‹ L'œuvre de Barye;Chapitre 30 sur 155 · ADMIN EE UNE NUM MMNNUNMMUNUUS · texte numérisé non relu

ADMIN EE UNE NUM MMNNUNMMUNUUS

PRET RL one oi EEE ARRET

PE PCT EE

La manière est étrange de sophistiquer ainsi pour rendre hommage au talent que l'on admire. Quelle erreur de croire qu'un tempérament d'artiste puisse se former par la contradiction! D'autre part, il n'est pas nécessaire, pour mieux vanter un homme, de dénigrer de parti pris ceux qui ont eu avant lui des con-

ceptions différentes, sinon contraires. Malheureusement, le procédé est employé

à l'envi : au début d'un ouvrage sur David, il est convenu qu'on parlera avec mépris des fadeurs de Boucher; mais Boucher est un vrai peintre, et un maitre : pourquoi limmoler au premier génie — par ordre de date, s'entend — du xx siècle? Croit-on que sa gloire en sera grandie? Certes, je n'ai pas l'intention d'entreprendre un plaidoyer en faveur de Bosio, mais je voudrais qu'on respectàt tous ceux qui marquent une date et représentent une époque. Passons avec calme devant le Zouis XI V de la place des Victoires. Si la mode a abandonné les œuvres de Bosio, est-ce sa faute à lui seul? Et ses contemporains qui l'ont soutenu, loué, admiré, n'y sont-ils pour rien ?

Pauvre Bosio! puisque c'est dans des lauriers jaunis que sa mémoire repose,

il est préférable de ne pas les effeuiller.

Barye cependant continuait à vivre de son métier de graveur, tout en s'abandonnant avec enthousiasme à sa vocation d'artiste.

Autant quil est permis d'en conjecturer, il fréquentait alternativement l'atelier de Gros et de Bosio, et il n'y a pas à s'étonner que, né pour être sculpteur, il ait voulu néanmoins travailler chez un peintre. On sait, et nous le verrons plus loin, que son pinceau devait nous laisser — à l’aquarelle surtout — des œuvres admirables; mais un autre motif qu'une double disposition naturelle explique la détermination qu'il avait prise. Lui qui, en raison de son tempérament même, n'était pas aftiré par les aspects d'une statuaire immobile et calme, lui qui se sentait aimer les attitudes mouvementées, les silhouettes agiles,

et devait faire remuer le bronze, il trouva presque instinctivement dans les pra-

tiques d'un art plus libre et plus dégagé comme la peinture de quoi satisfaire ses tendances naturelles.

A cette époque, la sculpture se complaisait dans une dignité solennelle, qui, vraisemblablement, lui paraissait un peu froide. L'école de David régnait partout et en despote. Quel contraste entre la rigoureuse doctrine imposée alors et la belle indépendance qui, quelques années plus tard, allait se donner carrière ! David tenait tout dans sa main; il incarnait en lui seul l’unique principe d’art qui eùt de ce temps droit à l'existence. Mais il ne pouvait empêcher de s'accomplir l'œuvre de la transformation éternelle; dans certains ateliers des ferments se déve-

loppaient.

avec la mise en scène de ses batailles tumultueuses, de ses chevaux cabrés, de ses cavaliers aux longs panaches flottant au vent, était déjà un novateur. L'énergie relative de ce peintre frappa l'esprit de Barye, et s'imposa à son

imagination en quête de hardiesse et d'expressions vives. Puis, comme l'a si

excellemment dit M. Eugène Guillaume’, « Barye débutait au milieu d'une passion de renouvellement qui commençait à entrainer l'École française. L'étude de l’histoire et la connaissance des littératures étrangères élargissaient le champ de l'inspiration. Mais ce qui donnait au romantisme le caractère d’une autre Renaissance, c'est que, chez plusieurs artistes, il se signalait par un retour à la nature et à la science. À ce point de vue, Géricault doit être considéré comme un exemple, Il allait au fond des choses : ses dessins anatomiques sont restés célèbres. Il étudiait avec ardeur les chevaux et les bêtes féroces. Il modelait; on a de lui un Cheval écorché, un Boœuf terrassé par un tigre, V'esquisse d'une Statue équestre, un Homme et un cheval en bas-relief. Il pensait que l'artiste, en dehors de toute tradition d'école, doit se former par un travail personnel, En 1819, il avait exposé son Naufrage de la Méduse, el dans son amour de la vérité, il l'avait peint souvent entouré de cadavres. IL jouissait d’un singulier prestige, et, on peut le dire, son influence sur Barye a été considérable, »

Or le Naufrage de la Méduse était le premier manifeste d'une révolution

qu'Eugène Delacroix se préparait, dans le recucillement du travail, à transformer

en régime nouveau, Delacroix qui allait tant admirer Barye, et que Barye était

destiné à si bien comprendre,

1. Notice du Catalogue des œuvres de Barye expostes à l'École des beaux-arts en 1889, par M. Eugène Guillaume, membre de l’Institut.

UXHUHI

pur

AMNNUNUNNNNUNMMENNMAEHMMAUE

LULU NIUE MM

NL INT LR ISERE

Quand on porte en soi le bienheureux tourment de la vocation, il n’est pas de progrès qu'on ne puisse rapidement réaliser, il n’est pas de labeur continu capable d'épuiser la force qui vous mène. En 1819, décidé à essayer son talent, Barye concourut pour le prix de Rome de gravure en médaille. Le programme du concours nous semble maintenant avoir été une galanterie du sort; qui sait s’il ne fut pas plutôt une révélation pour Barye? Il s'agissait de représenter Ai/on de Crotone dévoré par un lion. Les effets les plus graves ont souvent des causes accidentelles, et il sufit parfois d'une seconde pour que l’homme aperçoive, comme dans un éclair, la voie qui s'ouvre. Sans excéder les droits de l'hypothèse, on

peut admettre que Barye, se trouvant pour la première fois à même de modeler

un lion, ait été frappé tant des ressources qu'offrait à la sculpture la vigoureuse beauté des formes de l'animal que du mépris injuste où on les avait tenues jusque-là.

On aimerait en effet à se figurer dans l’œuvre de Barye le groupe de l'athlète s'efforçant d’'arracher ses mains du tronc de l'arbre, et du fauve labourant de ses griffes sa victime rendue impuissante. L'imagination complaisante voit là tout de suite une œuvre de même famille que le fameux T'hésée luttant contre le Minotaure; et le sujet semble si bien fait pour Barye que cette pensée n'est que très naturelle.

Aussi, lisez l'opinion de Gustave Planche : « J'ai sous les yeux, écrit-il, cette œuvre de 1819, la première qui marque dans la vie de M. Barye, la première qui ait laissé une trace durable, et je crois pouvoir affirmer qu'elle se recommande par toutes les qualités qui ont assuré plus tard la popularité de son talent. Le sujet traité au xvu° siècle par Pierre Puget avec tant de verve et d'énergie a été compris par l'élève de Fourrier avec une merveilleuse précision. Le lion qui mord

la cuisse de l’athlète est rendu avec une habileté qui se rencontre bien rarement

parmi les élèves de l'Académie. La tête et l'attitude du Milon expriment éloquemment la lutte du courage contre la souffrance. »

La phrase est belle en vérité; mais est-elle bien ici en place? J'incline à penser le contraire. Ceux qui ont vu cette médaille, dont une reproduction est donnée ici, avoueront qu'elle ne mérite pas un éloge lyrique. Elle ne contient même pas en germe le génie de Barye. L'exécution, précise, un peu sèche, délicatement minu-

tieuse, n’est point du tout celle à laquelle s'arrêtera le maitre. Dans cette œuvre

Page 1