‹ L'œuvre de Barye;Chapitre 2 sur 155 · PRÉFACE VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE VII

le lion est toujours roi; mais, obéissant à ses instincts, il agit avec une sorte de

naïveté terrible et grandiose, avec la beauté inculte et la dignité native qui

conviennent à la liberté. Grâce à une observation persévérante et à des intuitions

de génie, Barye affranchit les animaux des habitudes de la captivité et des entraves de la convention, Il leur rend l'indépendance ; et c’est un des traits de

son originalité.

Le Lion écrasant un serpent excita, à son apparition, de grandes admirations et aussi de vives critiques. On comprit qu'on était en présence d'un artiste qui entrait dans la carrière avec un talent puissant, mais aussi avec des théories différentes de celles qui prévalaient dans l’enseignement ofliciel. De là des enthousiasmes d’une part, et de l'autre un sentiment hostile dont Barye fut longtemps l'objet. IL resta impassible; il n'éleva pas école contre école; il n'appela point d'élèves à lui. Il fut insensible aux critiques qui lui étaient adressées et qui éma-

naient de personnes qui, par aveuglement ou par intérêt, ne pouvaient le com-

prendre. La louange d’ailleurs ne l'émouvait pas plus que le blâme, Il poursuivait imperturbablement ses études, sûr de lui-même et certain d'être dans la vérité.

C'est dans cette première phase de sa carrière féconde que Barye connut et approcha le duc d'Orléans. Le prince, par l'ouverture de son esprit et par ses encouragements, exerça sur l'artiste une heureuse influence. I lui commanda plusieurs groupes destinés à un surtout de table dont l'ensemble devait être

superbe. Il était composé de neuf groupes reliés entre eux par une architecture

décorative. Les principaux, au nombre de cinq, représentaient des chass Chasse au tigre, Chasse au taureau, Chasse aux ours, Chasse au lion et Chasse à

s ont été décrits en détail et avec une admiration très sincère

l'élan. Ces ouvrag par Gustave Planche, qui était grand appréciateur de Barye et dont le jugement doit compter. Plus tard, ils ont été dispersés et l'on n'en a revu que deux à l'exposition des œuvres du maitre qui eut lieu en 1875 à l'École des beaux-arts :

la Chasse au lion et la Chasse au taureau. Dans le premier, deux cavaliers arabes )

disputent un buffle à un lion qui le terrasse. Dans le second, des cavaliers espagnols, avec des dogues de grande taille, attaquent un taureau sauvage : les

cavaliers portent le costume du xv° siècle. Ces deux sujets sont rendus avec une

variété, avec un pittoresque tout à fait surprenants. L'exécution en est accomplie.

Les figures ne sont pas de grandes dimensions : elles sont dans une proportion

appropriée à leur destination et à l’ensemble décoratif auquel elles appartiennent.

Un surtout de table ne doit pas s'élever très haut, pour ne pas arrêter la vue

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