vérité, craignant qu'un enthousiasme de parti pris et des admirations à outrance ne vinssent diminuer la portée de l'éloge.
Il convenait ensuite de réduire à de justes proportions l’indignation de ceux-ci,
qui l'ont considéré comme un martyr, et l'injustice de ceux-là, que l'envie à égarés.
En somme, il n’a pas eu trop à se plaindre de son temps. * il a souffert et réellement souffert dans la vie, comme homme, comme chef de famille angoissé des besoins d'existence, il a vu, comme artiste, le succès venir à lui dès la première heure : il a eu une critique qui ne lui ménageait pas la louange, il a été soutenu par un parti avec d'autant plus d’ardeur qu'on l’opposait à un ordre de choses existant, que son nom servait de programme à des revendications légitimes.
Après de calmes réflexions, faut-il approuver le sentiment qui dictait à Decamps le passage de cette lettre, qu'il écrivait le 15 novembre 1854 :
« Sans me mettre au niveau de cet excellent artiste, j'ai le sort de Barye. Ce génie piquant et original, aux aptitudes et aux études spéciales, qui eût décoré nos places de monuments uniques dans le monde, se trouve trop heureux
de pouvoir formuler ses idées dans les maigres proportions d’un surtout d'un
usage impossible, et finalement il est triste de constater qu'un talent qui, seul peut-être, eùt pu doter son pays d'un monument vraiment original, se voie réduit à la fabrication de serre-papiers. »
Eh bien, Decamps n'a pas raison, son amertume, que l'amitié a inspirée,
estexcessive. Plus tard, Barye eut de grands travaux, et beaucoup. Peut-être n'avaitplus de dents, comme il l’a si tristement dit. Mais qu'importe? Il avait fait son œuvre, et il l’a laissé tout entier, œuvre puissant, original et fier, où tient toute sa gloire, qui n'est comparable à aucun autre, appartient à lui seul, se tient en dehors de tous les temps, dans une sphère spéciale, œuvre qu'on n'avait jamais
tenté, qu'on ne recommencera jamais.
Est-il pour un artiste un bonheur plus haut, un éloge meilleur? il a créé, et ses créations vivront immortellement.
Sa mémoire a pu être laissée en état d'abandon injuste. Mais dans l'intervalle du temps où ce livre à été commencé au jour qui le voit terminé, la réparation a commencé : l'esprit public a reconnu sa faute, son ingratitude, et un mouvement d'opinion se fait en faveur du grand statuaire.
L'Amérique d'ailleurs avait déjà donné l'exemple.
Un Mécène de Baltimore, M. Walters, épris du génie de Barye, et qui a col-
lectionné soixante-dix des plus belles épreuves de ses bronzes, a doté une place publique de sa ville de cinq grands ouvrages de Barye. A l'heure qu'il est, labas, par delà les mers, les groupes de la Guerre, de la Pair, de l'Ordre et de la Force, le grand Zion des Tuileries, se dressent à Mount Vernon Place.
Le 28 janvier 1885, M. Walters, qui a commandé à Bonnat le portrait du maitre, invitait le public’ a assister à l'inauguration du salon Barye, organisé dans son hôtel, donnant ainsi l'hospitalité de sa demeure à ce génie de la France moderne,
Au mois de mai de cette année 1889 a été ouverte à l'École des beaux-arts une nouvelle exposition de son œuvre peint et senlpté. Un comité composé d'artistes éminents, de critiques d'art de grande autorité, d'admirateurs fidèles, d'anciens amis s'est mis au travail avec ardeur. Les recettes seront employées à élever un monument en marbre. La presse avec enthousiasme a salué l'entreprise, et de son influence secondé les organisateurs. De nouveaux* ouvrages ont paru, apportant des docu-