VIII PRÉFACE
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et empêcher les convives de communiquer. Ces groupes sont donc mais la ligne en est heureuse et variée. La fonte en est parfaite. Ce sont de véritables pièces de musée, des exemples qu'il faudrait que l'on eüt toujours sous les yeux.
Mais, à mon sens, ils ont encore ce grand intérêt de nous donner une idée des premières œuvres de Barye et de les résumer. Par la nature du travail et les dimensions des figures, ils nous offrent, pour ainsi dire, la somme des études faites par l'artiste pendant le temps qu'il demeura chez Fauconnier: c'est
rerie. Pour répondre aux exigences d'une pareille
de haute et superbe or entreprise, il fallait plus que du talent: une expérience consommée était nécessaire ; et si ce n'était pas trop de l'étude profonde que Barye avait faite sur les animaux et de la connaissance qu'il avait acquise de leur structure, de leurs mœurs et de leurs habitudes quand ils attaquent ou se défendent, l’auteur devait encore posséder à fond la technique du métal, depuis la fonte quil lu fallait diriger, jusqu'à la ciselure et à la patine qu'il avait à parfaire. Dans ce bel ensemble, l'artiste, le savant et le praticien consommé se trouvèrent associés d'une manière qui certainement, chez nous, était sans précédent. Barye n'avait pas à regretter ses commencements. Grand artiste, son habileté d'ouvrier ne le desservait pas.
Le surtout du duc d'Orléans, commencé vers 1833, fut, non point un pas en arrière, mais comme un temps d'arrêt dans la carrière de Barye. En définitive, c'était une œuvre qui rentrait dans l’ordre de ses travaux de jeunesse. Non que j'entende par là qu'on doive la considérer légèrement et la traiter comme le firent certains critiques du temps, qui ne voulurent y voir qu'un travail de genre et d'un ordre inférieur ; mais parce que Barye n'aborda plus ces compositions compliquées et ne s'arrêta désormais qu'à des données plus simples et plus conformes aux conditions générales de la statuaire.
Envisageant done son art de la manière la plus large, il montra combien il était capable d'en élever l'expression. En exécutant le Lion écrasant un serpent, cette œuvre absolument nouvelle, il avait enfermé sa composition dans des lignes sculpturales; mais, au point de vue de l'exécution, ses admirateurs les plus fervents avaient cru pouvoir lui adresser quelques critiques, ou tout au moins quelques observations. Ils disaient que les formes de l'animal manquaient de cette accentuation et de cette amplification dont la sculpture a besoin, qui sont
sa raison d'être et qui la distinguent du moulage sur nature. Faire ressortir
les proportions du corps et le caractère de ses divisions, c'est en effet ce qui
donne à la sculpture son cachet, On prétendait done que ce lion, si beau qu'il
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fût, manquait dans certaines parties, et principalement dans les plus expres-
sives, du caractère sculptural. Cette réserve a été faite par Planche, à l'opinion de qui je ne puis, cette fois, absolument me ranger; mais on trouvait alors qu'elle n'était pas sans justesse. Qu'en pensait Barye? Il était capable de comprendre toutes les observations qui lui étaient adressées, ne fussent-elles fondées qu'en
apparence. Autant il était indifférent aux attaques passionnées et injustes,
autant il était accessible à la raison. Ef sans prétendre que Planche ait exercé quelque influence sur un homme aussi indépendant d'esprit et d’un talent aussi supérieur, on peut croire que celui-ci accepta la critique comme une sorte de défi, se promettant de montrer plus tard qu'il pouvait s'élever au grand style.
En 1847 parut le Zion as.
s, qui est placé, avec sa contre-partie, devant une des portes des Tuileries. C'est un ouvrage de premier ordre, qui nous montre le talent de Barye singulièrement agrandi. L’exécution en est large, puissante. Cette fois les principales divisions du corps, les attaches des membres, les masses musculaires, la tête, la crinière, tout est marqué avec une simplicité et une énergie qui rappellent ou plutôt qui égalent les plus beaux animaux sculptés en Égypte et en Assyrie. Il y a quelque chose de plus, parce qu'ici l'ampleur et la simplicité ne tiennent rien des canons égyptiens. Quoique grave et imposant, ce lion n'a pas la froideur, l'impassibilité architectonique d'un ouvrage fait au compas et dans lequel les plans sont immédiatement établis en vertu d'une règle de proportion. Le Zion assis est un type de généralisation savante, donnant par l'accumulation et par la condensation d'éléments observés la somme
de l'être; tellement que l'animal reste réel au fond et qu'il pourrait vivre. Le
détail anatomique, le détail vivant n'échappe pas à un œil exercé : au besoin il pourrait saillir; mais il est subordonné à la masse. Il laisse à celle-ci sa grandeur et son autorité.
Ce n'est pas à dire que le statuaire eût adopté, à toutes fins, cette manière d'interpréter la nature. Il savait approprier son art au caractère de ses sujets et à la destination de ses ouvrages; c'est là ce qui donne à ses productions une variété infinie. D'après cela, chez lui, l'accentuation sculpturale est mesurée aux œuvres, soit qu'il faille mettre en jeu tout le détail des formes, comme dans les combats et les chasses, soit que toute l'étude doive être résumée dans une synthèse d'un caractère monumental comme dans le Zion assis.
D'ailleurs il portait dans son travail une droiture de sens admirable. Il avait pour les formes animales un véritable respect. Avec le don qu'il possédait d'en dégager les traits essentiels avec énergie, il n'a jamais, en cela, dépassé la mesure. Il n'était pas porté à en pousser le caractère jusqu'à une exagération violente ou
rer
Se
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ridicule. 11 considérait qu'il eût été aussi contraire à la dignité de l'art de charger l'animal, que de chercher à l'embellir. Pareil à la nature qui ne se profane point, il n'abaissait jamais son sujet; artiste, il se gardait d'en faire une caricature où un épouvantail. En aucune façon ses animaux, même les plus monstrueux, ne sont des monstres.
Cependant Barye ne négligeait point la figure humaine. En 1831 il exposait une statue de saint Sébastien qui a disparu, et il y a de nombreux personnages dans ses groupes. Néanmoins, ses détracteurs affectaient de le considérer comme irrévocablement voué à un art qui, n'ayant pas l'homme pour objet, devait ètre considéré comme secondaire ; ils l'y confinaient de propos délibéré. Mais en dépit de ses adversaires il embrassait son art tout entier. Ses premières études avaient eu la figure humaine pour objet. Depuis il avait beaucoup ajouté à son éducation académique. Ses cavaliers, par exemple ceux qui se trouvent dans ses chasses, sont remarquables, parce qu'en même temps qu'ils sont traités comme hommes et comme écuyers ils sont envisagés au point de vue de la race et du temps auxquels ils appartiennent. Barye à souci de l'histoire et de l’ethnographie aussi bien que des lois physiologiques : ce sont encore des données nouvelles, qui empruntent leur valeur à la science et viennent au secours de l’art,
Bien plus, l'anatomie comparée lui fournit des ressources et le parti qu'il en tire est un des mérites du groupe d'Angélique et Roger dont le motif est cependant purement poétique.
I y avait de grandes dificultés à composer un pareil sujet; mais, préparé comme il l'était, Barye en triompha en maître, Angélique et Roger forment un groupe charmant sur le cheval fabuleux qui les emporte. Ceux qui ont vu ce bronze, ne peuvent oublier cet hippogriffe lancé au galop. C'est un cheval dont certaines parties sont fantastiques; mais elles ne sont pas purement imaginaires, leurs éléments sont pris dans la nature. La bouche et les ongles sont
empruntés à d’autres animaux de races vivantes ou éteintes qui ont des aflinités
avec le cheval. On l'a remarqué : les ailes sont bien placées, et avec une telle
vraisemblance qu'elles semblent capables de se mouvoir. Cependant on ne peut se
dissimuler qu'il est diflicile d’accoler à des omoplates, auxquelles sont attachées des jambes, une paire d'ailes par surcroit. Telle est pourtant la puissance d'harmonier dont l'artiste dispose, que l'hippogriffe ne nous choque point. Toute la composition est portée par un cétacé qui a la tète d’un dauphin et se termine
en serpent. C'est encore l'œuvre d’une imagination qui, nourrie de la science du
naturaliste, trouve moyen de créer un être hybride, impossible à la vérité, mais D ? à
vivant en apparence. Quoique les personnages ne soie as très grands, ils 4 PI 1 I ages ne soient pas très grands, ils
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n'ont pas plus de 40 centimètres de proportion, la figure d'Angélique est une belle étude qui montre par son charme à quel point Barye, qui est un sculpteur de force, sait cependant, quand il le veut, atteindre à la grâce.
Mais nous arrivons à des œuvres d’un caractère encore plus élevé et qui sont parmi les plus importantes qu'un statuaire puisse traiter. Barye à fait plusieurs petites figures équestres, parmi lesquelles je citerai d'abord celles de Charles VIT et de Gaston de Foix. Portées à de grandes dimensions et érigées en des places convenables, elles feraient, on peut le croire, un très grand effet. J'y songeais, il y a quelques années, en visitant, près de Ravenne, le lieu où s'est donnée la bataille dans laquelle Gaston de Foix à trouvé la mort; je pensais qu'une statue colossale, qui ne serait autre que la statue de Barye amplifiée, produirait une impression profonde au sein du paysage mélancolique que j'avais sous les yeux.
C'est un redoutable problème de sculpture que la statue équestre. Il offre les plus grandes diflicultés, et nous voyons les maitres de notre temps
travailler longuement et avec une passion scrupuleuse et délicate à en mener
à bien la solution. Barye s'y était exercé dans des ouvrages de petites dimensions, et si vous examinez ses figurines, vous verrez combien elles sont parfaites. On lui à reproché de donner trop d'attention au cheval. Mais quoi! la perfection d'une statue équestre consisterait-elle à ce que l'homme füt excellent et
le cheval médiocre? Non certes. 1
“essentiel est de se faire une idée de ce qu'est une statue équestre. Notre langue si logique et si claire la définit, ce me semble, par la manière dont elle la dénomme. C’est une statue portée par un cheval. L'homme en est le sujet: sa pensée et sa personne dominent tout l'ouvrage, le cheval est subordonné ; il y a là quelque chose de hiérarchique, Mais il faut bien penser aussi qu'il doit y avoir harmonie entre le cavalier et sa monture. Il faut que tous deux soient dans un parfait accord, dans une instantanéité de vie, d'action, de moment qui en fasse un tout indissoluble. L'exécution doit achever de donner à l'œuvre son unité. Cependant, si l'homme doit commander le cheval, celui-ci ne peut être indigne du cavalier. Barye l’a compris ; mais il sortait de l'habitude où l'on était de considérer volontiers le cheval comme un accessoire négligeable.
Cela posé, voyez avec quelle maitrise l'œuvre est présentée! Là encore, à une conception générale pleine de raison se joint la vérité historique. Elle réside dans la physionomie des personnages, dans leur costume, dans leur
armement, Elle ne parait pas moins dans le caractère de l'animal qui les porte et
dans son harna et à tout cela le sentiment vient ajouter son expression.